« Voici les trois âges de la globalisation financière selon le rapport Global Development Horizons de la Banque mondiale sur le thème "Capital for the future: Saving and investment in an interdependent world" (…).

"Pendant le Premier Age de la globalisation financière, qui commença dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, de larges montants de capitaux ont été transférés depuis les pays d'Europe vers le Nouveau Monde, principalement pour financer les investissements dans les chemins de fer, l'immobilier et les projets agricoles à grande échelle. Au début de la Première Guerre mondiale en 1914, plus d'un quart de la richesse britannique a été investie à l'extérieur de la Grande-Bretagne, principalement dans des titres publics et des chemins de fer à l’étranger. En 1913, près de la moitié du stock de capital de l'Argentine et un cinquième du stock de capital australien étaient détenus par les investisseurs étrangers en Europe. Cet âge s’achève lorsque les pays européens inversent considérablement leurs sorties de capitaux non militaires pendant la Première Guerre mondiale...

"Les progrès vers la libéralisation complète du marché des capitaux parmi les pays développés ont été soutenus dans la période post-Bretton Woods, si bien que celle-ci peut être considérée comme le Deuxième Age de la globalisation financière. Les obligations découlant du Code de Libéralisation de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) furent élargies pour inclure presque tous les mouvements de capitaux, y compris les opérations à court terme par les entreprises et les particuliers. La globalisation rapide dans le secteur financier au cours des années quatre-vingt-dix et deux mille a apporté des changements encore plus spectaculaires dans le paysage du système financier mondial, non seulement en encourageant le fort accroissement des flux de capitaux transfrontaliers comme les instruments du marché monétaire, les forwards, les swaps et les autres dérivés furent créés, mais aussi en permettant aux pays en développement de vraiment s’intégrer au système financier mondial.

À l'heure actuelle, le monde semble se diriger vers un Troisième Age de la globalisation financière. Les prémices de ce changement ont probablement eu lieu au début des années deux mille, lorsque les pays en développement se sont davantage intégrés au système financier mondial et qui les flux de capitaux dont ils étaient la destination devinrent significatifs en termes absolus pour la première fois. La tendance est plus perceptible au cours de la crise financière mondiale, lorsque les flux bruts de capitaux à destination des pays en développement ont beaucoup moins décliné que les flux à destinations des pays avancés... Les pays en développement vont probablement représenter une part sans cesse croissante des entrées de capitaux à l'avenir, comme la tendance qui a commencé dans les années d'avant-crise devrait se poursuivre. "

GRAPHIQUE 1 L’investissement brut dans les pays en développement s’est accru en termes absolus et relatifs

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source : Banque mondiale (2013)

Voici quelques graphiques pour illustrer ce Troisième Age de la mondialisation financière. Commençons par regarder l’investissement. Le graphique 1a montre l'investissement brut total : la somme réalisée dans les pays en développement a presque déjà rattrapé celle réalisée dans les pays à revenu élevé. Le graphique 1b présente la même information, mais comme part relative de l'investissement mondial : les pays en développement ont stagné à environ 20 % du total des investissements mondiaux des années soixante jusqu’à environ 2000, mais ils représentent désormais près de la moitié de l'investissement total. Le graphique 2a montre le taux d'investissement annuel. Alors que le taux d'investissement dans les pays en développement a été plus élevé depuis 1980, les courbes pour les pays en développement et les pays à revenu élevé commencent vraiment à diverger autour de 2000.

GRAPHIQUE 2 Les taux d’investissement

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source : Banque mondiale (2013)

Maintenant passons à l’épargne. Le graphique 3 montre que l'épargne mondiale en tant que part du revenu mondial n'a pas beaucoup varié depuis 1980, mais la part de cette épargne en provenance des pays en développement a augmenté de façon spectaculaire.

GRAPHIQUE 3 Part de l’épargne mondiale détenue par les pays en développement

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source : Banque mondiale (2013)

Bien sûr, une part substantielle de ce changement s’explique par les dynamiques de l'épargne et de l'investissement propres à la Chine, mais il ne doit pas être minimisé sur ce motif. Tout d'abord, dire que quelque chose concerne seulement la Chine est une façon particulière de parler d’un pays ce qui est destiné à être la plus grande économie au monde. Deuxièmement, ces évolutions touchant l’épargne et l’investissement s’observent également dans le reste des pays en développement, même si la tendance n'est pas aussi prononcée. Le graphique 4 montre la part de l'investissement par rapport à la production mondiale totale pour les pays en développement, et ensuite pour les pays en développement sans la Chine et l'Inde. Le graphique 5 montre le taux d'épargne des pays en développement dans leur ensemble et ensuite sans la Chine et sans les autres BRIIC (en l’occurrence, sans le Brésil, ni la Russie, ni l'Inde, ni l'Indonésie, ni la Chine).

GRAPHIQUE 4 Part de l’investissement des pays en développement dans la production mondiale

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source : Banque mondiale (2013)

GRAPHIQUE 5 Taux d’épargne des pays en développement

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source : Banque mondiale (2013)

Il y a quelques décennies, on disait que les pays à faible revenu étaient piégés par leurs faibles taux d'épargne et d'investissement et par leur incapacité à attirer les capitaux étrangers. Peut-être que le piège existait il y a quelques décennies, mais c'est un piège qui s’est refermé dans ce Troisième Age de la globalisation financière. »

Timothy Taylor, « The Third Age of Financial Globalization », in Conversable Economist (blog), 31 mai 2013. Traduit par M.A.