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Tag - Brésil

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samedi 10 novembre 2018

Que diable s’est-il passé au Brésil ?

« (…) Voilà ce que j’en pense : le Brésil semble avoir été frappé par une tempête parfaite de malchance et de mauvaise politique économique, avec trois aspects clés. Premièrement, l’environnement mondial s’est brutalement détérioré, avec une chute des prix pour les matières premières exportées, alors que ces dernières sont toujours cruciales pour l’économie brésilienne. Deuxièmement, les dépenses privées domestiques ont aussi plongé, peut-être en raison d’une accumulation excessive de dette. Troisièmement, la politique économique, au lieu de combattre le ralentissement de l’activité, l’a exacerbé, avec de l’austérité budgétaire et un resserrement monétaire alors même que l’économie vacillait.

Peut-être la première chose à dire à propos de la crise brésilienne est de dire ce qu’elle n’est pas. Au cours des dernières décennies, ceux qui suivent la macroéconomie internationale ont eu l’habitude d’entendre parler de crises d’"arrêt soudain" (sudden stop) dans les flux de capitaux, crises au cours desquelles les investisseurs se détournent abruptement d’un pays sur lequel ils avaient porté leur dévolu. C’est l’histoire de la crise mexicaine de 1994-1995, de la crise asiatique de 1997-1999 et de la crise de l’Europe du sud après 2009. C’est aussi ce que nous semblons voir aujourd’hui en Turquie et en Argentine.

Nous savons comment se poursuit cette histoire : le pays affligé voit son taux de change baisser (ou, dans le cas des pays de la zone euro, ses taux d’intérêt augmenter). Une dépréciation de devise ordinaire stimule l’économie, en rendant ses produits plus compétitifs sur les marchés mondiaux. Mais les pays qui connaissent un arrêt soudain se sont souvent fortement endettés en devises étrangères, si bien que la dépréciation de la devise détériore le bilan de ses résidents, provoquant une chute sévère de la demande domestique. Et les responsables de la politique économique ont bien peu de bonnes options : accroître les taux d’intérêt pour soutenir la devise va davantage détériorer la demande intérieure.

Mais alors que vous pourriez penser que le Brésil était dans une situation similaire (la chute de 9 % du PIB réel par tête est comparable à celle que l’on a observée par le passé lors des épisodes d’arrêts soudains), il s’avère que ce n’est pas le cas. En fait, le Brésil ne s’est pas vraiment endetté en devises étrangères et que les effets de devise sur les bilans ne semblent pas jouer un grand rôle dans l’histoire. Que s’est-il alors passé ?

Tout d’abord, l’environnement économique mondial s’est grandement dégradé. Le Brésil s’est quelque peu diversifié dans les activités industrielles, mais il est toujours très dépendant des exportations de matières premières, celles dont les prix ont chuté. Comme le graphique 1 le montre, les termes de l’échange du Brésil (le ratio rapportant les prix à l’exportation sur les prix de l’importation) se sont fortement détériorés.

GRAPHIQUE 1 Termes de l’échange du Brésil

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Cela aurait été dommageable dans tous les cas, mais cette détérioration est allée de paire avec une chute brutale de la consommation domestique (cf. graphique 2). Atif Mian et ses coauteurs nous disent que c’est lié à une hausse de la dette des ménages au cours des années précédentes ; le Brésil a connu quelque chose qui ressemble davantage à la déflation par la dette que les pays développés ont connue en 2008 qu’une crise traditionnelle des pays émergents.

GRAPHIQUE 2 Croissance des dépenses de consommation publique et privée au Brésil (en %)

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Cependant, ce qui a vraiment fait du mal au Brésil, c’est la façon par laquelle il a répondu à ces chocs : les politiques budgétaire et monétaire ont aggravé les choses.

Du côté budgétaire : Le Brésil connaît des problèmes de solvabilité de long terme. Mais ces derniers nécessitent des solutions de long terme. Ce qui s’est passé, c’est que le gouvernement de Roussef a décidé de fortement réduire les dépenses publiques au milieu de la contraction. Que pensaient-ils ? Il semble qu’ils se soient laissés convaincre par la doctrine de l’austérité expansionniste.

Et pour couronner le tout, la politique monétaire a été brutalement resserrée, avec une forte hausse des taux d’intérêt (cf. graphique 3). Que s’est-il passé ?

GRAPHIQUE 3 Taux d’intérêt sur les bons du Trésor brésiliens

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Selon moi, le taux de change s’est déprécié en raison de la dégradation des termes de l’échange, envoyant l’inflation temporairement plus élevée (cf. graphique 4). Et la banque centrale a paniqué, se focalisant sur le problème de l’inflation au détriment de l’économie réelle. Maintenant que la hausse des prix provoquée par l’appréciation de la devise est finie, l’inflation est désormais faible au regard de ses valeurs passées, mais le mal est fait.

GRAPHIQUE 4 Taux de change effectif du réal brésilien et indice des prix à la consommation du Brésil

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C’est une histoire spectaculaire et déprimante. Et cette combinaison de malchance et de mauvaise politique économique a sûrement joué un rôle dans le désastre politique qui suivit. »

Paul Krugman, « What the Hell Happened to Brazil? », 9 novembre 2018. Traduit par Martin Anota

mardi 22 septembre 2015

La crise économique s'aggrave au Brésil

GRAPHIQUE 1 Prévisions moyennes du taux de croissance du PIB (en %) pour les années 2015, 2016 et 2017

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GRAPHIQUE 2 Taux de chômage et variation du nombre d'emplois au Brésil

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source : The Economist (2015

jeudi 10 septembre 2015

Les devises émergentes poursuivent leur plongée

GRAPHIQUE Taux de change de plusieurs devises émergentes vis-à-vis du dollar (en indices, base 100 juillet 2011)

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source : The Economist, d'après les données de Thomson Reuters



aller plus loin...

« Comment l’anticipation du tapering affecte-t-elle les pays émergents ? »

« Comment les annonces du tapering se transmettent aux pays émergents »

« L’Inde dans l’attente du tapering »

mercredi 2 septembre 2015

La septième économie mondiale s'enfonce dans la récession

GRAPHIQUE Variation du PIB brésilien par rapport à l'année précédente (en %)

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source : The Economist (2015), d'après les données de Haver Analytics

jeudi 12 mars 2015

Essor et déclin du Brésil

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source : The Economist (2015)

lundi 5 novembre 2012

Le défi de la croissance brésilienne

Avenida Paulista

« (…) La croissance économique du Brésil au cours de la dernière décennie doit beaucoup à l'essor des matières premières (…). En 2010, la croissance a atteint le chiffre impressionnant de 7,5 %. Des politiques budgétaire et monétaire très expansionnistes ont permis à l'économie de très rapidement surmonter la crise financière mondiale. Aujourd'hui, des politiques similaires sont à nouveau déployées. La croissance du PIB s’est accélérée au second trimestre de l'année 2012 et elle devrait atteindre plus de 4 % en 2013. Mais le Brésil peut-il aller au-delà de ces cycles de stop-and-go et assurer une croissance stable ?

Une contrainte évidente est l'insuffisant investissement dans le capital physique, comme peuvent en témoigner tous ceux qui ont utilisé les aéroports et les routes du Brésil. L’économie brésilienne veut rivaliser avec des géants asiatiques comme la Chine et l'Inde, mais son taux d'investissement, qui atteint péniblement 19 % du PIB, est loin des taux asiatiques. Et, même à un faible niveau d'investissement, le déficit du compte courant du Brésil est supérieur à 2 % du PIB, ce qui l’expose à une dramatique pénurie d’épargne domestique. Etant donné que la nouvelle classe moyenne du Brésil se consacre à l’acquisition de biens de consommation conformes à son statut, l’épargne additionnelle ne peut venir que du secteur public. (…)

Le Brésil a engendré quelques compagnies de classe mondiale (par exemple l’industriel aéronautique Embraer), mais la plupart de ses secteurs industriels restent focalisés sur le seul marché intérieur et ne sont pas compétitifs internationalement. Le niveau élevé des coûts de production, en particulier dans l'énergie, sont un obstacle majeur. (…) A long terme, le Brésil devra investir davantage dans la production énergétique - et ces investissements, comme tous les gouvernements de l'Amérique latine le savent, sont de plus en plus controversés pour des raisons politiques et environnementales.

Une autre question clé est celle du taux de change. Au cours de la dernière décennie, le Brésil a laissé sa monnaie flotter, puis il a discrètement abandonné cette politique pour adopter de facto un régime semi-fixe, ce qui permet à la monnaie de se déplacer dans une bande étroite autour de deux réals brésiliens pour un dollar américain. Dans le passé, les coûts financiers d’intervention sur le marché des changes étaient très élevés, donc les épisodes de régime fixe étaient de courte durée. Cette fois-ci, le coût d'intervention a été limité en raison de l'incertitude en Europe, mais aussi en raison du contrôle des capitaux et des faibles taux d'intérêt au Brésil. Toutefois, cet équilibre délicat pourrait être menacé par un nouvel afflux de liquidité mondiale, peut-être tiré par les politiques d’assouplissement quantitatif menées par la Réserve fédérale américaine.

Le gouvernement de Rousseff a également mis en œuvre des mesures incitatives (subventions, crédit dirigé et même de nouvelles taxes sur les importations) visant à développer certains secteurs. Les enthousiastes décrivent cela comme une nouvelle marque de politique industrielle moderne qui peut pousser le Brésil au-delà de son rôle traditionnel d'exportateur de matières premières. Les critiques disent qu’il s’agit d’un effort malavisé qui ne générera que davantage de distorsions et retardera la croissance. Selon moi, (…) les marchés de l'innovation et des nouvelles idées fonctionnent mal et les gouvernements peuvent aider à remédier aux défaillances de marché. (…) Les pays doivent créer des institutions pour assurer que le soutien est donné (et retiré) seulement selon des critères reposant sur la productivité attendue, et non comme un moyen de récompenser les amis ou alliés politiques. »

Andrés Velasco, « El desafío del crecimiento en Brasil », in Project Syndicate, 30 octobre 2012.