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Tag - croissance potentielle

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vendredi 7 août 2015

Estimer la production potentielle en prenant en compte le cycle financier

« Le concept de production potentielle fait référence au niveau de production atteignable lorsque les ressources disponibles, et notamment le travail et le capital, sont pleinement utilisées de manière soutenable à long terme. L’écart entre production effective et potentielle (output gap) correspond à la sur- ou sous-utilisation des capacités dans l’économie. La production potentielle, qui ne peut être mesurée directement, est généralement estimée au moyen de méthodes économétriques.

L’inflation est un élément clé dans les techniques classiques : toutes choses égales par ailleurs, on considère que le niveau de la production est compatible avec le plein-emploi si l’inflation n’a tendance ni à augmenter, ni à baisser. L’inflation est, de fait, un bon indicateur de viabilité de la croissance économique. D’ailleurs, même les estimations de la production potentielle fondées sur les fonctions de production, comme celles établies par l’OCDE et le FMI, font appel à des données d’inflation pour évaluer les déséquilibres du marché de l’emploi.

Toutefois, la relation entre l’écart de production et l’inflation (la courbe de Phillips) s’étant affaiblie ces dernières décennies (…), l’inflation a perdu en pertinence comme indicateur de la production potentielle. Les estimations de l’écart de production par la courbe de Phillips pourraient bien, par voie de conséquence, se révéler moins fiables. Plus précisément, lorsqu’on exploite pleinement les données, le contenu informatif de l’inflation est peut-être, finalement, assez faible. En outre, les méthodes classiques d’estimation de la production potentielle se caractérisent par un fort degré d’incertitude quand elles sont employées en temps réel ; il faut d’ailleurs souvent les réviser substantiellement a posteriori, lorsqu’on dispose de données supplémentaires. Ainsi, au milieu des années 2000, ni la méthode fondée sur la courbe de Phillips, ni celle de l’OCDE – qui se base entièrement sur une fonction de production – n’ont permis de voir que la production aux États-Unis avait dépassé son potentiel ; elles n’ont pu en rendre compte que plus tard, avec l’intégration de nouvelles données dans les modèles (cf. graphique, deux premiers cadres).

GRAPHIQUE Biais des estimations en temps réel de la production potentielle : conséquences pour les indicateurs des politiques publiques

BRI__Biais_des_estimations_en_temps_reel_de_la_production_potentielle.png

Ce que l’on a appris de la période précédant la crise donne à penser qu’il serait utile de mesurer les déséquilibres financiers pour pouvoir déterminer le niveau de la production potentielle. Après tout, même si l’inflation était, dans l’ensemble, très modérée, le crédit et les prix de l’immobilier ont augmenté à un rythme exceptionnellement élevé, préparant le terrain de la crise, puis de la récession qui lui a fait suite. À cet égard, les travaux de recherche de la BRI montrent que l’introduction, dans les modèles, d’informations sur le cycle financier est à même de produire des indications plus fiables sur une éventuelle surchauffe de l’économie. Ainsi, une estimation « financièrement neutre » de l’écart de production aurait montré en temps réel que, vers le milieu des années 2000, le niveau de production aux États-Unis dépassait son potentiel, et elle aurait fait l’objet de révisions plus modérées, a posteriori, lorsque de nouvelles données ont été disponibles (cf''. graphique, troisième cadre).

Il serait utile que les responsables de la politique monétaire disposent d’estimations fiables de l’écart de production en temps réel, parce que l’ampleur du volant de capacités inutilisées est un paramètre essentiel dans la sélection des mesures à appliquer. Conformément à son diagnostic (une production supérieure à son potentiel), l’estimation financièrement neutre débouche aussi sur des taux directeurs plus élevés selon la règle de Taylor pour la période précédant la Grande Crise financière (cf''. graphique, dernier cadre). »

Banque des Règlements Internationaux, « Transmission de la politique monétaire à la production, au crédit et au prix des actifs », 85ème rapport annuel, 28 juin 2015, pp. 98-99.



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« Croissance potentielle et cycle financier : Hamlet retrouve le prince »

« La crise a-t-elle réduit la croissance potentielle ? »

vendredi 14 février 2014

Les cicatrices permanentes du pessimisme économique

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« Gavyn Davies, dans le Financial Times, fait part du pessimisme croissant des banques centrales en ce qui concerne le potentiel de croissance dans les économies avancées. Aux Etats-Unis, en zone euro ou au Royaume-Uni, les banques centrales réduisent leurs estimations de l’écart de production (output gap). Elles considèrent désormais qu’une part des récentes pertes en production est permanente et non pas simplement conjoncturelle.

Si la production n’est pas très loin de ce que l’on considère être le potentiel, il est moins nécessaire que les banques centrales agissent et il est plus probable que celles-ci normalisent plus rapidement leur politique monétaire vers une position neutre.

Pourquoi ont-elles changé d’avis ? Est-ce que les données empiriques sont cohérentes avec les modèles économiques de base que nous utilisons pour réfléchir aux dynamiques cycliques ?

Mesurer la production potentielle ou la faiblesse dans l’économie a toujours été un défi. On peut seulement s’appuyer sur des modèles qui capturent les facteurs conduisant la production potentielle (tels que le stock de capital, la productivité ou la démographie) ou nous pouvons observer des indicateurs plus spécifiques des capacités inutilisées, comme l’utilisation des capacités ou le taux de chômage.

Les mesures étroites des capacités inutilisées signalent une réduction potentiellement permanente de la production. Par exemple, les taux de chômage, en particulier aux Etats-Unis, sont en baisse. L’utilisation des capacités se rapproche aussi des niveaux que l’on peut considérer comme proches de la normale. Par exemple, dans son récent rapport sur l’inflation, la Banque d’Angleterre écrit que "les enquêtes suggèrent que la marge de capacités inutilisée dans les sociétés s’est resserrée en 2013, si bien que les sociétés opèrent en moyenne à proximité des niveaux normaux de l’utilisation des capacités".

Mais deux de ces mesures, bien qu’elles puissent effectivement rendre compte des capacités inutilisées à court terme, se révèlent très problématiques comme indicateurs de croissance potentielle. Dans le cas du chômage, l’une des principales raisons pour lesquelles il diminue aux Etats-Unis, c’est la baisse du taux d’activité. Mais certains de ces changements permanents dans la force de travail sont la conséquence d’une longue récession. Certaines preuves empiriques suggèrent que les chômeurs de longue durée aux Etats-Unis abandonnent et qu’ils quittent la vie active à un rythme croissante. Un argument similaire peut être fait à propos de l’utilisation de la capacité : il se peut que nous soyons proche des niveaux d’utilisation normaux des capacités, mais celles-ci sont-elles à un niveau normal ? Une longue période de faibles taux d’investissement va naturellement conduire à de plus faibles capacité. C’est l’inverse de la loi de Say : la demande crée sa propre offre (en l’occurrence, l’investissement, en réagissant à la conjoncturelle, génère des capacités). Il y a quelques années, j’avais écrit un article avec un modèle et des données empiriques en faveur de cette hypothèse.

Mais deux de ces arguments vont dans le même sens : les cycles d’affaires peuvent laisser des cicatrices permanentes (ou tout du moins très persistantes) sur la production à travers les effets qu’ils ont sur le stock de capital ou la main-d’œuvre. Mais il est important de comprendre que les effets permanents sont la conséquence de la récession elle-même. Si nous pouvions réduire la longueur et la profondeur des récessions, nous minimiserions ces effets permanents. En ce sens, accepter l’idée que ces changements sont structurels et inévitables, c’est faire preuve d’un pessimisme excessif ; cela mène à l’inaction et aggrave tout simplement les choses. Si vous lisez les preuves empiriques correctement, vous voudriez faire l’opposé, vous voudriez être plus agressif pour éviter que les récessions soient plus coûteuses. »

Antonio Fatás, « The permanent scars of economic pessimism », in Antonio Fatás on the World Economy (blog), 13 février 2014.


aller plus loin... lire « La crise a-t-elle réduit la croissance potentielle ? » et « Croissance potentielle et cycle financier : Hamlet retrouve le prince »