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Démographie

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jeudi 23 février 2017

L'espérance de vie continue d'augmenter dans les pays développés

GRAPHIQUE Espérance de vie à la naissance dans les pays riches (en nombre d'années)

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source : The Economist (2017), d'après The Lancet

vendredi 10 février 2017

Qu’entendons-nous par "malthusien" ?



« (…) Plusieurs hypothèses de Malthus à propos du fonctionnement des économies, en particulier avant le début du dix-neuvième, c’est-à-dire avant l’ère de la croissance soutenue, sont bien fondées. Et elles ont des implications qui aident à comprendre le monde de cette époque. Certaines hypothèses de Malthus peuvent aussi être pertinentes pour aujourd’hui. Dans ce billet, je vais tenter de préciser ce que signifie le terme "malthusien" et je vais ensuite me pencher sur certains de ses usages (…).

La stagnation des niveaux de vie


Ma conception d’une économie malthusienne repose sur deux caractéristiques. Premièrement, les niveaux de vie sont négativement reliés à la taille de la population. Cela peut être le cas si nous avons un facteur de production fixe. C’est typiquement le cas des terres agricoles, mais on peut être plus général et dire les ressources naturelles. Tant que les ressources sont inélastiques, que ce soit dû à une limite physique ou au coût excessif de leur usage, la première caractéristique d’une économie malthusienne sera satisfaite.

GRAPHIQUE Population et salaires réels en Angleterre

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(…) Je tire le graphique précédent du livre d’Oded Galor, qu’il tire lui-même de Greg Clark. Quand la population s’effondra après la Peste Noire, les salaires augmentèrent. Ils restèrent élevés tant que la population resta limitée, puis ils chutèrent lorsque la population s’accrut à nouveau.

Salaires et population


La seconde caractéristique est que la croissance démographique est positivement reliée aux niveaux de vie. Cela peut être le cas si les enfants constituent un "bien normal", auquel cas la fertilité augmente lorsque les gens voient leur revenu augmenter. Ou cela peut être le cas si la santé constitue un bien normal, auquel cas les gens prennent plus soin d’eux-mêmes (et de leurs enfants) lorsqu’ils ont de plus hauts revenus. Une plus forte fertilité et/ou une plus faible mortalité accélérerait la croissance démographique.

Ou peut-être que les gens ne font pas de choix conscients comme ceux-là. Peut-être que c’est purement biologique et que les femmes avec de plus hauts niveaux de vie (…) vont avoir plus de chances à mener leurs grossesses jusqu’à leur terme et leurs bébés vont avoir plus de chances de survivre et donc d’enfanter à leur tour. Il n’est pas important ici que la fertilité et la mortalité relèvent ou non de calculs rationnels.

Le travail originel de Malthus impliquait cette relation positive et il semblait avoir en tête une combinaison de choix et de biologie. Ses freins préventifs consistent pour chacun à choisir d’avoir moins d’enfants ou de se marier plus tard, en réponse à de faibles niveaux de vie (donc les niveaux de vie et la fertilité sont positivement reliés). Ses freins positifs étaient la moindre fertilité et la plus forte mortalité qui surviennent automatiquement lorsque les niveaux de vie chutent fortement.

En comparaison à la première caractéristique, les preuves empiriques soutenant la seconde sont ambigües. Le problème majeur est qu’il y a peu de données disponibles sur la fertilité et la mortalité au niveau individuel pour les siècles qui précèdent 1800, si bien qu’il est difficile de tester la relation de ces variables démographiques avec les niveaux de vie. L’Angleterre est le seul territoire pour lequel nous disposons de certaines données, si bien que le débat tend à se focaliser sur la démographie anglaise. Kelly et O Grada (2012) ont trouvé des preuves empiriques confirmant la présence des freins préventifs (c’est-à-dire les taux de mariage) et Cinnirella, Klemp et Weisdorf (2016) trouvent des preuves empiriques suggérant que les naissances étaient plus ou moins espacées en fonction des niveaux de vie. Crafts et Mills (2009), par exemple, conclurent qu’il n’y avait pas de frein positif en vigueur et que les freins préventifs n’agissaient plus au dix-huitième siècle. Si vous cherchez des raisons pour rejeter l’économie malthusienne, alors c’est peut-être cela. Peut-être que la croissance démographique n’est pas positivement reliée aux niveaux de vie après tout.

Mais si cette caractéristique est vérifiée, alors vous obtenez ce que j’appellerais une économie malthusienne. (…) S’il y a seulement quelques personnes, alors en raison de la première caractéristique nous savons que les niveaux de vie sont élevés parce que les ressources par personne sont élevées. Mais de hauts niveaux de vie signifient une forte croissance de la population, donc le nombre de personnes s’accroît et cela réduit la quantité de ressources par personne et donc les niveaux de vie.

S’il y a beaucoup de monde, c’est l’enchaînement inverse. Les ressources sont utilisées par beaucoup, donc les niveaux de vie sont faibles. De faibles niveaux de vie signifient une faible croissance démographique. Quand les ressources sur trop utilisées, cela se traduit par une décroissance démographique et la population diminue. Un déclin de la population signifie plus de ressources par personne et ainsi les niveaux de vie augmentent.

Tout dans le système tend vers un certain niveau intermédiaire où la quantité de ressources par personne et donc le niveau de vie sont à un niveau tel que la croissance de la population est nulle. Sans changement dans la population, il n’y a aucun changement dans les niveaux de vie, donc il n’y a aucun changement de la croissance démographique, donc il n’y a aucun changement dans la population. L’économie stagne au niveau de vie auquel il y a une croissance démographique nulle. Si vous voulez une bonne mathématisation de tout cela, je vous conseille l’étude d’Ashraf et Galor (2011).

Puisque je parle de l’économie malthusienne, voici quelques observations qui ne sont pas immédiatement évidentes par rapport à ce que je viens de décrire. Le niveau stagnant des niveaux de vie n’est pas nécessairement à un minimum biologique. Malthus, éternel pessimiste, pensait que les niveaux de vie seraient poussés à la baisse à un certain strict minimum pour vivre. Ce n’est pas une conclusion qui découle nécessairement de ses deux hypothèses. La croissance de la population peut répondre positivement aux niveaux de vie, même si le niveau de vie auquel la croissance démographique est nulle est assez élevé. Cela dépend des préférences en ce qui concerne les enfants. Toutes les économies malthusiennes ne stagnent pas au même niveau de vie.

Les chocs de productivité ne vont que temporairement accroître les niveaux de vie, mais ils vont accroître de façon permanente la taille de la population. Les chocs de productivité positifs accroissent les niveaux de vie immédiatement pour les survivants, mais cela les pousse à avoir plus d’enfants (ou réduit la mortalité infantile), ce qui conduit à une croissance de la population, donc réduit les niveaux de vie. Les variations de productivité vont donc se traduire par un accroissement de la population, mais pas nécessairement par de plus hauts niveaux de vie. C’est ce qu’Ashraf et Galor (2011) montrent dans les données. (…) La densité démographique est positivement reliée à la productivité agricole en 1500, ce qui est cohérent avec l’effet à long terme de la productivité sur la taille de la population. (…) Les niveaux de vie (les PIB par tête) ne sont pas reliés à cette même productivité agricole en 1500, ce qui est cohérent avec l’absence d’effet à long terme de la productivité sur les niveaux de vie.

L’ajustement vers le niveau de vie stagnant peut pendre beaucoup de temps. (…) Nippe Lagerlof a récemment montré qu’une économie malthusienne avec des chocs de productivité aléatoires et une structure en âges réaliste va présenter des niveaux de vie qui semblent malthusiens dans le sens où ils sont fixes et proches d’un certain niveau stagnant, mais aussi présenter des vagues de croissance et d’effondrement. Nippe a fait surgir une tendance vers la croissance soutenue dans toutes les économies, mais les quatre économies qu’il observe ont des vagues de croissance et d’effondrement s’étendant sur plusieurs décennies, même s’ils ont la même structure malthusienne sous-jacente. Les chocs aléatoires touchant les niveaux de vie persistent au cours du temps en raison de l’effet sur la structure en âges. (…)

Population et prix des facteurs

Le terme "malthusien" a été appliqué à des gens qui affirment que les changements dans la taille de la population, en agissant sur les prix des facteurs, influencent les relations sociales. Les historiens comme Postan et Le Roy Ladurie avancent ce genre de thèse, mais je pense que North et Thomas dans The Rise of the Western World en donnent la meilleure illustration et l’exemple le plus connu parmi les économistes. North et Thomas affirment que les changements dans la population, en modifiant les salaires relatifs et le pouvoir de négociation des paysans, ont contribué à changer les institutions en Europe occidentale avant la Révolution industrielle.

Des gens comme Robert Brenner et Guy Bois ont contesté cette explication (…), en affirmant que Postan et Le Roy Ladurie (et North et Thomas par extension) ignoraient la question des classes pour expliquer les changements touchant les salaires relatifs et les institutions gouvernant le travail. (…) Brenner et Bois affirment que les changements démographiques ne suffisent pas pour modifier les institutions. L’effet des changements démographiques sur les conditions de travail dépendaient du pouvoir politique des paysans, qui n’était pas nécessairement affecté par la population. (…)

Brenner et Bois qualifient de "malthusiens" leurs opposants et leurs théories. Et pour moi, c’est un usage incorrect du terme. L’idée selon laquelle la taille de la population influence des salaires n’est pas malthusienne ; elle est tout simplement économique. Il n’y a rien de malthusien à propos de Postan, Le Roy Ladurie et North et Thomas, du moins quand cela touche à leurs explications du changement institutionnel. Les propos de Brenner et Bois n’en sont pas pour autant faux. Mais ils sont sémantiquement confus.

Les limites à la croissance

Le terme "malthusien" est également utilisé en référence aux limites à la croissance, à l’effondrement environnemental et à d’autres choses de ce genre. Ici, les auteurs croient fermement qu’il y a une offre fixe de ressources disponibles et donc que les niveaux de vie doivent être négativement reliés à la taille de la population.

Vous pouvez classer les personnes parlant de limites à la croissance en deux groupes. Le premier considère la croissance de la population comme donnée et ne se demande pas vraiment si elle répond aux niveaux de vie. Le fait que la croissance de la population soit positive (au niveau global) suffit pour entraîner un déclin des niveaux de vie, si bien que nous devons soit conserver des ressources, soit adopter un certain contrôle des naissances. Le second groupe a internalisé la relation négative post-transition démographique entre niveaux de vie et croissance démographique. Lorsque la planète est tellement habitée que les niveaux de vie chutent, cela va relever le taux de croissance démographique et nous nous retrouvons dans une spirale mortelle vers la misère.

Les idées de chacun de ces groupes sont souvent qualifiées de malthusiennes en raison de l’effet négatif de la population sur les niveaux de vie. Cela n’est qu’en partie vrai. Il n’y a pas de stagnation dans le sens que j’ai employé ci-dessus, dans la mesure où dans chaque cas la croissance démographique se poursuit (lentement ou de façon accélérée) jusqu’à ce que le niveau de vie soit nul. Que l’on pourrait considérer comme stagnant, s’il restait à zéro. (…)

La limite finie des ressources s’assouplit progressivement au cours du temps. (…) Il y a deux raisons à cela. Premièrement, parce que le progrès technique va desserrer certaines contraintes en ressources ou éliminer le besoin de certaines ressources. Deuxièmement, parce que l’élasticité-revenu de la demande pour les biens intensifs en ressources est faible, notre usage de ces ressources ne va pas croître aussi rapidement que les partisans de l’idée de limites à la croissance suggèrent. (…) »

Dietrich Vollrath, « Who are you calling Malthusian? », 8 février 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 29 janvier 2017

Le nombre de naissances a bondi en Chine suite à la fin de la politique de l'enfant unique...

... mais cela ne suffira pas pour freiner le vieillissement démographique du pays


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source : The Economist (2017)

mardi 28 juin 2016

Près de 1 % de la population mondiale est déplacée de force

GRAPHIQUE Evolution du nombre de personnes déplacées de force dans le monde (en millions)

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GRAPHIQUE Evolution du nombre de réfugiés issus des 10 pays qui en engendrent le plus en 2015 (en millions)

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source : The Economist (2016)

samedi 19 décembre 2015

Avec le lent déclin de ses taux de fertilité, l'Afrique est promise à une explosion démographique

GRAPHIQUE 1 Répartition de la population mondiale par âge et par sexe (en millions)

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GRAPHIQUE 2 Estimations du taux de fertilité entre 2010 et 2015 (en %)

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GRAPHIQUE 3 Prévisions du taux de fertilité entre 2095 et 2100 (en %)

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source : The Economist (2015)

mercredi 2 décembre 2015

Ce sont les Etats-Unis qui dépensent le plus dans la santé, mais pour un piètre résultat

GRAPHIQUE 1 Dépenses de santé dans les pays de l'OCDE (en % du PIB)

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GRAPHIQUE 2 Dépenses de santé et espérance de vie à la naissance dans les pays de l'OCDE

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source : The Economist (2015)

mercredi 4 novembre 2015

L'abandon de la politique de l'enfant unique influera peu sur la croissance démographique chinoise

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source : The Economist (2015), d'après les données des Nations Unies, de la Banque mondiale, du Crédit suisse et du Bureau National des Statistiques

jeudi 24 septembre 2015

Comment les changements démographiques affectent-ils l'activité économique et l'inflation ?



« Le changement démographique est l’un des plus importants déterminants du paysage économique et social futur. Plusieurs chercheurs ont observé comment les changements dans la taille et la composition de la population influencent les dynamiques macroéconomiques. Les canaux à travers lesquels les changements démographiques affectent une économie incluent notamment les comportements d’épargne et d’investissement, les décisions relatives au travail et les réactions de l’offre et de la demande globales. Dans les moyen et long termes, les changements dans l’offre de travail et dans la productivité (qu’ils soient considérés comme exogènes ou bien perçus comme provoqués par les changements démographiques) peuvent significativement altérer l’offre agrégée d’une économie et par conséquent la croissance économique, dans la mesure où les changements démographiques affectent le montant des intrants disponibles et la manière par laquelle ils sont combinés. A court terme, les transitions démographiques sont susceptibles d’affecter la demande agrégée, puisque le montant de consommation et d’investissement va fondamentalement déprendre des changements structurels des profils âge-gains de la population. (…)

Il est crucial d’analyser proprement les répercussions macroéconomiques des changements démographiques pour déterminer quelles sont les réponses politiques appropriées pour minimiser les effets adverses ou les distorsions indésirables. (…) Il y a eu de nombreuses études analysant comment divers aspects des changements démographiques pouvaient affecter l’économie, dans ses dimensions réelles, budgétaires, financières et externes. Il y a globalement deux approches pour analyser l’impact macroéconomique des changements démographiques. L’approche standard suppose un comportement spécifique à chaque âge qui soit constant, par rapport à l’emploi, aux rémunérations, à la consommation et à l’épargne (…). Même si cette approche est utile pour capturer les soi-disant effets comptables des transitions démographiques, les résultats obtenus peuvent décevoir, dans la mesure où les comportements économiques peuvent changer et les aspects institutionnels s’ajuster face aux changements démographiques. La seconde approche prend en compte les réponses comportementales, institutionnelles et globales. Elle introduit des complexités supplémentaires pour suivre plusieurs canaux et mettre en évidence leurs interactions. Cependant elle permet d’enrichir l’analyse en incluant les variations de prix provoquées par le vieillissement, la diversification international et les changements de politiques.

Du côté de la macroéconomie, les questions démographiques ont été largement traitées dans le contexte de la croissance économique. Dans les pages de manuels parlant des théories de la croissance, le taux de croissance de la population est considéré comme exogène et sert comme point de départ pour la croissance réelle. Notre étude traite non seulement de l’activité réelle, mais également de l’inflation. La croissance démographique et le vieillissement de la population contribuent à la détermination du taux d’intérêt réel et de l’inflation. En l’occurrence, la manière exacte par laquelle les dynamiques démographiques influencent le taux d’intérêt réel (d’équilibre) dépend de la manière par laquelle elles sont incorporées dans la spécification d’utilité. Dans un modèle à horizon infini avec une taille de ménage croissante, le taux d’intérêt réel peut ou non dépendre du taux de croissance de la population. Cette ambigüité est une source de difficulté pour déterminer quelle pourrait être la réponse adéquate de la politique monétaire dans un monde où la croissance de la population connait des changements aussi bien à court terme qu’à moyen terme.

Les données empiriques concernant les répercussions sur la croissance ont été abondamment étudiées. Les canaux de transmission impliquent le facteur travail, le fardeau des impôts et des cotisations sociales, l’épargne, l’investissement et la productivité. L’impact démographique sur le PIB réel agrégé est assez facile à saisir lorsque la population croît, décline ou vieillit, dans la mesure où c’est surtout la « quantité » de facteur travail disponible dans l’économie qui s’en trouve directement affectée, mais son impact sur le PIB réel par tête est plus difficile à appréhender (…). Par exemple, (…) Callen et ses coauteurs (2004) constatent que la croissance du PIB par tête est positivement corrélée avec les variations de la part de la population en âge de travailler, mais négativement corrélée avec les variations de la part de la population âgée. En décomposant la croissance du PIB pour déterminer la contribution de la productivité et des changements du facteur travail liés à la croissance démographique et au vieillissement de la population, Choi et ses coauteurs (2010) montrent que le changement démographique en cours en Corée du Sud freine la croissance du PIB réel. Cependant, même si Bloom, Cunning et Fink (2010) constatent que le vieillissement démographique va peser sur les taux d’activité et les taux d’épargne, ce qui suscite des inquiétudes quant aux perspectives de croissance économique, les réponses comportementales (notamment l’entrée des femmes dans la vie active) et les réformes (notamment le report de l’âge légal de départ à la retraite) peuvent compenser les conséquences économiques négatives du vieillissement démographique.

La croissance de la population affecte également d’autres variables réelles. L’influence des variables démographiques a été étudié dans le contexte dans de variables économiques clés (…) comme le ratio épargne sur PIB, le ratio investissement sur PIB, le ratio compte courant sur PIB et le ratio solde budgétaire sur PIB. Si l’hypothèse du cycle de vie de l’épargne est valide, le lissage de la consommation à travers la durée de vie impliquerait que les gens épargnent tout d’abord dans leur jeunesse, qu’ils épargnent au cours de leur vie active, puis enfin qu’ils désépargent au cours de leur vieillesse. L’impact démographique sur l’investissement semble moins clair ; son impact est susceptible de passer par les canaux de l’épargne et de l’offre de travail. Etant donnés l’évolution des dynamiques d’épargne et d’investissement, ainsi que les changements démographiques, les soldes de compte courant devraient s’améliorer avec l’accroissement de la population en âge de travailler, mais se dégrader avec l’accroissement de la part de la population âgée. Du côté budgétaire, une hausse de la part de la population en âge de travailler va générer de plus grandes recettes publiques, tandis que le vieillissement de la population va entraîner de plus grandes dépenses dans des domaines tels que les retraites et les soins de santé, ce qui dégraderait l’équilibre budgétaire. Les études existantes, notamment celles de Callen et de ses coauteurs (2004) et celle (…) de Philips et de ses coateurs (2013) au FMI confirment globalement ces hypothèses (…).

Il y a eu peu d’études sur l’inflation dans le contexte des dynamiques démographiques. Une population déclinante et vieillissante peut générer des pressions déflationnistes sur l’économie à travers la chute de la demande globale, un effet de richesse négatif provoqué par la chute des prix d’actifs et des changements dans les prix relatifs reflétant un changement des préférences de consommation. En se focalisant sur l’interaction entre la démographie et la volonté de redistribuer les ressources (…), Bullard et ses coauteurs (2012) affirment qu’un baby boom peut accélérer temporairement l’inflation et le vieillissement démographique va au contraire pousser le taux d’inflation à la baisse, voire entraîner une déflation.

Cependant les données empiriques sur l’inflation ont été rares et peu concluantes et il y a également des difficultés intrinsèques à identifier l’impact empirique sur les prix d’actifs. Un modèle DSGE complet qui est habituellement utilisé par les économistes du FMI (…) a été modifié pour incorporer les changements démographiques (quoique de façon ad hoc) par Anderson, Botman et Hunt (2014), afin de déterminer si le vieillissement démographique du Japon est ou non déflationniste. Ces auteurs constatent que le vieillissement de la population génère de puissantes pressions déflationnistes, principalement à travers le déclin de la croissance économique et la chute des prix des terrains, mais leurs constats sont davantage tirés d’un modèle calibré plutôt que de l’analyse empirique.

Le Japon est l’un des pays qui ont été les plus étudiés dans le cadre des changements démographiques. Non seulement il a connu de grands changements en termes de croissance économique, mais sa transition d’une société vieillissante vers une société âgée est la plus rapide dans l’histoire mondiale. Trois pays européens (la France, l’Allemagne et l’Angleterre) achèvent le passage d’une société vieillissante vers une société âgée en 115, 45 et 45 ans respectivement ; il fallut 65 ans pour que les Etats-Unis achèvent cette transformation. Ce changement prit seulement 24 ans au Japon. Muto et ses coauteurs (2012) se sont demandé comment les changements démographiques affectent le PNB par habitant et d’autres variables réelles, principalement via son impact du côté de l’offre. A l’inverse, Katagiri (2012) capture les effets via les canaux de la demande globale en calibrant des chocs de préférences qui correspondent aux bouleversements des structures de demande que l’on a pu observer au Japon. L’effet des changements démographiques sur le taux d’intérêt réel a été étudié dans un cadre à horizon infini par Ikeda et Saito (2012).

La difficulté tient dans le choix des variables appropriées pour capturer les changements démographiques. Dans un modèle de croissance à agent représentatif, la croissance de la population est une composante exogène qui est utilisée pour l’analyse empirique. Cependant, dans un modèle avec agents hétérogènes, typiquement dans le cadre d’un modèle à générations imbriquées, il y a des changements en termes de composition dans la démographie. Callen et ses coauteurs (2004) ont utilisé la part de la population en âge de travailler et la part de la population âgée comme deux variables indépendantes ; d’autres études, comme celle de Muto, Oda et Sudo (2012), capturent la croissance et la composition de la population via le taux de fertilité et le taux de longévité. Alors que les changements dans la fertilité ou la mortalité sont des moteurs clés derrière les changements démographiques, ils peuvent ne pas être un indicateur adéquat pour analyser l’impact macroéconomique des changements démographiques, vu le long délai avec lequel ils affectent la structure de la population et par conséquent l’économie. Pour cette raison, les indicateurs démographiques reflétant la structure en termes d’âge, tels que la part de la population en âge de travail ou les ratios de dépendance, ont souvent été utilisés pour examiner leur impact sur la macroéconomie. (…) »

Jong-Won Yoon, Jinill Kim et Jungjin Lee, « Impact of demographic changes on inflation and the macroeconomy », FMI, working paper, n° 14/210, novembre 2014. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Comment le vieillissement démographique influe-t-il sur la croissance économique ? »

« Le vieillissement démographique est-il déflationniste ? »

« La démographie influence-t-elle l’inflation et la politique monétaire ? »

« Le vieillissement démographique étouffe l'entrepreneuriat »

« La stagnation séculaire et le ralentissement de la croissance de la population en âge de travailler »

vendredi 21 août 2015

En 2022, le pays le plus peuplé au monde ne sera plus la Chine, mais l'Inde

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source : The Economist, d'après les Nations Unies

mercredi 15 juillet 2015

La Grèce a connu un véritable exode ces cinq dernières années

GRAPHIQUE Variation de la population grecque (en milliers)

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source : The Economist (2015)

mardi 9 décembre 2014

La stagnation séculaire et le ralentissement de la croissance de la population en âge de travailler

« La "population en âge de travailler" est souvent définie comme regroupant ceux ayant entre 15 et 64 ans. Pour plusieurs pays émergents et avancés, la croissance de la taille de la population en âge de travailler a ralenti, voire est devenue négative. En effet, au Japon, la population en âge de travailler commença à se contracter au début des années quatre-vingt-dix ; la taille la population en âge de travailler en Union européenne (sauf au Royaume-Uni) commença à se contracter en 2010 ; et la population en âge de travailler en Chine (après plusieurs décennies de politique de l’enfant unique) devrait commencer à se contracter au cours des prochaines années. Pour la plupart des pays à haut revenu, la part de la population en âge de travailler décline.

Un déclin de la taille ou de la part de la population en âge de travailler est inquiétant pour plusieurs raisons. Dans les dernières décennies, on a surtout craint qu’il serait de plus en plus difficile de financer la retraite et la santé d’une population de plus en plus âgée. Plus récemment, on a craint que le ralentissement de la croissance de la population en âge de travailler puisse aussi ralentir la croissance économique. Cet argument était central dans le raisonnement d’Alvin Hansen dans son discours de 1938 lorsqu’il se demanda si l’économie américaine était entrée dans une phase de "stagnation séculaire", c’est-à-dire de ralentissement permanent de la croissance économique.

Par exemple, Hanson a dit "(…) que les éléments essentiels au progrès économique sont (a) les inventions, (b) la découverte et le développement de nouveaux territoires et de nouvelles ressources et (c) la croissance de la population. Ces éléments, séparément ou de façon combinée, ont créé des débouchés d’investissement et entraîné une croissance rapide de la formation du capital". Hansen nota ensuite que la croissance démographique a ralenti et que le territoire américain ne s’étendait plus. Il affirma alors que "nous sommes en train de basculer rapidement dans un monde dans lequel nous devons davantage nous appuyer sur le progrès technique que par le passé si nous voulons créer suffisamment d’opportunités d’investissement privé pour assurer le plein emploi… Je suis de plus en plus convaincu que l’échec de la récente reprise à ramener l’économie au plein emploi s’explique par le déclin de la croissance démographique, couplé à l’échec des innovations à créer suffisamment de débouchés pour le capital".

Pour avoir une idée du ralentissement du taux de croissance de la population en âge de travailler à l’œuvre depuis 1970 et dans les décennies suivantes, voici un graphique (…) de The Economist. Puisqu’elle se caractérise par un taux de natalité relativement élevé et des niveaux relativement élevés d’immigration, l’économie américaine devrait certes connaître un ralentissement de la croissance de sa population en âge de travailler, mais celle-ci ne devrait pas décliner.

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Voici un graphique de (…) The Economist montrant la part de la population en âge de travailler. Notons que pour l’Allemagne et le Japon, la part de la population ayant entre 15 et 64 ans a atteint son pic il y a un peu plus de deux décennies. Pour les Etats-Unis, le pic dans la population en âge de travail date d’il y a seulement deux ans. On s’attend à ce que tous les pays à haut revenu indiqués sur le graphique connaissent un brutal déclin de la part de la population en âge de travail au cours des prochaines décennies, bien qu’elle devrait rester la plus large aux Etats-Unis.

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Pourquoi une population en âge de travail mène-t-elle à un ralentissement de la croissance économique ? Une raison est juste mécanique : en l’occurrence, toutes choses égales par ailleurs, une hausse de 1 % du nombre de travailleurs va environ ajouter environ 1 % au PIB. Mais cela signifie seulement que nous devons nous focaliser sur la croissance du PIB par habitant ou par travailleur, donc nous ajuster au moindre taux de croissance.

Il y a potentiellement deux autres raisons de s’inquiéter. Premièrement, lorsque la population en âge de travail croît, les entreprises sont contraintes d’accroître leurs dépenses d’investissement, juste pour maintenir le ratio capital sur travailleur. Réciproquement, un ralentissement de la croissance de la population en âge de travailler réduire les incitations à investir. Deuxièmement, si la population en âge de travail croît plus lentement ou décroît et si elle doit supporter un plus haut fardeau fiscal pour soutenir la proportion croissante de personnes âgées, alors les personnes en âge de travailler peuvent alors être moins incitées à travailler, ce qui freine la croissance économique.

Quelles sont les principales implications d’un ralentissement de la croissance de la population en âge de travailler ou bien tout simplement de sa contraction ? Les niveaux d’investissement aux Etats-Unis ont en été bien plus faibles qu’on ne l’attendait ces dernières raisons, dans la mesure où la Grande Récession s’est officiellement achevée au milieu de l’année 2009. En replongeant dans le discours prononcé en 1938 par Alvin Hansen, on peut imaginer trois possibilités pour minimiser le risque de stagnation séculaire.

Premièrement, on peut essayer d’éviter le déclin de la population. Les politiques familiales adoptées par les gouvernements n’ont pas réussi à contenir la baisse des taux de natalité parmi les pays avancés. Mais il y a d’autres possibilités. Les Etats-Unis ont une frontière relativement ouverte à l’immigration légale, sans mentionner l’immigration illégale, ce qui accroit la population en âge de travailler. En outre, on peut aussi imaginer d’étendre la catégorie des « personnes en âge de travailler » de manière à inclure les travailleurs ayant entre 65 et 75 ans. Plusieurs mesures peuvent être adoptées pour inciter une plus large part de ces travailleurs à rester dans la vie active, du moins en temps partiel.

Deuxièmement, Hansen parla de "la découverte et du développement de nouveaux territoires et de nouvelles ressources". Il semble peu plausible de découvrir de nouveau territoires, mais il est toujours possible de stimuler les échanges en faisant davantage participer chaque économie au commerce mondial. En outre, l’économie américaine est capable d’étendre considérablement ses ressources énergétiques. (…)

Finalement, Hansen a mentionné le potentiel des nouvelles technologies pour créer de nouvelles opportunités d’investissement dans le capital physique, si bien que les nouvelles technologies peuvent stimuler la productivité et un essor des dépenses d’investissement peuvent aussi stimuler la demande globale. Les politiques que l’on peut ici adopter comprennent l’investissement public et privé dans les infrastructures, ainsi qu’un doublement voire un triplement des dépenses de recherche-développement.

Lorsque la population en âge de travailler croît, la croissance économique s’en trouve très souvent stimulée. Avec le ralentissement de la croissance de la population en âge de travailler, il devient impérieux de s’appuyer sur d’autres moteurs pour stimuler l’économie et encourager la croissance. »

Timothy Taylor, « Lower working age population and secular stagnation », in Conversable Economist (blog), 28 novembre 2014. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Comment le vieillissement démographique influe-t-il sur la croissance économique ? »

« Larry Summers et la stagnation séculaire »

« Les pays avancés font-ils face à une stagnation séculaire ? »

« La grande stagnation »

vendredi 5 décembre 2014

La pyramide des âges n'est plus une pyramide

GRAPHIQUE Répartition de la population mondiale par âge (en %)

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source : The Economist (2014)

jeudi 25 septembre 2014

La mortalité décline à travers le monde

GRAPHIQUE Probabilité de mourir dans une classe d'âges donnée (en %)

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source : The Lancet (2014)

vendredi 8 août 2014

Jeunes et en pleine croissance

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source : The Economist (2014)

jeudi 5 juin 2014

Nombre moyen d'enfants par femmes

GRAPHIQUE Nombre moyen d'enfants par femmes

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source : The Economist (2014)

mardi 5 novembre 2013

Comment la population mondiale est en train de changer

GRAPHIQUE Taux de variation annuel moyen de la population (en %)

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source : Banque mondiale (2013)

mardi 27 août 2013

A l'avenir, une croissance démographique tirée par l'Afrique

GRAPHIQUE Population prévue par continent (en millions)

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source : The Washington Post (2013)

dimanche 12 mai 2013

Démographie indienne

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source : The Economist (2013)