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mardi 28 mars 2017

L’Etat-providence à l’âge de la mondialisation

« Dans mon précédent billet qui se focalisait sur les politiques susceptibles de réduire les inégalités au vingt-et-unième siècle, j'indiquais que je discuterai de l’Etat-providence dans un billet ultérieur. Le voici.

C’est devenu un truisme de dire que l’Etat-providence subit les pressions exercées par la mondialisation et la migration. Il sera plus face de comprendre le problème si nous remontons aux origines de l’Etat-providence. Comme Avner Offer nous l’a récemment rappelé dans l’excellent livre qu’il a coécrit avec Daniel Söderberg, la démocratie sociale et l’Etat-providence trouvent leur origine dans la prise de conscience (…) que tout le monde traverse des périodes dans leur vie où elles ne gagnent rien, mais doivent pourtant consommer : cela s’applique aux jeunes (d’où les prestations familiales), aux malades (d’où les soins et indemnités de maladie), à ceux qui se blessent au travail (d’où l’assurance-accidents des travailleurs), aux femmes lorsqu’elles accouchent (d’où le congé parental), aux gens qui perdent leur emploi (d’où l’assurance-chômage) et aux personnes âgées (d’où les pensions de retraite). L’Etat-providence a été créé pour fournir ces prestations, délivrées sous forme d’allocations dans un cadre assurantiel, pour des conditions soit inévitables, soit très communes. Il s’est élaboré sur l’hypothèse d’une similitude des comportements ou, pour le dire différemment, d’une homogénéité culturelle et souvent ethnique. Ce n’est pas un accident si le prototype de l’Etat-providence qui est né en Suède dans les années 1930 avait plusieurs éléments relevant du socialisme national (expression que je n’utilise pas ici dans un sens péjoratif).

En plus de la similitude des comportements et des expériences, l’Etat-providence nécessite une participation de masse pour être soutenable. L’assurance sociale ne peut fonctionner sur des fragments de la main-d’œuvre parce que cela mènerait naturellement à la sélection adverse, un point bien illustré par les querelles sans fin sur la santé aux Etats-Unis. Les riches ou bien ceux qui ne sont pas susceptibles d’être au chômage ou en mauvaise santé ne veulent pas subventionner les "autres" et se désengagent du système. Mais un système qui dépendrait seulement des "autres" serait insoutenable en raison des grandes primes qu’il requerrait. Donc l’Etat-providence ne peut fonctionner que s’il couvre toute la population active ou tout du moins sa grande majorité, c’est-à-dire lorsqu’il (1) est massif et (2) inclut des personnes aux conditions similaires.

La mondialisation érode ces deux exigences. La mondialisation commerciale a contribué au déclin de la part de la classe moyenne dans la plupart des pays occidentaux et à la polarisation des revenus. Avec une polarisation des revenus, les riches se disent qu’il leur est préférable de créer leurs propres systèmes privés parce que partager les systèmes avec ceux qui sont significativement plus pauvres implique de substantiels transferts de revenu. Cela mène au "séparatisme social" des riches, qui se reflète à travers l’importance croissante des régimes privés de santé, des régimes de retraite par capitalisation et de l’éducation privée. Il apparaît qu’une société très inégale et polarisée ne peut maintenir un Etat-providence extensif.

La migration économique à laquelle la plupart des sociétés riches ont été nouvellement exposées au cours des cinquante dernières années (en particulier en Europe) sape aussi le support de l’Etat-providence. Cela survient avec l’inclusion de personnes qui présentent des différences, réelles ou supposées, dans les normes sociales ou les événements de vie. C’est le même phénomène auquel se réfère Peter Lindert lorsqu’il dit que le manque d’"affinité" entre la majorité blanche et les Afro-Américains aux Etats-Unis a contribué historiquement à ce que l’Etat-providence soit moins développé aux Etats-Unis qu’en Europe. Le même processus est maintenant à l’œuvre en Europe, où de larges poches d’immigrants n’ont pas été assimilées et où la population autochtone croit que les immigrés profitent excessivement des prestations sociales. Le manque d’affinité ne relève pas forcément d’une sinistre discrimination. C’est peut être parfois le cas, mais le plus souvent le cas c’est parce que l’on pense (correctement) que l’on n’est pas susceptible de connaître des événements au cours de notre existence qui soient de la même nature ou fréquence que ceux que connaissent les autres, si bien que l’ont ne veut pas contribuer à une telle assurance. Aux Etats-Unis, le fait même que les Afro-Américains aient plus de chances d’être au chômage a probablement mené à ce que les allocations-chômage soient moins généreuses ; de même, le fait que les immigrés soient davantage susceptibles d’avoir des enfants que les autochtones peut entraîner une réduction des prestations familiales. Dans tout cas, le fait de s’attendre à ne pas connaître les mêmes événements de la vie que les autres sape l’homogénéité nécessaire à la soutenabilité de l’Etat-providence.

En outre, à l’ère de la mondialisation, les Etats-providence les plus développés peuvent connaître un effet pervers, celui d’attirer les migrants les moins qualifiés ou les moins ambitieux. "Toutes choses égales par ailleurs", un migrant va décider d’émigrer vers un pays plutôt qu’un autre si le revenu qu’il s’attend à gagner est supérieur dans le premier que dans le second. En principe, cela favorise l’émigration vers les pays les plus riches. Mais nous devons aussi prendre en compte les anticipations du migrant quant à la place qu’il pense atteindre dans la répartition du revenu du pays d’accueil. Si les migrants s’attendent à se retrouver dans les déciles inférieurs de la répartition, alors un pays plus égalitaire avec un plus large Etat-providence sera plus attractif. Les migrants feront le calcul opposé s’ils s’attendent à finir dans les déciles supérieurs dans la répartition de revenu du pays d’accueil. Si les premiers migrants sont soit moins qualifiés, soit moins ambitieux que les seconds (une hypothèse que l’on peut raisonnablement accepter), alors les moins qualifiés vont avoir tendance à choisir les pays avec les Etats-providence les plus développés. Donc il y a sélection adverse.

En termes abstraits, les pays qui seraient exposés à la sélection adverse la plus aiguë seront ceux avec de larges Etats-providence et une faible mobilité du revenu. Les migrants allant vers de tels pays ne peuvent s’attendre, même au cours de la prochaine génération, à avoir des enfants qui grimperaient dans l’échelle des revenus. Via un destructeur effet retour, de tels pays vont attirer les migrants les moins qualifiés et les moins ambitieux et une fois que ceux-ci formeront une sous-classe, la mobilité de leurs enfants sera limitée à la hausse. Le système fonctionne ensuite comme une prophétie autoréalisatrice : il attire encore plus de migrants non qualifiés qui ne parviennent pas à s’assimiler. Les natifs tendent à voir les immigrés comme manquant généralement en compétences et en ambition (ce qui peut être exact parce que c’est le genre de personnes que leur pays attire) et donc comme "différents". Au même instant, l’échec à être accepté sera perçu par les immigrés comme une confirmation des préjugés anti-immigrés des natifs ou, pire, comme de la discrimination ethnique ou religieuse.

Il n’y a pas de solution facile au cercle vicieux auquel font face les Etats-providence des pays développés à l’ère de la mondialisation. C’est pourquoi, dans mon précédent billet, j’ai plaidé pour des politiques qui mèneraient à l’égalisation des dotations, de façon à ce que l’imposition du revenu courant et la taille de l’Etat-providence puissent au final s’en trouver réduites (…). »

Branko Milanovic, « The welfare state in the age of globalization », in globalinequality (blog), 26 mars 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 26 mars 2017

Les liens de la semaine

Science politique


  • Onze candidats malgré le durcissement des règles (Le Monde)
  • Fillon, Macron, Le Pen… quels sont les programmes des cinq principaux candidats à la présidentielle 2017 ? (Le Monde)
  • Présidentielle 2017 : pourquoi le débat sur TF1 fait polémique (La Tribune)
  • Débat de la présidentielle : mais qui a gagné ? (The Conversation)
  • Les primaires, progrès ou recul de la démocratie ? (The Conversation)
  • Les "primo-votants" de 2017, entre défiance et recomposition politique (The Conversation)
  • Loin des urnes. L’exclusion politique des classes populaires (Camille Peugny)
  • Sur le Front d’Avignon. Quelques leçons sur les élections régionales de 2015 (La Vie des Idées)
  • Présidentielle : "Il demeure un vrai flou quand on parle des souverainistes" (Le Monde)



Croissance, fluctuations et crises

  • La situation économique mondiale au printemps 2017 : amélioration progressive dans un contexte très incertain (Trésor)
  • Le printemps de l’économie mondiale (The Economist)
  • Le pouvoir d'achat des ménages ralentit au quatrième trimestre (INSEE)
  • Les entreprises créées en 2010. Plus pérennes que celles créées en 2006, touchées par la crise (INSEE)
  • Le dynamisme de l’emploi dans la zone euro suffira-t-il à maintenir la croissance malgré la hausse du prix du pétrole ? (Patrick Artus)
  • Royaume Uni – Dernière sortie avant l’inflation (Philippe Waechter)


GRAPHIQUE Le produit intérieur brut et ses composantes

source : INSEE (2017)

Développement, environnement

  • Le piège de la croissance zombie (Eloi Laurent)
  • Climat : 2016 bat un record de chaleur, la planète entre en "territoire inconnu" (Le Monde)
  • Comment la corruption alimente le changement climatique (Project Syndicate)
  • La montée des violences dans le monde compromet les progrès du développement humain (Le Monde)
  • Le Danemark n'est plus le "pays le plus heureux du monde" (La Tribune)


Monnaie et finance

  • Nuages sur la finance internationale (Dominique Plihon)
  • La fin de la suprématie du dollar : un mythe tenace (Le Nouvel Economiste)
  • Régulation bancaire européenne : quand l’union fait la force (OFCE)
  • L'union bancaire a-t-elle sauvé l'Europe comme le dit Emmanuel Macron ? (La Tribune)
  • Cours boursiers et taux d’intérêt à long terme : quelles configurations ? (Patrick Artus)
  • Taux d’intérêt à long terme bas : trois explications possibles (Patrick Artus)


Politique économique

  • La compétitivité, un échec majeur de la présidence Hollande (Télos)
  • La modération du coût du travail doit être au service de la montée en gamme (Alter éco )
  • Comment réindustraliser ? (Patrick Artus)
  • La confiance, enjeu majeur pour l'avenir de l'économie américaine (Project Syndicate)
  • Protectionnisme, dévaluation, relance : un cocktail vénéneux et inefficace (Patrick Artus)
  • Que se passe-t-il aux Etats-Unis quand il y a politique monétaire restrictive et politique budgétaire expansionniste ? (Patrick Artus)


Politique budgétaire et dette publique

  • À la fin du quatrième trimestre 2016, la dette publique s'établit à 96,0 % du PIB (INSEE)
  • En 2016, le déficit public s'élève à 3,4 % du PIB, le taux de prélèvements obligatoires diminue de 0,1 point à 44,3 % du PIB (INSEE)
  • Le Portugal réduit son déficit public sous les 3 % du PIB (La Tribune)
  • Que veut vraiment dire « solvabilité budgétaire »? Une application au cas de la France (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Dette des administrations publiques en France (en % du PIB)

source : INSEE (2017)

Réforme de l'Etat

  • L’emploi dans la fonction publique en 2015. L’emploi ralentit dans les trois versants de la fonction publique et se stabilise hors contrats aidés (INSEE)
  • #vidéo Y a-t-il trop de fonctionnaires en France ? (France TV)
  • Y a-t-il trop de fonctionnaires ? (Alter éco)
  • Deux objectifs bien différents pour les politiques budgétaires et les finances publiques : l’exemple de la France (Patrick Artus)
  • L'Etat, une entreprise comme les autres ? (La Tribune)


Politique monétaire

  • Afflux des banques sur les prêts "gratuits" de la BCE (La Tribune)
  • Comment la politique de soutien renforcé au crédit de l’Eurosystème a contribué à éviter une forte contraction du crédit en 2009 (Banque de France)
  • Taux d’intérêt naturel : estimations pour la zone euro (Banque de France)
  • Mario Draghi et le changement technologique (Philippe Waechter)
  • Trump : possibilités et limites de sa politique monétaire (Les Echos)


Commerce international

  • Les investissements étrangers en France au plus haut depuis dix ans (Le Monde)
  • Au G20, pas de consensus sur le libre-échange (Le Monde)
  • La mondialisation, ennemie de l’emploi ? (La Tribune)
  • La folie trumpienne du bilatéralisme (Financial Times)
  • Aléna : le grain de malice du Mexique pour faire face à Trump (La Tribune)
  • Que faire vraiment avec l’excédent extérieur de l’Allemagne ? (Patrick Artus)


Traité de Rome : retour sur 60 ans d'intégration européenne


  • Drôle d'anniversaire pour une Union européenne qui fête ses 60 ans (La Tribune)
  • Le Préambule du Traité de Rome : 60 ans après, que conclure ? (Eloi Laurent)
  • L’UE sur le chemin de Rome (Project Syndicate)
  • Europe : l'impossible statu quo (Dani Rodrik)
  • La politique de concurrence européenne ou l’extension du domaine de l’intégration (La Tribune)


La zone euro et ses déséquilibres

  • La zone euro a-t-elle perdu l’équilibre ? (The Conversation)
  • Zone euro : il faut parler d’ajustement asymétrique et pas d’austérité (Patrick Artus)
  • Que se passerait-il si tous les pays de la zone euro où un ajustement est nécessaire le réalisaient aujourd’hui ? (Patrick Artus)
  • Europe : Adoptons un budget commun (Agnès Bénassy-Quéré)
  • Zone euro : les règles budgétaires doivent être cohérentes avec l’organisation institutionnelle (Patrick Artus)
  • Peut-on sauver l’euro ? (Le Monde)
  • Peut-on dire qu’il aurait mieux valu ne pas créer l’euro? (Patrick Artus)


Brexit, Frexit...


Inégalités et justice sociale


Zoom sur les retraites

  • Retraites, l'autre gros sujet qui fâche les candidats à la présidentielle (La Tribune)
  • #vidéo Retraites : ce que proposent les candidats (Olivier Passet)
  • Faut-il une nouvelle réforme de retraites ? (Alter éco)
  • France : peut-on renoncer à repousser l’âge de la retraite ? (Patrick Artus)
  • L'égalité salariale homme-femme suffirait-elle à financer la retraite à 60 ans ? (La Tribune)


Travail, emploi, chômage

  • Très légère baisse du chômage en février (Le Monde)
  • Chômage : les zones déjà en difficulté plus fortement touchées par la crise de 2008 que les autres (Le Monde)
  • Mais si, Pôle emploi a bien travaillé affirment l'Igas et l'IGF (La Tribune)
  • Dégressivité des indemnités chômage : "Globalement, ça ralentit le retour à l'emploi" (Les Echos)
  • Syndicats et patronat avancent sur l’assurance-chômage (Le Monde)
  • « La formation professionnelle est le point le plus faible du marché du travail français » (Philippe Waechter)
  • Discrimination au travail : plus d'un tiers des actifs concernés (La Tribune)
  • Des salaires plus dynamiques et plus dispersés en Allemagne qu’en France (INSEE)


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source : INSEE (2017)

Autour du progrès technique





lire la précédente revue de presse

La faiblesse des taux d’intérêt, conséquence d'un investissement anémique

« Pourquoi est-ce que les taux d’intérêt sont-ils restés si longtemps si faibles après la crise financière et semblent promis à le rester durant le futur immédiat ? Une façon d’aborder ces questions consiste à utiliser l’identité comptable selon laquelle l’épargne doit être égale aux dépenses d’investissement physique et à affirmer que les faibles taux ont été nécessaires pour que les dépenses d’investissement soient suffisamment stimulées pour égaler l’épargne. De cette perspective, l’éventualité d’une reprise des taux d’intérêt dépend des causes de la faiblesse des dépenses d’investissement : s’explique-t-elle principalement par des tendances démographiques séculaires qui constituent un frein de long terme sur la demande globale ou bien par les effets résiduels de la crise financière ?

Un excès d’épargne malgré l’identité entre l’investissement et l’épargne au niveau mondial


Sur le plan comptable, le revenu mondial se répartit entre la consommation et l’épargne ; les dépenses se répartissent entre la consommation et l’investissement, auquel cas l’argent est dépensé pour remplacer ou accroître le stock de capital physique. Avec un revenu mondial forcément égal aux dépenses, les deux identités comptables, prises ensemble, impliquent que l’épargne brute mondiale (celle des ménages, des entreprises et des Etats) doit toujours être égale aux dépenses d’investissement brutes.

Au niveau national, cependant, l’épargne n’est pas forcément égale aux dépenses d’investissement, ce qui conduit à des déséquilibres globaux (des excédents et des déficits d’épargne nets) qui s’annulent au niveau de l’ensemble des pays. Certains pays comme la Chine et le Japon épargnent plus qu’ils n’en ont besoin pour financer leurs dépenses d’investissement, si bien qu’ils dépensent leur excès d’épargne à l’étranger. D’autres pays, comme les Etats-Unis, ont des déficits d’épargne nets et empruntent auprès du reste du monde, notamment de la Chine.

Les dynamiques d’épargne et d’investissement mondiales ont joué un rôle important dans l’idée d’un excès d’épargne (saving glut) proposée par Ben Bernanke en 2005 pour expliquer les forces derrière l’emprunt des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde. Bernanke affirmait que les larges excédents d’épargne nets qu’accumulaient l’Asie de l’est (après que la crise financière de 1997 ait déprimé les dépenses d’investissement de la région) et les pays exportateurs de pétrole (après qu’une hausse significative des prix du pétrole ait accru leur épargne) avaient généré un excès mondial d’épargne. Cette ample masse d’épargne devait aller ailleurs et elle finit aux Etats-Unis, où, en réduisant les taux d’intérêt, elle stimula suffisamment les dépenses d’investissement des Etats-Unis pour absorber l’excédent d’épargne étrangère. Bernanke a de nouveau développé cette idée en 2007, en donnant un rôle crucial à l’excès mondial d’épargne pour expliquer pourquoi les taux d’intérêt à long terme américains restaient faibles malgré le resserrement de la politique monétaire américaine.

L’effondrement de l’investissement dans les économies avancées


Le graphique 1 montre que le déclin des dépenses mondiales dans l’investissement (en pourcentage du PIB) en 2008-2009 a reflété des tendances touchant les seules économies développées, avec les dépenses d’investissement dans les pays en développement restant globalement inchangées. Les dépenses d’investissement mondiales ont connu une reprise ensuite et elles sont actuellement relativement élevées, stimulées par de fortes dépenses dans les économies émergentes qui sont bien au-dessus de leurs niveaux d’avant-crise. Ce qui se distingue est la reprise plate des dépenses d’investissement dans les économies développées malgré de faibles taux d’intérêt. Par exemple, les taux d’intérêt des titres publics à cinq ans au cours des cinq dernières années ont atteint en moyenne 2,1 % aux Etats-Unis, 1 % en Allemagne et 0,5 % au Japon, alors qu’ils atteignaient respectivement 4,4 %, 4,2 % et 1,3 % entre 2000 et 2005.

GRAPHIQUE 1 Tendances de l’investissement dans le monde (en % du PIB)

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Le graphique 2 montre cette chute des dépenses d’investissement dans les pays développés a été généralisée ; le Japon, l’union européenne et les Etats-Unis dépensent moins qu’ils ne le faisaient entre 2000 et 2005. Les Etats-Unis ont connu la plus forte chute parmi les trois régions durant la crise financière et la reprise a laissé jusqu’à présent le ratio investissement sur PIB plus de 3 points inférieur à la moyenne qu’il atteignait entre 2000 et 2005. L’Union européenne et le Japon ont connu une chute de 2 points de pourcentage de la part de l’investissement dans leur PIB au cours de la même période.

GRAPHIQUE 2 Dépenses d’investissement dans les économies avancées (en % du PIB)

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Qu’est-ce qui pèse sur l’investissement ? Facteurs séculaires versus facteurs conjoncturels


La faiblesse des dépenses d’investissement que l’on observe malgré les très faibles taux d’intérêt a entraîné un vif débat autour de ses possibles causes. Une possibilité est que le ralentissement de la croissance démographique, couplée au vieillissement de la population en âge de travailler dans les pays développés, réduise la croissance potentielle mondiale. Si c’est le cas, les dépenses d’investissement sont principalement freinées par une réduction de la croissance de la production attendue et de la demande de logements. Selon les prévisions des Nations unies, la croissance démographique dans l’ensemble des pays développés va ralentir, en passant de 0,6 % sur la période entre 2000 et 2005 à 0,4 % au cours des cinq prochaines années. En outre, la population de ces pays vieillit, avec la part des plus de 65 ans dans la population passant de 14,1 % en 2005 à 16,3 % en 2015, puis à 17,9 % en 2020 selon les prévisions.

Une explication alternative est que la crise financière mondiale a laissé les entreprises, les ménages et les gouvernements moins enclins, moins aptes à emprunter qu’ils ne l’étaient auparavant. Cette explication conjoncturelle suggère que l’investissement pourrait connaître une reprise rapide lorsque ces freins finiront de disparaître, tandis que l’explication démographique séculaire suggère que les taux d’intérêt vont rester sous pression à long terme (…).

GRAPHIQUE 3 Dépenses d’investissement résidentiel (en % du PIB)

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Les graphiques 3 et 4 montrent que les facteurs freinant les dépenses d’investissement affectent à la fois l’investissement résidentiel et l’investissement non résidentiel dans les économies avancées. Les dépenses résidentielles aux Etats-Unis, rapportées au PIB, étaient en 2016 inférieures de 1,5 point de pourcentage par rapport à leur moyenne entre 2000 et 2005, tandis que les dépenses étaient presque inférieures de 1 point de pourcentage dans l’Union européenne et au Japon par rapport à leur moyenne entre 2000 et 2005. La chute des dépenses résidentielles explique la moitié de la chuté de la chute de l’investissement total dans les économies développées, alors même que ces investissement ne représentent que le quart de l’ensemble des investissements. Le dernier graphique montre cette chute des dépenses d’investissement non résidentiel en pourcentage du PIB. Les entreprises n’ajoutent pas de nouveaux équipements, ni ne remplacent ou accroissent leur stock de capital, au même rythme qu’elles ne le faisaient avant la crise.

GRAPHIQUE 4 Dépenses d’investissement non résidentielles (en % du PIB)

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Il est difficile de déterminer ce qui explique l’actuel environnement des faibles taux d’intérêt. Les taux ont augmenté depuis qu’ils ont connu un creux au milieu de l’année 2016 et ils peuvent encore augmenter à moyen terme. Malheureusement, cette évolution n’est pas susceptible de trancher le débat sur l’importance relative des facteurs séculaires vis-à-vis des facteurs conjoncturels. Une hausse des taux d’intérêt signalerait que les entreprises, les ménages et les gouvernements sont enfin plus enclins et aptes à s’endetter, que le souvenir de la crise financière mondiale s’est enfin dissipé, mais de plus hauts taux ne signifieraient pas qu’ils ne sont plus soumis aux pressions baissières générées par la dynamique démographique. »

Thomas Klitgaard et Harry Wheeler, « The need for very low interest rates in an era of subdued investment spending », Réserve fédérale de New York, Liberty Street Economics (blog), 22 mars 2017. Traduit par Martin Anota

mercredi 22 mars 2017

La géométrie des robots

« (…) Ryan Avent (…), dans son dernier livre, a cherché à expliquer comment un profond changement technologique peut aller de pair avec une stagnation des salaires réels et une faible croissance de la productivité. D’après ce que je comprends, il affirme que les grandes avancées technologiques surviennent dans un secteur limité de l’économie et qu’elles poussent les travailleurs à aller dans les professions à faible salaire et faible productivité.

Mais je dois admettre que j’ai tout d’abord eu des difficultés à bien saisir ses propos ou à les concilier avec un cadre économique standard. Je cherche donc à savoir dans quelle mesure il est possible de capturer son récit dans un petit modèle d’équilibre général – fondamentalement le genre de modèle que j’ai appris il y a bien longtemps, lorsque j’étudiais la vieille théorie du commerce international.

Actuellement, je pense que ce genre d’analyse relève quelque peu d’un art perdu. Il fut un temps où la plupart des théories du commerce impliquaient des diagrammes illustrant des modèles à deux facteurs, deux biens et deux facteurs ; il n’y en a plus beaucoup ces jours-ci. Et il est vrai que des petits modèles peuvent être trompeurs et que le raisonnement géométrique peut vous induire en erreur. Il est également vrai, cependant, que ce style de modélisation peut vraiment vous aider à comprendre comment les différents morceaux d’une économie collent les uns aux autres, bien plus que ne peuvent le faire l’algèbre et le verbiage.

Ici, je vais utiliser un cadre qui correspond fondamentalement au diagramme de Lerner, mais adapté à une toute autre question, soit par souci de clarification, soit par nostalgie (je ne sais pas exactement quelle raison l’emporte sur l’autre).

Imaginons une économie qui produit seulement un bien, mais qui peut le faire en utilisant deux techniques, soit la technique A, qui est intensive en capital, soit la technique B, qui est intensive en travail. Je représente ces techniques sur le schéma n° 1 en montrant leurs coefficients d’intrants unitaires.

SCHEMA 1

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Ici, AB est l’isoquant unitaire de l’économie, les diverses combinaisons de capital (K) et de travail (L) qu’elle peut utiliser pour produire une unité de production. E est la dotation de l’économie en facteurs ; tant que le ratio agrégé K/L est entre les intensités factorielles de ces deux techniques, les deux seront utilisées. Dans ce cas, le ratio salaire sur loyer (s/r) sera la pente de la ligne AB.

Attendez, ce n’est pas fini. Puisque tout point sur la ligne passant via A et B a la même valeur, le lieu où elle touche l’abscisse correspond au montant de travail nécessaire pour acheter une unité de production, l’inverse du taux de salaire réel. Et la production totale est le ratio de la distance entre l’origine et E, divisée par la distance à AB, si bien que cette distance est 1/PIB.

Vous pouvez aussi déduire l’allocation des ressources entre A et B ; pour ne pas encombrer davantage le premier diagramme, je le montre sur le schéma n° 2, qui utilise les ratios K/L des deux techniques et la dotation globale E :

SCHEMA 2

Paul_Krugman__geometrie_des_robots__schema2.png



A présent, voici l’histoire d’Avent. Je pense qu’on peut la représenter comme un progrès technique affectant A et qui rend peut-être aussi A encore plus intensive en capital. Donc cela correspondrait à un mouvement vers le sud-ouest, vers un point comme A’ sur le schéma n° 3.

SCHEMA 3
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Nous pouvons voir immédiatement que cela va entraîner une chute du salaire réel, parce que 1/w doit augmenter. Le PIB et donc la productivité doivent augmenter, mais peut-être pas beaucoup si l’économie utilisait principalement la technique intensive en travail.

Et que dire à propos de l’allocation de la main-d’œuvre entre les différents secteurs ? Nous pouvons en parlant en utilisant le schéma n° 4, où le progrès technique touchant le secteur A intensif en capital entraîne un accroissement de la part de la main-d’œuvre employée dans le secteur B intensif en travail.

SCHEMA 4
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Donc oui, il est possible pour une simple analyse en équilibre général de saisir l’essentiel des intuitions d’Avent. Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’il ait raison empiriquement. Et il y a d’autres choses dans son raisonnement, telles que des effets hypothétiques sur la direction de l’innovation, qui ne sont pas pris en compte ici. Mais, au moins, j’ai trouvé que cette façon de faire permettait de bien clarifier les choses. (….) »

Paul Krugman, « Robot geometry », 20 mars 2017. Traduit par Martin Anota

mardi 21 mars 2017

Les chimères de la déréglementation du marché du travail

« Tim a accueilli avec joie la proposition de réduire la protection des travailleurs contre les licenciements abusifs : "Cela va accroître la création d’emplois… Plus il est difficile de licencier du personnel, moins les entreprises sont susceptibles d’embaucher quelqu’un".

Cela relève du sens commun. Et malheureusement le sens commun nous amène souvent à nous tromper.

Les travaux empiriques ont cherché à mettre en évidence un lien entre les lois de la protection de l’emploi et le chômage. Par exemple, l’OCDE avait constaté qu’"il y a une faible association, voire aucune association, entre laxisme le degré de législation de la protection de l’emploi et le niveau globale de chômage" ; mais elle constatait toutefois que le chômage de long terme était d’autant plus important que la protection de l’emploi était forte. Et Stephen Nickell a constaté que les lois de protection de l’emploi étaient "négligeables et complètement insignifiantes" pour expliquer les écarts en termes de chômage que l’on observait d’un pays à l’autre durant les années 1980 et au début des années 1990.

Donc, pourquoi est-ce que l’intuition de Tim est aux antipodes avec les faits ? C’est parce qu’il y a des mécanismes qui opèrent dans l’autre sens. S’il n’y avait pas de protection de l’emploi du tout, les travailleurs auraient moins intérêt à rester dans la même entreprise à long terme. Ceteris paribus, ils auraient par conséquent plus d’incitations à changer d’entreprises. Cela aurait deux effets. D’une part, pour fidéliser le personnel, les employeurs peuvent avoir à relever leurs salaires. Cela tendrait à réduire l’emploi. Pour le dire d’une façon qui conviendrait davantage à Tim, les lois de la protection de l’emploi permettent aux entreprises de verser de plus faibles salaires. D’autre part, les travailleurs auraient moins d’incitations à investir dans des compétences spécifiques à l’entreprise. Cela tendrait à réduire l’efficacité de l’entreprise et donc l’empêcherait de se développer.

Vous pensez peut-être que ces effets sont faibles. Peut-être le sont-ils. Mais ceux de Tim aussi ; les entreprises, très optimistes à propos de leur capacité à repérer le talent, n’embauchent pas de travailleurs lorsqu’elles pensent qu’il y a une chance qu’ils puissent tirer au flanc une fois embauchés ou qu’ils sont incompétents.

En raison de ces mécanismes compensateurs, certaines études ont constaté « une relation en forme de U inversé entre la protection de l’emploi et la croissance économique » : "Du point de vue de la croissance du PIB par tête… la protection de l’emploi au début des années 1990 était trop faible dans des pays comme l’Australie, le Canada, le Danemark, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse".

Par conséquent, il est peu probable qu’une facilitation des procédures de licenciement pour les entreprises réduise le chômage et il très peu probable qu’elle le réduise de beaucoup. Si votre meilleure idée c’est de réduire la protection de l’emploi, c’est que vous ne réfléchissez pas beaucoup. »

Chris Dillow, « Employment protection and jobs », in Stumbling & Mumbling (blog), 27 octobre 2011. Traduit par Martin Anota



« Beaucoup m’ont rappelé hier sur Twitter la vision d’un marché du travail déréglementé que nourrit Liam Fox : "Nous devons commencer par déréglementer le marché du travail. Nous devons balayer les objections politiques. Il est trop difficile d’embaucher et de licencier et il est trop cher de recruter". C’est tout à fait ce qu’ont en tête les conservateurs (…). Mais il y a un petit problème avec cette vision des choses : il n’y a pas de bénéfices évidents à la déréglementation.

Mon graphique le montre bien. Il représente la productivité du travail en 2015 et une mesure de la protection de l’emploi en 2013-2014 : je prends une moyenne simple de quatre d’indices de protection de l’OCDE contre les licenciements et la réglementation du travail temporaire. (…)

GRAPHIQUE Productivité horaire du travail et degré de protection de l'emploi

Chris_Dillow__protection_de_l__emploi__productivite_horaire.png

Il est clair que, parmi les 33 pays pour lesquels nous avons des données, il n’y a pas de corrélation. Il est aussi clair que ce fait est robuste malgré les anomalies. Oui, les Etats-Unis ont une réglementation souple et une forte productivité. Mais le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande ont une faible réglementation et une faible productivité, tandis que la France et la Belgique ont une réglementation stricte, mais aussi une forte productivité.

Vous pouvez penser que c’est contre-intuitif. Le sens commun dit que si les entreprises peuvent facilement licencier leurs salariés, alors les travailleurs sont incités à travailler plus dur, car ils savent qu’ils perdront leur emploi s’ils se font prendre en train de flâner ; en outre, les entreprises peuvent alors plus facilement ajuster leur main-d’œuvre pour faire face aux changements de conditions de marché.

Ces mécanismes sont toutefois compensés par d’autres. Par exemple, si les gens craignent d’être licenciés, ils ne vont pas chercher à investir dans des compétences spécifiques à des emplois, mais plutôt dans des compétences plus générales qui les rendent attractifs aux employeurs potentiels. Ils peuvent aussi passer moins de temps à travailler et plus de temps à chercher un nouvel emploi. De plus, un manque de protection va encourager les gens à plus souvent changer d’emplois, dans la mesure où il vaut mieux s’en aller que de se faire licencier. Cela peut réduire la productivité, notamment parce qu’il faut du temps aux nouvelles recrues pour qu’elles s’adaptent aux clients et aux technologies de leur nouvelle entreprise, ainsi qu’à leurs nouveaux collègues. Enfin, si les entreprises savent qu’elles peuvent licencier à volonté, elles vont moins chercher à bien sélectionner à l’embauche et à former leur personnel, et ainsi il peut y avoir un plus mauvais appariement entre emplois et travailleurs.

La déréglementation peut bénéficier aux mauvais employeurs qui veulent se comporter en tyrans, mais cela n’a pas de bénéfices évidents au niveau agrégé. (…) »

Chris Dillow, « Deregulation fantasies », in Stumbling & Mumbling (blog), 15 mars 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 19 mars 2017

Les liens de la semaine

Zoom sur les élections aux Pays-Bas


  • Sortie de crise précaire aux Pays-Bas (Jacques Adda)
  • Les Pays-Bas, premier test électoral pour l'Europe post-Brexit (La Tribune)
  • Pays-Bas : la vraie leçon des élections (La Tribune)
  • Aux Pays-Bas, Geert Wilders a déjà gagné la bataille des idées (The Conversation)
  • Le "Nexit" n’aura pas lieu, mais le pays est plus divisé que jamais (Alter éco)


Science politique

  • Détournements de fonds publics : une longue tradition dans la vie politique (La Tribune)
  • Trump peut-il gouverner l’Amérique? (Télos)
  • Ecosse : Brexit ou indépendance ? Pas si simple... (La Tribune
  • « Refuser des meetings pro-Erdogan en Europe est justifié » (Le Monde)


Zoom sur la présidentielle française


  • Les partis de gouvernement saisis de panique (Télos)
  • Front national : la politique du repli sur soi (Alter éco)
  • Qui sont les candidats pour la présidentielle 2017 ? (Le Monde)
  • Présidentielle : ce que nous apprend la course aux parrainages (Le Monde)
  • Election présidentielle : quel est le profil des parrains des candidats ? (Le Monde)
  • L’abstention, premier parti de la jeunesse ? (Le Monde)


L'économie française et la présidentielle

  • Et si François Hollande avait mené la bonne stratégie économique ? (La Tribune)
  • Le cycle économique français et la politique économique à la veille des élections (Philippe Waechter)
  • L'OFCE dans la campagne pour l'élection présidentielle. Mieux éclairer le débat public en économie (Xavier Ragot)
  • Le rôle de l'économie dans l'élection française (François Bourguignon)


Croissance, fluctuations et crises

  • Le pouvoir d’achat ralentit, le climat conjoncturel reste favorable (INSEE)
  • Regain d’optimisme pour la croissance française (Le Monde)
  • Peut-être n’y a-t-il pas tant d’anomalies dans la situation économique de la zone euro (Patrick Artus)
  • Les cycles conjoncturels au sein de la zone euro convergent à nouveau (INSEE)
  • Le pouvoir d’achat ralentit au Royaume Uni (Philippe Waechter)
  • Nouveau regard sur le développement (La Vie des Idées)


GRAPHIQUE Croissance du PIB des six principaux pays de la zone euro (en %)

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source : INSEE (2017)

Ressources environnementales

  • Où va le prix du pétrole ? (La Tribune)
  • Climat : février 2017 très chaud (Le Monde)
  • Ecologie : à quand le passage à l’acte ? (Le Monde)
  • En France, sortir du nucléaire coûterait cher, y rester aussi (Le Monde)


Démographie, migration

  • Plus de 1,2 million de demandes d’asile dans l’Union européenne en 2016 (Le Monde)
  • L'Europe a les moyens d'accueillir les réfugiés (OFCE)
  • Trump fait bondir l'émigration vers la Nouvelle-Zélande (La Tribune)
  • Le rôle de l’immigration dans l’économie américaine (Patrick Artus)


Monnaie et finance


GRAPHIQUE Taux d'inflation dans les pays de la zone euro (en %)

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source : INSEE (2027)

Politique économique

  • Entretenir la dynamique positive de l’économie mondiale (Christine Lagarde)
  • La politique budgétaire au service des réformes structurelles (FMI)
  • La France a un grave problème industriel : il ne faut pas l’oublier (Patrick Artus)
  • France : ne pas essayer ce qui a déjà échoué (Patrick Artus)
  • La France ne va pas imposer ses normes au reste du monde (Patrick Artus)
  • France et Italie : on ne peut pas se contenter de “petites mesures” de politique économique (Patrick Artus)


Politique budgétaire et dette publique


Commerce international

  • Le temps du libre-échange bientôt révolu ? (La Tribune)
  • Pourquoi les Etats-Unis doivent oublier la taxe transfrontalière (Kenneth Rogoff)
  • Le danger pour les Etats-Unis : que le protectionnisme amène l’inflation donc les taux d’intérêt au-dessus du niveau supportable par l’économie (Patrick Artus)
  • Commerce extérieur : faut-il redouter la taxe Trump ? (La Tribune)
  • Vers une guerre commerciale avec les Etats-Unis ? (Alter éco)
  • Une histoire du déficit extérieur des Etats-Unis : d’où vient-il ? Quelles sont les perspectives ? (Patrick Artus)
  • L’Union européenne doit-elle continuer de signer des accords de libre-échange ? (CEPII)
  • La Chine grand importateur de biens de consommation avec l’UE comme principal fournisseur (CEPII)


Finance internationale

  • L'Islande lève ses contrôles de capitaux, hérités de la crise (La Tribune)
  • La Chine veut limiter les investissements "irrationnels" à l'étranger (La Tribune)
  • La démondialisation financière est-elle engagée ? (André Cartapanis)
  • Impact de taux de change en zone euro et aux États-Unis (Banque de France)
  • Le taux de change du yen : un bon indicateur de l’aversion pour le risque liée aux évolutions aux Etats-Unis et en Europe (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO) : que peuvent-ils reprocher à l’Union Européenne ? (Patrick Artus)
  • La nature de l’équilibre macrofinancier de la zone euro renforce la faiblesse de la croissance potentielle de la zone euro : quels remèdes ? (Patrick Artus)
  • Combien d’Europe l’Europe peut-elle tolérer? (Dani Rodrik)
  • « Pour contrer l’euroscepticisme, il faut plus d’équité dans les règles budgétaires » (La Tribune)
  • L'Europe en manque de démocratie (Project Syndicate)
  • A quoi ressemblerait une Assemblée de la zone euro? (Thomas Piketty)
  • Comment amener l’Allemagne à financer des dépenses dans le reste de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Une alliance entre la France, l’Espagne et l’Italie contre l’Allemagne ? Peu crédible compte tenu de la situation de l’Espagne (Patrick Artus)


Brexit, Frexit...

  • Brexit : feu vert du Parlement, la procédure déclenchée fin mars (La Tribune)
  • Le retour au franc pénaliserait d’abord les Français les plus modestes (Le Monde)
  • La sortie de l’euro, une plongée dans l’inconnu (Denis Clerc)
  • Lex monetae: de quoi parle-t-on ? (CEPII)
  • Sortie de l’euro: faillites en chaîne et confiscation de l’épargne (Télos)
  • Si on anticipe qu’un pays de la zone euro peut sortir de l’euro, alors il y aura fuite des capitaux, “run” sur les dépôts des banques (Patrick Artus)


Inégalités


Redistribution et justice sociale

  • Pourquoi les outils du vingtième siècle ne peuvent réduire les inégalités au vingt-et-unième siècle (Branko Milanovic)
  • Qui bénéficierait du revenu universel de Benoît Hamon ? (Le Monde)
  • Bénéficiaires, montant, financement… Tout comprendre au revenu universel (Le Monde)
  • L’école en quête d’efficacité (Xavier Molénat)
  • Qui peut encore prendre sa retraite avant 62 ans ? (Le Monde)
  • "Trumpcare" : 24 millions d'Américains perdraient leur couverture santé d'ici 2026 (La Tribune)




Travail, emploi, chômage




Emploi et progrès technique


Autour des sciences économiques





lire la précédente revue de presse

samedi 18 mars 2017

L’anachronique stratégie commerciale de Trump



« (…) Dans ses discours et ses tweets, Trump s’en est agressivement pris à la mondialisation. Il a choisi Robert Lighthizer, très connu pour ses positions protectionnistes, comme Représentant du Commerce. Et les deux autres membres de son triumvirat en matière de commerce (Wilbur Ross, secrétaire du Commerce, et Peter Navarro, le conseiller en commerce de la Maison Blanche) ne sont pas moins protectionnistes que Lighthizer.

Beaucoup parmi les classes populaires et moyennes aux Etats-Unis croient que les accords de libre-échange expliquent pourquoi leurs revenus ont stagné au cours des deux dernières décennies. Donc, Trump cherche à leur fournir une "protection" en choisissant des protectionnistes.

Mais Trump et ses collaborateurs ont mal diagnostiqué le problème. Même si la mondialisation a pu jouer un rôle déterminant dans le déclin de la classe moyenne, c’est également le cas de l’automatisation. Lighthizer et Ross ont essentiellement travaillé dans des secteurs du vingtième siècle tels que la production métallurgique, ce qui les a convaincus de poursuivre des solutions héritées du vingtième siècle pour les problèmes que les Etats-Unis rencontrent au vingt-et-unième siècle.

Malheureusement, le protectionnisme du vingtième siècle ne va pas stimuler la compétitivité des secteurs américains, même s’il parvient à sauver des milliers d’emplois dans des secteurs médiatisés. En outre, l’abandon des accords commerciaux et le relèvement des tarifs douaniers ne vont pas créer de nouveaux emplois bien payés dans les usines. Pire, les tarifs douaniers risquent de seulement infliger davantage de mal aux travailleurs.

Trump et son équipe ne comprennent pas quelque chose d’important : la mondialisation à l’œuvre au vingt-et-unième siècle est tirée par le savoir, pas par le commerce. Une puissante baisse des coûts de communication a permis aux entreprises américaines de délocaliser leur production dans les pays à faibles salaires. Entretemps, pour synchroniser leurs processus de production, les firmes ont aussi délocalisé beaucoup de leur savoir-faire en matière de techniques, de marketing et de gestion. C’est cette "délocalisation du savoir" qui a changé la donne pour les travailleurs américains.

En 2017, les travailleurs américains ne sont pas en concurrence avec la main-d’œuvre étrangère à faible salaire, le capital et la technique de la même façon qu’ils l’ont été au cours des années 1970. Ils sont en concurrence avec une combinaison presque imbattable de travail étranger à faible salaire et le savoir-faire américain. Nous pouvons conceptualiser cela en considérant les produits américains comme n’étant pas produits aux Etats-Unis, mais dans l’Usine Amérique du Nord. Les biens produits dans l’Usine Amérique du Nord doivent faire concurrence avec les biens produits dans l’Usine Asie, l’Usine Europe, et ainsi de suite.

Cela signifie que si l’administration Trump impose des tarifs douaniers, cela va transformer les Etats-Unis en une île à hauts coûts pour les intrants industriels. Les entreprises peuvent être poussées à ramener une partie de leur production aux Etats-Unis, si celle-ci vise effectivement les consommateurs américains. Mais elles vont également être encouragées à délocaliser la production qui est destinée aux marchés à l’export, si bien qu’elles peuvent être en concurrence avec les producteurs japonais, allemands et chinois en-dehors des Etats-Unis.

Augmenter les tarifs douaniers sur les importations, sans toucher aux flux d’idées et de propriété intellectuelle, c’est comme essayer d’empêcher l’eau de couler de ses mains en serrant le poing. Une approche plus rationnelle consisterait à accepter les réalités du vingt-et-unième siècle. La révolution de l’information a changé le monde d’une telle façon que les tarifs douaniers ne peuvent inverser les choses. Avec des travailleurs américains déjà en concurrence avec les robots dans l’économie domestique et avec les travailleurs à faibles salaires à l’étranger, une perturbation des importations va juste créer davantage d’emplois pour les robots.

Trump doit protéger les travailleurs individuels, par les emplois individuels. Les processus de la mondialisation du vingt-et-unième siècle sont trop soudains, imprévisibles et incontrôlables pour que l’on puisse s'appuyer sur des mesures statiques comme les tarifs douaniers. Les Etats-Unis ont plutôt besoin de restaurer leur contrat social afin que les travailleurs puissent davantage profiter des gains générés par l’ouverture commerciale et l’automatisation. La mondialisation et le progrès technique ne sont pas des processus indolores, donc il faudra toujours mettre en place des programmes de requalification, de formation tout au long de la vie, des mesures de mobilité, des programmes de mobilité et de soutien au revenu, et des transferts de revenu régionaux.

En poursuivant de telles politiques, l’administration Trump aura plus de chances de réussir à redonner à l’Amérique sa grandeur" pour les classes moyennes et populaires. La mondialisation a toujours créé plus d’opportunités pour les travailleurs les plus compétitifs et plus d’insécurité pour les autres. C’est pourquoi un fort contrat social avait été établi durant la période d’après-guerre de libéralisation en Occident. Durant les années 1960 et 1970, les institutions telles que les syndicats se sont développées et les gouvernements pris de nouvelles mesures pour faciliter l’accès à l’éducation, développé la sécurité sociale et introduit une imposition progressive. Tout cela a contribué à ce que les membres des classes moyennes puissent se saisir des nouvelles opportunités lorsque celles-ci sont apparues.

Au cours des deux dernières décennies, la situation a énormément changé : la mondialisation continué, mais le contrat social s’est brisé. La première priorité de Trump devrait être de le refondre ; mais ses conseillers en commerce ne le comprennent pas. Malheureusement, ils semblent vouloir se contenter de tarifs douaniers, or ceux-ci vont perturber les chaînes de valeur mondiales, entraîner peut-être des guerres commerciales et seulement accélérer la délocalisation de l’industrie américaine à l’étranger. »

Richard Baldwin, « Trump’s anachronistic trade strategy », 9 février 2017. Traduit par Martin Anota

mercredi 15 mars 2017

Le néolibéralisme et la productivité

« Chris Edwards affirme que les privatisations amorcées par Thatcher "ont transformé l’économie britannique" et stimulé la productivité. Cela nous amène à un paradoxe. Le fait est que les privatisations ne sont pas les seules choses qui se sont passées depuis les années 1980 et qui auraient dû stimuler la productivité, selon (ce que j’appelle) l’idéologie néolibérale. Les syndicats se sont affaiblis, ce qui aurait dû réduire "les pratiques restrictives". Les dirigeants ont vu leur rémunération exploser, ce qui aurait dû en attirer les plus compétents, et mieux les inciter à accroître la productivité. Et la main-d’œuvre a plus de capital humain : depuis les années 1980, la proportion de travailleurs avec un diplôme universitaire a quadruplé en passant de 8 % à un tiers. (…)

L’idéologie néolibérale prédit alors que la croissance devrait s’accélérer. Mais elle ne l’a pas fait. En fait, les données de la Banque d’Angleterre montrent que la croissance de la productivité (…) a eu tendance à ralentir depuis les années 1970. Pourquoi ?

GRAPHIQUE Croissance de la productivité au Royaume-Uni (en %)

Chris_Dillow__croissance_productivite_Royaume-Uni_Grande-Bretagne.png

Il se peut que les réformes néolibérales ne stimulent que temporairement la productivité. Je n’en suis pas sûr. Comme Dietz Vollrath l’a dit, les économies sont habituellement lentes à répondre à une hausse de la production potentielle. S’il y avait eu une forte hausse de la production potentielle, alors nous aurions dû le voir dans les données relatives à la croissance sur vingt ans. Ce n’est pas le cas. Une autre possibilité est que les effets stimulateurs de productivité du néolibéralisme aient été compensés par des forces associées à la stagnation séculaire – la pénurie d’innovations et de projets d’investissement profitables.

Mais il y a une autre possibilité, celle selon laquelle le néolibéralisme a en fait contribué au ralentissement de la croissance.

Je pense à trois façons par laquelle le néolibéralisme peut effectivement freiner la croissance. Un premier mécanisme passe via la politique macroéconomique. Sur des marchés du travail tendus tels que ceux que nous avons connus dans l’immédiat après-guerre, les salariés étaient incités à être plus productifs parce qu’on ne pouvait pas facilement s’appuyer sur la réduction des salaires pour accroître les profits. En outre, les entreprises étaient assurées de faire face à une demande globale élevée, ce qui les encourageait à investir et à accroître leurs ratios capital sur travail pour répondre à cette demande. Dans les années qui ont suivi la démocratie sociale, ces incitations à la productivité se sont affaiblies.

En outre, le néolibéralisme peut contribuer à accroître les inégalités de revenu, or ces dernières peuvent freiner la productivité. Par exemple, les inégalités génèrent de la défiance, or celle-ci déprime la croissance économique en dégradant la qualité de la politique économique, en exacerbant les problèmes d’antisélection (les problèmes de "marchés de l’occasion") et en détournant des ressources vers les secteurs à faible productivité.

Enfin, nous pouvons entrevoir un troisième mécanisme : la gestion néolibérale peut elle-même réduire la production. Il y a là plusieurs canaux possibles. Premièrement, la bonne gestion peut nuire à l’investissement et à l’innovation. William Nordhaus a montré que les profits tirés de l’innovation sont faibles. Et Charles Lee et Salman Arif ont montré que les dépenses en capital sont souvent motivées par le sentiment plutôt que par une évaluation réalisée de sang froid avec pour résultat que cela entraîne une chute des profits. Nous pouvons interpréter les ralentissements de l’innovation et de l’investissement comme une preuve que les dirigeants ont pris en compte ces faits. En outre, une focalisation sur la réduction des coûts, les routines et les meilleures pratiques peuvent empêcher les salariés d’avoir la latitude et le temps d’expérimenter et d’innover. Dans tous les cas, les idées de Schumpeter semblent valides : la croissance capitaliste nécessite un esprit aventurier, or celui-ci est étouffé par la bureaucratie rationnelle.

Deuxièmement, comme Jeffrey Nielson l’a affirmé, les organisations basées sur la hiérarchie peuvent démotiver les subalternes, qui s’attendent à ce qu’on leur dise quoi faire plutôt qu’à prendre des initiatives.

Troisièmement, les incitations à haute puissance accordées aux dirigeants peuvent se révéler contreproductives. Elles peuvent alimenter les comportements de quête de rentes (rent-seeking), les intrigues de bureau et les manœuvres pour atteindre le sommet de la hiérarchie plutôt qu’inciter chacun à faire au mieux son travail. Elles peuvent étouffer les motivations intrinsèques comme la fierté professionnelle. Et elles peuvent amener les dirigeants à se focaliser sur la réalisation de tâches que l’on peut facilement surveiller plutôt que celles qui sont certes importantes à l’organisation, mais plus difficiles à mesurer : par exemple, la réduction des coûts peut être quantifiée, faire l’objet d’une mesure d’incitation, mais maintenir une culture d’entreprises saine est moins facilement mesurable, si bien que celle-ci peut être négligée dans la conception des mesures d’incitations.

Quatrièmement, autonomiser la gestion peut accroître l’opposition au changement. Comme McAfee et Brynjolfsson l’ont montré, pour récolter les bénéfices du changement technique, cela requiert souvent un changement organisationnel. Mais les dirigeants bien payés ont peu de raisons de vouloir faire de vagues en entreprenant de tels changements. La conséquence en est que nous sommes collés dans ce que van Ark appelle la "phase d’installation" de l’économie digitale plutôt que la phase de déploiement. Comme Joel Mokyr l’a dit, les forces du conservatisme suppriment finalement la créativité technique.

Tout cela est cohérent avec le Fait : la croissance de la productivité agrégée a été plus faible au cours de l’ère néolibérale qu’elle ne l’a été entre 1945 et 1973, lors de l’âge d’or de la démocratie libérale. Je concède qu’il ne s’agit ici que d’une suggestion et qu’il peut encore y avoir d’autres possibilités, notamment la possibilité que la forte croissance de la productivité lors de l’immédiat après-guerre ait été une aberration, qui s’explique par le fait que les entreprises aient rattrapé les plus productives et cherché à tirer profit des innovations d’avant-guerre. Cela nous amène toutefois à considérer la possibilité que la faible croissance soit un aspect du capitalisme normal. »

Chris Dillow, « Neoliberalism and productivity », in Stumbling & Mumbling, 26 février 2017. Traduit par Martin Anota

lundi 13 mars 2017

Pourquoi les outils du vingtième siècle ne peuvent réduire les inégalités au vingt-et-unième siècle

« La remarquable baisse des inégalités de revenu et de patrimoine dans les pays riches, de la fin de la Seconde Guerre mondiale au début des années 1980, dépendait de quatre piliers : de puissants syndicats, une éducation de masse, une forte imposition, de larges transferts de revenus. Au cours de ces vingt ou trente dernières années, les inégalités sont reparties à la hausse et les diverses tentatives qui ont cherché à contenir cette nouvelle hausse, mais qui ont échoué à le faire, se sont appuyées sur l’ensemble ou une partie de ces quatre piliers. Mais aucun d’entre eux ne sera efficace au vingt-et-unième siècle.

Pourquoi ? Considérons tout d’abord les syndicats. Le déclin du syndicalisme, que l’on observe dans tous les pays riches et qui est particulièrement prononcé dans le secteur privé, n’est pas seulement le produit de politiques gouvernementales plus hostiles que par le passé. Celles-ci peuvent avoir contribué à la désyndicalisation, mais elles n’en sont pas la cause principale. L’organisation du travail sous-jacente a changé : il y a la désindustrialisation, la tertiarisation et le passage d’unités de production à grande échelle à des unités plus petites, qui emploient moins de travailleurs et qui ne sont pas localisées dans le même endroit. Il est bien plus difficile de coordonner une main-d’œuvre dispersée que de coordonner des travailleurs qui travaillent dans la même usine et partagent un même intérêt. En outre, l’affaiblissement des syndicats est un reflet de la perte de pouvoir du travail vis-à-vis du capital qui est due à l’expansion massive du travail salarié (c’est-à-dire de la main-d’œuvre travaillant dans un système capitaliste) depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la réintégration de la Chine dans l’économie mondiale. Tandis que cette dernière a constitué un choc temporaire, ses effets vont persister pendant encore plusieurs décennies et ils peuvent être renforcés à l’avenir par une forte croissance de la population en Afrique, qui va entretenir l’abondance relative du travail.

L’éducation de masse a été un outil de réduction des inégalités en Occident au cours de la période lorsque le nombre moyen d’années de scolarité passe de 4 ou 6 dans les années 1950 à 13, voire plus, aujourd’hui. Cela entraîna une réduction de la prime de qualification (skill premium), c’est-à-dire de l’écart entre le salaire des diplômés de l’université et le salaire de ceux qui n’ont qu’un diplôme du primaire ou du secondaire, si bien que le fameux économiste néerlandais Jan Tinbergen croyait au milieu des années 1970 que la prime de qualification serait nulle au tournant du siècle. Mais l’expansion de masse de l’éducation est impossible lorsqu’un pays a déjà atteint 13 ou 14 ans d’éducation en moyenne simplement parce que le niveau d’éducation est limité à la hausse. Donc nous ne pouvons nous attendre à ce que les petites hausses dans les niveaux moyens d’éducation fournissent l’effet égalisateur sur les salaires qu’a pu présenter l’éducation de masse par le passé.

Une forte taxation du revenu courant et de hauts transferts sociaux s’avéraient cruciaux pour réduire les inégalités de revenu. Mais il est politiquement difficile de les accroître à nouveau. Cela s’explique avant tout par le plus grand scepticisme vis-à-vis du rôle du gouvernement et des politiques de prélèvements et de transferts que partagent maintenant les classes moyennes dans plusieurs pays par rapport à leurs prédécesseurs d’il y a un demi-siècle. Cela ne veut pas dire que les gens veulent juste payer moins d’impôts ou qu’ils ne sont pas conscients que sans importants prélèvements les systèmes de sécurité sociale, d’éducation gratuite, d’infrastructures modernes, etc., s’effondreraient. Mais cela veut dire que l’électorat est plus sceptique à propos des gains qu’il peut tirer d’une hausse additionnelle de l’impôt sur le revenu courant et qu’une telle hausse a peu de chance d’être votée.

Mais si les fortes inégalités sous-jacentes sont une menace à l’homogénéité sociale et à la démocratie, quels outils doivent être utilisés pour les combattre ? C’est là où je pense que nous devons réfléchir non seulement en prenant du recul, mais aussi en nous donnant un nouvel objectif : un capitalisme égalitaire basé sur des dotations approximativement égales en capital et en compétences dans la population. Un tel capitalisme génère des résultats égalitaires même sans avoir recours à un large Etat redistributif. Pour le dire simplement : si les riches ont seulement deux fois plus d’unités de capital et deux fois plus d’unités de compétences que les pauvres et si les rendements par unité de capital et de compétences sont approximativement égaux, alors les inégalités globales ne peuvent être supérieures de 2 à 1.

Comment les dotations peuvent-elles être égalisées ? Tant qu’il s’agit du capital, par déconcentration de la propriété des actifs. Tant qu’il s’agit du travail, principalement à travers l’égalisation des rendements aux niveaux de compétences relativement similaires. Dans le premier cas, cela passe via l’égalisation du stock de dotations, tandis que dans le second, cela passe par l’égalisation des rendements des stocks (d’éducation).

Commençons avec le capital. C’est un fait remarquable, auquel peu d’attention a été donnée, que la concentration des richesses et du revenu de la propriété est restée à un niveau incroyablement élevé, en l’occurrence d’environ 90 points de Gini, voire plus, depuis les années 1970 dans tous les pays riches. C’est en grande partie la raison pour laquelle le changement dans le pouvoir relatif du capital sur le travail et la hausse de la part du capital dans la production nette se sont directement traduits par une hausse des inégalités interpersonnelles. Ce fait évident était négligé tout simplement parce qu’il paraissait si… évident. Nous sommes habitués à penser que comme la part du capital va à la hausse, les inégalités de revenu doivent faire de même. Oui, c’est exact ; mais c’est exact parce que le capital est extrêmement concentré et donc qu’une hausse dans une source très inégale de revenu doit pousser les inégalités globales à la hausse. Mais si la propriété du capital devient moins concentrée, alors une hausse de la part du capital, qui peut être (supposons) inévitable en raison de forces internationales telles que le passage de la Chine au capitalisme, n’a pas besoin d’entraîner un accroissement des inégalités dans chaque pays riche pris individuellement.

Les méthodes pour réduire la concentration du capital ne sont pas nouvelles, ni inconnues. Elles n’ont juste jamais été utilisées sérieusement. Nous pouvons les répartir en trois groupes. Premièrement, les politiques fiscales favorables (notamment un taux de rendement minimum garanti) pour rendre la propriété d’actions plus attractive aux petits actionnaires (et moins attractive aux gros actionnaires, c’est-à-dire que le système devrait être l’exact inverse de celui qui est aujourd’hui en vigueur aux Etats-Unis). Deuxièmement, l’accroissement de la propriété du travailleur via le développement de l’épargne salariale sous forme d’actions et d’autres incitations au niveau des entreprises. Troisièmement, l’utilisation des impôts sur l’héritage ou sur le patrimoine pour égaliser l’accès au capital en utilisant les recettes fiscales pour donner à chaque jeune adulte une aide en capital (comme l’a récemment proposé Tony Atkinson).

Que faire avec le travail ? Ici, dans une société riche et bien éduquée, il ne s’agit pas simplement de rendre l’éducation plus accessible à ceux qui n’ont pas une chance d’étudier (bien que cela soit évidemment important), mais d’égaliser les rendements à l’éducation entre des personnes éduquées pareillement. Une source significative d’inégalités salariales n’est plus la différence entre le nombre d’années de scolarité (comme cela fut le cas par le passé), mais la différence entre les salaires (pour le même nombre d’années d’études) en se basant soit sur la différence perçue, soit sur la différence effective dans les qualités scolaires. Réduire cette inégalité passe par une égalisation de la qualité des écoles. Aux Etats-Unis et de plus en plus en Europe, cela implique une amélioration de la qualité des écoles publiques (un point souligné par Bernie Sanders lors des récentes élections américaines). Ce n’est possible qu’avec de larges investissements dans l’amélioration de l’éducation publique et le retrait de divers avantages (notamment l’exemption d’impôts) dont jouissent les formations privées qui reçoivent de larges dotations financières. Sans l’égalisation des règles du jeu entre écoles privées et publiques, une simple hausse du nombre d’années de scolarité ou de la réussite exceptionnelle de quelques enfants de la classe moyenne inférieure à atteindre les formations tertiaires d’élite (qui servent de plus en plus les seuls riches), ne vont pas réduire les inégalités dans les revenus du travail.

Dans un prochain billet, je m’attaquerai à la question de l’Etat-providence à l’ère de la mondialisation et de la migration. »

Branko Milanovic, « Why 20th century tools cannot be used to address 21st century income inequality? », in globalinequality (blog), 12 mars 2017. Traduit par Martin Anota



aller plus loin... lire « Comment la déformation du partage du revenu en faveur du capital accroît-elle les inégalités ? »

dimanche 12 mars 2017

Les liens de la semaine

Autour des sciences économiques



Croissance, fluctuations et crises

  • L'OCDE relève ses prévisions de croissance pour la France en 2017 (La Tribune)
  • Le prochain président pourra-t-il relancer l'économie ? (La Tribune)
  • Grèce : nouvelle contraction du PIB en 2016 (La Tribune)
  • Optimisme pour la zone euro : nous avons du mal à le partager (Patrick Artus)
  • Il n’y a pas insuffisance de l’investissement des entreprises aux Etats-Unis (Patrick Artus)
  • Brésil – La très longue récession (Philippe Waechter)
  • Erreur de mesure de la croissance : l’explication du “mystère de la productivité” ? (Patrick Artus)



source : OCDE (2017)

Immigration

  • France : la crise accouche d'une baisse des naissances (La Tribune)
  • L’immigration, une force plus que vive (Libération)
  • Il y a déjà un effet Trump sur l'immigration illégale en provenance du Mexique (La Tribune)


Monnaie et finance


Réformes structurelles

  • France : peut-on utiliser seulement des réformes microéconomiques ? (Patrick Artus)
  • France : que faire si on veut supprimer toutes les rentes? (Patrick Artus)


Politique budgétaire et dette publique

  • Quelles ont été les répercussions de l’austérité dans le sillage de la Grande Récession ? (D'un champ l'autre)
  • Tout le monde se fiche de la dette publique (Classe éco)
  • Comment a été rétablie en France dans le passé la solvabilité budgétaire ? (Patrick Artus)
  • Quels risques si le financement monétaire du déficit public devient la règle ? (Patrick Artus)


Commerce international


GRAPHIQUE Solde commercial de la France (en milliards d'euros)

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source : Les Echos (2017)https://www.lesecho...

Finance internationale


Intégration européenne

  • Les contrecoups de l’unification monétaire (D'un champ l'autre)
  • Brexit, est-ce grave ? (Guillaume Duval)
  • Fin de l’euro : mais réalise-t-on les inconvénients des changes flexibles ? (Patrick Artus)
  • Aglietta, Artus: regards croisés sur les futurs de l’euro (Télos)
  • L’euro fort n’est pas un problème pour l’Allemagne; l’éclatement de l’euro serait un problème grave pour l’Allemagne (Patrick Artus)



source : Centre d'observation de la société (2017)

Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Salaire moyen des femmes rapporté à celui des hommes (en %)

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source : Observatoire des inégalités (2017), d'après les données de l'INSEE

8 mars : zoom sur les inégalités hommes-femmes


source : Observatoire des inégalités (2017)

Travail, emploi, chômage


GRAPHIQUE Évolution de l'emploi salarié dans les secteurs marchands

source : INSEE (2017)

Science politique

  • François Fillon redevient le premier choix de la droite (La Tribune)
  • Comment François Fillon a durci son discours depuis les révélations du « Canard enchaîné » (Le Monde)
  • Les affaires judiciaires n’altèrent pas l’image de Marine Le Pen (Le Monde)
  • Macron : un programme très proche de Hollande en 2012 (Le Monde)
  • Des échéances électorales légèrement moins mobilisatrices qu'en 2012 (INSEE)
  • Élections de 2017 : 6,5 % des citoyens ont fait une démarche volontaire pour s’inscrire (INSEE)
  • La gauche en ses défaites (La Vie des idées)


Populisme, Trump...





lire la précédente revue de presse

Quelques comparaisons internationales de PIB par tête

« La focalisation sur le PIB plutôt que sur le PIB par tête biaise les comparaisons internationales. J’ai réalisé un petit sondage sur Twitter (recueillant environ 500 votes) demandant quel pays, parmi l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, a connu la croissance la plus rapide entre 2006 et 2015. Maintenant, ceux qui ont répondu à ce sondage s’y connaissent très certainement en économie, mais plus de la moitié choisir la mauvaise réponse (…). Voici un graphique construit à partir des données du FMI :

GRAPHIQUE PIB réel par tête (en indices, base 100 en 2006)

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Je pense que la principale raison expliquant pourquoi moins de 50 % ont choisi l’Allemagne est que nous sommes si habitués à utiliser les comparaisons de PIB et que le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont connu une immigration à grande échelle au cours de cette période. En utilisant le PIB, les Etats-Unis gagnent (avec une croissance de 12 %), suivis par l’Allemagne (10,5 %) et le Royaume-Uni (9,5 %), avec le Japon en fin du classement avec 3,5 %. Mais les chiffres des Etats-Unis et du Royaume-Uni sont largement gonflés par l’immigration.

Pourquoi l’Allemagne a-t-elle réalisé de si bonnes performances en termes de niveaux de vie moyens ? Nous devons parler de la demande et de l’offre. Comme les lecteurs de ce blog doivent le savoir, l’Allemagne a autant souffert de l’austérité que les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Mais comme ils doivent également le savoir, cette austérité a été compensée par le large avantage compétitif que l’Allemagne a acquis sur les autres pays-membres de la zone euro grâce à la faible croissance de ses salaires entre 2000 et 2006. Une forte croissance dans le commerce net a compensé l’austérité, entraînant une performance en termes de production par tête relativement forte (et, avec cela, un large excédent du compte courant).

Comme cette hausse de la demande a-t-elle pu s’accompagner d’une hausse de l’offre ? Pas via une croissance plus rapide de la productivité (mesurée en termes de production par personne employée), qui a été faible au cours de cette période. En fait, l’accroissement de l’offre est passé via une baisse surprenante du chômage. En 2006, le taux de chômage en Allemagne était de 10 %, tandis qu’il était en 2015 inférieur à 5 %. Cela s’explique l’adoption des réformes Hartz. Comme Tom Krebs et Martin Scheffel l’ont souligné, ces réformes ont aussi bien créé des perdants (en termes de risque, en particulier) que des gagnants en termes de revenu moyen par tête.

Tout cela montre bien que les chiffres du PIB peuvent constituer un mauvais guide pour évaluer la croissance des revenus moyens. Cela aussi permet aussi de mettre en perspective les affirmations des politiciens conservateurs, largement relayées par les médias, selon lesquelles le Royaume-Uni aurait mieux fait que n’importe quel autre pays. Au cours de cette période raisonnablement longue (vous pouvez toujours sélectionner des horizons courts), l’Allemagne a clairement réalisé de meilleures performances que n’importe quel autre pays parmi les plus importants, puisqu’elle a connu une croissance supérieure à 11 % par an entre 2006 et 2015. Vient ensuite un groupe de pays avec une croissance d’environ 4 %, incluant les Etats-Unis et le Japon, ainsi que la Suède et la Suisse. Puis, il y a un autre groupe de pays ayant une croissance d’environ 2 %, notamment le Royaume-Uni, l’Irlande et les Pays-Bas. Juste derrière eux viennent la France et la Belgique avec une croissance de 1 %.

Le Royaume-Uni n’est certainement pas en fin de classement, puisque plusieurs pays ont un PIB par tête en 2015 inférieur au niveau qu’il atteignait en 2006. Ces pays incluent l’Espagne, le Portugal, la Finlande et le Danemark, avec des performances réellement mauvaises de la part de l’Italie et de la Grèce. Mais même une croissance de 4 % pendant 9 ans n’a pas de quoi rendre fier. Parmi tous ces pays, seule l’Allemagne peut prétendre avoir effectivement connu une reprise suite à la récession. »

Simon Wren-Lewis, « International GDP per capita comparisons », in Mainly Macro (blog), 12 mars 2017. Traduit par Martin Anota

samedi 11 mars 2017

La hausse des profits et le ralentissement de la productivité

« (…) Ici je voudrais discuter de certaines nouvelles preuves empiriques en ce qui concerne la hausse de la part des profits dans la production, un complément à la baisse des coûts du travail, et voir comment cela peut influencer la productivité mesurée. Les preuves empiriques suggérant que la part du profit augmente sont importantes, parce qu’il ne s’ensuit pas nécessairement qu’une chute de la part du travail réduise la croissance de la productivité ; cela n’a toujours été qu’une possibilité. Avec une part du profit croissante, je pense que vous pouvez faire un lien plus direct avec la baisse de la productivité mesurée.

Les preuves empiriques suggérant une hausse des parts du profit et des marges


La récente étude de Simcha Barkai fournit des preuves empiriques suggérant que non seulement la part du travail chute, mais aussi la part du capital. Cette combinaison implique que la part du profit dans la production s’accroît. Et par profit, il entend les profits économiques (c’est-à-dire les rentes), par opposition aux profits comptables. Les études antérieures qui ont mis en évidence une chute de la part du travail ont soit ignoré la possibilité que cela puisse signifier une hausse de la part du profit, soit supposé implicitement que cela signifiait une hausse de la part du profit. Barkai montre lui qu’il y a une forte hausse de la part du profit au cours du temps. (…)

La hausse de la part des profits dans la production semble cohérente avec certaines preuves empiriques concernant l’épargne des entreprises. Chen, Karabounis et Neiman ont montré que la source de l’épargne dans l’économie mondiale n’est plus les ménages, mais les entreprises. Etant donné que le comportement de l’investissement est resté relativement le même au cours du temps, cela signifie que les entreprises ont connu une amélioration de leur situation financière. Alors qu’elles étaient auparavant débiteurs nets (en empruntant auprès des ménages pour acheter des biens d’investissement), elles sont désormais des créanciers nets (en utilisant leur propre argent pour acheter des biens d’investissement). (…)

L’effet des marges sur les niveaux de productivité

Les entreprises génèrent du profit en fixant un prix supérieur à leurs coûts marginaux. Donc si les profits sont élevés, cela implique que la marge a augmenté. Pour dire quelque chose à propos de l’effet que la hausse des marges peut avoir sur la productivité, nous devons avoir une certaine idée pour expliquer pourquoi les entreprises sont capables d’avoir une marge au-delà du coût marginal et aussi une certaine idée de ce qui influence cette marge (mark-up).

Pour l’explication, nous supposons que les entreprises ont un certain pouvoir de marché basé sur… quelque chose les concernant. Peut-être qu’elles ont un brevet sur un produit, ce qui les a placé en situation de monopole. Ou peut-être qu’elles ont créé une certaine marque ou disposent d’une certaine réputation (méritée ou non) quant à la qualité de leur produit, ce qui amène les gens à ne désirer que ce dernier. Pensez à Apple. Ou peut-être qu’elles ont un certain avantage spatial, comme en dispose un café dans une station très fréquentée. Qu’importe la raison, ces entreprises ont assez de pouvoir de marché pour avoir une marge.

Qu’est-ce qui détermine le niveau de cette marge et pourquoi changerait-elle ? En général, l’élasticité-prix de la demande pour leurs produits est ce qui importe ici. Plus l’élasticité-prix est élevée (plus la courbe de la demande est plate), moins une entreprise a du pouvoir de marché et moins leur marge est élevée. Plus l’élasticité-prix est élevée (plus la courbe de demande est pentue), plus une entreprise dispose de pouvoir de marché et plus elle peut avoir une marge importante.

Une élasticité-prix serait élevée s’il y avait plein de substituts proches pour le produit, si bien que les gens pourraient facilement abandonner le produit si son prix augmentait un peu. Pensez aux stations essence, qui ont un faible pouvoir de marché en raison de leur localisation spatiale. Mais beaucoup de gens s’arrêteraient d’aller à une station essence qui augmenterait ses prix de quelques centimes. Une élasticité-prix serait faible s’il n’y avait que quelques substituts pour le produit ou si le produit était un complément à d’autres produits que les gens achètent. Ensuite, qu’importe ce que l’entreprise fixe comme prix, les gens lui achèteront son produit. Pensez à un iPhone. Apple a convaincu les gens (qu’importe que vous y croyez ou pas) qu’il n’y a pas de substitut à un iPhone, que les autres smartphones sont tout simplement différents. Donc Apple peut vendre un iPhone à 600 dollars, alors que le coût marginal est très certainement proche de 100 dollars.

Quand les preuves empiriques disent que les marges vont à la hausse, alors une interprétation pourrait être que l’élasticité-prix de la demande pour différents biens a diminué. Cela pourrait être le cas si les gens sont devenus difficiles. Je veux un iPhone, pas un Samsung. Je veux un doublé thé chai au lait, pas un café. (…) Imaginons que chacun se comporte comme une ado de 13 ans.

Maintenant, si les marges sont plus élevées parce que l’élasticité-prix de la demande pour des biens individuels est plus faible, qu’est-ce que cela implique pour la productivité mesurée ? Bien, dans la plupart des cadres typiques, cela diminuerait la productivité mesurée. Pourquoi ? Une baisse de l’élasticité-prix de la demande provient d’une baisse de l’élasticité de substitution entre différents produits. Et une faible élasticité de substitution entre les produits signifie que la plupart de nos intrants (le travail, le capital) finissent par se retrouver dans les entreprises ou secteurs les moins productifs. La productivité mesurée a freiné dans ce cas en raison de la concentration d’intrants dans ces secteurs à faible productivité.

Si c’est bien cela qui se passe, alors nous devrions voir des symptômes proches de ceux de la "maladie des coûts" de Baumol. Les facteurs de production (le capital et le travail) devraient aller dans les secteurs les moins productifs et le prix relatif de la production dans ces secteurs devrait augmenter. Ici je pense que vous devriez faire référence à la hausse rapide du prix de la garde d’enfants, de l’éducation et de la santé, parmi d’autres activités, pour étayer l’argument. Résumons cette optique. L’élasticité de substitution entre produits a décliné au cours du temps. Cela se traduit (1) par une hausse des profits, comme les entreprises jouissent d’une hausse de pouvoir de marché lorsque les gens ne désirent pas se détourner de leurs produits et (2) par une baisse de la productivité mesurée, comme les ressources se concentrent davantage dans les secteurs à faible productivité. Dans ce cas, la hausse des profits n’est pas une cause de la baisse de la productivité.

Le problème avec cette explication est qu’elle dépend du changement des préférences. Il n’est pas clair pourquoi l’élasticité de substitution entre produits dans de larges secteurs se serait réduite. (…)

Concentration et pouvoir de marché


Une explication alternative pour faire sens avec la hausse des profits et la baisse de la productivité serait la concentration des entreprises au sein des secteurs. Imaginez que vous ayez un certain nombre de secteurs : la santé, le transport, l’industrie, l’éducation, etc. Et que les préférences soient telles que les productions de ces secteurs soient complémentaires, avec une faible élasticité de substitution entre elles.

Dans chaque secteur, les gens désirent substituer entre les productions des différentes entreprises. Les entreprises sont engagées dans une concurrence à la Cournot : elles essayent de faire un maximum de profit en prenant en compte les réactions des autres entreprises. Le résultat fondamental dans un cadre à la Cournot est que la marge des entreprises augmente lorsque le nombre d’entreprises diminue. Moins d’entreprises, moins de concurrence, plus de marges. On peut lire les preuves empiriques d’une hausse des parts de profit dans l’étude de Barkai comme cohérents avec l’idée d’un déclin du nombre d’entreprises en concurrence les unes avec les autres dans chaque secteur.

Et je pense que cela entraînerait une baisse de la productivité agrégée. Pour les secteurs avec moins d’entreprises, celles-ci produiraient moins et, si le coût marginal est constant comme dans un cadre typique à la Cournot, cela signifie que moins d’intrants sont utilisés. Parce que les productions des différents secteurs sont complémentaires, nous n’aimons pas avoir moins de production dans un secteur donné, donc de façon à convaincre ce secteur de produire plus, nous accepter de payer un prix plus élevé. S’il faut payer un prix plus élevé pour obtenir la production d’un secteur donnée, c’est comme si le niveau de productivité avait baissé dans ce secteur. Et parce que les différents secteurs sont complémentaires, la productivité agrégée est poussée à la baisse, alourdie par les secteurs les moins productifs. La concentration dans quelques secteurs va dont freiner la productivité au niveau agrégée. (…)

Offres de facteurs et PIB

Mais attendez, il y a plus ! La productivité peut être affectée par la hausse des marges et, même indépendamment de cela, le PIB est influencé par les offres de facteurs. Une hausse des marges ou des profits se fit au prix d’une réduction de la part de la production allant au capital et au travail. Ce qui signifie que le rendement qu’il y a à fournir du capital et du travail est plus faible. Et s’il y une élasticité à l’offre de ces facteurs, alors les gens ont certainement fourni moins de capital et moins de travail en réponse à la chute des parts du capital et du travail. Une baisse du capital et du travail a dû se traduire par une baisse du PIB total (et du PIB par tête), même si la productivité est restée la même. Et si la productivité s’en est également trouvée affectée, alors l’effet d’une hausse des parts du profit sur le PIB a été encore plus large.

Pour résumer, une hausse de la part du profit (soit directement, soit en implication de l’essor de l’épargne des entreprises) peut expliquer une partie du ralentissement de la productivité et de la croissance du PIB au cours des vingt, voire trente dernières années. Il est difficile pour moi de chiffrer précisément cette contribution, mais il est utile de mieux l’explorer. »

Dietrich Vollrath, « Profits and productivity », 6 mars 2017. Traduit par Martin Anota



aller plus loin... lire « Et si la chute de la part du travail s'expliquait par la plus forte concentration des entreprises ? »

vendredi 10 mars 2017

Le problème avec les experts

« Paul a soulevé une importante question : qu’est-ce qui ne va pas avec les experts ? J’ai peur que la réponse soit : plein de choses.

Ces diverses fautes n’incluent toutefois pas l’échec à prévoir les crises financières. Ce n’est pas le boulot des économistes de se comporter comme des devins, tout comme nous n’attendons pas des mécaniciens qu’ils nous prédisent le prochain problème avec notre voiture, ni n’attendons des docteurs qu’ils prédisent notre prochaine maladie. Il y a pas mal de bonnes choses que les économistes peuvent faire sans avoir à jouer les prophètes.

En fait, l’un des problèmes avec les experts (pour le public tout du moins) est qu’ils n’identifient pas suffisamment ce que Charlie Munger appelait les frontières de leur compétence : ils ne disent pas ce qu’ils ne savent pas. Le problème avec les économistes n’est pas tant leur incapacité à prévoir la crise que leur échec à dire au public que les récessions sont imprévisibles (du moins par des techniques orthodoxes ?). En 2000, Prakash Loungani a montré que le consensus économique a échoué à prédire presque chaque récession et, autant que je sache, rien n’a vraiment changé depuis.

Bien sûr, il n’y a rien de spécifique aux économistes sur ce point. (…) Les dirigeants d’entreprise discutent rarement ouvertement des limites de leur capacité à contrôler leur entreprise ; les banquiers n’admettent pas souvent être incapables de gérer le risque ; les gestionnaires de fonds ne disent pas publiquement que les marchés sont largement efficients ; et ainsi de suite.

Je crains que la pression parmi les universitaires à publier exacerbe cette erreur. Comme Andrew Gelman l’a régulièrement affirmé, la mentalité du "p>0,05=résultat !" nous a donné beaucoup de mauvaise science. Cela peut affaiblir la confiance du public. Prenons un exemple récent : on a pu affirmer que les pommes de terre rôties provoquaient le cancer. Cela va à l'encontre du sens commun, dans la mesure où beaucoup mangent des pommes de terre rôties, mais seulement peu se retrouvent avec un cancer, ce qui suggère que le lien, s'il existe, doit être faible. C’est le genre de choses qui amène beaucoup à se dire "mais les experts, que savent-ils vraiment ?"

Dans ce contexte, nous devons rappeler une remarque faite par William Easterly : "les experts sont aussi exposés aux biais cognitifs que le reste d’entre nous". L’un d’eux est la confiance excessive. Un autre est que la pensée du groupe peut générer des modes intellectuelles, comme par exemple celle de la domination des modèles DSGE.

Peut-être qu’une autre facette de cette confiance excessive est la présomption selon laquelle le savoir et l’expertise doivent être centralisés, dans un seul esprit. Mais comme Hayek l’a souligné, dans certains contextes, ce n’est pas possible. Dans ces cas-là, le savoir doit être fragmentaire, tacite et dispersé. Les consommateurs, par exemple, peuvent être de meilleurs prévisionnistes économiques que les experts, tout comme les marchés obligataires. Et les travailleurs peuvent quelquefois en savoir plus que leurs dirigeants.

Ce qui nous amène à nous pencher sur un grand problème. Nous avons trop souvent l’impression que les experts sont du côté du pouvoir. C’est en partie de la faute aux médias : les patrons, par exemple, sont régulièrement présentés comme une élite sacerdotale plutôt que comme de simples chercheurs de rente.

Mais la faute tient aussi aux experts eux-mêmes. Les économistes ne soulignent pas suffisamment que certains des constats établis de leur discipline remettent en question les revendications de pouvoir. Par exemple, l’hypothèse des marchés efficients nous dit que les gestionnaires de fonds sont des charlatans ; la présence des déséconomies d’échelles suggère que les dirigeants d’entreprise n’ont pas autant de contrôle qu’ils le prétendent ; et l’économie du choix public nous signale que ceux qui sont au pouvoir sont souvent simplement des chercheurs de rentes.

Dans ce contexte, même un empirisme qui est en soi tout à faire remarquable peut se révéler réactionnaire. Etudier les effets des petits ajustements que l’on peut apporter au capitalisme conduit à marginaliser la question des grands bouleversements. De cette façon, comme Paul le dit, les économistes acceptent involontairement le réalisme capitaliste.

En lien avec cela, les économistes orthodoxes ont eu trop peu conscience des problèmes touchant à la répartition des revenus et des richesses. Le critère éthique par défaut en économie est l’efficience de Pareto. Donc, par exemple, nous avons accepté la mondialisation parce qu’elle est potentiellement Pareto-optimale : les gains qu’elle génère pour les économies occidentales sont plus importants que les pertes. Cela nous a amené à ignorer le fait qu’une possible amélioration parétienne qui ne s’accompagne d’aucune compensation pour les perdants soit discutable.

Si les économistes avaient un différent modèle mental par défaut, ils auraient été plus à même de se déclarer en faveur de politiques qui bénéficient réellement à tout le monde. Si les économistes utilisaient le principe de différence de Rawls (qui souligne la nécessité d’adopter des politiques et des institutions qui "soient au plus grand bénéfice des membres les moins avantagés de la société"), ils auraient davantage eu conscience des inégalités. Nous savons tous qu’un fossé s’est creusé entre les experts et le public (qui s’est notamment révélé dans le monde anglo-saxon avec la formule "c’est votre PIB, pas le nôtre"). Pour que la qualité du discours public s’améliore, ce fossé doit se refermer. Cela est (en partie) de la responsabilité des experts eux-mêmes. »

Chris Dillow, « The trouble with experts », in Stumbling and Mumbling (blog), 13 février 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 5 mars 2017

Les liens de la semaine

Autour des sciences économiques



Croissance, fluctuations et crises

  • Quelles sont les causes et conséquences du ralentissement de l’investissement dans les pays en développement ? (D'un champ l'autre)
  • Le PIB progresse de 0,4 % au quatrième trimestre 2016 et de 1,1 % sur l'ensemble de l'année (INSEE)
  • L'inflation atteint 2 % en zone euro pour la première fois depuis quatre ans (La Tribune)
  • En 2016, la croissance américaine au plus bas depuis cinq ans (Le Monde)
  • Le ralentissement des gains de productivité aux Etats-Unis et dans la zone euro vient-il de la déformation de la structure de l’économie ou d’un ralentissement généralisé, présent dans tous les secteurs, de la productivité ? (Patrick Artus)
  • La croissance chinoise devrait ralentir en 2017 (La Tribune)
  • Pour mesurer la vitesse de redressement des économies, il faut analyser la taille de l’écart entre croissance et croissance potentielle (Patrick Artus)


Immigration

  • L’analyse des flux migratoires entre la France et l’étranger entre 2006 et 2015 (INSEE)
  • Les immigrés sont plus diplômés que la population française (Alter éco)
  • Mondialisations et migrations : dépasser le cadre de l’État pour penser la mobilité (The Conversation)


GRAPHIQUE Le produit intérieur brut et ses composantes

source : INSEE (2017)

Environnement et ressources naturelles

  • Le pétrole baisse nettement face à de mauvais signes sur l'offre (La Tribune)
  • Perturbateurs endocriniens : nouvel échec de Bruxelles (Le Monde)
  • Les perturbateurs endocriniens, qu’est-ce que c’est ? (Le Monde)
  • La géopolitique des défis environnementaux (Project Syndicate)
  • Comment nourrir (durablement) 10 milliards de Terriens (Alter éco)


Instabilité et régulation financières

  • Euphorie en Bourse après le discours de Trump et la Fed (La Tribune)
  • Fondamentalement, les cours boursiers des pays de l’OCDE peuvent-ils monter ? (Patrick Artus)
  • Que verrait-on si les marchés financiers s’inquiétaient de Trump ? (Patrick Artus)
  • Plus de 320 milliards de dollars : les amendes payées par les banques depuis la crise financière mondiale (La Tribune)
  • « Tous les ingrédients d'un nouveau krach sont réunis » (La Tribune)
  • Le retour prochain de la flambée financière (Project Syndicate)
  • Une réglementation financière “America First” ? (Project Syndicate)


Politique économique


Politique budgétaire et dette publique

  • Les finances publiques italiennes sous la pression de la Commission européenne (Le Monde)
  • #entretien La mise en garde de l'ex chef économiste du FMI contre l'austérité (Olivier Blanchard)
  • Hamon, Sapin et les 3% (Econoclaste)
  • Dette publique : faut-il envisager le défaut ? (La Tribune)
  • Quand les politiques budgétaires ont-elles arrêté d’être seulement contracycliques et pourquoi ? (Patrick Artus)


Politique monétaire

  • Fed : Janet Yellen envisage une hausse des taux directeurs en mars (Le Monde)
  • Inflation à 2 % en zone Euro – Pas d’affolement à la BCE (Philippe Waechter)
  • La crédibilité anti-inflationniste de la Réserve Fédérale, de la BCE et de la Banque d’Angleterre est-elle en train de disparaître ? (Patrick Artus)
  • Comment réagissent les taux d’intérêt à long terme si la Banque Centrale ne lutte pas contre l’inflation ? (Patrick Artus)
  • Quantitative easing dans la zone euro : l’effet sur le niveau des taux d’intérêt à long terme, l’effet sur la réaction des taux d’intérêt à long terme aux chocs (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Évolutions de l'indice des prix à la consommation en France (en %)

source : INSEE (2017)

Commerce international

  • La fin du libre-échange a-t-elle sonné ? (CEPII)
  • Les Etats-Unis prêts à faire prévaloir les règles américaines sur celles de l’OMC (Le Monde)
  • Donald Trump a-t-il vraiment incité les entreprises à revenir aux Etats-Unis ? (L Tribune)
  • Réforme fiscale aux États-Unis : pour ou contre la Border Adjustment Tax (BAT) ? (La Tribune)
  • Comment les importations stimulent l'emploi (Project Syndicate)
  • Suivons la théorie économique en ce qui concerne les effets d’une relance budgétaire et de mesures protectionnistes au plein emploi (Patrick Artus)
  • Échec du modèle de spécialisation internationale des 20 dernières années ? (Patrick Artus)


Finance internationale


Intégration européenne

  • Une sortie de l’euro est-elle possible ? profitable ? (The Conversation)
  • « Le retour au franc ne serait pas synonyme d’une souveraineté monétaire retrouvée » (Le Monde)
  • Grexit, un sentiment qui monte (Alter éco)
  • Quand le piège grec se referme sur Juncker (La Tribune)
  • L’Union européenne face au défi réactionnaire (The Conversation)
  • L'Europe à la croisée des chemins (Project Syndicate)
  • France : plusieurs candidats à la présidentielle réclament la dépréciation du change, la monétisation des dettes publiques ; mais la BCE a déjà fait tout cela, alors qu’attendre de plus ? (Patrick Artus)
  • Dans une Union Monétaire, le capital (l’épargne) doit aller des pays à capital par tête élevé vers les pays à capital par tête faible. Cette organisation efficace n’a jamais été présente dans la zone euro (Patrick Artus)
  • Deux problèmes profonds de la zone euro révélés par la situation de la Grèce (Patrick Artus)
  • Dans la période de taux d’intérêt très bas, la zone euro n’a pas corrigé ses problèmes structurels (Patrick Artus)
  • Le “drame” de la zone euro : on ne sait pas y corriger les problèmes de compétitivité-coût (Patrick Artus)


Inégalités et justice sociale

  • Des inégalités à foison (Alter éco)
  • Le retour des héritiers (Alter éco)
  • La situation financière se transmet partiellement de génération en génération (INSEE)
  • Et si on s’attaquait aux vraies causes des inégalités scolaires ? (Alter éco)
  • Pour la génération 1980, deux ans de retraite et 4,5 % de pension en moins (Le Monde)
  • Les clés d’un nouveau modèle social. La révolution du revenu universel (La Vie des idées)
  • Revenu universel : évitons les discours simplistes (Patrick Weil)


Travail, emploi, chômage

  • Reprise de l’emploi en France : d’où vient-elle ? (Patrick Artus)
  • Le nombre de demandeurs d’emploi devrait repartir comme prévu à la hausse en 2017, selon l’Unedic (Le Monde)
  • Chômage de masse: les propositions des principaux candidats à la présidentielle (Le Monde)
  • « Il est possible de faire baisser significativement le chômage en France » (Eric Heyer)
  • La dette de l'assurance chômage atteindrait 33,6 milliards en 2017 (La Tribune)
  • Assurance chômage : le patronat fait un premier pas sur la taxation des contrats courts (La Tribune)
  • Le grand écart des salaires (Centre d'observation de la société)
  • Sur l’ensemble d’une carrière, le manque à gagner moyen d’une femme par rapport à un homme est de 300.000 €. Il approche 480.000 € pour les plus diplômé.es ! (Jean Gadrey)
  • Où sont passés les métiers d’il y a 30 ans ? (Alter éco)
  • Le salariat est-il mort ? (Philippe Askenazy)



source : Centre d'observation de la société (2017)

Progrès technique et emploi


Science politique


  • Les médias à l’épreuve des élections présidentielles (Télos)
  • François Fillon maintient sa candidature malgré sa convocation par les juges (Le Monde)
  • Quelles suites pour François Fillon après sa convocation par les juges ? (Le Monde)
  • Affaire Fillon : la présidentielle prise en otage (Le Monde)
  • Parrainages et comptes de campagne : que se passerait-il en cas de retrait de François Fillon ? (Le Monde)
  • Affaire Fillon : malgré l’immunité parlementaire, un député peut-il être mis en examen ? (Le Monde)
  • Assistant parlementaire, un métier qui se professionnalise (Le Monde)
  • Enfants, époux, cousins : un député sur six emploie un proche comme collaborateur (Le Monde)
  • Transparence sur les collaborateurs : les députés qui ont joué le jeu… et les autres (Le Monde)
  • Qui sont les soutiens d’Emmanuel Macron ? (Le Monde)
  • Comment les députés ont-ils utilisé les 81 millions d’euros de réserve parlementaire ? (Le Monde)
  • Cette fameuse séparation des pouvoirs (La Vie des idées)
  • Brexit : l'Ecosse osera-t-elle un référendum unilatéral sur l'indépendance ? (La Tribune)



Banlieues, police... Fourre-tour autour de la déviance





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samedi 4 mars 2017

Une récession provoquée par des anticipations autoréalisatrices ?

« (...) Je me suis permis de conclure mon dernier cours par une note de réflexion. Je fais savoir que la macroéconomie a commis une erreur en ignorant le rôle de la finance avant la crise, mais je souligne aussi que la lenteur de la reprise qui s'ensuivit est en soi une confirmation du modèle macroéconomique de base : l’austérité est une mauvaise idée à la borne inférieure zéro (zero lower bound), l’assouplissement quantitatif (quantitative easing) n’a pas été inflationniste et les taux d’intérêt sur la dette publique n’ont pas augmenté, mais chuté.

Jusqu’à présent, cela semble familier. Mais je finis mon cours en montrant à mes étudiants le graphique suivant.

GRAPHIQUE Logarithme du PIB britannique et de sa tendance d’avant-crise

Wren-Lewis__Logarithme_du_PIB_britannique_et_de_sa_tendance_d_avant-crise.png

Et je dis que nous n’avons vraiment pas d’idée pour expliquer pourquoi il n’y a pas eu de reprise suite à la Grande Récession, qu’il y a donc encore plein de mystères irrésolus en macroéconomie. L’énigme nous laisse plus perplexe dans le cas du Royaume-Uni parce que la tendance d’avant-crise y était si stable, mais quelque chose de similaire s’est produit dans d’autres pays. Je pense que c’est tout à fait adéquat de finir mon cours avec cette une note d’humilité (et peut-être d’inspiration).

Une manière mécanique d’expliquer ce qui s’est passé est de briser la tendance : suggérer que le progrès technique a ralenti durablement. Cela signifie inévitablement que la période d’avant-crise est transformée en boom. Je me suis montré des plus sceptiques à propos de cette idée, mais je dois admettre qu’une partie de mon scepticisme vient des idées traditionnelles à propos de la façon par laquelle l’inflation se comporterait dans un boom.

Cependant une autre explication que j’ai toujours eu à l’esprit et que d’autres ont commencé à explorer est que peut-être nous sommes restés dans une période durable de demande insuffisante. La théorie keynésienne suggère qu’une telle possibilité peut survenir. Supposons que les entreprises et les consommateurs en viennent à croire que l’écart de production (output gap) est actuellement nul alors même qu’il ne l’est pas et qu’ils croient de façon erronée que la récession provoqua un changement significatif du PIB potentiel, mais aussi de son taux de croissance. Supposons aussi que les travailleurs au chômage reviennent eux-mêmes à l’emploi en réduisant leur salaire (réel) ou disparaissent en cessant de chercher un emploi. La première éventualité s’observe notamment si les entreprises choisissent des techniques de production plus intensives en travail : pour laver les voitures, elles peuvent remplacer les machines par des travailleurs avec des lances.

Dans cette situation, comment savons-nous que nous souffrons d’une insuffisance de la demande globale ? La réponse traditionnelle en macroéconomie est la déflation nominale : la chute des prix et des salaires. Mais parce que des travailleurs sont déjà revenu à l’emploi en acceptant une baisse de salaire, plus rien d’autre ne va venir du côté des salaires. Donc pourquoi est-ce que les entreprises réduiraient les prix ?

Si la tendance d’avant-crise s’applique toujours, cela signifie qu’il y a de nombreuses innovations attendant de s’incarner dans un nouvel investissement. Avec ce nouveau capital bien plus efficace en place, soit les entreprises accroîtraient leurs profits en vendant à leur marché existant, soit elles essaieraient d’accroître leur part de marché en vendant moins cher que leurs concurrents. Nous observerions alors une reprise tirée par l’investissement, accompagnée par une hausse de la productivité et peut-être une baisse des prix.

Mais supposons que les innovations ne soient pas suffisamment profitables pour générer une hausse des profits qui justifierait d’entreprendre l’investissement, même si les coûts d’emprunt sont faibles. Ce qui explique le mieux pourquoi le progrès technique incarné prend place, c’est peut-être le besoin de satisfaire un marché en croissance. L’entreprise doit installer de nouvelles capacités pour satisfaire la demande croissante que rencontre son produit et c’est alors qu’il apparaît nécessaire d’investir en équipements qui incarnent les nouvelles innovations. L’accélérateur reste un modèle empirique d’investissement très efficace. (…) Mais si les croyances sont telles que l’on ne s’attend pas à ce que le marché s’étende autant, parce que les entreprises croient que l’économie est "à la tendance" et que le taux de croissance est maintenant très faible, alors le besoin d’investir pour honorer un marché en croissance se fait moins pressant.

L’idée remonte bien sûr à Keynes et aux esprits animaux. D’autres ont plus récemment reformulé des idées similaires, notamment Roger Farmer. C’est un peu différent de l’idée d’ajouter une croissance endogène à un modèle keynésien, comme dans ce papier de Benigno et Fornaro par exemple. Je suppose dans cette discussion que la production potentielle n’a pas été perdue, parce que l’innovation n’a pas ralenti, mais qu’elle n’est simplement pas utilisée.

C’est cette possibilité qui est la raison pour laquelle j’ai toujours affirmé que les banques centrales et les gouvernements auraient dû être un peu plus ambitieux dans la stimulation de la demande globale après la Grande Récession. Comme j’ai déjà pu l’affirmer, mais d’autres aussi, vous n’avez pas à donner une très forte probabilité au scénario selon lequel la demande va créer de l’offre avant que cela justifie (…) de laisser l’économie aller en surchauffe. Chaque fois que je vois les données ci-dessus, je me demande si nous ne nous sommes pas infligés cela nous-mêmes par une combinaison d’austérité destructrice et de timidité. »

Simon Wren-Lewis, « A self-fulfilling expectations led recession? », in Mainly Macro (blog), 2 mars 2017. Traduit par Martin Anota



aller plus loin... lire « L’insidieux impact à court terme du ralentissement de la productivité »

Est-ce que les effets de la politique monétaire sont asymétriques ?

« La Réserve fédérale utilise la politique monétaire pour stimuler l’économie lorsque le chômage est élevé et pour contrôler les pressions inflationnistes lorsque l’économie est en surchauffe. Cependant, les preuves empiriques suggèrent que ces orientations de la politique monétaire ont des effets inégaux. Les chocs monétaires négatifs accroissent davantage le chômage que les chocs expansionnistes ne le réduisent.

La Fed a un double mandat : elle cherche à assurer la stabilité des prix et le maximum d’emploi soutenable. Elle agit en ce sens en contrôlant son principal taux directeur (le taux des fonds fédéraux), qui influence les taux d’intérêt de marché de court terme. Lorsque le chômage est élevé, la Fed assouplit sa politique (c’est-à-dire diminue son taux principal) pour stimuler l’activité économique et la production. Lorsque l’inflation s’accroît, la Fed resserre la politique monétaire (c’est-à-dire accroît son taux principal) pour freiner l’activité économique et contrer les pressions inflationnistes.

Mais est-ce que ces deux types de réponses de politique monétaire sont aussi efficaces l’une que l’autre ? Depuis la Grande Dépression, les économistes ont suggéré que la politique restrictive pouvait avoir un plus fort effet sur la production que la politique accommodante parce que la réponse de la Fed à l’effondrement boursier de 1929 n’empêcha pas la Grande Dépression. Milton Friedman et Anna Schwartz ont ensuite affirmé dans leur livre de 1963, A Monetary History of the United States, que cela s’expliquait par le fait que l’orientation de la politique monétaire de la Fed au début des années 1930 était en fait davantage restrictive qu’expansionniste, mais d’autres exemples ont renforcé l’idée que la politique monétaire expansionniste pouvait être moins efficace que la politique restrictive. Plus récemment, la Fed a été forcée de se tourner vers des politiques non conventionnelles durant la Grande Récession après avoir réduit son principal taux à zéro sans que cela ait semblé avoir un effet significatif sur le chômage.

Utilisons une métaphore pour mieux décrire l’asymétrie de la politique monétaire. Imaginons une corde avec la politique monétaire à un bout et l’économie à l’autre. Resserrer la politique monétaire lorsque l’inflation s’accroît, c’est comme tirer sur la corde pour maintenir l’économie sur la voie ; cela marche assez bien. Mais chercher à stimuler l’économie avec une politique accommodante durant une récession, c’est comme essayer de pousser la corde pour bouger l’économie ; bref, ce n’est pas très efficace. (…)

Pourquoi la politique monétaire serait-elle être asymétrique ?


Sur le plan théorique, il y a diverses raisons nous amenant à penser que la politique monétaire est susceptible d’avoir des effets asymétriques sur la production économique. La première concerne le comportement des prêteurs et des emprunteurs sous différentes conditions monétaires. Quand la Fed relève ses taux directeurs, les taux d’intérêt de marché tendent à s’accroître également. On peut s’attendre à ce que les banques répercutent simplement ces hausses de taux sur leurs emprunteurs. Même si elles peuvent effectivement le faire dans une certaine mesure, accroître les taux prêteurs peut accroître la probabilité que les emprunteurs risqués fassent défaut. Par conséquent, les banques peuvent choisir de rationner le crédit durant une période de hauts taux d’intérêt, réduisant le crédit pour certains consommateurs et entraînant un plus grand déclin de la production, ce qui amplifie l’impact de la politique monétaire restrictive. D’un autre côté, la politique expansionniste ne va pas accroître nécessairement l’emprunt et les dépenses si les conditions économiques ont réduit la demande. A la différence de la politique restrictive, ce n’est pas une contrainte forte sur les consommateurs. Comme le dit le vieil adage, vous pouvez amener un cheval à l’eau, mais vous ne pouvez pas le forcer à boire.

Une autre raison amenant à penser que la politique expansionniste pourrait être moins efficace que la politique restrictive est que les prix semblent moins susceptibles de s’ajuster à la baisse, c’est-à-dire qu’ils sont visqueux. Les entreprises peuvent aussi être réticentes à baisser les salaires, de peur de casser le moral des travailleurs. En raison de ces rigidités à la baisse des prix et salaires, les entreprises vont avoir tendance à réagir à la politique monétaire restrictive en réduisant la production plutôt que les prix. Les prix et les salaires sont moins visqueux à la hausse, cependant. Les entreprises sont habituées à accroître graduellement les prix et les salaires en raison de l’inflation, par exemple. Par conséquent, la politique monétaire expansionniste est davantage susceptible de conduire à un changement des prix plutôt que de la production.

Enfin, la politique monétaire peut avoir des effets asymétriques en fonction de la position dans le cycle d’affaires en raison des changements dans les perspectives des consommateurs. De même qu’avec l’argument de la contrainte de crédit, si les consommateurs sont pessimistes à propos des conditions économiques, alors une réduction des taux d’intérêt peut ne pas beaucoup stimuler l’emprunt et les dépenses. Cette explication n’est toutefois pas entièrement convaincante, puisque l’optimisme des consommateurs durant une période de boom peut également affaiblir l’effet d’une politique monétaire restrictive. Pour que les politiques restrictives aient un effet plus puissant que la politique expansionniste, les ménages et les entreprises devraient être plus pessimistes au cours des récessions qu’ils ne sont optimistes durant les booms. C’est certainement possible, mais peu probable. (…) »

Regis Barnichon, Christian Matthes et Tim Sablik, « Are the effects of monetary policy asymmetric? », Federal Reserve Bank of Richmond, Economic Brief, n° 17-03, mars 2017. Traduit par Martin Anota

mardi 28 février 2017

Est-ce que le cycle de déflation est fini ?

« Jusqu’à la crise financière mondiale de 2008-2009, la déflation ne préoccupait ni les responsables de politique économie, ni les investisseurs financiers dans les pays développés, sauf au Japon, qui a connu des pressions durables à la baisse sur ses prix pendant pratiquement une génération. Et désormais les craintes déflationnistes sont à nouveau sur le point de disparaître.

Au milieu des années 1960, les économies avancées entrèrent une ère de pressions inflationnistes croissantes, amorcées par des politiques budgétaire et monétaire expansionnistes aux Etats-Unis, puis aggravées par les chocs pétroliers des années 1970. La stagflation, la combinaison de faible croissance économique et de forte inflation, devint un mot à la mode à la fin de la décennie. La plupart des prévisions de marché de l’époque extrapolaient ces tendances, prédisant une hausse ininterrompue des prix du pétrole et des matières premières. L’inflation a fini par être perçue comme chronique et les politiciens se tournèrent vers les contrôles des prix et les politiques de revenu. Les taux d’intérêt de court terme réels (c’est-à-dire ajustés à l’inflation) étaient souvent négatifs dans la plupart des économies développées.

Le monumental resserrement de la politique monétaire américaine opéré par le présidant de la Réserve fédérale Paul Volcker en octobre 1979 mit un terme à ce long cycle. La stagflation laissa la place à un nouveau mot à la mode : la désinflation, qui caractérisa avec précision la situation de plusieurs économies avancées où les taux d’inflation chutèrent pour revenir à un chiffre.

Mais la désinflation n’est pas la même chose que la déflation. Comme le montre le graphique, entre 1962 et 1986, pas une seule économie développée n’enregistra un déclin des prix au cours d’une quelconque année. Dans plusieurs pays émergents, les taux d’inflation explosèrent pour atteindre les trois chiffres, avec plusieurs cas d’hyperinflation. Jusqu’à la fin de l’année 1991, la Grèce avait un taux d’inflation d’environ 20 %. Même en Suisse, où les prix étaient relativement stables à l’époque, l’inflation était supérieure à 5%.

GRAPHIQUE Pourcentage de pays développés en déflation (en %)

Carmen_Reinhart__part_des_pays_developpes_en_deflation.png

Cela ne semble être qu’un lointain souvenir après le déclin régulier des prix que connaît la Grèce depuis 2013, en plus d’une crise de la dette et d’une forte contraction de la production. La Banque nationale suisse, pour sa part, s’est battue avec les répercussions déflationnistes de la puissante appréciation du franc suisse ces dernières années.

Les forces déflationnistes furent libérées par les énormes perturbations économiques et financières associées à la longue et puissante crise mondiale qui éclata en 2008. Le désendettement du secteur privé a contrarié les efforts des banques centrales visant à relancer l’inflation. En 2009, environ un tiers des économies avancées enregistrèrent une baisse des prix, soit un chiffre record pour la période qui suit la Seconde Guerre mondiale. Dans les années qui suivirent, l’incidence de l’inflation resta forte au regard des normes d’après-guerre et la plupart des banques centrales n’ont durablement pas réussi à atteindre leurs objectifs d’inflation extrêmement modestes (autour de 2 %).

Parce que les plans de relance du Président américain Donald Trump sont procycliques (ils sont susceptibles de stimuler l’économie américaine au moment même au celle-ci est au plein-emploi ou tout du moins proche de ce dernier), ils ont alimenté les anticipations d’une hausse du taux d’inflation américain. En l’occurrence, on s’attend à ce que l’inflation dépasse largement l’objectif de 2 % d’inflation de la Réserve fédérale. Mais les conditions monétaires plus strictes tendent à réduire la magnitude de l’accélération de l’inflation : même si la hausse attendue des taux directeurs américains suggère que nous allons connaître la "normalisation" la plus modeste et graduelle dans l’histoire de la Fed, l’appréciation soutenue du dollar devrait limiter les gains associées aux hausses de prix pour une large gamme de biens importés et leurs concurrents domestiques.

Le point tournant attendu dans le comportement des prix n’est pas spécifique aux Etats-Unis. Si les projections du FMI pour l’année 2017 sont à peu près correctes, cette année sera la première depuis une décennie où aucune économie développée ne connaîtra de déflation (cf. graphique). Peut-être que les effets longtemps attendus de l’historique expansion monétaire portent enfon leurs fruits. Plus probablement, la dépréciation de la devise au Royaume-Uni, au Japon et dans la zone euro a pu jouer le rôle de catalyseur.

Si 2017 marque réellement un large renversement d’une décennie de déflation, il est raisonnable de s’attendre à ce que la plupart des banques centres ne soient pas enclines à surréagir si, après une décennie voire plus (comme au Japon) où l’inflation était plus faible que prévu, l’inflation dépasse enfin sa cible. En outre, l’idée selon laquelle de plus hautes cibles d’inflation (peut-être 4 %) puissent être désirables (notamment en permettant aux banques centrales d’avoir davantage de marge pour réduire leurs taux d’intérêt si une nouvelle récession éclatait) a gagné du terrain chez les universitaires et les responsables de la politique économique.

Bien sûr, il peut encore y avoir un autre facteur conduisant les principales banques centrales à être plus tolérantes face à une plus forte inflation. Mais leurs dirigeants peuvent ne pas désirer l’indiquer ouvertement : comme je l’ai affirmé ailleurs, une certaine dose d’inflation même modérée va contribuer à éroder les montagnes de dette publique et privée que les économies développées ont accumulées depuis plus de 15 ans. »

Carmen Reinhart, « Is the deflation cycle over? », 31 janvier 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 26 février 2017

Les liens de la semaine

Autour des sciences économiques



Croissance, fluctuations et crises

  • Dans quelle mesure la croissance domestique est-elle influencée par le reste du monde ? (D'un champ l'autre)
  • L’économie mondiale peine à redémarrer (Alter éco)
  • L’activité s’enflamme en zone Euro (Philippe Waechter)
  • Pourquoi la zone euro ne sort-elle pas du piège à croissance faible ? (Patrick Artus)
  • L’économie britannique confirme sa bonne tenue (Le Monde)
  • Sur la croissance : Stiglitz et ses amis, Mélenchon et ses économistes (Jean Gadrey)


GRAPHIQUE Glissements annuels de l'indice des prix à la consommation, de l'inflation sous-jacente et de l'indice des prix à la consommation harmonisé en France

source : INSEE (2017)

Démographie, immigration

  • Pourquoi la Corée du Sud deviendra le pays à la plus forte espérance de vie (La Tribune)
  • En 2030, l’espérance de vie atteindra 90 ans… ou pas (Le Monde)
  • L’immigration tire-t-elle les salaires et l’emploi vers le bas ? (Anthony Edo)
  • Comment les pays pauvres subissent le projet de loi sur les réfugiés (Project Syndicate)
  • Retour des remparts (La Vie Des Idees)


Environnement et ressources naturelles

  • Trump, le nouveau roi du pétrole ? (The Conversation)
  • En janvier 2017, le prix du pétrole se stabilise quasiment (INSEE)
  • C'est clair, le CETA n'est pas climato-compatible (La Tribune)
  • Quel scénario pour le CO2, la consommation d’énergie, le prix de l’énergie… ? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Prix du baril de pétrole Brent

source : INSEE (2017)

Monnaie et finance

  • Comprendre pourquoi les marchés sont chers (Philippe Waechter)
  • Les marchés financiers n’ont pas du tout à l’esprit un scénario de stagflation aux Etats-Unis (Patrick Artus)
  • Des politiques économiques pour faire monter la Bourse mais pas favorables à l’économie? (Patrick Artus)
  • Le court-termisme des entreprises est une mauvaise fable (The Economist)
  • Le CAC 40 distribue les dividendes comme des petits pains (Libération)
  • Pourquoi les entreprises françaises s’endettent-elles autant ? (Patrick Artus)
  • La BCE s’intéresse-t-elle toujours à la situation de l’ensemble de la zone euro, ou s’intéresse-t-elle à celle du grand pays le plus en difficulté, c’est-à-dire l’Italie ? (Patrick Artus)


Politiques conjoncturelles versus réformes structurelles

  • Dans quels pays de l’OCDE une politique keynésienne serait-elle efficace ? Seulement en Espagne (Patrick Artus)
  • Pays de la zone euro : il faut des politiques “extravagantes” pour redresser l’industrie (Patrick Artus)
  • Quatre principes simples que devraient respecter les politiques économiques (Patrick Artus)
  • Les choix des pays sont maintenant politiques et ne correspondent plus aux besoins des économies ou aux messages de l’analyse économique (Patrick Artus)
  • Y a-t-il trop de fonctionnaires ? (Alter éco)
  • Xi Jinping fait le ménage à la tête de la politique économique chinoise (La Tribune)


Politique budgétaire et dette publique

  • Le "risque Le Pen" fait flamber le rendement de la dette française (Le Monde)
  • Sans fraude fiscale, pas de déficit public? (Alexandre Delaigue)
  • La Grèce obtient de ses créanciers quelques mois de répit (Le Monde)
  • Grèce : le troisième mémorandum ne cesse de se durcir (La Tribune)
  • La Grèce entre coma et respirateur artificiel (Financial Times)
  • Keynésianisme, effet multiplicateur : sur quoi s’appuie le programme économique de Mélenchon ? (Le Monde)
  • Peut-on justifier aujourd’hui un déficit public plus élevé dans la zone euro ? (Patrick Artus)
  • La détention de dette publique par les non-résidents a-t-elle un effet néfaste ? La réponse est négative (Patrick Artus)
  • Retour de la neutralité ricardienne, d’où dépression à nouveau de la demande, dans la zone euro ? (Patrick Artus)


Trumponomics : zoom sur la politique économique américaine

  • Petit manuel de survie pour les années Trump (Joseph Stiglitz)
  • Trump rêve de manipuler (aussi) les statistiques (Le Monde)
  • La «taxe au profit ajouté» (TPA), une révolution américaine dans l’impôt sur les sociétés (Télos)
  • Réforme fiscale aux États-Unis : pour ou contre la Border Adjustment Tax (BAT) ? (CEPII)
  • Quel équilibre macroéconomique si les Etats-Unis mettent des droits de douane (tariffs) sur toutes leurs importations hors énergie ? (Patrick Artus)
  • Si les Etats-Unis retournent à la vieille économie et aux énergies fossiles, que se passe-t-il pour le reste du monde ? (Patrick Artus)


Commerce international

  • La Chine propulsée premier partenaire commercial de l’Allemagne (Le Monde)
  • L’OMC promet un bond du commerce mondial grâce à un nouvel accord douanier global (Le Monde)
  • L’OMC face à l’"America first" de Donald Trump (Le Monde)
  • La France est condamnée à se développer dans les activités non concurrencées internationalement (Patrick Artus)
  • Le Havre dans la concurrence portuaire européenne et mondiale (The Conversation)
  • Le CETA est-il incompatible avec la Constitution française ? (Le Monde)
  • La Chine est-elle si grande que les théorèmes du commerce international (sur la spécialisation productive liée aux avantages comparatifs) ne s’y appliquent pas ? (Patrick Artus)


Finance internationale

  • La géographie des régimes de change en ce début de vingt-et-unième siècle (D'un champ l'autre)
  • Comment Mario Draghi soutient l’excédent commercial allemand (Christian Chavagneux)
  • L’euro remonte face au dollar (Le Monde)
  • Dévaluer aujourd’hui aurait, pour les pays de la zone euro, des effets très différents de ceux observés au début des années 1990 (Patrick Artus)
  • L'épargne asiatique doit être au service de l'Asie (Project Syndicate)


Intégration européenne

  • Ce que l'écartement des taux dit de l'état de la zone euro (La Tribune)
  • Le Brexit approche, les désillusions arrivent (Hélène Rey)

Brexit : "L’argument du catastrophisme ne tient pas la route" (Thierry Philipponnat)

  • Bruxelles approuve les réformes françaises mais refuse de sanctionner les excédents allemands (Le Monde)
  • Les Européens ne pourraient-ils pas définir une position raisonnable sur la Grèce? (Patrick Artus)
  • Zone euro : le retour de la corrélation, pays par pays, entre risque souverain et risque bancaire (Patrick Artus)
  • L’Euro ne marche pas, mais il ne peut pas exploser (Patrick Artus)



source : Observatoire des inégalités (2017)

Inégalités et justice sociale



source : Observatoire des inégalités (2017)

Travail, emploi, chômage


Science politique

  • Les sondages avaient tout faux en 2016? Ah bon? (Arthur Charpentier)
  • Notre démocratie se noie dans les sondages (Alter éco)
  • À chaque catégorie sociale son candidat : la nouvelle lutte des classes se cache dans les intentions de vote (Atlantico)
  • La politique en 140 caractères (La Vie des Idées)
  • Italie : le Parti démocrate de Matteo Renzi au bord de la scission (La Tribune)
  • Quand le début des années 1990 annonçait le monde d’aujourd’hui… (The Conversation)
  • La colonisation est-elle un crime contre l’humanité ? (The Conversation)
  • Corruption : Transparency fustige le manque de moyens de la justice (La Tribune)
  • Pourquoi la réforme des 500 parrainages suscite des inquiétudes (La Tribune)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

vendredi 24 février 2017

Pourquoi l’excédent courant de la Chine a-t-il chuté en 2016 ?

« Peu de politiques ont été aussi peu appréciées que la relance chinoise alimentée par le crédit de 2015-2016. Même des personnes comme moi, qui s’inquiétaient que des freins imposés au crédit, en l’absence de réformes plus fondamentales pour réduire le taux d’épargne de la Chine, puissent déprimer la demande globale, n’étaient pas des partisans particulièrement enthousiastes de cette politique. La situation chinoise serait meilleure si la Chine elle avait augmenté les dépenses sociales du gouvernement central pour soutenir la demande, pas une autre vague d’emprunts hors-bilan par les gouvernements locaux et les entreprises publiques.

Mais l’actuelle accélération de la croissance suggère que les arguments selon lesquels une (nouvelle) expansion du crédit ne fonctionnerait pas étaient un peu exagérés. Il n’y a aucun doute sur le fait qu’il existe de meilleures façons de soutenir la croissance qu’un surcroît de crédit. Mais la croissance a bien réagi à la relance, même si l’on débat toujours de la puissance de cette réaction.

Selon les économistes MK Tang, Yu Song, Zhennan Li, Maggie Wei et Andrew Tilton de Goldman Sachs, "les autorités chinoises ont fait face à divers défis tout au long de l’année 2016, mais une relance ample et soutenue a fini par renforcer la reprise… Notre indicateur d’activité courante en Chine a atteint un creux début 2015 en atteignant 4,3 %, puis revint autour de la gamme des 5,5 % ensuite, puis s’élève désormais à 6,9 %. L’industrie lourde… a connue une accélération encore plus prononcée".

Et il y a des preuves empiriques croissantes, je pense, suggérant que le renforcement de la demande chinoise a aussi des répercussions positives pour le reste du monde.

L’excédent de compte courant de la Chine en 2016 a davantage chuté que je ne l’attendais. Certes, les chiffres relatifs aux comptes courants que rapportent les autorités chinoises sont sujets à de significatives révisions et je ne serais pas surpris si le très faible excédent du quatrième trimestre était révisé à la hausse.

GRAPHIQUE Balance courante de la Chine (en % du PIB chinois)

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Je ne prends pas non plus les données rapportées par la Chine pour parole d’évangile. Par exemple, je suis sceptique quant à la hausse des importations de tourisme de la Chine ; les importations auraient presque triplées, passant de 130 milliards de dollars en 2013 (soit 1,3 % du PIB) à 340 milliards de dollars en 2016 (soit environ 3 % du PIB). Ce genre de croissance est difficile à expliquer. Elle est bien plus rapide que l’accroissement du nombre de touristes chinois, même une fois pris en compte une hausse des dépenses par touriste. La méthodologie de collecte de données révisée qui indiqua à une « hausse » dans les importations de tourisme a clairement capturé quelque chose de nouveau. Par conséquent, je pense que le véritable excédent de compte courant de la Chine est un peu plus élevé que ne le suggèrent les données officielles.

Mais la hausse du déficit du tourisme en 2016 explique seulement 40 milliards de dollars sur la baisse totale de 120 milliards de dollars de l’excédent de compte courant chinois. L’essentiel du reste s’explique par une chute de l’excédent chinois dans l’industrie. Et celle-ci est (…) "réelle". Elle se retrouve dans la chute du déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine.

Ne vous méprenez pas. L’excédent chinois dans l’industrie reste large. Il est excessivement élevé pour l’économie mondiale. (…) L’excédent commercial de la Chine dans les biens manufacturés, en pourcentage du PIB chinois, excède les exportations américaines dans les biens manufacturés, en pourcentage du PIB américain. Cela donne à la fois des indications sur la Chine et sur les Etats-Unis.

Mais en termes de direction l’excédent chinois a bien baissé. La chute transparaît d’ailleurs dans les données américaines : les importations américaines en provenance de Chine ont chuté en 2016 en dollars et je pense qu’en termes réels également.

Cela s’explique en partie par le fait que les exportations sont restées assez faibles. L’accélération de la croissance du volume des exportations au deuxième trimestre n’a pas été soutenue au troisième et au quatrième trimestre. Les chiffres du quatrième trimestre ont tout particulièrement été faibles (les données de prix indiquent que les volumes d’exportations du mois de décembre ont chuté, bien que cela puisse être un artifice statistique, comme les chiffres de janvier semblent désormais être exceptionnellement élevés).

Et les volumes d’importations ont augmenté. Ils croissent toujours plus lentement que l’économie, donc la Chine est toujours en train de se "démondialiser" fondamentalement (les importations chutent en pourcentage du PIB). Mais une croissance de 4 % en rythme annuel est toujours mieux qu’une croissance nulle.

GRAPHIQUE Croissance des volumes d’exportations et d’importations de la Chine (en %)

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Le retour de la demande d’importation de la Chine a contribué au récent rebond dans le commerce asiatique et mondial. Et la relance de la Chine a aussi soutenu un rebond dans les prix mondiaux des matières premières, réduisant ainsi la pression sur certaines économies émergentes vulnérables. Les moyens que la Chine a utilisés pour stimuler son économie en 2016 restent toutefois discutables. La situation chinoise serait meilleure avec plus de dépenses publiques et moins de prêt insensé. Elle a désespérément besoin de développer son système d’assurance sociale. D’un autre côté, l’économie mondiale serait plus faible qu’elle ne l’est aujourd’hui si la Chine n’avait pas ouvert le robinet et laissé le crédit domestique affluer fin 2015 et début 2016. »

Brad Setser, « Why did China’s 2016 current account surplus fall? », in Follow The Money (blog), 17 février 2017. Traduit par Martin Anota

jeudi 23 février 2017

L'espérance de vie continue d'augmenter dans les pays développés

GRAPHIQUE Espérance de vie à la naissance dans les pays riches (en nombre d'années)

The_Economist__The_Lancet__Esperance_de_vie_a_la_naissance_dans_les_pays_riches.png

source : The Economist (2017), d'après The Lancet

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