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Tag - Etats-Unis

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vendredi 4 mars 2016

La dette privée est en Chine bien plus massive qu'aux Etats-Unis à la veille de la Grande Récession

GRAPHIQUE Crédit accordé au secteur privé non financier (en % du PIB)

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source : The Economist (2016), d'après les données de la BRI

jeudi 25 février 2016

Avec Obama, le taux de misère atteint un niveau qu'il n'avait pas atteint depuis Eisenhower

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source : The Economist (2016)



aller plus loin... lire « La croissance américaine est la plus forte sous présidence démocrate »

jeudi 11 février 2016

L'expansion américaine va-t-elle mourir de vieillesse ?

« Les récents indicateurs économiques montrent que la croissance économique des Etats-Unis a considérablement ralenti. Après correction des chiffres par rapport à l’inflation, il apparaît que la production agrégée s’est peu accrue durant les trois derniers mois de l’année 2015. (…) Les récessions sont notoirement difficiles à prévoir. Cependant, beaucoup estiment qu’une expansion vieillissante est forcément de plus en plus fragile et de plus en plus susceptible de s’achever en récession. Les prédictions de l’occurrence prochaine d’une récession (suggérant qu’il est "grand temps" que l’activité se retourne) se sont récemment multipliées, parce que la reprise actuelle, qui dure depuis six ans et demi, est déjà relativement longue. Par exemple, Rebecca Jarvis, de la chaîne ABC News, demanda à Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale, son avis sur la question (…). Janet Yellen lui répondit : "Je pense que l’idée selon laquelle les expansions meurent de vieillesse est un mythe. Je ne pense pas qu’elles meurent de vieillesse. Donc le fait que cette expansion dure depuis longtemps ne m’amène pas à penser que ses jours soient comptés".

L’idée que les expansions économiques sont d’autant plus susceptibles de s’arrêter qu’elles durent était très courante avant la Seconde Guerre mondiale. Dans sa synthèse classique des théories des cycles d’affaires, Gottfried Haberler (1937) consacre au sujet toute une section intitulée "Pourquoi le système économique est de moins en moins capable de faire face à des chocs déflationnistes après que l’expansion ait atteint un certain point". Aujourd’hui, une telle idée reste courante et découle d’une analogie avec la mortalité humaine : à mesure que l’expansion vieillit, les déséquilibres et rigidités s’accumulent et celles-ci entravent l’économie et la rendent plus fragile. Donc, l’expansion pourrait être remise en cause par des chocs toujours plus petits et l’économie est de plus en plus susceptible de basculer dans la récession.

Cependant, les données historiques recueillies depuis la Seconde Guerre mondiale ne soutiennent pas l’idée que la probabilité de récession s’accroisse avec la durée de la reprise. L’une des analyses statistiques se penchant sur la question, réalisée par Diebold et Rudebusch (1990), constate que les expansions d’après-guerre ne sont pas plus susceptibles de s’achever du fait qu’elles durent. Cette Economic Letter actualise cette analyse. Les résultats vont dans le sens des propos de Yellen, selon lesquels, toutes choses égales par ailleurs, les expansions les plus longues ne sont pas davantage susceptibles de s’achever que les plus courtes. (…)

Les techniques d’analyse de survie sont bien adaptées pour chercher à déterminer la probabilité qu’une expansion prenne fin, comme l’ont décrit Diebold et Rudebusch (1990) ou encore Sichel (1991). Dans cette application, l’événement que l’on cherche à prédire est un pic de cycles d’affaires, qui marque la fin d’une reprise et donc le début d’une récession. En particulier, il sera possible de déterminer si cette probabilité augmente avec l’âge de l’expansion. (...)

Les durées des expansions aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale sont présentées sur le graphique 1. Elles sont déterminées par le National Bureau of Economic Research (NBER), qui date le commencement et la fin de chaque expansion. Selon le NBER, la dernière récession que les Etats-Unis ont connue (la Grande Récession) s’acheva en juin 2009. Depuis, la reprise a duré six années et demie, ce qui est largement plus long que pour la plupart des précédentes expansions. La reprise en cours est montrée en rouge et sa date de fin est marquée d’un point d’interrogation. D’autres expansions d’après-guerre ont duré d’un minimum de 12 mois pour la reprise de 1980-1981 à un maximum de 10 ans pour le long boom des années quatre-vingt-dix. Les expansions très brèves (disons, celles qui ont duré seulement huit mois) ne sont jamais observées parce que le NBER considère qu’une période de croissance doit durer au moins une année pour être formellement considérée comme une expansion.

GRAPHIQUE 1 Durée des expansions d'après-guerre (en mois)

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Comme dans l’étude de la mortalité humaine, les techniques statistiques d’analyse de survie peuvent être utilisées pour traduire ces durées en taux de mortalité d’expansion, en d’autres termes les probabilités conditionnelles qu’une expansion finisse à un mois donné en fonction de sa durée. La ligne bleu sombre sur le graphique 2 montre les taux de mortalité estimés pour les expansions d’après-guerre (…). Par exemple, le graphique 3 montre qu’une expansion qui a déjà duré 50 mois a 2 % de chances de finir au cours du moins suivants et, si cette probabilité est cumulée sur les 12 mois suivants, que l’expansion a environ 23 % de chances de finir au cours de l’année suivante.

GRAPHIQUE 2 Probabilité pour une expansion de mourir en fonction de sa durée (en %)

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Nous pouvons noter que la ligne pour les expansions d’après-guerre sur le graphique 2 est pratiquement plate (…). Cela signifie que les taux de mortalité pour les expansions d’après-guerre ne dépendant pas vraiment de la durée de ces expansions. En effet, un test statistique ne rejette pas l’hypothèse selon laquelle la ligne noire est réellement plate et que la probabilité que survienne une récession au cours d’un mois donné ne dépend pas de l’âge de la reprise. Par conséquent, lorsqu’on se base seulement sur l’âge, une expansion qui a déjà duré 80 mois a effectivement la même chance de s’interrompre qu’une expansion qui a déjà duré 40 mois. Par conséquent, la reprise actuelle n’est pas davantage susceptible de s’achever simplement parce qu’elle est proche de fêter son septième anniversaire.

A l’inverse, la même technique statistique rapporte des résultats très différents lorsqu’on l’applique aux expansions d’avant-guerre, c’est-à-dire sur celles qui ont eu lieu entre 1854 et 1938. Comme le montre la ligne rouge sur le graphique 2, les taux de mortalité pour les expansions qui ont eu lieu avant la Seconde Guerre mondiale s’accroissaient à mesure qu’elles vieillissaient. Les preuves empiriques que la durée des expansions à leur âge dépende moins de leur âge depuis la Seconde Guerre mondiale a été soutenue par l’analyse réalisée par Diebold et Rudebusch (1999) et par les études plus récentes qui ont été recensées par Castro (2013).

Divers changements qui ont bouleversé l’économie après la Seconde Guerre mondiale ont contribué à ce que les expansions soient plus robustes et durent plus longtemps. L’un de ces changements est l’accroissement de la part des services (…) dans la production de l’économie, donc réciproquement la baisse de la part de l’industrie ; cela aurait tendance à réduire l’importance des variations des stocks et à lisser le cycle d’affaires. Surtout, le fait que les reprises d’après-guerre soient moins fragiles reflète l’influence qu’exerce un large gouvernement fédéral veillant à la stabilisation de l’économie. (…) Suite à la Seconde Guerre mondiale, la gestion macroéconomique est passée d’une attitude de laissez-faire à une politique contracylique, ce qui contribua à prolonger les expansions économiques et à rendre la durée des expansions économiques moins dépendante de leur âge. C’est cohérent avec les preuves empiriques relevées par Diebold et Rudebusch (1990) selon lesquelles les récessions d’après-guerre dépendent davantage de leur âge que par le passé : à mesure qu’une récession se poursuit, elle est davantage susceptible de s’interrompre et de laisser place à une reprise dans la mesure où les responsables politiques prennent des actions pour stimuler la croissance. »

Glenn D. Rudebusch, « Will the economic recovery die of old age? », FRBSF Economic Letter, n° 2016-03, 8 février 2016. Traduit par Martin Anota



aller plus loin… lire « Cet inébranlable optimisme des prévisions de croissance »

mardi 22 décembre 2015

Depuis 1970, la productivité a doublé aux Etats-Unis, mais le revenu médian n'a augmenté que de 11 %

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source : The Economist (2015)

mercredi 22 juillet 2015

Le revenu médian américain est retourné à son niveau de 1996

GRAPHIQUE Revenu médian aux Etats-Unis (en milliers de dollars 2013)

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source : The Economist (2015)

samedi 11 juillet 2015

La Fed ne doit pas relever ses taux trop tôt...

... car la reprise actuelle est encore plus atone que les précédentes

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source : The Economist (2015)



aller plus loin… lire « Un plein emploi en trompe-l’œil aux Etats-Unis »

vendredi 19 juin 2015

La croissance mondiale repose de plus en plus sur trois pays

GRAPHIQUE Taux de croissance du PIB mondial (en %) et contributions à la croissance mondiale (en points de %)

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source : The Economist (2015)
note : estimations basées sur 48 économies représentant 86 % du PIB mondial

jeudi 7 mai 2015

Impact de la Grande Récession sur les salaires, la productivité et le chômage

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source : The Economist (2015)

mardi 13 janvier 2015

La reprise américaine remet-elle en cause l’analyse keynésienne de l’austérité ?

Sachs et l’âge des moindres espérances

« Je parle habituellement peu de l’économie américaine, parce qu’il y a tellement d’autres qui écrivent des articles et billets sur le sujet et qui disposent de plus d’autorité que moi sur la question. Mais je suis de plus en plus énervé par certains suggère que les chiffres de la croissance américaine amènent à rejeter l’idée que l’austérité soit mauvaise lorsque les taux directeurs des banques centrales butent sur leur borne inférieure zéro (zero lower bound). A ce titre, le nom de Jeffrey Sachs vient juste de rejoindre une longue liste.

Bien sûr, la manière correcte de s’attaquer à ce problème est de le faire comme le fait Paul Krugman. Comme il le rappelle, beaucoup de choses surviennent simultanément (comme par exemple la forte chute du taux d’épargne aux Etats-Unis en 2013), donc vous ne devez pas restreindre votre analyse à un seul pays, mais regarder beaucoup de données. Mais, ce faisant, vous risquez de suggérer que le cas américain est inhabituel et ne colle justement pas avec la théorie keynésienne. Par conséquent, j’ai réalisé un exercice simple et j’ai reporté ses résultats sur le graphique suivant. Ce dernier représente, d’une part, la trajectoire que le PIB américain a effectivement suivie et, d’autre part, l’hypothétique trajectoire qu’il aurait suivie si la consommation et l’investissement publics avaient connu une croissance réelle de 2% à partir de 2009. Donc nous imaginons qu’il n’y a pas eu d’austérité budgétaire et que les dépenses publiques se sont maintenues aux niveaux élevés qu’elles atteignaient lors de la récession. De plus, j’ai supposé un multiplieur large (et instantané) égal à deux pour ces dépenses publiques supplémentaires.

PIB des Etats-Unis (en milliers de milliards de dollars 2009) :

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(…) Comme vous pouvez le voir, la trajectoire du PIB sans austérité semble parfaitement plausible. Ce que nous obtenons est une croissance de 3,4 % en 2010 (contre une croissance effective de 2,5%), suivie par trois années de croissance de 3,7 % (contre 1,6%, 2,3% et 2,2%). En d’autres termes, nous obtenons une croissance raisonnablement rapide depuis une forte récession. Evidemment, il y a des manières plus sophistiquées de faire ce genre d’analyse contrefactuelle, mais peut-être que quelque chose de très simple suffit. Les récentes performances des Etats-Unis ne constituent donc pas un argument à l’encontre de l’analyse keynésienne.

Cela me suggère deux choses. Premièrement, beaucoup de gens sont tellement désespérés d’infirmer les critiques soulevées par l’usage de l’austérité à la borne inférieur zéro qu’ils sont capables d’avancer des arguments erronés à cette fin. C’est en particulier le cas de ceux qui ont affirmé en 2010 qu’il était nécessaire d’adopter des plans d’austérité (…). Deuxièmement, c’est attristant de lire ou d’entendre des gens suggérer qu’une croissance de 2,3 % peut être qualifiée de "rapide" lorsque nous sortons d’une profonde récession et que les taux d’intérêt nominaux sont restés collés à leur borne zéro. C’est tellement dangereux lorsque ces moindres espérances sont reprises par l’élite. »

Simon Wren-Lewis, « Sachs and the age of diminished expectations », in Mainly Macro (blog), 7 janvier 2015. Traduit par Martin Anota


La macroéconomie fondée sur la seule croyance

« Quand vous savez seulement que quelque chose est vrai, par exemple que la politique budgétaire n’a jamais un rôle réellement important et que le ciblage du PIB nominal aurait permis d’éviter la Grande Récession, vous cherchez à proclamer votre foi de la manière efficace possible. Vous vous lancez dans un concours oratoire. Le meilleur exemple d’une telle personne que j’ai en tête est Scott Sumner. Voici ce qu’il a trouvé à dire à propos par rapport à ce que j’ai récemment écrit :

"Simon Wren-Lewis utilise également mal les données de croissance du PIB, en l’occurrence d’une manière qui fait apparaître l’austérité comme plus dommageable qu’elle ne l’était. Il affirme que la croissance du PIB réel était de 2,3 % en 2012 et de 2,2 % en 2013 (l’année de l’austérité aux Etats-Unis). Mais ce sont des données annuelles année après année or, puisque l’austérité commença le premier janvier 2013, vous devez utiliser des données quatrième trimestre après quatrième trimestre. En fait, la croissance du PIB réel en 2012, quatrième trimestre après quatrième trimestre, fut de seulement 1,67 %, tandis que la croissance durant l’année d’austérité de 2013 a presque doublé en atteignant 3,13 %."

(…) Lorsque vous entendez dire que quelqu’un utilise mal les données (…), vous vous attendez à trouver qu’il ait commis une erreur sur Excel ou utilisé de vieilles données. Mais Sumner n’est pas en train d’utiliser le terme "mal" (…) dans son sens ordinaire. Il est en mode débat. Ce qu’il suggère en fait est que, en choisissant d’utiliser les données annuelles (correctes), je suis (accidentellement, délibérément ?) en train de dissimuler quelque chose important. Il cite ensuite deux chiffres qui appuient soi-disant ses propos. Pas d’analyse, pas de graphique – c’est un débat.

Voici un graphique qui représente les dépenses réelles de consommation et d’investissement brut du gouvernement américain et qui provient du site FRED. Selon Sumner, “l’austérité commença le 1er janvier 2013”. Mais que dit le graphique ?

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(…) Voulez-vous vraiment suivre ceux dont la macroéconomie se nourrit tellement de la foi qu’ils ne ressentent même pas le besoin de vérifier les chiffres ? Voulez-vous suivre quelqu’un qui écrit (plus tôt dans son billet) qu’"il serait utile de réaliser une étude plus systématique de l’austérité budgétaire" ? Que doit-on faire de toutes les études qui ont déjà été faites (par exemple ici, ici ou) ? Ne comptent-elles pas parce qu’elles constatent généralement que la politique budgétaire a un rôle à jouer et qu’elles échouent ainsi à s’accorder avec la croyance ? Voulez-vous que la macroéconomie tienne de la croyance ou d’une analyse scientifique soignée ? »

Simon Wren-Lewis, « Faith based macroeconomics », in Mainly Macro (blog), 10 janvier 2015. Traduit par Martin Anota

mardi 9 décembre 2014

Comment se portent les Etats-Unis ?

GRAPHIQUE 1 Croissance du PIB (par rapport au trimestre précédent, en rythme annuel, en %)

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GRAPHIQUE 2 Revenu médian des ménages (en milliers de dollars 2013)

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GRAPHIQUE 3 Taux d'activité et taux de chômage (en %)

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GRAPHIQUE 4 Déficit fédéral

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GRAPHIQUE 5 Dette publique et bilan de la Fed

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GRAPHIQUE 6 Indices boursiers et rendements des obligations publiques

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source : The Economist (2014)

mardi 11 novembre 2014

Le retour des inégalités patrimoniales aux Etats-Unis

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source : The Economist (2014), d'après Emmanel Saez et Gabriel Zucman



aller plus loin... lire "Comment la répartition du patrimoine a-t-elle changé depuis un siècle aux Etats-Unis ?"

jeudi 23 octobre 2014

Les répercussions de la Grande Récession sur le marché du travail américain

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source : The Economist (2014)

mercredi 4 juin 2014

Aux Etats-Unis, la production augmente, mais pas le nombre d’heures travaillées

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« Voici un aperçu de l’évolution de l’économie américaine au cours des 15 dernières années : un nombre identique d’heures travaillées en 1998 et en 2013, même si la population a augmenté de plus de 40 millions de personnes, tandis que la production s’est accrue de 42 %. Shawn Sprague explique dans son article "What can labor productivity tell us about the U.S. economy?" publié dans la lettre Beyond the Numbers du Bureau des Statistiques du Travail en mai 2014.

Spragne écrit que "les travailleurs (…) aux Etats-Unis travaillèrent virtuellement le même nombre d’heures en 2013 qu’ils en ont travaillé en 1998, soit environ 194 milliards d’heurs travaillées. Cela signifie qu’il n’y a eu finalement aucune croissance du tout du nombre d’heures travaillées au cours de cette période de 15 ans, malgré le fait que la population américaine atteint plus de 40 millions de personnes durant ce temps et malgré le fait que la population américaine gagné plus de 40 millions de personnes durant cette période et malgré le fait qu’il y eut des milliers de nouvelles entreprises établies durant cette période. Et étant donné ce manque de croissance dans les heures travaillées, c’est peut-être même encore plus frappant que les entreprises américaines réussirent à accroître leur production de 42 % (soit de 3,5 milliers de milliards) en 2013 par rapport à 1998, même après avoir ajusté pour l’inflation… On peut dire une chose de certaine : la totalité de cette croissance de la production doivent provenir d’autres sources productives que le nombre d’heures travaillées. Par exemple, les entreprises peuvent accroître la production en investissement dans des équipements plus rapides, en embauchant plus de travaillées très qualifiés et expérimentés et en réduisant le gâchis en matériel ou les temps morts. Dans ces cas, comme dans d’autres, la production peut s’accroître sans que s’accroisse le nombre d’heures travaillées. De tels gains de production relèvent d’une croissance de la productivité du travail sur la période."

On peut dire beaucoup de choses à propos de ces dynamiques. Bien sûr, les années de comparaison sont un peu injustes, puisqu’en 1998 la bulle internet était proche de son pic, avec un taux de chômage de 4,5 %, tandis que 2013 s’inscrit dans la reprise lente de la Grande Récession. La proportion d’adultes américains qui ont emploi ou qui en cherchent un (le taux d’activité) a décliné pour plusieurs raison : par exemple, avec le vieillissement de la population, plus d’adultes arrivent à la retraite, une plus large part de jeunes adultes poursuivent leurs études et ne travaillent donc pas immédiatement, une hausse de la part des travailleurs recevant des prestations d’invalidité et le manque d’emplois bien payés pour les travailleurs peu qualifiés.

GRAPHIQUE Productivité, production et heures travaillées (en indices base 100 quatrième trimestre 2006)

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Voici un graphique montrant les dynamiques des heures travaillées, de la production et de la productivité suite à la Grande Récession. Sprague explique : « lorsque la récession commença, la productivité a stagné, puisque la production et les heures ont chuté de concert. La production et les heures continuèrent à diminuer jusqu’à la dernière partie de la récession, puis la production cessa de diminuer, tandis que les heures travaillées ont continué à diminuer. Durant cette période, il y eut une forte croissance de la productivité : du quatrième trimestre 2008 au quatrième trimestre 2009, la croissance de la productivité s’est élevée à 5,6 %. En fait, ce fut le taux sur quatre trimestres le plus élevé que l’on ait enregistré depuis plus de 35 ans.

GRAPHIQUE Taux de croissance annuels moyens de la productivité du travail aux Etats-Unis (en %)

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Voici un graphique montrant les taux de croissance de la productivité après la Seconde Guerre mondiale. Notons que les taux de croissance annuelle de la productivité furent très entre 1947 et 1973 en atteignant en moyenne 3,2 %. Il y a eu ensuite un fort ralentissement de la croissance de la productivité dans les années soixante-dix et tandis que des taux plus élevés ont suivi dans les années quatre-vingt-dix et plus récemment, l’économie américaine n’est pas parvenue à renouer avec les taux de croissance de la productivité des années cinquante et soixante. Comme je l’ai régulièrement noté dans mes précédents billets (par exemple ici et ici), il n’y a pas d’autre question plus importante pour la santé à long terme de l’économie américaine que de savoir si elle peut maintenir un fort taux de croissance de la productivité. »

Timothy Taylor, « Hours worked, no change; Output, up 42% », 30 mai 2014. Traduit par Martin Anota



aller plus loin... lire « Les marchés du travail et la Grande Récession »

jeudi 1 mai 2014

La Chine sera la plus grande économie au monde d'ici la fin de l'année

GRAPHIQUE PIB des Etats-Unis et de la Chine (en milliers de milliards de dollars PPA)

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source : The Economist (2014)

jeudi 20 mars 2014

Le défi de la productivité américaine

« Au cours du temps, la croissance de la productivité détermine la hausse du niveau de vie d'une société. Je parle souvent à des gens qui se montrent sceptiques quant à la croissance économique pour une raison ou une autre. Or, précisons que par la croissance de la productivité, j’entends une croissance améliorant la santé, l'éducation, créatrice d'emplois, offrant des hausses salariales, réduisant la pollution et économisant de l'énergie. Plus largement, la bonne chose à propos des problèmes de croissance économique, c'est que vous pouvez vous permettre de faire quelque chose à propos de tous vos autres désirs sociaux, car un plus gros gâteau permet à la fois d’accroître les dépenses du gouvernement et de diminuer les taux d'imposition. Le chapitre 5 du 2014 Economic Report of the President, publié la semaine dernière par le Conseil des conseillers économiques du président Obama, raconte l'histoire de la croissance de la productivité américaine au cours des dernières décennies.

Pour donner du contenu intuitif à l’idée de productivité, la discussion commence en prenant comme exemple la productivité d’un planteur de maïs dans l'Iowa. "En 1870, un fermier plantant du maïs dans l'Iowa pouvait s’attendre à faire pousser 35 boisseaux par acre. Aujourd'hui, le descendant de ce colon peut faire pousser près de 180 boisseaux à l'acre et il utilise des équipements sophistiqués pour travailler une plus large superficie que son aïeul. En raison des rendements plus élevés et de l'utilisation de machines faisant gagner du temps, la quantité de maïs produite par une heure de main-travail agricole a augmenté, passant d'environ 0,64 boisseau en 1870 à plus de 60 boisseaux en 2013. Cette multiplication par 90 de la productivité du travail (…) correspond à un taux de croissance annuel moyen de 3,2 % pendant 143 ans. En 1870, un boisseau de maïs était vendu pour environ 0,80 dollar, soit environ deux jours de salaires pour un travailleur lambda du secteur manufacturier ; aujourd'hui, ce boisseau se vend à environ 4,30 dollars, ou 12 minutes de salaires moyens.

Cette augmentation extraordinaire de la production de maïs, la chute du prix réel du blé et l'amélioration du bien-être physique qui en a résulté n’ont pas été obtenus parce que nous sommes aujourd'hui plus forts, plus travailleurs ou plus robustes que les premiers colons qui ont labouré les prairies. En fait, c’est plutôt grâce à une combinaison d'inventions, de matériels plus perfectionnés et d’une meilleure éducation, au fait que le fermier de l'Iowa utilise aujourd'hui des souches plus productives de maïs et des méthodes de culture plus sophistiquées pour obtenir un meilleur rendement sur chaque acre... Les avancées technologiques telles que l'hybridation du maïs, la technologie de l'engrais, la résistance aux maladies, ainsi que la plantation et la récolte mécaniques ont résulté de décennies de recherche-développement".

En une heure, un travailleur américain typique produit quatre fois plus qu'un travailleur en 1948. Comme le montre le tableau, environ 10 % du gain peut être attribué à des niveaux d’éducation plus élevés et environ 38 % du gain au fait que les travailleurs travaillent avec du capital de plus grande valeur. Mais l’essentiel de ce changement s’explique par la croissance de la productivité multifactorielle : ce sont les petites et grandes innovations qui font qu'il est possible pour un travailleur donné de produire plus avec une quantité donnée de capital.

TABLEAU Sources de la croissance de la productivité américain

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Le défi de la productivité aux États-Unis apparaît dans les statistiques des dernières décennies. La croissance de la productivité américaine était élevée dans les années cinquante et soixante ; elle a chuté entre le début des années soixante-dix et le milieu des années quatre-vingt-dix ; et elle a quelque peu rebondi depuis.

GRAPHIQUE Croissance dans la productivité totale des facteurs

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Les raisons pour lesquelles la productivité a ralenti vers 1970 ne sont pas totalement comprises. Le rapport énumère quelques-uns des candidats possibles : les chocs des prix énergétiques ont rendu beaucoup d'investissements en capital énergivores presque obsolètes ; une main-d'œuvre relativement moins expérimentée suite à l’entrée de la génération du baby-boom dans la population active et l'entrée des femmes dans la main-d'œuvre (rémunérée) ; et un ralentissement après le coup de pouce que la productivité avait reçu des innovations de la Seconde Guerre mondiale (telles que le moteur à réaction et le caoutchouc synthétique), ainsi que l'achèvement du réseau d'autoroutes dans les années cinquante. Le rebond de la productivité depuis le milieu des années quatre-vingt-dix est généralement attribué aux technologies de l'information et de la communication, tant dans l’innovation proprement dite que sa diffusion et son utilisation. Il y a une controverse quant à savoir si la croissance future de la productivité est susceptible d'être plus rapide ou plus lente. Mais étant donné que les économistes n'ont prévu ni le ralentissement de la productivité des années soixante-dix (et ne le comprennent toujours pas pleinement), ni l’accélération de la productivité dans les années quatre-vingt-dix, je ne suis pas optimiste quant à notre capacité à prédire les futures tendances de la productivité.

Parfois, les gens regardent l'axe vertical sur ces graphiques de productivité et se demandent pourquoi tout ce remue-ménage. Est-ce que la chute de 1,8 % à 0,4 % importe tant que ça ? N’est-pas deux chiffres vraiment petits ? Mais rappelez-vous que le taux de croissance de productivité est un taux annuel qui façonne le rythme auquel l'économie globale se développe. Imaginons que de 1974 à 1995 le taux de croissance de la productivité ait été supérieur de 1 point de pourcentage par an. Après 22 ans, l'économie américaine aurait été d'environ 25 % plus élevée. Si le PIB des États-Unis était de 25 % plus grand en 2014, il serait 21,5 mille milliards de dollars au lieu de 17,2 mille milliards de dollars.

Les décideurs publics consacrent énormément de temps à essayer d’optimiser les résultats du système de marché : par exemple, considérons les récents débats autour du relèvement du salaire minimum, de l’augmentation de la rémunération pour les titulaires de contrats fédéraux, de la façon par laquelle la rémunération des heures supplémentaires est calculée ou du taux supérieur d'imposition pour les hauts revenus. Compte tenu de l'augmentation des inégalités au cours des dernières décennies, je ressens une certaine sympathie à l’égard des politiques qui cherchent à couper la tarte différemment, même si je suis sceptique quant aux politiques concrètement proposées. Mais dans 20 ou 30 ans, ce qui importera vraiment pour l'économie américaine est de savoir si les taux annuels de croissance de la productivité auront été en moyenne, par exemple, supérieurs de 1 % par an.

L'ordre du jour pour la croissance de la productivité est large et il inclurait notamment l’amélioration de l'éducation et de la formation professionnelle pour les travailleurs américains, les conditions réglementaires et fiscales pour soutenir l'investissement des entreprises, les pôles d'innovation qui font appel à la fois au gouvernement, à l'enseignement supérieur et au secteur privé, ainsi que l'application judicieuse du droit de la propriété intellectuelle. Mais ici, je vais ajouter quelques mots à propos des dépenses de recherche-développement, car celles-ci sont à la base des idées novatrices qui sont au soubassement des gains de productivité. Le Conseil des conseillers économiques écrit :

"Les investissements en R&D ont souvent des effets d'entraînement (spillover effects) ; cela signifie qu’une partie de la rentabilité de l'investissement revient à des agents autres que l'investisseur. Par conséquent, les investissements qui valent la peine pour la société dans son ensemble pourraient ne pas être rentables pour une quelconque entreprise, laissant l’investissement agrégé en R&D en-dessous du niveau socialement optimal (voir par exemple, Nelson, 1959). Cette tendance au sous-investissement donné un rôle pour la recherche qui est effectuée ou financée par le gouvernement, ainsi que par des organisations à but non lucratif telles que les universités. Ces retombées positives peuvent être particulièrement importantes pour la recherche scientifique fondamentale. Les découvertes faites par la recherche fondamentale sont souvent d'une grande valeur sociale en raison de leur large applicabilité, mais sont de peu de valeur pour toute entreprise privée individuelle, qui n’aurait probablement pour elle que quelques applications rentables, si ce n’est aucune. Les analyses empiriques de Jones et Williams (1998) et Bloom et ses coauteurs. (2012) suggèrent que le niveau optimal de l'investissement en R&D est deux à quatre fois supérieur au niveau effectif".

En d'autres termes, les économistes ont depuis longtemps saisi que la société sous-investissait dans la R&D. En effet, certains des plus grands clichés de ces dernières décennies sont que nous nous dirigeons vers une "économie de la connaissance" ou une "économie de l'information". Nous devrions penser à doubler nos niveaux de dépenses de R&D, ne serait-ce que pour commencer. Mais voici ce que les dépenses de R&D des États-Unis en pourcentage du PIB ressemblent : un coup de pouce lié à la R&D de l'aérospatiale à la fin des années cinquante et dans les années soixante, qui tombe et est essentiellement plat depuis environ 1980.

GRAPHIQUE Composition des dépenses de recherche-développement en parts du PIB (en %)

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Comment augmenter le mieux possible les dépenses de R&D est un sujet important : le gouvernement doit-il directement prendre en charge les dépenses de R&D ? doit-il subventionner les universités ou les entreprises ? doit-il accorder des allégements fiscaux pour la R&D des entreprises ? aider les efforts de collaboration de R&D entre les secteurs et les partenariats public-privé ? En revanche, savoir si nous devrions augmenter la R&D est une question réglée et la réponse est "oui".

Enfin, il y eu un article dans le New York Times du dernier week-end qui indiquait que la mise en œuvre de la recherche aux États-Unis dépendait de plus en plus du financement privé et à but non lucratif. Le graphique ci-dessus comprend toutes les dépenses de R & D : celles du gouvernement, celles du secteur privé et celles à but non lucratif (…). Des fondations privées à but non lucratif peuvent faire un travail extrêmement productif et je suis tout à fait favorable à elles. Mais elles remplissent actuellement les lacunes des programmes de recherche qui ne trouvent pas d'autre soutien : elles ne conduisent pas à une hausse des dépenses totales de R&D. »

Timothy Taylor, « The U.S. productivity challenge », in Conversable Economist (blog), 18 mars 2014. Traduit par Martin Anota.


aller plus loin... lire « Recherche-développement, externalités technologiques et croissance », « La croissance américaine est-elle épuisée ? », « La grande stagnation » et « La révolution informatique est-elle finie ? »

lundi 24 février 2014

Une renaissance de l’industrie américaine ?

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« Il est tout à fait légitime de s'inquiéter de l'avenir du secteur manufacturier américain. Après tout, l’industrie représente une part disproportionnée de la recherche-développement, de l’innovation et des secteurs de pointe. Un secteur manufacturier en bonne santé ne fournit pas seulement des emplois bien rémunérés ; il sous-tend également tout un halo d’emplois de services, notamment en finance, conception, marketing et commerce. Les biens manufacturiers représentent encore la majorité de ce qui est échangé dans le monde. Si les États-Unis veulent réduire leurs déficits commerciaux, disposer d’un secteur manufacturier sain est une partie de la réponse. Mais les auteurs ne dressent pas le même portrait de l'industrie américaine, ni ne partagent les mêmes inquiétudes.

Oya Celasun, Gabriel Di Bella, Tim Mahedy et Chris Papageorgiou se penchent sur le surprenant dynamisme affiché par l'industrie américaine au cours des cinq années qui ont suivi la Grande Récession dans leur "The U.S. manufacturing recovery: Uptick or renaissance?" publié comme document de travail du FMI en février 2014. Ils notent que c'est la première fois depuis les années soixante-dix que la valeur ajoutée manufacturière rebondit à peine deux ans après la fin d’une récession.

GRAPHIQUE La part de la production manufacturière dans la production totale après chaque récession (avec comme base 100 l’année précédant la récession)

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source : Celasun et ses coauteurs (2014)

Certes, la part de la production manufacturière mondiale réalisée par les Etats-Unis a chuté entre 2000 et 2007, mais elle semble s'être stabilisée ces cinq dernières années à environ 20 %. D’ailleurs, la part de la Chine dans l’activité manufacturière mondiale, qui était à la hausse avant la récession, semble également s’être stabilisée depuis à environ 20 %.

GRAPHIQUE La part de la production manufacturière mondiale réalisée par chaque pays (en %)

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source : Celasun et ses coauteurs (2014)

Comment peut-on expliquer ces évolutions ? Les économistes du FMI soulignent trois facteurs : un dollar américain plus faible, qui a stimulé les exportations ; le ralentissement de la croissance du coût du travail dans les entreprises manufacturières américaines ; une baisse des coûts énergétiques et une expansion des activités de forage de pétrole et de gaz, essentielles pour plusieurs opérations industrielles. Ils notent que "les exportations de biens manufacturés pourraient davantage contribuer à la croissance qu’ils ne l’ont fait récemment et ce grâce à l’essor des échanges mondiaux. Les exportations manufacturières américaines ont fait preuve de résilience lors de la crise. Pour qu’elles se développent, il faudrait que les États-Unis diversifient davantage leur base d'exportation vers les régions du monde les plus dynamiques".

Plusieurs articles du numéro d’hiver 2014 du Journal of Economic Perspectives portent sur le secteur manufacturier américain. Dans leur article "U.S. manufacturing: Understanding Its past and its potential future", Martin Neil Baily et Barry P. Bosworth (...) soulignent que, lorsqu'elle est mesurée en termes de valeur ajoutée, l’activité manufacturière a représenté une part plus ou moins constante de l'économie américaine depuis plusieurs décennies. La part de l'emploi dans le secteur manufacturier des États-Unis a diminué de façon constante au fil du temps, mais comme ils le notent, "le recul de la part de l'emploi manufacturier dans l’emploi total est une caractéristique de longue date des données américaines et c’est aussi une tendance partagée par tous les pays à revenu élevé. En effet, les données de l'OCDE indiquent que la chute de la part des emplois manufacturés dans l’emploi total (d’environ 14 points de pourcentage) observée aux Etats-Unis au cours des 40 dernières années est équivalente à celle observée dans les autres économies du G7 (l’Allemagne, le Canada, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni)".

GRAPHIQUE Part de la production manufacturière dans la production américaine et part des emplois manufacturiers dans l’emploi américain (en %)

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source : Baily et Bosworth (2014)

Bien sûr, il y a aussi des motifs d’inquiétude. Par exemple, la production manufacturière a résisté en grande partie grâce à la croissance rapide de l'informatique et des technologies d'information, alors que de nombreuses autres industries manufacturières ont traversé des moments particulièrement difficiles. Mais Baily et Bosworth soutiennent que le véritable test qui se pose à l'industrie manufacturière américaine est de s’implanter dans les secteurs manufacturiers d'avenir, notamment la robotique, l'impression 3D, la science des matériaux, la biotechnologie, l'"internet des objets" qui désigne l’interconnexion des machines et bâtiments via le web. Cela dépend aussi de la façon par laquelle l'industrie manufacturière américaine interagit avec les développements récents dans le secteur énergétique américain qui laissent présager un gaz naturel domestique à moindre coût. En termes de politique publique, ils font valoir que les politiques les plus importantes pour l'industrie manufacturière américaine ne lui sont pas spécifiques, mais qu’il s’agit de politiques plus générales comme l'ouverture des marchés mondiaux, la réduction des déficits budgétaires au cours du temps, les progrès dans l'éducation et la formation des travailleurs américains, l’investissement en recherche-développement et en infrastructures, la fiscalité des entreprises, etc.

Dans le même numéro du Journal of Economic Perspectives publié en hiver 2014, Gregory Tassey offre une autre perspective avec son article "Competing in advanced manufacturing: The need for improved growth models and policies". Tassey se penche moins sur le secteur manufacturier dans son ensemble que sur les activités manufacturières de pointe. Il note que l’"une des conséquences a été la détérioration constante de la balance des échanges en produits technologiques de pointe établie par le Bureau du recensement des Etats-Unis au cours de la dernière décennie. Elle est devenue déficitaire en 2002 et a continué à se détériorer jusqu’à atteindre un déficit record de 100 milliards de dollars en 2011, pour s’améliorer légèrement par la suite en atteignant un déficit de 91 milliards de dollars en 2012".

Lorsque Tassey se penche sur l’industrie de pointe, il souligne "comment celle-ci diffère de la vision traditionnelle que l’on a de cet investissement comme un processus en deux étapes au cours duquel le gouvernement soutient la recherche fondamentale et les entreprises privées s’appuient ensuite sur cette base scientifique via la recherche appliquée et le développement pour produire des "technologies propriétaires" (proprietary technologies) qui génèreront directement des produits commerciaux. En fait, le lancement de nouveaux produits industriels de pointe sur le marché comprend généralement deux étapes supplémentaires. L'une est la "validation des concepts" (proof-of-concept research) consistant à établir de larges "plateformes technologiques" (technology platforms) qui peuvent ensuite être utilisées comme base pour le développement de produits réels. La seconde est une infrastructure technique d’"infratechnologies"(infratechnologies) qui incluent les outils d'analyse et normes nécessaires pour mesurer et classer les éléments de la nouvelle technologie ; métriques et méthodes pour déterminer la pertinence des multiples caractéristiques de la technologie en termes de performance ; et les interfaces entre composants matériels et logiciels qui doivent fonctionner parfaitement ensemble pour qu’un produit complexe fonctionne comme prévu.

Tassey affirme que la "validation des concepts" et les "infra-technologies" ne vont pas être réalisées par les seules entreprises privées, parce que les risques sont trop élevés, et ne seront pas poursuivies efficacement par le seul secteur public, parce que le secteur public n'est pas bien adapté pour se concentrer sur les produits de marché souhaités. Ces étapes intermédiaires entre la recherche fondamentale et le développement appliqué doivent être développées grâce à des partenariats public-privé bien structurés. En outre, sans de tels partenariats, il soutient que de nombreuses technologies de pointe qui sont très prometteuses dans la recherche fondamentale vont tomber dans une "vallée de la mort" et ne parviendront pas à se transformer en produits commercialement viables.

Bien sûr, les diverses perspectives décrites ici ne sont pas mutuellement exclusives. L’activité manufacturière américaine pourrait bénéficier d'une amélioration à court terme dans les voitures et les biens durables à la suite de la Grande Récession, ainsi que d'un dollar plus faible et de moindres prix de l’énergie. Elle pourrait sans doute utiliser des politiques économiques à portée générale, ainsi que le soutien apporté par les partenariats public-privé. Mais la principale leçon est que, dans une économie qui se mondialise rapidement, (…) l’industrie américaine ne peut réussir que s’il est économiquement profitable de fabriquer des biens manufacturés aux États-Unis. »

Timothy Taylor, « The health of US manufacturing », in Conversable Economist (blog), 21 février 2014. Traduit par Martin Anota.

mercredi 11 septembre 2013

L’évolution des hauts revenus aux Etats-Unis

GRAPHIQUE Part du revenu du décile supérieur entre 1917 et 2012 (en %)

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« Le graphique représente la part du revenu avant impôt du décile supérieur depuis 1917 aux États-Unis. En 2012, le décile supérieur inclut toutes les familles ayant un revenu de marché supérieur à 114.000 dollars. L’évolution globale de la part du décile supérieur au cours du siècle est en forme de U. La part du décile supérieur était d'environ 45 % entre le milieu des années vingt jusqu’aux années quarante. Elle décline fortement en quatre ans, durant la Seconde Guerre mondiale, pour atteindre à la fin de celle-ci 32,5 %, puis elle reste relativement stable autour de 33 % jusqu'en 1970. Un tel déclin abrupt, très exactement concentré durant les années de guerre, ne peut pas être facilement relié aux lents changements technologiques et suggère plutôt que le choc de la guerre a joué un rôle clé et durable dans le façonnement de la concentration des revenus aux États-Unis. Après des décennies de stabilité dans la période d'après-guerre, la part du décile supérieur a considérablement augmenté au cours des vingt-cinq dernières années et a retrouvé son niveau d'avant-guerre. En effet, la part du décile supérieur en 2012 est égale à 50,4 %, un niveau plus élevé que n'importe quelle autre année depuis 1917 et dépasse même son niveau de 1928, année où la bulle boursière des "folles" années vingt atteignait son pic.

(...) L’analyse empirique suggère que les salariés les mieux payés aujourd’hui ne sont pas des "rentiers" qui tireraient leurs revenus de leur richesse passée, mais plutôt des "riches travailleurs", des cadres hautement rémunérés ou de nouveaux entrepreneurs qui n'ont pas encore accumulé des fortunes comparables à celles qui furent accumulées au cours de l'Age d'Or. Une telle situation pourrait ne pas durer très longtemps. Les fortes réductions des impôts fédéraux dans les grands Etats pourraient certainement accélérer la reconstitution de la grande concentration de richesse qui existait dans l'économie américaine avant la Grande Dépression.

Le marché du travail a crée beaucoup plus d'inégalités au cours des trente dernières années, avec les ménages à très hauts revenus capturant une grande partie des gains de productivité macroéconomiques. Un certain nombre de facteurs peuvent contribuer à expliquer cet accroissement des inégalités, non seulement les changements technologiques sous-jacents, mais aussi le retrait des institutions développées pendant le New Deal et la Seconde Guerre mondiale (comme les politiques d’impôt progressif, les syndicats puissants, la prise en charge par les entreprises des prestations de santé et de retraite, ainsi que l’évolution des normes sociales en ce qui concerne les inégalités salariales). Nous devons décider en tant que société si cet accroissement des inégalités de revenu est efficace et acceptable et, si ce n’est pas le cas, nous devons déterminer quelles réformes institutionnelles et fiscales mettre en place pour les contrer. »

Emmanuel Saez, « Striking it richer: The evolution of top incomes in the United States », 3 septembre 2013. Traduit par M.A.


aller plus loin… lire « Les hauts revenus dans le monde et dans l’histoire », « Les inégalités sont-elles responsables de la crise financière ? » et « Le retour du capital ».

mercredi 4 septembre 2013

La dette américaine et ses détenteurs

Décomposition de la dette publique américaine selon ses détenteurs (en milliards de dollars)

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source : The Economist (2013)

mercredi 7 août 2013

Réécrire l'histoire américaine

GRAPHIQUE PIB des Etats-Unis avant et après la réforme de la comptabilité nationale (en indices, avec pour base 100 l'année 2001)

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source : The Economist (2013), d'après les données du Bureau of Economic Analysis

dimanche 6 janvier 2013

Les pays scandinaves sont-ils vraiment moins novateurs que les Etats-Unis ?

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« La distinction qu’opèrent Acemoglu, Robinson et Verdier (2012) entre un capitalisme acharné (cut-throat capitalism) et un capitalisme généreux (cuddly capitalism) résonne avec les stéréotypes largement répandus. Les États-Unis seraient un endroit difficile à vivre, mais la loi de la jungle capitaliste permettrait l’émergence d’innovations radicales. Les nations européennes, en particulier les pays nordiques, seraient des sociétés justes, sociales-démocrates, mais le confort étoufferait l'invention. Acemoglu et ses coauteurs affirment que seul un capitalisme acharné de style américain est à même de repousser rapidement la frontière technologique et que les économies généreuses nordiques se comportent en passagers clandestins vis-à-vis de l’innovation américaine.

Les faits donnent-ils raison aux stéréotypes ? On ne peut nier l'importance des incitations pécuniaires pour stimuler l'innovation et l'activité économique. Cependant, (…) l'affirmation selon laquelle les pays nordiques sont moins innovants que les Etats-Unis (…) n’est pas confirmée par les données empiriques. Diverses mesures de l'activité d'innovation et de réussite économique suggèrent que les pays nordiques font aussi bien, voire même mieux, que les Etats-Unis. (...)

Dans leur document de travail, Acemoglu et ses coauteurs (2012a) s’appuient sur deux mesures pour affirmer que les États-Unis sont plus novateurs que les pays nordiques, en l’occurrence le nombre de brevets américains et le PIB par habitant. Aucune des deux n’est une mesure suffisamment bonne de l'innovation pour mener des comparaisons. Il est compréhensible que les entreprises américaines dominent les dépôts de brevets aux États-Unis. Les brevets soi-disant triadiques (c’est-à-dire déposés simultanément aux États-Unis, au Japon et en Union européenne pour la même invention) constituent une mesure plus appropriée pour effectuer une comparaison internationale. Cet indicateur montre que l'activité américaine d'innovation est en retard sur les activités danoise, finlandaise et suédoise. Nous obtenons le même résultat lorsque l'on compare (…) les dépenses des entreprises en recherche-développement, la part des chercheurs dans l'emploi total, et même le stock de capital-risque en pourcentage du PIB (…).

Comme Acemoglu et ses coauteurs (2012a, 2012b) le soulignent, l'innovation exige une prise de risque. Dans une économie très novatrice, on pourrait donc s'attendre à trouver d’intenses créations et destructions d'emplois, car les entreprises qui ont du succès dans les activités innovantes se développent rapidement tandis que les autres sont forcées de quitter le marché. Les données disponibles ne suggèrent pas que l'économie américaine est clairement plus dynamique que les pays nordiques (Bassanini et Marianna, 2009 ; OCDE, 2004). La réallocation des travailleurs est plus intensive au Danemark ; elle est presque aussi intense en Finlande qu’aux Etats-Unis. De plus, les séries chronologiques indiquent une baisse marquée des flux d'emplois et de travailleurs aux États-Unis depuis les années quatre-vingt-dix (Davis, Faberman et Haltiwanger, 2012), alors que (du moins en Finlande) les deux flux sont restés intenses (Ilmakunnas et Maliranta, 2011).

Bien sûr, les intrants pour l'innovation, les brevets, ou la réallocation de la main-d’œuvre ne sont pas des mesures idéales de la capacité d'une société à repousser les limites technologiques. (…) Il est également utile de regarder la productivité dans les différents sous-secteurs. (…) Lorsque l’on exclut les technologies d'information et de communication, la productivité du travail américaine dans l'industrie manufacturière est plus faible qu'en Finlande et à peine plus élevée qu'en Suède. La figure ci-dessous compare les performances en termes de productivité (…). Cette comparaison (…) tient compte de l'utilisation du facteur capital ainsi que de la qualité du facteur travail. Les chiffres confirment que l'avantage finlandais dans la productivité manufacturière est durable et n’est pas liée à l'apport élevé en capital. Prises ensemble, ces observations invalident l'affirmation selon laquelle un système d'incitation américain est nécessaire pour être à la frontière technologique.

GRAPHIQUE Niveaux relatifs de productivité dans l'activité manufacturière, hors TIC (avec comme base 100 la productivité américaine)

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Source : Maliranta, Määttänen et Vihriälä (2012), Inklaar et Timmer (2008), EU KLEMS

La bonne performance des pays scandinaves pourrait s’expliquer par le fait qu’ils sont mieux à même de mobiliser les travailleurs. Certes les heures travaillées par habitant sont plus élevées aux États-Unis, mais une part plus importante de la population en âge de travailler est salariée dans les pays nordiques en raison de politiques d’éducation, d’emploi et sociales plus poussées. (…) Les talents sont ainsi mieux orientés vers les activités économiques lucratives. Une deuxième explication pourrait être la détermination des autorités publiques à promouvoir l'innovation.

Une troisième explication pourrait être que les incitations économiques à innover dans les pays nordiques (…) ne sont finalement pas si faibles après tout, du moins pas dans tous les domaines. Par exemple, tous les pays nordiques ont introduit l’impôt dual sur les revenus, en raison duquel les revenus du capital sont taxés à un taux fixe. Cela permet de motiver les entrepreneurs, malgré la progressivité l’impôt sur les revenus du travail. La Suède a récemment encouragé l'accumulation de richesses en supprimant les taxes sur le patrimoine et les successions. Un filet de sécurité social bien conçu peut aussi promouvoir la prise de risque. En particulier, l'assurance chômage peut encourager la prise de risques des entrepreneurs en facilitant l'embauche de salariés (Acemoglu et Shimer, 2000). (…)

L'économie américaine est sans conteste très créative, flexible, et se situe à la frontière de productivité dans de nombreux domaines. Après tout, les ordinateurs, internet, Google, Windows, l’iPhone, l’iPad et le Big Mac sont des innovations américaines. Des incitations financières jouent un rôle important dans tout ça. Néanmoins, en dépit d'un plus lourd fardeau fiscal et de filets de sécurité plus généreux, les pays nordiques ont généré au moins autant d’activités innovantes que les Etats-Unis et ils ont atteint des niveaux similaires de productivité dans de nombreux secteurs de l'économie. Jusqu'à présent, le capitalisme acharné n'a pas été la seule voie possible vers une économie novatrice. »

Mika Maliranta, Niku Määttänen et Vesa Vihriälä, « Are the Nordic countries really less innovative than the US? », in VoxEU.org, 19 décembre 2012.

aller plus loin... lire « Transferts technologiques, Etat-providence et diversité des capitalismes » et « Le capitalisme scandinave est-il l’avenir du capitalisme anglo-saxon? »

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