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samedi 21 octobre 2017

Petit panorama des inégalités mondiales de revenu

« Les données que la Banque mondiale a récemment publiées sur les comptes nationaux (le PIB par tête, la consommation nationale, les indices des prix à la consommation, les exportations et importations, etc.) nous permettent d’actualiser le calcul des inégalités internationales. Les choses ne sont pas toujours très évidentes et je vais devoir notamment expliquer certains choix méthodologiques. En utilisant la classification que j’ai introduite dans mon livre de 2005, World Apart, je vais passer en revue trois types d’inégalités internationales et mondiales.

Commençons avec le plus simple. Prenons le PIB par tête de tous les pays (exprimés en dollars internationaux de 2005, comparables au cours du temps, basés sur le Projet de Comparaison Internationale de 2011) et calculons l’indice de Gini avec eux. (Ignorons le fait qu’il s’agisse de pays petits ou de pays peuplés). Le nombre de pays varie comme il y a plus de pays dans le monde aujourd’hui qu’en 1952, quand notre série commence, donc le mieux est de regarder la ligne rouge seulement après 1980. Après cette date, le nombre de pays est à peu près constant et des pays indépendants devenus indépendants depuis (comme l’Ukraine, la Macédoine, la Slovaquie, l’Erythrée) étaient alors considérés comme des pays séparés, quand ils faisaient partie d’ensembles plus larges (l’URSS, la Yougoslavie, etc., produisaient des données pour leurs unités constituantes comme les Etats-Unis produisent des données comptables pour chacun de ses Etats).

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Que voyons-nous avec la ligne rouge ? Une hausse de l’indice de Gini entre le milieu des années quatre-vingt et les années deux mille, ce qui indique une divergence des revenus moyens des pays et ensuite, après le tournant du siècle, une convergence. La convergence s’explique essentiellement par des taux de croissance plus élevés en Afrique, en Asie et en Amérique latine que dans les pays riches, en particulier après 2007. (Ceux qui étudient l’économie de la croissance peuvent facilement reconnaître ici l’histoire de la convergence ou divergence inconditionnelle, mais calculée en utilisant l’indice de Gini plutôt qu’une régression.)

Donc ce serait la fin de l’histoire si les pays avaient la même population. Mais ce n’est évidemment pas le cas. Pour les inégalités mondiales, la convergence de la Chine et du Tchad, de l’Inde et d’Israël, ne sont pas équivalentes. Si le PIB par tête de la Chine converge vers celui des pays riches, ce sera bien plus important. Pour voir dans quelle mesure regardons la ligne bleue où nous utilisons les PIB par tête des pays comme avant mais en les pondérant maintenant par la taille de la population. Ce qui frappe, c’est de voir qu’après 1978, précisément quand la croissance chinoise s’est accélérée, la ligne bleue commence à être décroissante, tout d’abord lentement, puis ensuite de plus en plus rapidement. Après 2000, l’indice de Gini semble être en chute libre. Quand nous nous penchons un peu plus sur les données, nous constatons que jusqu’à 2000 l’essentiel de la réduction des inégalités s’explique par la dynamique chinoise. Sans la Chine, la ligne bleue aurait été croissante. Mais après 2000, même si nous ne prenons pas en compte la Chine, les inégalités pondérées en fonction de la taille des populations diminuent : elles baissent avec la croissance rapide que connaît l’Inde (et l’Indonésie, le Vietnam, etc.). C’est pourquoi nous avons maintenant deux gros moteurs derrière la réduction internationale des revenus : la Chine et l’Inde. Cependant, comme la Chine devient plus riche elle peut ne jouer encore ce rôle très longtemps. Aujourd’hui, le PIB par tête de la Chine est presque exactement le même que la moyenne mondiale, mais celui de l’Inde est inférieur de moitié à la moyenne mondiale. Donc, dans un futur proche, le taux de croissance de l’Inde comparé à celle du monde sera d’une importance capitale.

Ce serait la fin de l’histoire si dans chaque pays tous les citoyens avaient le même revenu, c’est-à-dire s’il n’y avait pas d’inégalités intranationales. Notons que la ligne bleue suppose implicitement ceci : que tous les Chinois aient le revenu moyen de la Chine, que tous les Américains aient le revenu moyen des Etats-Unis, etc. Evidemment, ce n’est pas le cas. En outre, nous savons que les inégalités de revenu dans la plupart des pays se sont accrues. Quand nous essayons de voir les inégalités entre tous les citoyens du monde (les inégalités mondiales représentées par les points verts) nous délaissons le monde de la comptabilité nationale parce que ce monde ne peut nous donner les données relatives aux revenus individuels pour aller dans le monde des enquêtes réalisées auprès des ménages. (A partir des comptes nationaux américains, je peux apprendre que la valeur moyenne de la production produite aux Etats-Unis annuellement s’élève à 53.000 dollars. Mais je n’ai aucune idée du revenu des 1 % les plus riches ou du décile inférieur. Pour cela, j’ai besoin d’utiliser enquêtes réalisées auprès des ménages.)

On devrait naturellement nous attendre à ce que les points verts se situent au-dessus de la ligne bleue. On devrait également s’attendre à voir des points verts d’autant plus éloignés de la ligne bleue que les inégalités intranationales sont importantes. C’est en effet ce que nous voyons : les inégalités mondiales, calculées en utilisant les mêmes dollars internationaux, commencent par se situer autour d’un Gini de 0,7 et ensuite, poussées vers le bas par la ligne bleue, commencer à aller vers le bas en finissant par atteindre un Gini de 0,63.

Les évolutions des inégalités mondiales reflètent aujourd’hui deux forces à l’œuvre : la convergence de l’Asie qui amène les revenus moyens de la Chine, de l’Inde, du Vietnam, de l’Indonésie, etc., à se rapprocher de ceux du monde riche et, dans une moindre mesure, le creusement des inégalités intranationales. Si dans le futur la convergence asiatique cesse et que les inégalités intranationales poursuivent leur hausse, les points verts vont peut-être revenir vers un indice de Gini de 0,7. Mais si, à l’inverse, la convergence continue, s’étend à l’Afrique, et que les inégalités intranationales cessent d’augmenter, les points verts pourraient continuer d’aller vers le bas.

Ce serait la fin de l’histoire s’il n’y avait pas un autre problème. Nos enquêtes de ménages tendent à sous-estimer les revenus supérieurs (les revenus des fameux 1 % les plus riches). Et une question peut alors se poser : peut-être que nous sous-estimons la hauteur des points verts en ne prenant pas pleinement en compte la richesse des plus aisés. Christoph Lakner et moi avons essayé, du mieux que nous puissions, ajuster les données en fonction de cela, en supposant des sous-estimations spécifiques aux pays et en accroissant, à la Pareto, les revenus pour les 10 % les plus riches. C’est ainsi que nous obtenons les points élevés de couleur orange.

Maintenant, il faut avouer que la situation n’est pas aussi splendide qu’avant : les inégalités mondiales sont faibles par rapport aux années quatre-vingt, mais la baisse est bien plus modeste qu’on ne le pensait initialement : elle serait d’environ 3,5 points de Gini et non de 7. Est-ce que l’ajustement peut entièrement inverser la baisse et suggérer que les inégalités mondiales ont en fait augmenter ? C’est possible, mais très peu probable, parce que la convergence asiatique est si forte et affecte tellement de gens (presque 3 milliards) que même une très forte hausse dans les inégalités intranationales ne peuvent pleinement compenser ce gain. Mais nous avons besoin de données supplémentaires et de meilleure qualité pour le dire avec certitude. C’est pourquoi beaucoup de ceux qui travaillent sur le sujet cherchent à combiner les données issues des enquêtes auprès des ménages (qui sont très bonnes pour 90 – 95 % des distributions nationales) avec les données fiscales qui sont meilleures pour les 1 % les plus riches et peut-être même les 5 % les plus riches.

Donc restez à l’écoute ! »

Branko Milanovic, « Figuring out various income inequalities: what can they tell us? », in globalinequality (blog), 16 octobre 2017. Traduit par Martin Anota

jeudi 19 octobre 2017

La leçon que la politique monétaire doit apprendre

« Il m’a semblé logique d’écrire un billet à propos de la récente conférence tenue par le Peterson Institute qui se proposait de "repenser la politique macroéconomique", mais Martin Sandbu a publié sur le sujet avant moi, et il a su en parler mieux que je ne le saurais en faire. (…) Il n’y a qu’un seul point dans les propos de Martin qui m’ennuie. Je vois d’un meilleur œil que lui la proposition de Bernanke selon laquelle les banques centrales devraient temporairement cibler le niveau des prix suite à une large récession (quand les taux d’intérêt butent sur leur borne inférieure). En outre, comme Tony Yates le suggère, le ciblage du PIB nominal ne résoudra pas le problème d’asymétrie que la suggestion de Bernanke cherche à résoudre.

Martin a raison lorsqu’il écrit en fin d’article qu’"il est nécessaire d’admettre qu’on a mal su gérer les choses pour mieux les gérer à l’avenir". Nous pouvons illustrer ce point avec certains chiffres. Si nous observons les prix à la consommation, l’inflation moyenne entre 2009 et 2016 était de 1,1 % dans la zone euro, de 1,4 % aux Etats-Unis et de 2,2 % au Royaume-Uni. (…) Si nous regardons les déflateurs du PIB, nous obtenons une meilleure image, puisque ceux-ci s’élevaient à respectivement 1,0 %, 1,5 % et 1,6 % pour la zone euro, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Vous pouvez penser que des erreurs de cette taille ne sont pas trop mauvaises et, de toute façon, qu’y a-t-il de mal avec une si faible inflation ? Vous auriez tort de penser cela, car en période de reprise ces erreurs se traduisent par un gâchis de ressources qui peut être considérable, comme la courbe de Phillips semble actuellement être si plate. En d’autres termes, si la politique avait été plus expansionniste, la reprise aurait été un peu plus rapide et les taux d’intérêt seraient partout aujourd’hui éloignés de leur borne inférieure.

Ce que j’aimerais ajouter aux propos de Martin, c’est préciser quel est le plus grand problème avec la politique monétaire au cours de cette période, en particulier au Royaume-Uni et dans la zone euro. Ce n’est pas, selon moi, l’échec à adopter une cible de niveaux, ni même la décision de la BCE de relever ses taux en 2011 (bien que ce resserrement monétaire a été une erreur sérieuse et coûteuse). En 2009, quand les banques centrales voulaient davantage assouplir leur politique monétaire mais sentaient que les taux d’intérêt butaient sur leur borne inférieure, elles auraient dû déclarer cela :

"Nous avons perdu notre principal instrument pour contrôler l’économie. Il y a d’autres instruments que nous pourrions utiliser, mais leur impact est grandement inconnu, si bien qu’ils sont très peu fiables. Il y a une façon supérieure de stimuler l’économie dans cette situation, en l’occurrence la politique budgétaire, mais c’est bien sûr au gouvernement qu’il appartient de décider s’il va utiliser ou non cet instrument. Tant que nous ne pensons pas que l’économie aille suffisamment mieux pour que nous puissions accroître les taux d’intérêt, l’économie n’est plus sous notre contrôler."

Je ne suis pas en train de suggérer que l’assouplissement quantitatif n’a pas d’impact positif significatif sur l’économie. Mais son utilisation pourrait suggérer aux gouvernements qu’il n’est plus de leur responsabilité d’agir en vue de mettre un terme à la récession et que ce que j’appelle le consensus sur l’assignation (consensus assignment) est toujours valide. Ce n’est pas le cas : l’assouplissement quantitatif a été l’un des instruments les moins fiables que l’on puisse imaginer.

Il serait erroné de critiquer cette idée au prétexte qu’elle amènerait la banque centrale à outrepasser son mandat et à dire aux politiciens ce qu’ils ont à faire. Les membres de la BCE passent beaucoup de temps à le faire, Mervyn King a fait la même chose mais d’une façon plus discrète, tandis que Ben Bernanke a tenu les mêmes propos que ce dernier, mais plus explicitement. Avec le consensus sur l’assignation, nous avons investi les banques centrales de la mission de gérer l’économie parce que nous pensions que les taux d’intérêt sont un bien meilleur outil que la politique budgétaire. A ce titre, il est de leur devoir de nous dire quand elles ne peuvent plus assurer cette tâche plus efficacement que le gouvernement.

Une meilleure critique serait de dire qu’une déclaration de ce genre ne ferait aucune différence et nous pourrions passer des heures à en discuter. Mais cela concerne l’avenir et qui sait ce que les circonstances politiques seront alors. Il est important que les gouvernements fassent savoir que le consensus sur l’assignation n’est plus valide si les banques centrales croient qu’il y a une borne inférieure sur laquelle butent les taux d’intérêt et cela nécessite au préalable que les banques centrales l’admettent. Les économistes comme Paul Krugman, Brad DeLong et moi-même disons tout cela depuis si longtemps et si souvent, mais je pense que les banques centrales ont toujours des problèmes à pleinement accepter ce que cela signifie pour elles. »

Simon Wren-Lewis, « The lesson monetary policy needs to learn », in Mainly Macro (blog), 17 octobre 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 15 octobre 2017

Les liens de la semaine

Le prix Nobel d'économie est attribué à...



Croissance, fluctuations et crises

  • Pays développés : une croissance portée par l'investissement (Gregoire Normand)
  • L’imprévisible éléphant américain pèse sur l’économie mondiale (Le Monde)
  • Etats-Unis : voit-on des signes avancés d’une récession dans le comportement des entreprises ? (Patrick Artus)
  • La Catalogne, moteur économique de l'Espagne ? (Olivier Bouba-Olga)
  • Allemagne : l’économie est-elle fragile en réalité ? (Patrick Artus)
  • Stagnation de la productivité en France : héritage de la crise ou ralentissement structurel? (Gilbert Cette et alii)
  • Ralentissement de la productivité et perte d’efficacité dans l’allocation des ressources : un mal français ? (INSEE)
  • Une croissance sans industrialisation ? (Dani Rodrik)


Inflation

  • Le capitalisme du précariat ou pourquoi l’inflation a disparu (Christian Chavagneux)
  • D’où vient l’intensité plus ou moins forte des effets de courbe de Phillips ? (Patrick Artus)
  • Pourquoi une inflation à 2% est-elle préférable, à moyen terme, à une inflation à 1% ? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Glissements annuels de l'indice des prix à la consommation, de l'inflation sous-jacente et de l'indice des prix à la consommation harmonisé en France

source : INSEE (2017)

Instabilité financière et régulation

  • La stabilité financière s’améliore mais la montée des vulnérabilités pourrait menacer la croissance (FMI)
  • La bad bank irlandaise rembourse sa dernière dette (La Tribune)
  • Les crypto-monnaies numériques : la désillusion (Kenneth Rogoff)
  • Crises spéculatives, paniques et crypto-levées de fonds (The Economist)
  • Pourquoi le taux d’intérêt est-il un indicateur avancé inversé de l’activité macroéconomique aux États-Unis ? (Banque de France)
  • Fraude fiscale : mieux vaut la carotte ou le bâton ? (Christian Chavagneux)


Politique monétaire

  • Fed : la faiblesse de l'inflation demeure une source d'inquiétude (La Tribune)
  • La BCE pourrait freiner de moitié ses achats de dettes avant de ranger le portefeuille (La Tribune)
  • Assouplissement quantitatif et baisse durable des spreads de crédit (Banque de France)
  • Politiques monétaires et crise financière : vers un nouveau central banking (André Cartapanis)


Politique budgétaire

  • Cour des comptes : les finances locales s'améliorent mais les problèmes demeurent (La Tribune)
  • Bruxelles fourbit ses armes pour la grande bataille budgétaire à venir (Le Monde)
  • Comment assurer la résorption des dettes publiques en zone euro ? (France Stratégie)
  • Faut-il mutualiser les dettes publiques de la zone euro ? (Patrick Artus)


Réformes structurelles


Economie internationale

  • Origine, bilan, enjeux... Trois choses à savoir sur l'Aléna (La Tribune)
  • Aléna : le plan B du Mexique, l'"optimisme" du Canada (La Tribune)
  • Mieux lier les accords commerciaux à des clauses non commerciales : pourquoi et comment ? (CEPII)
  • La mondialisation, ça marche ! (encore un peu) (La Tribune)
  • La diplomatie de la chute du dollar ? (Barry Eichengreen)


Intégration européenne

  • Brexit : impasse dans les négociations, la situation pourrait se débloquer d'ici deux mois (La Tribune)
  • L’Europe selon Macron (Télos)
  • L’Euro améliore le niveau de vie des Français de 749 euros. So what? (Denis Gouaux)
  • S’il n’y a pas d’évolution institutionnelle dans la zone euro, que faut-il craindre ? (Patrick Artus)


Inégalités


GRAPHIQUE Part de la masse salariale brute perçue par les 1 % des salariés les mieux rémunérés (en %)

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source : INSEE (2017)

Fiscalité, redistribution et justice sociale

  • La flat tax agite déjà l'Assemblée nationale (La Tribune)
  • Suppression de l’ISF: une faute historique (Thomas Piketty)
  • La suppression de l’ISF est-elle politiquement défendable ? (The Conversation)
  • L’impasse économique des APL (EconomENS)
  • Les classes moyennes supérieures, pigeons de la farce fiscale (La Tribune)
  • Dépenses sociales : la France ne va pas dans le mur (Alter éco)
  • Inégalité : la politique budgétaire peut être décisive (FMI)


Travail, emploi, chômage


GRAPHIQUE Écart entre le salaire net moyen des hommes et celui des femmes (en % de celui des hommes)

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source : INSEE (2017)

Politique, conflits sociaux





lire la précédente revue de presse

samedi 14 octobre 2017

Non, la crise n'amène pas à renouveler en profondeur la pensée économique

Les fausses révolutions en économie


« (…) Quand la crise financière a éclaté, beaucoup ont appelé à formuler de nouvelles idées économiques (…). L’idée qu’il y avait implicitement derrière et que l’on considérait comme juste était que la crise révélait la défaillance de l’orthodoxie économique et la nécessité d’avoir de nouveaux concepts fondamentaux. Ceux qui appelaient à renouveler la pensée économique avaient une sorte de scénario hollywoodien en tête : des innovateurs audacieux proposeraient des idées radicales, feraient face à la résistance de la part de vieux ringards, mais ils triompheraient finalement via leur capacité supérieur à prédire les événements. Les choses ne se sont pas vraiment passées ainsi. Certes, personne ne vit la crise venir. Mais ce n’est pas parce que l’orthodoxie n’avait pas les moyens de la prévoir ; au contraire, les paniques bancaires sont un vieux sujet, présenté dans chaque manuel où sont exposés les principes fondamentaux. Si personne ne vit la crise venir, c’est en raison d’un échec empirique : peu comprirent que l’essor du système bancaire parallèle (shadow banking) rendait définitivement obsolètes les défenses bancaires qui avaient été instaurées dans le sillage de la Grande Dépression.

En fait, seuls les idéologues les plus étroits d’esprit du libre marché réagirent en montrant un réel étonnement. Les autres se tapèrent le front en s’exclamant "Diamond-Dybvig ! Comme je suis stupide ! Diamond-Dybvig bien sûr !"

Et après-crise, la macroéconomie standard se révéla assez efficace. La politique budgétaire et la politique monétaire firent ce qu’elles étaient censées faire (ou tout du moins, dans le cas de la monnaie, ne firent pas ce qu’elles n’étaient pas censées faires) à la borne inférieure zéro. Il y avait une grande marge d’amélioration, il était possible de s’appuyer sur la mère de toutes les expériences naturelles pour le travail empirique, mais il n’était pas vraiment utile de s’appuyer sur une nouvelle pensée radicale.

Néanmoins, il y a eu une prolifération de nouveaux concepts radicaux : l’austérité budgétaire serait en fait expansionniste, la politique monétaire expansionniste serait en fait déflationniste, des choses terribles arriveraient à la croissance économique quand la dette publique dépasse les 90 % du PIB. Ces idées reçurent instantanément beaucoup d’écho politique ; laissez de côté les ringards de l’establishment économique, l’establishment politique se saisit de l’occasion d’appliquer de nouvelles idées.

Qu’est-ce que ces idées avaient en commun ? Toutes avaient, explicitement ou non, des implications idéologiques conservatrices, que leurs auteurs les aient intentionnellement recherchées ou non. (Je pense que Reinhart et Rogoff ont vraiment travaillé hors de tout agenda politique. Je n’en suis pas aussi sûr pour les autres.) Et toutes ces idées se révèrent assez vite mortellement fausses.

Donc la nouvelle pensée économique qui émargea de la crise s’est révélée être, dans sa grande majorité, un ensemble de mauvaises idées servant un agenda politique conservateur. Ce n’était pas vraiment le scénario qu’on nous promettait, n’est-ce pas ?

Une fois que vous y pensez, il n’est pas trop difficile de voir comment cela s’est passé. Tout d’abord, la macroéconomie conventionnelle a bien marché, donc vous avez besoin d’innovations réellement brillantes pour qu’elle parvienne à vraiment bouleverser cette convention. Et les innovations réellement brillantes n’apparaissent pas facilement. En fait, les bouleversements de la croyance conventionnelle provinrent principalement de personnes qui, loin de transcender cette croyance, échouèrent en fait à comprendre celle-ci au préalable.

Et même s’il y a de telles personnes aussi bien à gauche qu’à droite, il y a une grande asymétrie en termes de richesse et d’influence entre les deux bords politiques. (…) Les idées confuses à droite se retrouvèrent dans les annonces de politique économique formulées par la Commission européenne et les Républicains.

(…) Beaucoup de travaux ont contribué à faire émerger le consensus ; cela ne signifie pas qu’il soit exact, mais vous devez arriver avec une idée réellement bonne si vous voulez vraiment le remettre en cause. D’un autre côté, vous pouvez avoir beaucoup d’écho politique avec une très mauvaise idée qui remet en cause le consensus, aussi longtemps que cela sert les intérêts des grands argentiers et des politiciens de droite. (…) »

Paul Krugman, « The schlock of the new », in The Conscience of a Liberal (blog), 8 octobre 2017. Traduit par Martin Anota



Il y a trop d’idéologues (et trop peu d’artisans) parmi les économistes


« Paul Krugman affirme qu’il est erroné de croire que la crise financière oblige à renouveler la pensée économique, mais que cette croyance a pourtant mener à des idées folles, mais influentes, qui ont été reprises par les grands argentiers et les politiciens de droite. Même si je suis en accord avec la plupart des propos de Krugman, je voudrais ajouter quelque chose. Ma réflexion se nourrit du dernier livre de Dani Rodrik, Straight Talk on Trade, que je n'ai pas encore fini, mais dont je parlerai plus amplement dans un prochain billet.

Dans la préface à ce livre, il raconte une petite anecdote. Il y a 20 ans, il avait demandé à un économiste d’appuyer l’un de ses livres, Has Globalization Gone Too Far?. L’économiste lui a répondu qu’il ne pouvait pas le faire, non pas parce qu’il était en désaccord avec quelque chose dans le livre, mais parce qu’il pensait que le livre "fournirait des munitions aux barbares". Dani Rodrik note que cette attitude est toujours très courante parmi les économistes. Bien sûr, on peut difficilement qualifier cette attitude d’apolitique et de scientifique.

Je pense que quelque chose de similaire peut s’être produit à la veille de la crise financière parmi les économistes travaillant dans la finance. Paul Krugman a certainement raison lorsqu’il dit que l’économie orthodoxe propose des modèles capables d’expliquer pourquoi la grande crise financière mondiale a éclaté, donc, de ce point de vue, peu de nouvelles idées sont nécessaires. Mais si aussi peu d’économistes orthodoxes ont utilisé ces modèles avant la crise financière, c’est notamment en raison d’une certaine aversion idéologique vis-à-vis de la réglementation et peut-être aussi en raison d'une certaine réticence à mordre la main qui les nourrit.

L’économie orthodoxe propose aujourd’hui des modèles très divers. Ceux qui ajoutent de nouveaux modèles à ceux-ci gagnent en prestige universitaire. Mais comment pouvez déterminer quel est le modèle que vous devez utiliser quand il s’agit d’étudier un problème en particulier ? Il faut regarder les données empiriques. Ce n’est pas une tâche triviale en raison de la nature probabiliste et diverse des données empiriques économiques. Dani Rodrik décrit ce processus a un côté davantage artisanal que proprement scientifique.

Donc, dans le cas de la crise financière mondiale, le bon artisan aurait dû constater que les nouvelles méthodes de répartition des risques étaient vulnérables aux événements d’ordre systémique. Le bon artisan aurait vu, s’il avait accès aux données, que la hausse rapide de l’endettement des banques est toujours dangereuse et, plus généralement, que les périodes au cours desquelles on entend dire que "cette fois, les choses sont différentes" ne finissent généralement pas très bien.

Dans ma propre discipline, je pense qu’il y a au moins un domaine qui n’aurait pas dû voir le jour si l’art de la sélection des modèles avait été bien appliqué. Les modèles de cycles d’affaires réels (real business cycles) n’ont jamais réussi à décrire les cycles d’affaires parce que nous savons que les hausses du chômage lors des récessions correspondent à du chômage involontaire. Si vous n’appliquez pas bien cette technique artisanale, alors ce qui peut la remplacer, c’est l’idéologie, la politique ou simplement la pensée de groupe. Ce n’est pas simplement un problème pour quelques économistes pris individuellement, c’est souvent un problème pour la majorité d’entre eux. »

Simon Wren-Lewis, « Economists: too much ideology, too little craft », in Mainly Macro (blog), 9 octobre 2017. Traduit par Martin Anota

lundi 9 octobre 2017

Richard H. Thaler, prix Nobel 2017



« L’économiste américain Richard H. Thaler est un pionnier dans l’économie comportementale, un champ de recherche dans lequel les intuitions tirées de la recherche psychologique sont appliquées à la prise de décision économique. Une perspective comportementale incorpore une analyse plus réaliste de la façon par laquelle les gens pensent et se comportent lorsqu’ils prennent des décisions économiques, ce qui fournit de nouvelles opportunités pour concevoir des mesures et institutions qui accroissent le bénéfice social.

L’économie implique de comprendre le comportement humain dans les situations de prise de décision économique et sur les marchés. Les gens sont des êtres compliqués et nous devons faire des hypothèses simplificatrices si nous désirons construire des modèles utiles. La théorie économique traditionnelle suppose que les gens ont un bon accès à l’information et peuvent la traiter parfaitement. Elle suppose aussi que nous pouvons toujours exécuter nos plans et que nous nous préoccupons de notre seul gain personnel. Ce modèle simplifié du comportement humain a aidé les économistes à formuler des théories qui ont fourni des solutions à des problèmes importants et compliqués en économie. Cependant, les décalages entre la théorie et la réalité sont parfois systématiques et significatifs. Richard Thaler a contribué à étendre et affiner l’analyse économique en considérant trois traits psychologiques qui influencent systématiquement les décisions économiques, en l’occurrence la rationalité limitée, les perceptions relatives à l’équité et le manque de contrôle de soi.

La rationalité limitée


Il n’est pas réaliste de supposer que les gens, avant chaque décision économique, considèrent toutes les alternatives réalisables et toutes les conséquences à long terme de chacune d'entre elles. C’est tout simplement une tâche insurmontable, donc les décisions sont souvent prises en utilisant une focale étroite. Herbert Simon, un autre lauréat du prix Nobel d’économie, a développé le concept de rationalité limitée (bounded rationality), un terme qui fait écho aux limites cognitives des gens et des organisations et aux règles de prise de décision simplifiées que ceux-ci utilisent. On peut trouver un exemple d’une telle limite dans la théorie de la comptabilité mentale (mental accounting), qui décrit comment les gens organisent, formulent et évaluent les décisions financières. Nous tendons à simplifier de telles décisions en créant des comptes distincts dans notre esprit, en prenant des décisions individuelles sur la base de leurs effets sur chacun de ces comptes plutôt que sur la totalité de nos actifs. On peut trouver un exemple dans la façon par laquelle les gens divisent le budget de leur ménage en un compte pour les factures du ménage, un autre pour les vacances, etc., en s'interdisant d’utiliser l’argent d’un compte pour payer quelque chose dans un autre. Ce comportement mène par moments à des coûts supplémentaires, par exemple si l’on n’utilise pas de l’argent d’un compte d’épargne à long terme pour des besoins de court terme, mais que l’on utilise à la place des prêts à la consommation onéreux. En même temps, cela peut nous aider à prévoir nos finances et à protéger notre épargne de long terme.

Un autre élément de comptabilité mentale est que nous utilisons des points de référence pour prendre plus facilement des décisions. Ils diffèrent d’une situation à une autre, c’est-à-dire entre différents comptes mentaux. Un point de référence peut être le prix auquel nous achetons un article ou le prix le plus bas que nous trouvons lorsque nous faisons des recherches sur internet, et nous utilisons ce point de référence pour évaluer si nous avons fait une "bonne affaire". Thaler a fourni de nombreux exemples de la façon par laquelle la comptabilité mentale peut, en s’appuyant sur différents points de référence, mener à des décisions qui s’avèrent étranges lorsqu’on évalue celles-ci d’une perspective économique traditionnelle. Par exemple, un consommateur trouve que la montre qu’il est prêt à acheter coûte 100 euros de moins dans un autre magasin. Il choisit d’aller dans l’autre magasin si la montre coûte 1.000 euros, mais il ne le fait pas si elle coûte 10.000 euros, même si le montant absolu d’épargne est le même dans les deux cas. L’explication est qu’il se focalise sur le pourcentage, plutôt que sur l’épargne relativement au point de référence. Un autre exemple, pris dans l’étude très connue qu’a coréalisé Thaler, est celui d’un chauffeur de taxi qui doit mettre en balance son temps de travail avec son temps libre et sa famille. Le chauffeur résout cela en se fixant des cibles pour son revenu journalier et en mettant un terme à sa journée de travail lorsqu’il a atteint cette cible. Cependant, une telle règle implique que le conducteur finit plus tôt lorsqu’il y a plein de clients et que le revenu horaire est élevé, mais qu’il doit travailler davantage les jours où la demande est faible. Avec une règle différente, il peut gagner plus en travaillant moins et la ville aurait plus de taxis les jours où beaucoup de gens ont besoin d’eux.

Nos expériences passées et nos perceptions de la propriété sont d’autres facteurs qui gouvernent notre prise de décision. Nous voulons normalement plus d’argent lorsque l’on vend quelque chose que nous possédons que nous ne sommes prêts à payer pour acheter exactement le même article, un phénomène que Thaler appelle l’"effet de dotation" (endowment effect). L’un des divers exemples est celui de la fameuse expérience de 1990, conduite par Thaler avec Daniel Kahneman (lauréat en 2002 du prix Nobel) et Jack Knetsch. Dans cette expérience, plusieurs tasses décoratives sont distribuées à des sujets choisis au hasard, qui pouvaient alors choisir s’ils voulaient ou non vendre la tasse à quelqu’un dans un second groupe qui n’avait pas reçu de tasse. Parce que les deux groupes étaient constitués aléatoirement, ils devraient en moyenne donner la même valeur aux tasses et environ la moitié des tasses devraient être vendues. Cependant, il s’avéra que, en moyenne, ceux qui ont reçu les tasses lui donnèrent une valeur plus élevée que dans le groupe de contrôle, celui qui n’en avait pas reçues, et bien moins de la moitié des tasses ont changé de propriétaire.

L’effet de dotation peut avoir des conséquences à long terme, notamment en réduisant les échanges de biens et services et en compliquant la résolution des litiges juridiques. L’explication que propose Thaler pour l’effet de dotation se fonde sur la façon par laquelle les gens tendent à éprouver une plus grande insatisfaction lors d’une perte qu’ils n’éprouvent de satisfaction avec un gain d’un montant aussi élevé, phénomène connu sous le nom d’aversion aux pertes. Se défaire de quelque chose que nous possédons déjà est perçu comme une perte, alors qu’acquérir la même chose est perçu comme un gain.

Plus généralement, ce que nous définissons comme un gain ou une perte dépend du niveau où nous plaçons le point de référence, ce qui est par conséquent important pour notre décision. Par exemple, les ventes au rabais amènent les consommateurs à placer leur prix de référence à un niveau plus élevé qu’ils ne l’auraient sinon fait en temps normal, si bien qu’ils perçoivent l’achat d’un article comme une meilleure affaire qu’ils ne l’auraient fait s’ils avaient acheté cet article au même prix, mais ailleurs. Un autre exemple est celui d’un investisseur sur le marché boursier qui ne considère pas une transaction comme un profit ou une perte tant que les actions ne sont pas vendues. Cela amène généralement les investisseurs à garder leurs actions perdantes pendant longtemps dans l’espoir "que les choses s’améliorent" et à vendre des actions gagnantes trop tôt de façon "à ramener le profit à la maison", alors qu’il est souvent plus rentable de faire l’inverse (pour des raisons fiscales par exemple).

Nos propres expériences influencent aussi les risques que nous sommes enclins à prendre. Une personne qui a récemment gagné de l’argent en Bourse ou dans un casino tend à prendre de plus grands risques qu’une personne qui a récemment perdu de l’argent. Il est moins douloureux de perdre si nous sommes toujours "dans le vert" dans notre compte mental, même si les circonstances sont exactement les mêmes (quelque chose que Thaler appelle l’"effet argent du ménage", house money effect).

Préférences sociales : qu’est-ce qui est juste ?


Lorsqu’ils prennent des décisions, les gens ne prennent pas seulement en compte ce qui leur est bénéfique. Ils ont aussi une certaine idée de ce qui est juste et ils peuvent prendre en compte le bien-être des autres aussi bien positivement (en se montrant coopératifs ou solidaires) que négativement (en se montrant jaloux ou malveillants). Des expériences à grande échelle conduites par Richard thaler et d’autres économistes comportementaux ont montré que les notions autour de la justice jouent un rôle dans la prise de décision. Les gens sont prêts à se priver de bénéfices matériels pour maintenir ce qu’ils estiment être une distribution juste. Ils sont aussi prêts à supporter un coût personnel pour punir des personnes qui ont violé des règles basiques de justice, non seulement lorsqu’ils sont eux-mêmes affectés, mais aussi lorsqu’ils voient quelqu’un d’autre se retrouver dans une situation injuste.

Une objection fréquente est que les résultats des expériences en laboratoire ne peuvent être transférés à la vraie vie, mais il est facile de trouver des exemples où les considérations de justice ont un impact en dehors du laboratoire. Une pluie inattendue peut susciter une forte demande de parapluies, mais si un commerçant accroît alors leurs prix pour faire face à la plus forte demande, plusieurs consommateurs réagissent mal et estiment que le commerçant s’est comporté avec avidité. Les entreprises qui enfreignent les normes de justice peuvent être sanctionnées par des boycotts de la part des consommateurs, ce qui peut les amener à maintenir leurs prix dans les cas où elles les auraient sinon augmentés. De plus, il y a de puissants sentiments à propos de ce qui est juste lorsqu’il s’agit de la rémunération, ce qui affecte la fixation du salaire sur le marché du travail via les comparaisons entre différents groupes de salariés. Il est difficile de faire accepter une baisse du salaire nominal (son niveau courant est le point de référence sous lequel les gens ne veulent pas qu’il chute), alors qu’il est plus facile d’accepter une hausse du salaire nominal qui est inférieure à l’inflation, même s’il conduit à la même chute du salaire réel. (…)

L’économie comportementale en pratique


L’économie comportementale a aussi remis en question le comportement rationnel tel qu’il est considéré dans des domaines tels que la finance. Richard Thaler, avec notamment Robert Shiller (prix Nobel d’économie en 2014), a contribué à la recherche en finance comportementale, un domaine dans lequel les chercheurs se sont penchés sur la volatilité (apparemment injustifiée) des marchés, une volatilité qui semble incompatible avec la théorie des marchés efficients. Thaler a aussi mis à jour ce qui s’apparente à des valeurs de marché négatives pour les actions, ce qui n’est pas rationnel dans la mesure où l’on peut toujours rejeter une action qui n’a pas de valeur. Les expériences avec des sujets qui peuvent choisir entre différents investissements montrent que les gens sont sensibles à l’horizon temporel choisi. Les investisseurs tendent aussi à préférer les titres à faible risque sur des horizons courts, mais lorsqu’on leur présente les résultats potentiels de divers investissements sur des horizons plus longs, ils sont davantage susceptibles de choisir des titres plus risqués, notamment les actions.

On peut considérer que les pratiques communes en marketing cherchent à tirer profit de l’irrationalité du consommateur. Les ventes au rabais ou les offres du type "deux achetés, le troisième offert" donnent aux consommateurs l’impression d’avoir réalisé un gain, ce qui les amène à modifier le point de référence pour évaluer les prix. Les loteries et les paris sont présentés d’une telle façon que l’on surexpose les rares gagnants et en dissimulant la multitude de perdants. De nombreux consommateurs sont séduits par des crédits aux conditions qui leur sont défavorables pour acheter un article qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter. Les travaux de Thaler sont fréquemment cités dans la littérature du marketing et ses intuitions et ceux d’autres économistes comportementaux peuvent nous aider à reconnaître les astuces du marketing et à éviter de prendre mauvaises décisions économiques.

Dans plusieurs situations, le soi planificateur nécessite de résister aux tentations. De telles considérations sont derrière les restrictions en matière d’alcool et de drogue dans divers pays, mais dans d’autres contextes on considère que de telles restrictions vont trop loin. Les politiciens et d’autres décideurs peuvent utiliser les études en économie comportementale pour concevoir des alternatives qui s’avèrent bénéfiques à la société. Richard Thaler et Cass Sunstein ont affirmé que, dans divers domaines, les institutions publiques et privées doivent activement chercher à pousser les individus dans la bonne direction (mais en leur laissant toujours la liberté de décider). Cela s’est notamment traduit par l’introduction d’unités incitatives (nudge units) dans divers pays, notamment le Royaume-Uni et les Etats-Unis, des agences qui cherchent à réformer l’administration publique en s’appuyant sur les intuitions de l’économie comportementale. Les améliorations passent souvent par des choses simples, notamment la manière par laquelle l’option par défaut est définie, celle qui se réalise à moins que vous choisissiez activement quelque chose d’autre. Il y a des applications dans des domaines comme l’épargne retraite, le don d’organes et la politique environnementale. Les gens peuvent avoir des difficultés à épargner plus qu’ils ne le font actuellement, parce que cela réduit directement le montant qu’ils peuvent consommer aujourd’hui. Il leur est souvent plus facile de se dire qu’ils épargneront davantage à l’avenir, en particulier s’ils s’attendent à ce que leur salaire augmente. Cette intuition a été utilisée dans le programme "Save More Tomorrow", conçu par Thaler et de façon à accroître l’épargne-retraite. Le programme, dans lequel un individu s’engage à allouer une part de ses hausses futures de salaire pour l’épargne a été utilisé avec succès par diverses entreprises aux Etats-Unis. Dans certains quartiers, ce type de programme a été critiqué pour sa teneur paternaliste, mais il est important de souligner que la participation au programme est entièrement volontaire et que les participants sont libres de le quitter à n’importe quel moment.

Au total, les contributions de Richard Thaler ont jeté un pont entre les analyses économiques et psychologiques de la prise de décision des individus. Ses constats empiriques et ses intuitions théoriques ont contribué au développement du champ nouveau, mais en rapide essor, de l’économie comportementale, qui a eu un profond impact dans divers domaines de la recherche et la politique économiques. »

Académie royale des sciences de Suède, « Easy money or a golden pension? Integrating economics and psychology », octobre 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 8 octobre 2017

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Une grande fresque de l’économie mondiale (Martin Wolf)
  • La zone euro comble son retard conjoncturel (INSEE)
  • L'Insee confirme la reprise de l'économie française (La Tribune)
  • La croissance s’accélère encore en zone Euro mais attention à l’Espagne. Le Royaume Uni décroche (Philippe Waechter)
  • Entrepreneuriat : l'embellie se confirme dans les pays développés (La Tribune)
  • Et si la Grèce s’en sortait ? (Télos)
  • L'Afrique est-elle encore en plein essor ? (Project Syndicate)
  • Améliorer le taux d'emploi des femmes, une recette pour la croissance (La Tribune)


GRAPHIQUE Croissance du PIB français et ses contributions

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source : INSEE (2017)

Inflation


Environnement et ressources naturelles

  • Perturbateurs endocriniens : le vote camouflet du Parlement européen (Le Monde)
  • Nicolas Hulot recule sur la fin des hydrocarbures (Le Monde)
  • 30 ans du Protocole de Montréal : retour sur le sauvetage de la couche d’ozone (The Conversation)


Finance

  • Macron pousse au mariage BNP Paribas-Commerzbank (Libération)
  • Brexit : Bercy veut alléger la "sur-réglementation" de la finance (La Tribune)
  • La BCE veut plus de rigueur sur les créances douteuses (La Tribune)
  • Pourquoi les banques restent beaucoup trop sous-capitalisées (Financial Times)
  • Augmentation de la dette des ménages : les conséquences pour la croissance (FMI)
  • Taux d’endettement de la Chine : il est parfaitement normal qu’il soit élevé (Patrick Artus)
  • Comment mieux prédire une récession et s'y préparer ? (FMI)
  • Capitalisme à la recherche de rendements anormalement élevés : quelles conséquences ? (Patrick Artus)


Politiques conjoncturelles

  • Trump va-t-il trumpifier la "Fed"? (Paul Krugman)
  • La configuration la plus désagréable pour une banque centrale: hausse de l’inflation, recul de la croissance (Patrick Artus)
  • Pourquoi les banques centrales ont-elles changé de comportement ? (Patrick Artus)
  • Pourquoi les banques centrales continuent-elles à ne pas s’intéresser aux prix de l’immobilier ? (Patrick Artus)


Politiques conjoncturelles

  • Le projet de réforme fiscale de Donald Trump (Télos)
  • La politique budgétaire en France devrait générer un choc d’offre positif et un choc de demande négatif (Patrick Artus)
  • Les Etats de la zone euro doivent-ils faire des investissements publics ? (Patrick Artus)
  • Faut-il renoncer à normaliser la politique budgétaire et la politique monétaire parce que la normalisation coûte de la croissance et des emplois ? (Patrick Artus)
  • Pays de l’OCDE : les politiques contracycliques ne peuvent pas régler les problèmes structurels (Patrick Artus)


Réformes structurelles

  • Avec la reprise, la présidente du FMI promeut le temps des réformes (Le Monde)
  • France : quelle est l’urgence des différentes réformes ? (Patrick Artus)
  • Le CICE n'a eu qu'un impact modéré sur les emplois, selon une étude (La Tribune)
  • Transformation du CICE : priorité aux emplois peu qualifiés (Alter éco)
  • Les nouvelles priorités de Xi Jingping (Financial Times)
  • La Chine affiche la couleur sur les secteurs industriels d'avenir (The Economist)


Commerce international

  • Le commerce extérieur reste le point noir de l’économie française (Le Monde)
  • Industrie : ne m'appelez plus jamais France (La Tribune)
  • Les trois défis de China Inc. (The Economist)
  • Les importations chinoises dopent les émergents: l'embellie va-t-elle se poursuivre? (Alter éco)


Intégration européenne


Inégalités



Fiscalité, redistribution et justice sociale


Travail, emploi, chômage

  • Un taux d'emploi record pour les seniors et marqué par la précarité (La Tribune)
  • L’écart des salaires entre les femmes et les hommes ne se réduit plus en France, selon l’OCDE (Le Monde)
  • D’où vient le sentiment d’appauvrissement des salariés en France ? (Patrick Artus)
  • D’où vient le sous-emploi en France, par rapport à l’Allemagne ? (Patrick Artus)
  • Pourquoi l’emploi se déplace-t-il de l’industrie vers les services dans les pays de l’OCDE ? (Patrick Artus)
  • Le capitalisme n’évolue pas vers un modèle où le salariat disparaît (Patrick Artus)


Emploi et progrès technique

  • La hausse de l’emploi est-elle la cause de la baisse des gains de productivité ? (Patrick Artus)
  • L'Allemagne compte beaucoup de robots industriels. Quels ont été les effets sur l'emploi ? (Christian Chavagneux)
  • La menace de l’automatisation pour les économies émergentes (Financial Times)
  • Quels effets de la robotisation ? Une comparaison entre la Corée et le Japon d’un côté, la France de l’autre (Patrick Artus)


Politique

  • L'impossible unité syndicale (pour l'instant) face aux réformes sociales de Macron (La Tribune)
  • Élections sénatoriales : la République en panne (La Tribune)
  • Le peuple qui vote Mélenchon est-il le peuple ? (La Tribune)
  • Réforme des institutions : les Français veulent du changement (La Tribune)
  • Peut-on encore réviser la Constitution ? (Le Monde)
  • La démocratie raisonnée (La Vie des idées)


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source : The Economist (2017)

La crise catalane





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

samedi 7 octobre 2017

Le problème des transferts et l’incidence fiscale

« Ces derniers jours, ce qui se passe dans la mise en œuvre de la politique économique aux Etats-Unis apparaît à la fois grotesque et sinistre. Le Trésor a notamment tenté de supprimer une analyse interne (…) portant sur l’incidence de l’impôt sur les entreprises. Cet article arrivait à la conclusion embarrassante que l’essentiel de l’impôt reste là où il est appliqué (avec les propriétaires du capital des entreprises), puisqu’il n’y en a qu’une petite part incombant indirectement aux travailleurs. (…) Cet article avait déjà été publié dans une revue à comité de lecture, si bien que (…) tout le monde peut tout de même continuer à le lire.

Mais laissons cette histoire de côté ; je veux parler ici de l’incidence des impôts sur les entreprises. (…) Alors que les marchés mondiaux des capitaux doivent avoir tendance à égaliser les taux de rendements après impôt à long terme, l’intégration imparfaite des marchés des biens implique que le long terme soit très long, certes pas assez pour que nous soyons tous morts, mais suffisamment long pour que l’égalisation des rendements puisse prendre plusieurs décennies.

(…) Toute cette littérature remonte à Harberger, qui envisageait une économie fermée avec un stock de capital fixe. Il a montré que dans une telle économie un impôt sur les profits incomberait au capital, fondamentalement parce que l’offre de capital est inélastique. Le contre-argument moderne est que nous vivons maintenant dans un monde de capitaux internationalement mobiles ; cela signifie que pour tout pays pris individuellement l’offre de capitaux, loin d’être fixe, est hautement élastique, parce que les capitaux peuvent aussi bien entrer que sortir du pays. En fait, pour une petite économie faisant face à des marchés des capitaux parfaits, l’élasticité de l’offre de capitaux est infinie. Cela signifie que le rendement sur le capital après impôt est fixe, donc que tout changement des taux d’imposition des entreprises doit incomber aux autres facteurs, c’est-à-dire le travail.

La plupart des analyses de l’incidence fiscale ne prête toutefois au travail qu’une faible fraction de l’impôt des entreprises, pour trois raisons. Premièrement, une grande partie des profits d’entreprises ne sont pas un rendement au capital : ce sont des rentes liées au pouvoir de monopole, à l’image de marque, aux avantages technologiques et ainsi de suite. Les afflux de capitaux ne vont pas concurrencer ces profits, donc le marché international des capitaux n’est pas pertinent pour l’incidence des impôts sur ces profits. Deuxièmement, les Etats-Unis ne sont pas un petit pays. Nous sommes suffisamment grands pour avoir un puissant effet sur les taux de rendement mondiaux. Troisièmement, l’intégration imparfaite des marchés des capitaux et des biens est une réalité. Les taux de rendements ne sont probablement pas égalisés, même pas à long terme ; de toute façon, si une réduction des impôts des entreprises apporte plus de capitaux, cela va pousser à la baisse le prix relatif des produits américains, ce qui va limiter le rendement sur le capital additionnel et donc empêcher les travailleurs d’obtenir la totalité des bénéfices de la réduction d’impôts.

Tout cela me convient. Mais je pense qu’il est aussi important de se demander comment les capitaux qui égalisent les taux de rendement sont supposés affluer. Une fois que vous vous posez cette question, vous voyez que l’analyse de long terme peut ne pas être suffisamment bonne pour des fins de politique économique.

Supposons que le gouvernement américain réduise les taux d’imposition des entreprises. Cela accroîtrait initialement le taux de rendement sur le capital après impôt, ce qui inciterait le reste du monde à placer davantage de capitaux (ou les actifs étrangers des entreprises américaines) dans le pays. Cela pousserait à la baisse le taux de rendement après impôt. Comment cela se passerait-il ? En accroissant le stock de capital américain, en réduisant le produit marginal du capital (et en accroissant celui du travail).

Mais comment le stock de capital s’accroîtrait ? (…) Ce dont nous parlons est un processus dans lequel l’investissement américain excède l’épargne américaine (ce qui signifie que nous connaissons un déficit du compte courant), ce qui accroît notre stock de capital au cours du temps. Il y a quelque chose d’ironique ici : ceux qui appellent à une réduction d’impôts pour les entreprises se disent inquiets pour la « compétitivité » et pourtant l’impact initial d’une telle mesure sera d’accroître les déficits commerciaux. (…)

J’ai passé trois décennies à souligner le sophisme de la doctrine du transfert immaculé, l’idée que les flux internationaux de capitaux se traduisent directement par de plus grands déséquilibres commerciaux. Les exportateurs et importateurs ne savent pas ou ne s’inquiètent pas à propos de l’écart entre épargne et investissement ; ils répondent aux signaux que constituent les prix et les coûts. Un afflux de capitaux génère un déficit commercial en poussant le taux de change réel à la hausse, rendant vos biens et services moins compétitifs. Et parce que les marchés des biens et services sont toujours très imparfaitement intégrés (la plus grande partie du PIB n’est en effet pas échangeable), cela nécessite de larges signaux, de grandes variations du taux de change réel, pour entraîner de significatifs changements dans le solde du compte courant.

Donc, une réduction d’impôts sur les entreprises américaines doit entraîner une appréciation du dollar, qui alourdirait le déficit du compte courant qui constitue la contrepartie d’un afflux de capitaux. Mais de combien le dollar s’appréciera-t-il ? La réponse, familière aux macroéconomistes internationaux, est que le dollar excèdera sa valeur anticipée à long terme, si bien que les gens vont s’attendre à ce qu’il se déprécie dans le futur et l’ampleur de l’appréciation est déterminée par le niveau que le dollar doit atteindre de façon à ce que la dépréciation attendue soit plus forte que la hausse des rendements après impôt en comparaison avec les autres pays.

(…) Le savoir que nous cherchons dans un ajustement unique limite l’ampleur à laquelle le dollar peut aller, ce qui limite la taille du déficit du compte courant, ce qui limite le taux auquel le stock de capital américain peut s’accroître, ce qui ralentit le processus d’égalisation des rendements. Donc le long terme dans lequel les rendements sont égalisés peut au final être assez long.

Supposons que les anticipations soient rationnelles. (Je sais, je sais – mais pour une référence cela peut être utile.) Ensuite, nous pouvons considérer le processus d’ajustement que je décris comme un petit système dynamique avec e, le taux de change, et K, le stock de capital. Un K élevé signifie un faible taux de rendement comparé avec le (...) taux de rendement étranger, donc e doit s’accroître. Un e élevé signifie de larges déficits commerciaux. Le diagramme de phases ressemble à cela :

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où le point-selle est l’unique sentier le long duquel les anticipations à propos du futur taux de change sont réalisées. Vous pouvez résoudre ce sentier en linéarisant autour d’un état régulier ; les solutions à ce système ont deux racines, une négative, l’autre positive, et la racine négative vous indique le taux de convergence le long du point-selle.

A un instant donné, le stock de capital K est donné ; le taux de change e bondit pour pousser le système sur le point-selle, et ensuite il converge vers son équilibre de long terme.

Donc l’histoire d’une réduction d’impôt des entreprises va comme suit : initialement nous sommes à un point comme le point A. Ensuite, la réduction d’impôts accroît le stock de capital d’équilibre de long terme. Mais cela prend du temps pour arriver à ce point : tout d’abord, nous obtenons une appréciation de la devise, comme le montre le saut de A à B, puis nous convergeons vers C.

On peut alors se demander combien de temps cette convergence prendra. Et nous avons assez d’informations pour donner des chiffres. Je suppose que la fonction de production soit une fonction à la Cobb-Douglas, avec une part du capital de 0,3. Le ratio capital sur production est d’environ 3, ce qui implique un taux initial de rendement de 0,1. Et les modélisateurs à la Fed nous disent que l’impact du taux de change sur les exportations nettes est d’environ 0,15, ce qui signifie qu’une hausse de 10 % du dollar creuse le déficit commercial d’environ 1,5 point de PIB.

Quand je prends en compte ces chiffres, en supposant que j’ai fait les bons calculs, j’obtiens un taux de convergence de 0,059 ; ce qui signifie que c’est un écart de 6 % par rapport au long terme est éliminé chaque année. C’est très lent : il faudra une douzaine d’années pour que la moitié de l’ajustement à long terme soit réalisée.

Cela me suggère que l’ouverture aux marchés mondiaux des capitaux fait beaucoup moins de différence pour l’incidence fiscale que les gens semblent le penser à court terme, et même à moyen terme. Si vous essayez d’évaluer les effets des politiques fiscales au cours de la prochaine décennie, une analyse en économie fermée est probablement plus proche de la vérité qu’une analyse qui supposerait une égalisation instantanée des rendements entre les nations. »

Paul Krugman, « The transfer problem and tax incidence », in The Conscience of a Liberal (blog), 5 octobre 2017. Traduit par Martin Anota

vendredi 6 octobre 2017

Pourquoi réduire les impôts ne stimule pas la croissance ?

« (…) Le propos de ce billet n’est pas de ressasser les preuves empiriques qui montrent que les réductions d’impôts ne stimulent pas la croissance. Je vais plutôt réfléchir aux raisons expliquant pourquoi elles n’alimentent pas la croissance. Parce que l’idée selon laquelle elle est susceptible de le faire semble à première vue raisonnable, mais elle s’avère inexacte dans le monde réel.

Commençons avec les bases. Si vous voulez stimuler la croissance économique, c’est-à-dire accroître plus rapidement le PIB réel, alors vous avons besoin d’accroître le montant de capital, de travail ou la productivité. C’est le cas aussi bien si vous acquérez de nouveaux travailleurs, de nouveaux biens capitaux ou de nouvelles innovations que si vous utilisez du travail, du capital et des innovations qui étaient oisifs jusqu’alors. Vous voulez accroître les intrants pour accroître le PIB.

Ce qu’il y a de plus important en économie, c’est l’idée que les gens répondent aux incitations. Dans le cas des intrants, les incitations à les fournir tiennent à leurs rendements, comme les salaires, les dividendes, les intérêts ou les profits. Si vous taxez ces rendements, cela réduit les rendements et les gens vont fournir moins de travail, de capital ou d’innovations. Donc si vous réduisez cet impôt, l’idée est que les gens vont fournir plus de travail, de capital ou d’innovations. Ce n’est pas vérifié. Pourquoi est-ce que cela ne marche pas comme nous le penserions a priori ?

De faibles élasticités


Nous pensons que si vous réduisez le taux d’imposition et donc accroissez les rendements des intrants, nous accroissez par là même leur quantité. Mais pour "booster" la croissance du PIB ou pour avoir un quelconque effet appréciable sur le PIB, il faut que l’élasticité de cette offre d’intrants vis-à-vis de ces rendements soit significative.

Pour le travail, il semble y avoir plusieurs preuves empiriques robustes suggérant que cette élasticité est en fait faible. (…) On constate que cette élasticité de l’offre de travail est globalement nulle dans presque chaque cas, sauf dans le cas des femmes mariées. C’est notamment ce que montre l’étude de Saez, Slemrod et Giertz (SSG). Avec une élasticité proche de zéro, peu importe de combien vous réduisez le taux d’imposition et accroissez par là le rendement au travail (c’est-à-dire le salaire), cela n’entraîne pas de hausse substantielle de l’offre de travail. Et sans une hausse substantielle d’offre de travail, il n’y a pas de hausse significative du PIB.

Du côté du capital, c’est plus dur à estimer parce que, il est certes facile de considérer les salaires déclarés comme des paiements au travail réel, il est bien plus dur de dire quelle partie du revenu déclaré des entreprises constitue un paiement au « capital ». Les dividendes sont probablement l’une des choses les plus simples à voir, comme il s’agit de paiements directs aux actionnaires. Mais quand Yagan a analysé les répercussions de la réduction d’impôt sur dividendes de 2003, il a constaté qu’il n’y avait pas d’effet sur l’investissement des entreprises (c’est-à-dire les intrants en capital réels). En d’autres mots, l’élasticité des intrants de capital réels vis-à-vis du taux d’imposition était nulle.

Pour l’innovation, il y a des preuves empiriques plus robustes suggérant un effet de la taxation sur l’activité de R&D (bien que nous devons être prudents et distinguer entre l’activité de R&D et l’innovation elle-même). Dechezlepretre, Einio, Martin, Nguyen et Van Reenan ont publié un document de travail où ils observent comment un changement des conditions pour obtenir un crédit d’impôt pour la R&D au Royaume-Uni a pu affecter les dépenses en R&D et le dépôt de brevets ; bref, ils ont cherché à y voir un effet sur l’innovation. Ils mettent en évidence de significatifs effets des incitations fiscales relatives à la R&D sur la R&D et le dépôt de brevets. Cependant, les incitations fiscales (comme un crédit d’impôt ou la possibilité aux entreprises de retrancher les dépenses de R&D) ne sont pas tout fait la même chose qu’une variation du taux d’imposition. (…) Faire varier le taux marginal d’imposition du revenu individuel ou du revenu des entreprises, ce n’est pas la même chose que fournir des incitations fiscales en faveur de la R&D. Mais, si vous cherchez une manière d’utiliser la politique fiscale pour stimuler la croissance, alors il semble plus efficace de s’appuyer sur des incitations à la R&D et à l’innovation que de réduire les taux d’imposition sur le travail et le capital.

Nous taxons les flux financiers, pas les intrants


Si l’impact des réductions d’impôts sur le PIB est faible, c’est aussi parce que les impôts ne sont pas seulement prélevés sur les transactions qui font partie du PIB ; ils sont prélevés sur tout genre de transactions. N’oubliez pas que, chaque année, il y a des milliards (et peut-être des milliers de milliards) de transactions individuelles qui se déroulent dans l’économie. Certaines de ces transactions impliquent des paiements pour un intrant réel comme le travail ou le capital, si bien qu’elles font partie du PIB. Mais d’autres transactions sont purement financières et donc n’en font pas partie. Mais la fiscalité ne fait pas cette distinction ; vous n’êtes pas seulement imposés sur vos transactions qui contribuent au PIB ; vous êtes imposé sur la totalité (ou plutôt la plupart) des transactions où vous recevez de l’argent.

Distinguons quatre genres de transactions :

1. Lorsque la transaction est taxée et que le revenu fournit un intrant réel. Votre salaire est un exemple. Vous fournissez un intrant réel (du travail) à votre employeur et le revenu que vous gagnez en échange fait partie du PIB. Le revenu que vous gagnez est aussi sujet à l’imposition. Donc si vous réduisez le taux d’imposition sur ce revenu, vous pouvez accroître votre offre de travail, ce qui va accroître le PIB. Comme nous l’avons vu ci-dessus, cette réponse serait faible, que ce soit de la part du travail et du capital, si bien que le PIB ne s’accroîtrait pas beaucoup. Une baisse des impôts sur la R&D ou l’innovation pourrait avoir un effet plus tangible.

2. Lorsque la transaction n’est pas taxée et que le revenu ne provient pas de la fourniture d’un intrant réel. Pensez à un petit don en espèces, inférieur au seuil d’imposition, que vous obtiendriez par exemple de la part de vos grands-parents. C’est un revenu, dans le sens où vous avez une entrée d’argent, mais ce n’est pas un rendement pour un intrant réel. Il n’est pas imposé car son montant est faible.

3. Lorsque la transaction n’est pas taxée et que le revenu provient de la fourniture d’un intrant réel. Vous pouvez penser à des paiements de petite échelle pour un travail dont la rémunération est inférieure aux seuils d’imposition, comme la garde d’enfants ou d’autres services domestiques. Maintenant, comme ils n’ont pas à être déclarés, ils ne sont pas taxés, mais il est aussi possible qu’ils ne soient pas pris en compte et inclus dans le PIB. Mais, techniquement, parce qu’ils impliquent une personne fournissant un intrant réel comme le travail, ce revenu devrait être mesuré comme partie intégrante du PIB. Dans tous les cas, parce que ces transactions ne sont pas taxées, une réduction des taux d’imposition n’influencera en rien les intrants réels que les gens fournissent ici ; votre babysitter ne va proposer de faire une nuit supplémentaire la semaine si le taux marginal chute.

4. Lorsque la transaction est taxée et que le revenu ne provient pas de la fourniture d’un intrant réel. Ici nous avons tout un monde de transactions financières. Si vous achetez des actions contre de la liquidité, aucun intrant réel n’est fourni, donc cette transaction ne s’ajoute pas au PIB. Mais cette transaction est imposée, dans le sens où la plus-value qu’obtient le vendeur est sujette à l’impôt. Si vous réduisez les taux d’imposition, alors vous verrez davantage de ces transactions financières être réalisées, mais cela n’ajoutera rien au PIB. (…)

Si les réductions d’impôts ne stimulent pas la croissance du PIB, c’est notamment parce que les réductions d’impôts s’appliquent aussi bien aux transactions de type 4 qu’aux transactions de type 1. Une réduction du taux d’imposition devrait accroître ces deux types de transactions. En pratique, on constate que les élasticités associées aux transactions de type 1 sont faibles, si bien que les réductions d’impôts affectent peu la fourniture d’intrants réels. Mais les réductions d’impôts peuvent avoir un gros effet sur les transactions (financières) de type 4. Ces transactions de type 4 peuvent stimuler les revenus imposables en rendant les transactions plus attractives, mais cela n’affecterait pas la provision réelle d’intrants, donc n’accroîtrait pas le PIB. Saez, Slemrod et Giertz utilisent l’exemple de la réforme fiscale de 1986 pour le démontrer. (…)

En fait, vous pouvez affirmer que, pour accroître le PIB, l’idéal serait d’accroître les impôts sur les transactions financières (une taxe Tobin) pour réduire les incitations à faire ces transactions (de type 4), mais aussi de réduire les impôts sur les transactions de type 1 qui concernent la provision d’intrants réels et surtout fournir des incitations aux dépenses de R&D et à l’innovation.

Si vous voulez me convaincre que ces transactions financières de type 4 ont un effet important sur la croissance du PIB réel, alors vous devez me convaincre que le changement de propriété améliore l’allocation de la capacité de gestion ou me trouver un argument similaire. Pour que ce soit exact, il devrait y avoir beaucoup de changements de propriété qui n’ont actuellement pas lieu en raison d’une fiscalité jugée excessive. Mais les preuves empiriques vont à première vue contre cette idée, parce qu’il faudrait qu’il y ait eu un déclin ou une stagnation des transactions financières de ce genre au cours du temps, or ce n’est tout simplement pas le cas. (…)

(…) Affirmer que les réductions d’impôts ne vont pas avoir d’effet sur la croissance, ce n’est pas dénier la théorie de base. Une telle affirmation repose sur les faibles élasticités (qui impliquent que les réponses sont faibles) et sur la déconnexion entre les rendements qui sont imposés et les rendements qui sont payés aux intrants réels. »

Dietrich Vollrath, « Why don't tax cuts boost growth? », in Growth Economics (blog), 3 octobre 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 1 octobre 2017

Les liens de la semaine

Zoom sur les élections allemandes



GRAPHIQUE Résultats aux élections fédérales en Allemagne

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source : The Economist (2017)

Croissance, fluctuations et crises

  • La productivité, ça se cultive (Jean-Marc Vittori)
  • La France recrée enfin des usines (Le Monde)
  • Les cycles économiques sont encore liés à l’industrie (Patrick Artus)
  • Voit-on un risque de récession aux Etats-Unis ? (Patrick Artus)
  • L’inflation se normalise-t-elle vraiment aux Etats-Unis et dans la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Une croissance de la zone euro supérieure à la croissance potentielle depuis 2014 (Patrick Artus)
  • Qu’est-ce qui pourrait “casser” la croissance de la zone euro ? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Indice des prix à la consommation en France (en %)

source : INSEE (2017)

Environnement et ressources naturelles

  • Cinq questions sur la bataille autour du glyphosate (Le Monde)
  • Glyphosate : réflexions pré-interdiction (Le Monde)
  • Les émissions de méthane de l’élevage plus importantes que prévu (Le Monde)
  • Dans l’Atlantique Nord, une saison cyclonique de tous les records (Le Monde)
  • Surprise climatique : la calotte du Groenland grossit en 2017 (Le Monde)
  • Pourquoi certaines espèces s’adaptent au changement climatique et d’autres non (Le Monde)


Finance


Politique monétaire

  • Quelle crédibilité pour les taux d’intérêt prévus par la Fed ? (Philippe Waechter)
  • L’incertitude relative aux taux d’intérêt a des effets négatifs sur l’économie (Banque de France)
  • Le taux de change influencera-t-il la politique monétaire de la BCE ? (Patrick Artus)
  • Que se passera-t-il s’il n’y a jamais complète normalisation des politiques monétaires ? (Patrick Artus)
  • Les multiples problèmes auxquels la Fed et la BCE sont confrontées (Patrick Artus)
  • La flexibilité du marché du travail met les banques centrales en difficulté (Patrick Artus)
  • La question de l’abandon de l’objectif d’inflation peut se poser (Patrick Artus)


Politique budgétaire et dette publique

  • Trump et les républicains proposent une réforme fiscale radicale (Le Monde)
  • L’Union européenne met fin à la procédure de déficit excessif contre la Grèce (Le Monde)
  • Les charges de la dette, l'épée de Damoclès du quinquennat Macron (La Tribune)
  • Un plan d'investissement de 57 milliards d'euros pour quoi faire ? (Le Monde)
  • Finances locales : la grogne des élus ne se calme pas (La Tribune)


GRAPHIQUE Dette publique en France

source : INSEE (2017)

Zoom sur le Budget 2018

  • La gauche le juge "favorable aux riches", la droite insuffisant (La Tribune)
  • "Nous libérons du capital pour l'économie" (Le Monde)
  • Ce qu’Emmanuel Macron n’avait pas dit dans son programme (Le Monde)
  • Le gouvernement cherche à revenir dans les clous européens (La Tribune)


Commerce international

  • Commerce mondial : l'OMC relève ses prévisions de croissance pour 2017 (La Tribune)
  • Le Canada et Bombardier, premières victimes de la guerre commerciale menée par l’administration Trump (CEPII)
  • Compétitivité mondiale : la France recule (un peu) (La Tribune)
  • Sécurité alimentaire et commerce international (Télos)


Intégration européenne


Inégalités et justice sociale


Travail, emploi, chômage


Politique





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

Les baisses d’impôts de Trump ? Du vaudou, seulement du vaudou !

« J’ai aimé la comparaison historique que Binyamin Appelbaum a proposé entre, d’un côté, la réduction des impôts de Trump et, de l’autre, celles de Reagan et de Bush, même si j’ai peur qu’une telle comparaison risque de suggérer à certains que ces dernières étaient justifiées. Elles ne l’étaient pas. La réduction d’impôts de Reagan a renversé la tendance baissière à long terme du ratio dette publique sur PIB, les allègements d’impôts de Bush ont défait les progrès budgétaires des années Clinton. Inversement, la hausse d’impôts de Clinton a contribué à générer des excédents, même lorsque l’économie connaissait un boom ; ce ne sont pas les suspects habituels que prédit la droite !

GRAPHIQUE 1 Dette publique des Etats-Unis (en % du PIB)

Paul_Krugman__dette_publique_Etats-Unis.png

Cela dit, les réductions d’impôt de Trump aujourd’hui sont encore une plus mauvaise idée que celles mises en œuvre dans le cadre de la Reaganomics, et pas seulement parce que nous partons d’un niveau de dette publique bien plus élevé, un héritage de la crise financière, qui a déprimé les recettes et temporairement stimulé les dépenses. Il ne faut pas non plus oublier que nous partons d’un taux marginal d’imposition encore bien plus faible qu’à l’époque de Reagan. Voici l’histoire moderne du taux marginal d’imposition :

GRAPHIQUE 2 Taux marginal d’imposition aux Etats-Unis (en %)

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Ainsi, Reagan a réduit les taux d’imposition alors que ceux-ci s’élevaient initialement à 70 % ; Trump va les réduire, alors qu’ils sont déjà quasiment moitié moindres. Pourquoi est-ce important ? En fait, pour deux raisons. Premièrement, les réductions d’impôts sont supposées stimuler la croissance économique en accroissant le montant d’un supplément de revenu que quelqu’un peut garder pour lui-même. Quand vous partez d’un taux d’imposition de 70 %, réduire le taux d’un pourcent accroît la composante ramenée à la maison de 1/30, soit plus de 3 %. Quand vous commencez de 39,6 %, la même réduction d’impôts accroît le morceau ramené à la maison de 1/60, soit moitié moins. En d’autres mots, nous nous attendons à ce que les effets incitatifs d’une réduction d’impôts donnée soient désormais moitié moindres que ce qu’ils étaient sous Reagan.

Et supposons, pour simplifier l’exposé, que vous parvenez à obtenir un supplément de croissance économique. Dans quelle mesure ce gain de croissance générera-t-il des recettes fiscales supplémentaires ? Cela dépend du taux marginal d’imposition, qui est bien plus faible aujourd’hui qu’il ne l’était en 1981 ; il est moitié moindre. Donc, même si vous croyez que l’économie vaudou a marché sous Reagan (ce qui n’est pas le cas), il faudrait un peu plus de vaudou, environ 4 fois plus, pour qu’elle marche aujourd’hui. Ce qui nous amène à nous poser la question suivante : mais comment sont-ils parvenus à présenter cela comme un plan responsable ? Oh, mais oui : ils ont juste menti. »

Paul Krugman, « Voodoo gets even voodooier », in The Conscience of a Liberal (blog), 28 septembre 2017. Traduit par Martin Anota

vendredi 29 septembre 2017

Les marchés financiers sous-estiment les risques

« Durant la plus grande partie de 2017, le VIX (l’indice de volatilité des options du marché de Chicago) a été à son plus faible niveau depuis dix ans. Il est récemment passé sous 9, soit un niveau plus faible que celui qu'il atteignait en mars 2007, à la veille de la crise du crédit hypothécaire subprime. Il semble qu'à nouveau les investisseurs n'évaluent pas correctement à quel point le monde est risqué aujourd'hui.

Connu dans la profession comme "l’indice de la peur", le VIX mesure la sensibilité des marchés financiers vis-à-vis de l’incertitude, sous la forme de la probabilité perçue d’amples changements sur le marché boursier. Il est tiré des prix de l’option sur le marché boursier (qui ne rapporte que lorsque les prix boursiers s’élèvent ou chutent beaucoup). Le faible VIX de cette année signale que nous sommes dans un autre environnement à fort appétit pour le risque, quand les investisseurs se détournent des bons du Trésir et d’autres valeurs refuges et cherchent plutôt à "chasser le rendement" en se tournant vers des actifs plus risqués comme les actions, les obligations d’entreprise, l’immobilier et les devises de carry-trade.

GRAPHIQUE 1 L’indice VIX

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Nous n’avons pas à seulement observer l’indice VIX pour voir que les marchés traitent la période actuelle davantage comme favorable au risque qu’aux actifs sûrs. Les rendements sur les valeurs refuges étaient généralement plus faibles que les rendements parmi les actifs risqués au cours de la première moitié de l'année. D'un côté, le franc suisse s'est déprécié. D'un autre côté, le dollar australien et le yuan chinois se sont appréciés. Et les marchés boursiers ont atteint de nouveaux records à la hausse.

Le vrai risque est actuellement élevé


Pourquoi est-ce que je ne pense pas que le vrai risque soit aussi faible que ne le suggère l'indice VIX ? On peut penser à une liste inhabituellement longue de risques majeurs. Chacun d’entre eux peut n’avoir individuellement qu’une faible probabilité de survenir au cours d'un mois donné, mais cumulativement il y a une probabilité significative qu'au moins l'un d'eux survienne à un moment ou à un autre au cours des prochaines années :

L’effondrement de la bulle boursière. Les grands indices boursiers ont atteint de nouveaux records ce mois de septembre, que ce soit aux Etats-Unis ou dans le reste du monde. Les cours boursiers ont même augmenté relativement à des références comme les bénéfices ou les dividendes. Le price-earning ratio ajusté en fonction du cycle de Robert Shiller est désormais supérieur à 30. Les seules fois où il avait été aussi élevé, c'était lors des pics de 1929 et 2000, des pics qui ont tout deux été suivis par un effondrement du marché boursier.

GRAPHIQUE 2 Price-earning ratio (ajusté de Shiller)

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Un éclatement de la bulle obligataire. Alan Greenspan a récemment suggéré que le marché obligataire est encore plus surévalué (par l’"exubérance irrationnelle") que le marché boursier. Après tout, les rendements sur les obligations d'entreprise ou les obligations publiques suivaient une tendance baissière de 1981 à 2016 et le marché s'y est habitué. Mais, bien sûr, les taux d'intérêt ne peuvent baisser davantage et il est prévu qu'ils finissent par s'accroître.

Quel peut être le catalyseur pour précipiter un krach sur le marché boursier ou le marché obligataire ? Un possible détonateur pourrait être une hausse de l'inflation : celle-ci amènerait les agents à anticiper que la Fed relèvera ses taux d'intérêt plus agressivement qu'on ne le pensait jusqu’alors. La BCE et d'autres banques centrales majeures semblent aussi être entrées dans un cycle de resserrement.

Les risques géopolitiques ont rarement été aussi élevés et la foi en l'influence stabilisatrice du leadership américain a rarement été aussi faible. Le risque le plus sérieux concerne les relations avec la Corée du Nord, un risque que Trump n'a pas bien géré. Mais y a aussi des risques significatifs ailleurs, notamment au Moyen-Orient. Par exemple, Trump menace d'abroger l'accord avec les Iraniens qui les empêche de construire des armes nucléaires.

Dans plusieurs domaines de politique économique, il est difficile de prédire ce que Trump va dire ou faire par la suite, mais il est facile de prédire que ce sera quelque chose sans précédent. Jusqu’à présent, les effets nocifs ont été limités, en grande partie parce que la plupart de ses délires verbaux ne se sont pas traduits par des modifications législatives. (S’il parvient par contre à expulser 800.000 jeunes travailleurs et étudiants DACA, cela peut provoquer une récession). Mais c’est un temps d’incertitude autour politique économique comme on n'en a rarement vu.

Les confrontations au Congrès américain autour du plafond de dette et la fermeture du gouvernement ont été surmontées en septembre, mais seulement parce que le problème a été reporté à la fin de l’année, quand les enjeux seront susceptibles d’être plus élevés et la catastrophe plus grave. Une crise constitutionnelle pourrait survenir, si par exemple le Conseiller Spécial trouvait que le contact entre la campagne de Trump et le gouvernement russe était illégal.

Les cygnes noirs ne sont pas imprévisibles


La situation actuelle marquée par un fort appétit vis-à-vis du risque rappelle celle de 2006 et de début 2007, la dernière fois que le VIX a été aussi faible. Alors, il n’était pas non plus trop difficile de dresser une liste de sources possibles de crises. L'un des risques les plus évidents sur la liste a été une chute des prix immobiliers aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, étant donné que ceux-ci étaient à des niveaux exceptionnellement élevés et étaient aussi très élevés relativement à des références comme le loyer. Et pourtant les marchés agissaient comme si le risque était faible, conduisant le VIX et les taux sur les bons du Trésor américains à la baisse et les cours des actions et des titres pourris (…) à la hausse.

Quand le marché immobilier s’est effectivement effondré, on disait qu’il s’agissait d’un événement hors de toute distribution de probabilités standard, que l’on n’aurait pas pu estimer à partir des données passées ; on considérait que cela relevait de ce que l'on qualifie d’incertitude knightienne, d’incertitude radicale, d'"inconnus inconnus", de "queues épaisses" (fat tails) ou des cygnes noirs (black swans). Lorsque l'on disait que "les prix de l’immobilier n’ont jamais chuté en termes nominaux", on entendait en fait par là qu'ils n’avaient pas chuté aux Etats-Unis au cours des sept dernières décennies. Mais ils avaient chuté au Japon dans les années quatre-vingt-dix et aux Etats-Unis dans les années trente. Cela ne relevait pas de l’incertitude knightienne ; il s’agissait d’une incertitude classique liée à un ensemble de données inutilement limité à quelques décennies de données purement domestiques.

En fait, le terme "black swan" convient mieux que ne le pensent ceux qui l'utilisent. Les philosophes britanniques du dix-neuvième siècle citaient les cygnes noirs comme l’exemple quintessentiel de quelque chose dont l’existence ne peut être déduite d'un raisonnement inductif à partir des données observées. Mais c'était le cas parce qu'ils ne considéraient pas des données étendues à suffisamment de pays ou à suffisamment de siècles. (Le cygne noir est une espèce australienne qui a en fait été identifiée par les ornithologistes au dix-huitième siècle.) Si cela ne tenait qu'à moi, le "cygne noir" ne serait utilisé que pour désigner un événement extrême et rare auquel tout statisticien qui aurait pris le soin d'étudier un échantillon de données suffisamment large pourrait assigner une probabilité ex ante positive, mais qui serait qualifié d'"imprévisible" ex post par ceux qui n’avaient pas une perspective suffisamment large pour le faire.

Le cycle d’appétit et d’intolérance au risque


Pourquoi les investisseurs sous-estiment-ils périodiquement le risque ? (…) Les formules pour déterminer le prix des options requièrent une estimation statistique de la variance. Les formules pour déterminer le prix des titres adossés à des crédits hypothécaires requièrent une estimation statistique de la distribution des défauts en termes de fréquence. En pratique, les analystes estiment ces paramètres en se contentant d'étudier les données sur les dernières années, c'est-à-dire sans remonter aux précédentes décennies, notamment les années trente, ni même sans prendre en compte d'autres pays, comme le Japon. Plus généralement, dans la description du cycle que propose Minsky, une période de faible volatilité leurre les investisseurs avec l'illusion d'une sécurité, ce qui les amène à s'endetter excessivement et entraîne finalement un krach.

Peut-être que les investisseurs vont réévaluer les risques dans l'environnement actuel et le VIX s'ajustera par conséquent. Si l'histoire est un guide, on ne s'en servira pas comme tel tant que le choc négatif (quel qu'il soit) n'a pas frappé et que les marchés de titres n’ont pas chuté. »

Jeffrey Frankel, « Financial markets underestimate risk », in Econbrowser (blog), 28 septembre 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 24 septembre 2017

Les liens de la semaine

Zoom sur l'Allemagne


  • Elections allemandes : pourquoi on ne connaît pas à l’avance le nombre de députés au Bundestag (Le Monde)
  • Ce qu’il faut savoir sur le système parlementaire allemand (Le Monde)
  • Les cinq thèmes qui ont agité la campagne des législatives en Allemagne (Le Figaro)
  • Le bilan en demi-teinte de Merkel en cinq graphiques (La Tribune)
  • En Allemagne, un Nord à la traîne, un Est vieillissant (Le Monde)
  • L’heure allemande (Robert Skidelsky)


GRAPHIQUE Taux de chômage en Allemagne

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source : La Tribune (2017)

Les économistes...

  • Le discours économique de Stockholm (La Vie des idées)
  • "L’économie n’est pas un outil pour penser le monde tel qu’il est" : rencontre avec Esther Duflo et Abhijit Banerjee (Economens)
  • Pourquoi (et comment) je n'enseigne plus IS-LM (Antoine Belgodere)


GRAPHIQUE Le PIB français et ses composantes

source : INSEE (2017)

Croissance, fluctuations et crises



Démographie

  • Démographie : 11 milliards d'habitants prévus en 2100 (La Tribune)
  • La population de l’Afrique devrait doubler d’ici à 2050 (Le Monde)
  • En 2100, plus d’un Terrien sur trois africain ? (The Conversation)

Environnement et ressources naturelles

  • Avec le réchauffement, des cyclones plus violents sont attendus (Le Monde)
  • Leçons de cyclones pour le climat (Le Monde)
  • Le prix de l’inaction : à propos d’Harvey et du changement climatique (The Conversation)
  • Le climat, une des priorités de Macron devant les Nations unies (Le Monde)
  • Climat : la guerre culturelle des villes contre Trump (Le Monde)
  • Retrait des États-Unis de l’Accord de Paris : le relais encourageant des initiatives locales (CEPII)
  • La croissance nécessite la destruction de la biosphère (Le Monde)


Finance


GRAPHIQUE L'indice boursier S&P500 atteint des niveaux historiques

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source : The Economist (2017)

Politique budgétaire et dette publique

  • Le gouvernement réduit l’objectif d’économies en 2018 (Le Monde)
  • Dette : Pékin furieux de voir sa note dégradée par Standard & Poor's (La Tribune)


Politique monétaire

  • La Réserve fédérale en territoire inconnu (Philippe Waechter)
  • La Fed normalise mais ne devient pas optimiste (Philippe Waechter)
  • La "Fed" tente un retour à la normale (Le Monde)
  • Une règle de politique monétaire aux USA (Philippe Waechter)
  • Les banques centrales pensent que les coûts du "leaning against the wind" dépassent largement ses avantages (Patrick Artus)
  • Qu’est ce qui s’est passé avec les banques centrales ? (Patrick Artus)
  • L’effet des politiques économiques dépend-il de ce dont nous en savons ? (OFCE)
  • Evolution des principes de la politique monétaire : deux thèses possibles (Patrick Artus)




Commerce international

  • L’effondrement des échanges lors de l’entre-deux-guerres et la Grande Récession (D'un champ l'autre)
  • Voit-on une amélioration du commerce extérieur de la France ? (Patrick Artus)
  • CETA : une cinquantaine d’organisations interpellent Macron pour suspendre l’application du traité (Le Monde)
  • Ce que va changer le CETA dans la vie des Européens (Le Monde)
  • Est-ce l’euro qui s’apprécie ou le dollar qui se déprécie ? (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Brexit : l'épineuse question de la période de transition (La Tribune)
  • Brexit : Theresa May assouplit sa position mais reste floue sur les détails (La Tribune)
  • L'été indien de Monsieur Juncker (The Economist)
  • L’heure allemande (Robert Skidelsky)
  • La feuille de route de Jean-Claude Juncker pour la catastrophe européenne (Hans-Werner Sinn)
  • La coordination des politiques budgétaires dans une union monétaire au taux plancher zéro (INSEE)


Inégalités et justice sociale


Travail, emploi, chômage

  • Combien d'années les Français travaillent-ils en moyenne ? (La Tribune)
  • Temps de travail, chômage, précarité : ce qui a changé en une génération (Le Monde)
  • "Le lien entre le travail et la vie sociale reste, pour les salariés, structuré autour du CDI" (Bruno Ducoudré)
  • Le taux de chômage, un thermomètre passé de mode (La Tribune)
  • La rigidité des pratiques d’embauche à la française (The Conversation)
  • Fonctionnement du marché du travail dans et après les récessions : quelles différences essentielles entre les Etats-Unis, l’Allemagne et la France ? (Patrick Artus)
  • Etats-Unis : le plein emploi est-il encore loin ? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Taux de chômage en France selon l'âge

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source : Le Monde (2017)

Zoom sur la réforme du marché du travail

  • Macron signe les ordonnances sur le Code du travail (La Tribune)
  • La réforme du code du travail est-elle vraiment une « loi El Khomri XXL » ? (Le Monde)
  • Ordonnances travail : un grand pas dans la bonne direction (Gilbert Cette)
  • La précieuse petite graine cachée dans la loi travail (Jean-Marc Vittori)
  • France : peut-on espérer une baisse rapide du taux de chômage structurel ? (Patrick Artus)
  • Les minijobs ou la flexibilité à l’allemande (Alter éco)


Politique





lire la précédente revue de presse

lire la sociorama de Xavier Molénat

mercredi 20 septembre 2017

Le coût mondial de la mauvaise coordination des politiques budgétaires de la zone euro en 2012

« La Banque de France a publié un intéressant article dans son rapport d’été. Elle affirme que la zone euro, collectivement, a poussé trop loin la consolidation budgétaire (par exemple, trop d’austérité, c’est-à-dire trop de réductions de dépenses publiques et de hausses d’impôts) entre 2011 et 2013. Surtout en 2012 : "La consolidation constatée, sur la base de la variation cumulée du solde structurel primaire des administrations publiques entre 2011 et 2013 est à présent estimée par la Commission européenne à près de 2,9 % du PIB potentiel (...). En particulier, l’effort budgétaire a été de 1,5 point de PIB en 2012".

En effet, la consolidation n’a pas seulement été mise en œuvre par les pays "fragiles" pour regagner en marge de manœuvre budgétaire (Il n’est pas certain qu’ils y parvinrent, dans la mesure où un "excès de consolidation" réduit le PIB et donc n’aide pas vraiment pour réduire le ratio dette publique sur PIB, comme l’ont notamment montré Auberbach et Gorodnichenko). Les "pays robustes", disposant manifestement de marge de manœuvre budgétaire, notamment l’Allemagne, optèrent aussi pour la consolidation : "Les efforts sur ces deux années ont été très importants en Espagne et en Italie (respectivement 3 et 2 points de PIB) et notables en Allemagne (1 point) et en France (0,8 point). La consolidation budgétaire de 2012 a probablement provoqué un affaiblissement de la demande au moment où l’écart de PIB (output gap) était notable: – 2,2% en 2012.".

En d’autres mots, la somme des politiques budgétaires nationales a produit bien trop de resserrement budgétaire pour la zone euro dans son ensemble, bien plus de resserrement que la BCE ne pouvait compenser (et il n’est pas certain que la BCE ait fait tout ce qu’elle pouvait faire pour tenter de le compenser, dans la mesure où elle n’a réussi à vaincre les obstacles internes pour mettre en œuvre son assouplissement quantitatif qu’en 2014).

La Banque de France identifie aussi un scénario alternatif plausible, qui aurait réduit l’ampleur de la consolidation. Elle propose, pour 2012 : "Une consolidation avec une variation du solde structurel de 0,8 point en France, en Italie et en Espagne ainsi qu’une modeste expansion budgétaire de 0,5 point en Allemagne. Ces hypothèses conduisent à une moindre consolidation agrégée des quatre grands pays, de 1,1 point de PIB". Un ralentissement de la consolidation budgétaire en France, en Espagne et en Italie et une expansion budgétaire compensatrice en Allemagne auraient réduit la consolidation budgétaire globale en 2012, puisque celle-ci serait passée de 1,5 point de pourcentage du PIB de la zone euro à 0,4 points de pourcentage du PIB de la zone euro, ce qui se traduirait par un moindre poids sur la demande domestique. Et la Banque de France suggère également une consolidation plus modeste en 2013, une consolidation plus limitée à 0,2 % du PIB de la zone euro.

Je pense personnellement que le scénario alternatif de la Banque de France est toujours (budgétairement) trop conservateur. La France aurait pu également retarder sa consolidation budgétaire, même si la Banque de France ne veut pas le dire (1). Mais le point clé est que l’Allemagne a entrepris une consolidation lorsqu’elle n’avait clairement pas la nécessité de faire. Cette consolidation a poussé la production allemande sous son potentiel et elle a compliqué la vie de ses voisins immédiats. Et à un moment où le reste de la zone euro générait un choc négatif sur la demande mondiale.

Martin Sandbu, dans le Financial Times a noté (correctement) que l’excédent commercial de l’Allemagne avec le monde n’a pas beaucoup changé depuis environ 2013. Il affirme en outre qu’un excédent allemand large, mais constant, n’a pas été un frein sur le reste du monde au cours de cette période. Je n’en suis pas sûr : un excédent commercial signifie que les autres pays ont continuellement à générer de la demande en excès de leur production (et à plus importer qu’ils exportent) (…). Par conséquent, cela serait une bonne chose si l’excédent allemand chutait, car cela fournirait un choc positif à la demande mondiale.

Mais la défense de Sandbu (…) ne s’applique pas pour l’année 2012. Cole Frank et moi avons désagrégé la contribution que les exportations nettes ont représenté pour la croissance globale de la zone euro par pays ; et l’Allemagne s’appuyait alors sur les exportations nettes pour la croissance.

GRAPHIQUE Les contributions des exportations nettes à la croissance de la zone euro

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Mathématiquement, une contribution de la part des exportations nettes peut venir soit d’une chute des importations (le reste du monde partage les souffrances, donc la production chute moins que la demande domestique), soit d’une hausse des exportations. Pour l’essentiel du reste de la zone euro, la contribution de la part des exportations nettes est venue d’une chute des importations. Mais pour l’Allemagne, elle est venue d’une hausse des exportations, comme l’Allemagne a compensé la chute de la demande interne de la zone euro en exportant davantage au reste du monde.

En d’autres mots, une consolidation inutile en Allemagne (et une consolidation excessive dans la zone euro) n’a pas seulement poussé la zone euro dans une récession plus profonde ; elle a aussi freiné l’économie mondiale. Le reste du monde était alors contraint en termes de demande ; l’accroissement des excédents en Allemagne signifiait moins de croissance ailleurs.

Il y a un second point ici, un point qui est aussi pertinent pour aujourd’hui que pour le passé. En ce qui concerne aujourd’hui, comme Sandbu l’a souligné, la politique budgétaire de la zone euro est la somme des politiques budgétaires de ses principaux Etats-membres. Cela peut changer, avec un gros budget pour la zone euro et un ministre des Finances de la zone euro qui ait de réelles capacités d’emprunt. Mais c’est peu probable (comme le pense notamment Martin Wolf). Par conséquent, il est essentiel de coordonner les différentes politiques budgétaires nationales pour obtenir les bonnes politiques budgétaires au niveau de la zone euro et s’assurer que la somme des politiques budgétaires nationales fasse sens pour une région qui partage une même monnaie, donc une même politique monétaire.

(1) Je pense aussi que le multiplicateur que la Banque de France applique pour calculer l’impact de son scénario alternatif est probablement trop faible ; elle a utilisé un multiplicateur compris entre 1 et 1,2. L’administration Obama, pour l’American Recovery and Reinvestment Act de 2009, a utilisé un multiplicateur de 1,5, ce qui semble un bon chiffre. La Banque de France : "Au total, une politique budgétaire ciblant l’investissement public pourrait se voir appliquer un multiplicateur de 1 à 1,2. Combiné à un moindre effort de consolidation, de 0,8 à 1,6 point de PIB entre 2012 et 2013, résultant d’une orientation budgétaire coordonnée plus souple comme décrit ci-dessus, le coût d’opportunité en croissance des carences de la coordination des politiques budgétaires en 2011-2013 se situerait ainsi entre 0,8 et 1,9 point de PIB. »

Brad Setser, « The global cost of the eurozone’s 2012 fiscal coordination failure », in Follow the Money (blog), 15 septembre 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 17 septembre 2017

Les liens de la semaine

Pensée économique


Croissance, fluctuations et crises

  • La croissance française monte sous un plafond de verre (Jean-Marc Vittori)
  • L'ajustement économique de la France reste à faire (Patrick Artus)
  • Les nuages s'accumulent sur l'économie britannique (Les Echos)
  • Les femmes, atout de prospérité (FMI)
  • Bien comprendre les relations entre croissance potentielle et niveau du PIB potentiel (Patrick Artus)
  • Faut-il douter de la mesure dont nous disposons des gains de productivité ? (Patrick Artus)
  • Le PIB mesuré et le vrai PIB (Patrick Artus)


Inflation

  • Le mystère de l'inflation manquante (Nouriel Roubini)
  • Pays de l’OCDE: pourquoi l’inflation est faible malgré les facteurs qui auraient pu l’accroître (Patrick Artus)
  • En août 2017, les prix à la consommation augmentent de 0,5 % sur un mois et de 0,9 % sur un an (INSEE)


GRAPHIQUE Glissements annuels de l'indice des prix à la consommation, de l'inflation sous-jacente et de l'indice des prix à la consommation harmonisé en France

source : INSEE (2017)

Environnement et ressources naturelles

  • Après une longue période de recul, la faim progresse dans le monde (Le Monde)
  • Irma : cinq chiffres à savoir sur l'ouragan et ses conséquences (La Tribune)
  • Comment mesurer le coût d’une catastrophe naturelle comme Irma ? (Le Monde)
  • Trente ans de (faible) résorption du trou dans la couche d’ozone en graphiques [(Le Monde)|http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/09/16/trente-ans-de-faible-resorption-du-trou-dans-la-couche-d-ozone-en-graphiques_5186705_4355770.html)
  • Les investissements pour protéger l’environnement continuent de fléchir en 2015 (INSEE)


Migration


Finance


Politique budgétaire et dette publique

  • Réduction des taux d’endettement publics : attention à ce qu’on dit sur les rôles de l’inflation et de la croissance (Patrick Artus)
  • Quels impôts sont corrélés avec le taux d’emploi ou la croissance ? (Patrick Artus)
  • France : dépenses publiques et croissance potentielle : où sont les problèmes ? (Patrick Artus)


Politique monétaire

  • À la tête de la Fed, le sort de Janet Yellen n'est pas encore scellé (La Tribune)
  • La BCE loin d'en avoir fini avec l'argent bon marché (La Tribune)
  • Que ferait la BCE si l’euro continuait à s’apprécier ? (Patrick Artus)
  • La zone euro peut-elle tomber dans le "piège japonais" pour sa politique monétaire ? (Patrick Artus)
  • BCE : l’objectif d’inflation sous-jacente à 2% est-il un objectif réel ou est-il un prétexte ? (Patrick Artus)
  • Est-ce que la politique monétaire de la BCE a aidé à redresser la croissance potentielle de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • La BCE a monétisé les dettes publiques de la zone euro : que faut-il en penser ? (Patrick Artus)
  • Croit-on vraiment que les banques centrales des pays de l’OCDE vont normaliser leur politique monétaire ? (Patrick Artus)
  • Pourquoi la politique monétaire du monde va rester expansionniste (Patrick Artus)
  • Par quels canaux la politique monétaire peut-elle influencer l’inflation ? (Patrick Artus)


Autour de la mondialisation

  • Déconstruire la démondialisation (Harold James)
  • De Bretton Woods au Brexit (Harold James)
  • Influence grandissante. La stratégie multifacette de la Chine pour renforcer son influence (FMI)


Economie internationale

  • Qui place sa richesse dans les paradis fiscaux ? (A la marge)
  • Les bons côtés de l’euro fort (Le Monde)
  • Appréciation de l’euro : deux erreurs d’analyse à ne pas commettre (Patrick Artus)
  • A moyen terme les taux de change sont déterminés par les dettes et actifs extérieurs (Patrick Artus)
  • Malgré les taux d’intérêt plus élevés aux Etats-Unis que dans la zone euro, l’euro s’est apprécié fortement par rapport au dollar de 2002 à 2008 (Patrick Artus)
  • La crise de 2008-2009 a-t-elle modifié la mobilité internationale des capitaux ? (Patrick Artus)
  • Dégradation du commerce extérieur de la France : quelle est son origine profonde ? (Patrick Artus)


Intégration européenne


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Évolution de quelques quantiles de niveau de vie entre 1996 et 2015 en France (en indices, base 100 en 1996)

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source : INSEE (2017)

Travail, emploi, chômage

  • La mobilisation syndicale presque au niveau des débuts de la fronde anti-loi El Khomri (Le Monde)
  • Emploi salarié : une croissance robuste qui cache une baisse de qualité (Le Monde)
  • Emploi en zone euro: + 6.6 millions d’emplois depuis 2013 (Philippe Waechter)
  • Croissance "riche en emplois" : pourquoi ? (Patrick Artus)
  • D’où vient la baisse du chômage ? de la hausse du taux d’emploi, de la baisse du taux de participation ? (Patrick Artus)
  • Disparition des effets de Courbe de Phillips dans la période récente : quelles conséquences ? (Patrick Artus)


Politique





lire la précédente revue de presse

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mardi 12 septembre 2017

Les révolutions en politique économique

« La Commission on Economic Justice organisée par le think tank Institute for Public Policy Research (IPPR) vient de publier un long rapport sur l’économie britannique appelé "Time for Change". (…) Sa conclusion est que nous devons connaître une révolution en matière de mise en œuvre de la politique économique, une révolution aussi profonde que celles qui ont été associées au gouvernement Attlee et à Thatcher après la Seconde Guerre mondiale. Le raisonnement derrière l’idée de révolutions en matière de politique économique a été développé par Alfie Stirling et Laurie Laybourne-Langton dans un article publiée The Political Quarterly.

Les auteurs adaptent les idées de La Structure des révolutions scientifiques de Thomas Kuhn à la politique économique. Je ne veux pas m’attarder sur la légitimité ou les détails de cette entreprise. L’idée que certaines périodes impliquent de profonds changements dans la politique économique n’est pas vraiment controversée. De même, l’idée selon laquelle le paradigme défaillant va tout d’abord essayer de s’adapter avant d’être remplacé par l’idée révolutionnaire est facile à accepter. Vous n’avez qu’à regarder l’état des politiques actuelles au Royaume-Uni et aux Etats-Unis pour prendre au sérieux l’idée que ce qu’on appelle le néolibéralisme (l’ensemble des politiques et la vision du monde associés à Thatcher et Reagan) arrive à sa fin.

Il y a plein de choses dans l’article avec lesquelles je suis d’accord, du moins jusqu’aux conclusions. Mais je regrette que l’article se focalise de trop sur la macroéconomie et pense qu’il s’égare ainsi quelque peu. C’est comme si, après avoir emprunté l’idée de Kuhn et l’avoir appliquée à la politique économique, les auteurs se sentaient obligés de revenir à une discipline académique, la théorie macroéconomique, plutôt que de rester avec la politique économique dans son ensemble. Laissez-moi présenter comment je vois la transformation macroéconomique qui a pris place autour de l’époque de Thatcher et de Reagan.

Une énorme erreur que beaucoup de gens commettent est de penser que la théorie macroéconomique keynésienne conventionnelle était incapable d'expliquer la stagflation, mais aussi que les responsables de la politique économique adoptèrent en conséquence le monétarisme ou des idées des nouveaux classiques. La base pour comprendre la stagflation et réduire l'inflation était connue au moins depuis le fameux discours de Friedman en 1968, où celui-ci expliqua son idée de courbe de Phillips augmentée des anticipations. Cette courbe de Phillips n’a pas été utilisée pour guider la politique monétaire ou budgétaire avant la fin des années soixante-dix, car la plupart des décideurs de la politique économique et certains économistes étaient réticents à l'idée d'accroître le chômage en vue de réduire l'inflation.

Au Royaume-Uni, cet usage de la gestion de la demande globale pour contrôler l’inflation (ou sa contrepartie, qui fut l’abandon des tentatives à des contrôles directs comme les politiques de revenu) coïncida avec l’élection de Thatcher, mais aux Etats-Unis, elle fut initiée par Paul Volcker sous la présidence de Jimmy Carter. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, il a été associé aux tentatives de contrôle des agrégats monétaires, mais cela ne dura que quelques années. Vous pouvez penser que l’abandon des politiques de revenu s’inscrit dans une logique néolibérale, mais je pense pour ma part qu’il s’agit plutôt de la conséquence inévitable de l’inflation à deux chiffres.

Il y a eu une révolution en théorie macroéconomique, mais j'ai souligné ailleurs qu’elle ne colle pas au cadre kuhnien. La contre-révolution menée par les nouveaux classiques n'a pas donné d'analyse alternative de l'inflation : en fait, leurs inquiétudes étaient davantage d’ordre méthodologique. Il est vrai que ceux qui promurent cette contre-révolution étaient partisans du néolibéralisme et que vous pouvez relier le réductionnisme à l'individualisme (et donc le néolibéralisme), mais je pense que l’attrait de cette contre-révolution tient davantage à une collection de bonnes idées auxquelles l'orthodoxie d’alors résista, comme les anticipations rationnelles.

Le ciblage d'inflation par les banques centrales implique une tentative de gestion de l'économie d’une façon assez similaire à celle de l'activisme budgétaire keynésienne auparavant. La banque centrale est une partie de l’État. L'indépendance de la banque centrale au Royaume-Uni date de 1997 et elle était en vigueur aux Etats-Unis bien avant Reagan. La crise financière mondiale a porté un coup fatal à ce que j'appelle le "consensus sur l’assignation" (l’idée que la gestion de la demande doit être du ressort de la politique monétaire et le contrôle de la dette publique du ressort de la politique budgétaire), mais la popularité de cette assignation doit peu au libéralisme. Beaucoup ont beau fréquemment chercher à relier le ciblage d'inflation au néolibéralisme, mais on ne peut établir un tel lien selon moi.

Il est par conséquent problématique de chercher à relier la macroéconomie à l'essor du néolibéralisme et, surtout, cela nous détourne de la réelle révolution en termes de politique économique que représenta le néolibéralisme, en l’occurrence un changement dans l'attitude des responsables politiques vis-à-vis de presque tout genre d’intervention de l’État. (…) Il y a eu un déplacement correspondant du collectif (notamment avec l’attaque des syndicats) à l'individu, notamment avec l'idée que les "créateurs de richesse" (c'est-à-dire ceux qui obtiennent les plus fortes rémunérations) doivent justement être incités à créer de la richesse en réduisant l’imposition "punitive". L'argent public devint l’"argent du contribuable" et ainsi de suite.

Cette révolution néolibérale a été victorieuse, dans le sens où elle s’est maintenue pendant plusieurs décennies. Elle a provoqué, au travers ses excès, de sérieux problèmes et il est temps de la réexaminer. Mais, ironiquement, les tentatives de mise en place d’une politique macroéconomique véritablement néolibérale (un ciblage d’inflation sans intervention, sans gestion de la demande globale) ont échoué à peine quelques années après avoir débuté. »

Simon Wren-Lewis, « Revolutions in economic policy », in Mainly Macro (blog), 12 septembre 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 10 septembre 2017

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Est-il de plus en plus difficile d’avoir de nouvelles idées ? (D'un champ l'autre)
  • L’illusion du retour à la normale (Project Syndicate)
  • Sommes-nous encore en crise? (Philippe Waechter)
  • D’où vient le ralentissement de la croissance depuis la crise de 2008-2009 aux Etats-Unis et dans la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Voit-on des grands pays de l’OCDE qui semblent sortir de la stagnation séculaire ? (Patrick Artus)
  • Reprise économique sans crédit ou avec peu de crédit : quelles conséquences ? (Patrick Artus)


Environnement et ressources naturelles

  • Irma, l’ouragan le plus puissant jamais enregistré dans l’Atlantique (Le Monde)
  • Des événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents (Le Monde)
  • Avec le changement climatique, des cyclones plus intenses (La Tribune)


GRAPHIQUE Nombre de catastrophes météorologiques par an

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source : Le Monde (2017)

Immigration

  • Immigration : en quoi consiste le programme "Dreamers", supprimé par Trump ? (La Tribune)
  • Dreamers, mensonges et économies de bas étage (Paul Krugman)
  • Décret migratoire : Trump se prend encore un revers (La Tribune)
  • Londres envisage de freiner l'immigration européenne après le Brexit (La Tribune)


Fiscalité et dette publique

  • Plafond de la dette : l'inutile prise de risque des Etats-Unis (La Tribune)
  • Impôt sur les sociétés à 15% : la mesure de Trump jugée irréaliste par les républicains (La Tribune)
  • À quel niveau serait-il prudent de réduire le déficit public de la France ? (Patrick Artus)


Politique monétaire

  • Sortie du QE : "Du point de vue des investisseurs, c'est le moment" (La Tribune)
  • Euro fort, inflation faible : le dilemme de la BCE (La Tribune)
  • Le moment de vérité pour la Réserve Fédérale et la BCE (Patrick Artus)
  • Pourquoi 2% d’inflation sous-jacente est-il préférable à 1% d’inflation sous-jacente ? (Patrick Artus)
  • Les effets redistributifs des politiques monétaires expansionnistes (Patrick Artus)


Zoom sur la Fed



Commerce international

  • Commerce extérieur : le déficit s'aggrave (La Tribune)
  • Les experts missionnés par Macron rendent un avis critique sur le CETA (Le Monde)
  • La renégociation de l'Aléna au point mort (La Tribune)


Finance internationale

  • L’Europe, premier paradis fiscal (Libération)
  • Système Monétaire International : retour à "Bretton Woods 2" (Patrick Artus)
  • Une crise de change, de balance des paiements avec l’excès de liquidité pour éviter une crise de la dette ? (Patrick Artus)
  • Est-ce que les chocs de taux de change dominent les autres chocs pour expliquer les fluctuations ? (Patrick Artus)


Intégration européenne


Inégalités et justice sociale




Travail, emploi, chômage

  • Les salaires dans le secteur privé et les entreprises publiques en 2014 (INSEE)
  • Une reprise à durée déterminée (OFCE)
  • Les contrats aidés, un passeport pour l'emploi en entreprise (Les Echos)
  • Alternatives Economiques lance son contre-indicateur du chômage (Alter éco)
  • La baisse du chômage crée des emplois peu qualifiés et à revenu faible (Patrick Artus)
  • Ajustement de l’emploi aux Etats-Unis, dans la zone euro, en France : quel est le modèle le plus efficace ? (Patrick Artus)


Zoom sur la réforme du marché du travail

  • Réforme du droit du travail : encore raté ! (La Tribune)
  • Des organisations féministes dénoncent l’impact de la loi travail sur l’égalité femmes-hommes (Le Monde)
  • La stratégie de Macron en matière de droit du travail (Dani Rodrik)
  • Débauche de flexibilité (Alter éco)
  • Les vraies leçons de l’étranger (Xavier Molénat)
  • Réforme de l'assurance chômage : patronat et syndicats alertent le gouvernement (La Tribune)


Politique

  • Du mal-être au vote extrême (CEPREMAP)
  • Angela Merkel vers une quatrième victoire : "Nous y arriverons". (Télos)





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lire le sociorama de Xavier Molénat

En économie, l’environnement peut se révéler toxique pour les femmes

« Une nouvelle étude révolutionnaire à propos des conversions en ligne entre économistes décrit et quantifie une culture de travail qui peut se révéler très hostile pour leurs membres féminins. Alice H. Wu, qui va commencer ses études doctorales à Harvard l’année prochaine, a mené cette étude dans le cadre d’une thèse primée à l’Université de Californie, Berkeley. Son étude a été particulièrement discutée parmi d’éminents économistes cet été et suscité de nombreux commentaires. David Card, un éminent économiste à Berkeley qui a été un membre du jury pour cette thèse, m’a indiqué qu’elle avait produit "un rapport très perturbant".

La sous-représentation des femmes dans les départements d’économie des plus prestigieuses universités est déjà bien connue, mais il a été difficile de juger les affirmations à propos de la culture du milieu de travail parce que les conversations objectivables ont rarement lieu en public. Les propos tenus autour de la machine à café sont difficiles à observer, encore plus à mesurer. Mais l’intersection de deux changements techniques a ouvert de nouveaux horizons pour la recherche. Premièrement, plusieurs conversations tenues autour de la machine à café ont émigré en ligne, si bien que celles-ci se traduisent par une archive informatique. En outre, les techniques d’apprentissage automatique ont été adaptées pour explorer les schémas de larges corps de textes et, par conséquent, il est désormais possible de quantifier la teneur de ce genre de commérages.

C’est ce qu’a fait Wu dans son étude "Gender Stereotyping in Academia: Evidence From Economics Job Market Rumors Forum". Elle a exploité plus d’un million de billets d’un forum de discussion en ligne anonyme fréquenté par plusieurs économistes. Le site, connu sous le nom de econjobrumors.com (son nom complet est Economics Job Market Rumors), constituait tout d’abord un lieu où les économistes pouvaient s’échanger des rumeurs à propos des personnes qui étaient embauchées ou virées au sein de la profession. Peu à peu, il est devenu une machine à café virtuelle fréquentée par des universitaires, des étudiants et d’autres personnes encore.

Il constitue maintenant une archive utile, mais imparfaite, pour étudier ce dont les économistes parlent lorsqu’ils parlent entre eux. Parce que tous les billets sont anonymes, il est impossible de savoir si leurs auteurs sont des hommes ou des femmes ou de déterminer à quel point ils sont représentatifs de l’ensemble de la profession. En effet, certains de leurs auteurs peuvent ne même pas être économistes. Mais c’est clairement un forum actif et attentivement suivi, en particulier par les plus jeunes membres de la profession.

Wu configura son ordinateur de façon à pouvoir identifier si le sujet de chaque billet portait sur un homme ou une femme. (…) Elle a ensuite adapté des techniques d’apprentissage automatique pour débusquer les termes tout particulièrement associés billets portant sur les hommes et ceux portant sur les femmes.

Les 30 mots les plus souvent associés aux discussions portant sur les femmes ont de quoi rendre mal à l’aise. Cette liste inclut notamment les termes "chaude", "lesbienne", "bb" (signifiant "bébé" sur internet), "sexisme", "seins", "anal", "épouse", "feminazie", "salope", (…) "vagin", (…) "enceinte", "grossesse", "mignonne", "mariée", (…) "superbe", (…) "béguin", "jolie", "secrétaire", "déchet", "shopping", "rendez-vous", "but non lucratif", "intentions", "sexy", "vielle" et "prostituée".

La liste des mots les plus souvent utilisés dans discussions portant sur les hommes ne présente pas de termes aussi singuliers ou hostiles. Cette liste inclut des mots qui sont pertinents par rapport à l’économie, tels que "conseiller", "autrichien" (en référence à une école de pensée en économie), "mathématicien", "fixation des prix", "manuel" et "Wharton" (l’université de l’école de commerce de Pennsylvanie alma mater du Président Trump). Beaucoup de mots associés aux discussions à propos des hommes ont un ton positif, notamment des termes comme "buts", "le plus grand" et "Nobel". (…)

Dans son étude, Wu dit que l’anonymat de ces billets en ligne "élimine toute pression sociale que les participants pourraient ressentir en formulant leurs propos" et lui a ainsi peut-être permis "de capturer ce que les gens croient, mais ne disent pas ouvertement".

De façon à évaluer plus systématiquement les thèmes sous-jacents de ces discussions, Wu est allée au-delà de la seule analyse de mots spécifiques pour explorer plus largement les sujets sur lesquels porte la discussion. Cette partie de son analyse révèle que les discussions à propos des hommes ont plus de chances d’être confinées aux sujets comme l’économie elle-même et le conseil professionnel (avec notamment des termes comme "carrière", "entretien" ou "affectation"). Les discussions portant sur les femmes sont bien plus susceptibles d’impliquer des sujets relatifs à l’information personnelle (avec des mots comme "famille", "mariée" ou "relation"), les attributs physiques (avec des mots comme "belle", "corps" ou "grosse") ou des termes relatifs au genre (comme "genre", "sexiste" ou "sexuelle").

Dans un email, David Romer, un grand macroéconomiste à Berkeley, a résumé l’article comme dépeignant "un cloaque de misogynie". Certes, le forum en ligne que Wu a étudié n’est sûrement pas représentatif de l’ensemble de la profession des économistes, même si une minorité bruyante peut suffire pour rendre un lieu de travail hostile pour les femmes économistes. Janet Currie, une économiste spécialisée en analyse empirique reconnue de Princeton (où Wu travaille comme assistante de recherche pour celle-ci), m’a dit que les constats ont eu une forte résonance parce qu’ils "quantifient systématiquement quelque chose que la plupart des femmes économistes savaient déjà". L’analyse "en dit long à propos des attitudes qui persistent dans les coins sombres de la profession", ajoute Currie. Les commérages jouent un rôle important dans toutes les professions, notamment l’économie, et ils sont souvent bénins. Mais les mensonges lancés anonymement peuvent se propager comme une traînée de poudre, blessant des carrières. Silvana Tenreyro, professeure à la London School of Economics et ancienne présidente du comité des femmes de l’Association Européenne d’Economie, m’a dit que "chaque année une crise ou deux surviennent" des rumeurs qui ont vu le jour sur le forum, "avec typiquement pour cible une étudiante".

Certains économistes disent qu’ils trouvent que les discussions sur econjobrumors.com apportent une véritable bouffée d’air frais. George Borjas, un professeur d’économie de Harvard, a écrit sur son blog l’été dernier qu’il trouvait le forum "rafraîchissant". Borjas dit : "On voit qu’il y a toujours de l’espoir pour l’humanité lorsqu’on découvre que plusieurs billets écrits par une bande de jeunes spécialistes en sciences sociales très diplômés abandonnent les entraves du politiquement correct et reflètent des préoccupations ordinaires que partagent la plupart des êtres humains normaux : le prestige, le sexe, l’argent, la recherche d’un emploi, le sexe, la faute professionnelle, les commérages, le sexe, etc.". Après avoir reçu une copie de l’étude de Wu, Borjas dit : "il y a pas mal de choses utiles sur ce forum, mais il y a aussi beaucoup de choses offensantes et embarrassantes. Le problème est que je ne suis pas sûr exactement où placer la limite".

Currie a prévenu Wu qu’écrire à ce sujet pourrait faire d’elle l’objet de harcèlements en ligne. Wu n’en fut pas pour autant découragée. S’il y a quelque chose d’optimiste que l’on peut dire à propos du futur de l’économie, Wu peut bien en être une représentation. Il est inhabituel pour une thèse sénior d’avoir ce type d’impact, mais elle n’est pas une jeune économiste ordinaire. A seulement 22 ans, elle défie aussi elle-même le stéréotype selon lequel les femmes seraient de mauvaises mathématiciennes ou codeuses, dans la mesure où son analyse démontre qu’elle maîtrise aussi bien les mathématiques que le code. Card la décrit comme "une étudiante extraordinaire". Elle est également tenace et quand j’ai demandé à Wu si le sexisme qu’elle a dévoilé l’a amenée à reconsidérer l’idée de poursuivre une carrière en économie, elle m’a déclaré que ce n’était pas le cas. "Vous voyez ces horribles choses survenir et vous voulez faire vos preuves", a-t-elle ajouté. Elle m’a dit que sa recherche suggère "que davantage de femmes doivent s’impliquer dans ce champ et ainsi en changer le paysage". »

Justin Wolfers, « Evidence of a toxic environment for women in economics », in New York Times, 18 août 2017. Traduit par Martin Anota

dimanche 3 septembre 2017

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • L’économie mondiale 2018 : quelques hirondelles feront-elles le printemps ? (CEPII)
  • Boom immobilier et investissement des entreprises françaises (Banque de France)
  • Un an après le Brexit : où va l’économie britannique ? (Banque de France)
  • Etats-Unis : embellie pour la croissance, au plus haut depuis deux ans (La Tribune)
  • La Chine, nouveau chef d'orchestre de l'économie mondiale (Michael Spence)
  • Chine: la transition vers un nouveau modèle économique en réalité se passe bien (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Le PIB français et ses composantes

source : INSEE (2017)

Inflation

  • Inflation plus rapide en zone euro (Philippe Waechter)
  • Pas d’accélération attendue de l’inflation en zone euro (Philippe Waechter)
  • Observe-t-on aussi dans la zone euro ce qui empêche la hausse de l’inflation sous-jacente aux Etats-Unis ? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Évolutions de l'indice des prix à la consommation en France (en %)

source : INSEE (2017)

Entreprises

  • Les créations d'entreprises à un niveau inédit depuis 2010 (La Tribune)
  • CAC 40 : les profits des entreprises ont grimpé quatre fois plus vite que leur chiffre d'affaires (La Tribune)
  • Pourquoi les entreprises détiennent-elles beaucoup de cash, et quelles en sont les conséquences ? (Patrick Artus)
  • Après le scandale Samsung, quel avenir pour les chaebols ? (La Tribune)


Démographie

  • Des ménages toujours plus nombreux, toujours plus petits (INSEE)
  • Les 784 000 naissances de 2016 ont eu lieu dans 2 800 communes (INSEE)
  • Baisse de qualité du sperme des Occidentaux : que se passe-t-il ? (The Conversation)


Environnement et ressources naturelles

  • Trump a signifié à l’ONU son retrait de l’accord de Paris sur le climat (Le Monde)
  • Le réchauffement climatique rend l’est des Etats-Unis extrêmement vulnérable (Le Monde)
  • « Catastrophe bonds » : spéculation sur les catastrophes naturelles (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de désastres naturels rapportés, par pays, entre 1995 et 2015

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source : The Economist (2017)

Finance

  • CAC 40 : les dividendes, une potion française (Libération)
  • Les GAFA lancés dans la course aux 1 000 milliards de dollars de capitalisation (Le Monde)
  • La paupérisation des classes moyennes gonfle la dette des ménages (Le Monde)
  • Dette publique – Dette privée : La plus problématique n’est pas celle que l’on pense (Philippe Waechter)


GRAPHIQUE Inégalités de revenu et endettement des ménages aux Etats-Unis

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source : CEPII (2017)

Politiques d'offre

  • Les deux piliers de la réforme économique en France (Philippe Aghion)
  • France : faut-il s’inquiéter de la faible ampleur des réformes ? (Patrick Artus)
  • Le mythe de la réindustrialisation (Patrick Artus)
  • Les start-up et l’industrie manufacturière ne peuvent pas contribuer au retour au plein emploi (Patrick Artus)


Politique budgétaire


Politique monétaire

  • La BCE va-t-elle être obligée, comme la Banque du Japon, de changer d’objectif de la politique monétaire ? (Patrick Artus)
  • Les Banques Centrales devraient normaliser leurs politiques monétaires même s’il n’y a pas d’inflation, mais est-ce faisable ? (Patrick Artus)
  • Zone euro : et si la politique monétaire expansionniste appréciait l’euro ? (Patrick Artus)


Finance internationale

  • L'euro grimpe au-dessus de 1,20 $, une première depuis janvier 2015 (La Tribune)
  • Positions nettes ouvertes sur l’euro et sur le dollar : jusqu’où pourrait aller le taux de change $/€ ? (Patrick Artus)
  • Le dollar peut-il s’effondrer ? (Patrick Artus)
  • La France peut-elle se passer des investissements directs étrangers ? (Patrick Artus)
  • Les variations des taux de change devraient être plus violentes aujourd’hui que dans le passé : quelles conséquences ? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Taux de change euro/dollar (un euro = ... dollars)

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données : Fred

Commerce international

  • Aléna : le Mexique menace de mettre fin aux négociations (La Tribune)
  • Au Japon comme à Bruxelles, le Royaume-Uni embourbé dans le Brexit (Le Monde)
  • CETAssez compliqué… Où en sommes-nous exactement ? (CEPII)
  • Excédent extérieur de la zone euro : quelle partie vient de l’amélioration de la compétitivité, quelle partie vient de l’excès d’épargne ou de l’insuffisance de l’investissement ? (Patrick Artus)
  • La persistance des déséquilibres mondiaux (Carmen Reinhart)


Intégration européenne

  • Brexit : les négociations patinent, la facture divise toujours (La Tribune)
  • Le pari risqué de M. Macron sur l'euro (Financial Times)
  • Une réforme de la zone euro pourrait sortir la BCE de tout rôle politique (La Tribune)


Inégalités et justice sociale


Education et inégalités scolaires




Travail, emploi, chômage


Zoom sur la réforme du marché du travail


Politique

  • La cote de popularité de Macron s'effondre (La Tribune)
  • L’Amérique de Trump: du chaos au naufrage (Télos)





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samedi 2 septembre 2017

Comment expliquer la résistance de l’économie chinoise ?

« (…) Après avoir décéléré pendant six années consécutives, la croissance du PIB réel chinois semble s’accélérer en 2017. La hausse annualisée de 6,9 % rapportée pour le deuxième trimestre dépasse la hausse de 6,7 % en 2016 et elle est bien supérieure au consensus international des prévisionnistes qui s’attendaient, il y a quelques mois, à ce que la croissance soit cette année plus proche de 6,5 % et ralentisse davantage en 2018, en atteignant 6 %.

J’affirme depuis longtemps que nous focaliser sur le PIB nous amène à négliger de plus profonds problèmes qui sont pourtant cruciaux pour le débat autour de la croissance chinoise. C’est parce que l’économie chinoise est au cœur d’une extraordinaire transformation structurelle, avec un modèle de producteur tiré par l’industrie laissant place à un modèle de consommateur tiré par des services de plus en plus puissants. Dans la mesure où cela implique un changement dans la structure du PIB des exportations et de l’investissement (à forts gains de productivité) vers la consommation domestique à faible croissance, le ralentissement de la croissance globale du PIB est à la fois inévitable et désirable. C’est dans ce contexte qu’il fait considérer les vulnérabilités de la Chine.

Ce débat a une longue histoire. Je l’ai tout d’abord entendu à la fin des années quatre-vingt-dix, lors de la crise asiatique. Celle-ci, après avoir touché la Thaïlande et l’Indonésie, puis la Corée du Sud et Taïwan, menaçait, pensait-on, la Chine. La une d’octobre 1998 de The Economist, dont la couverture représente une jonque chinoise attiré par un maelstrom, l’illustre bien. Pourtant, rien ne saurait être plus loin de la vérité. Une fois que la poussière autour de la virulente contagion interrégionale se dissipa, l’économie chinoise n’en fut que légèrement troublée. La croissance du PIB réel a temporairement ralenti, en atteignant 7,7 % en 1998-1999, avant d’accélérer et d’atteindre 10,3 % au cours de la décennie suivante. La résistance de l’économie chinoise lors de la Grande Crise financière en dit également beaucoup. En 2008-2009, au cœur de la pire contraction que l’économie mondiale ait connue depuis les années trente, l’économie chinoise a enregistré une croissance annuelle moyenne de 9,4 %. Si la Chine ne s’était pas montrée aussi résiliente lors de la récente crise, le PIB mondial n’aurait pas diminué de 0,1 % en 2009, mais chuté de 1,3 %, constituant la plus forte baisse de l’activité mondiale suite après la Seconde Guerre mondiale.

Les pessimistes aujourd’hui craignent que la Chine connaisse un désendettement et par conséquent un resserrement du marché de l’immobilier, deux vents contraires qui avaient touché le Japon au début des années quatre-vingt-dix avant de le faire basculer dans la récession. Encore une fois, la lentille occidentale n’est pas la bonne. Comme le Japon, la Chine est une économie qui épargne fortement et qui doit l’essentiel de sa dette à elle-même. Surtout, la Chine a plus de coussins que le Japon pour éviter les problèmes de soutenabilité. Selon le FMI, l’épargne nationale de la Chine est susceptible d’atteindre 45 % du PIB en 2017, soit un niveau bien supérieur à celui atteint par le taux d’épargne du Japon, soit 28 %. Alors que le Japon a été capable d’éviter une crise souveraine malgré une dette publique brute de 239 % du PIB, la Chine, qui possède de plus amples coussins d’épargne et un moindre fardeau souverain (puisque ce dernier atteint 49 % du PIB), est en bien meilleure posture pour éviter une telle implosion.

Certes, il ne faut pas négliger le problème que pose l’énorme dette des entreprises non financières en Chine (dans la mesure où celle-ci atteignait 157 % du PIB à la fin de l’année 2016, contre 102 % à la fin de l’année 2008). Cela rend impérieux de réformer ces prochaines années les entreprises publiques, où l’essentiel de la dette en expansion s’est concentrée. En outre, il y a toujours de bonnes raisons de s’inquiéter à propos du marché immobilier chinois. Après tout, une classe moyenne en expansion nécessite des logements abordables. Avec la part de la population chinoise vivant en villes, passant de moins de 20 % en 1980 à plus de 56 % en 2016 (pour certainement atteindre 70 % en 2030), ce n’est pas rien. Mais cela signifie que les marchés de l’immobilier chinois (à la différence de ceux des autres économies majeures pleinement urbanisées) jouissent d’un ample soutien du côté de la demande, avec une population urbaine susceptible de rester sur une trajectoire de croissance annualisée de 1-2 % au cours des 10-15 prochaines années. Avec des prix de l’immobilier qui ont augmenté de près de 50 % depuis 2005 (presque cinq fois plus que la norme mondiale, selon la BRI et le FMI), la question de l’accès à l’immobilier est source d’inquiétude. Le défi pour la Chine est de gérer prudemment la croissance de l’offre immobilière qui est nécessaire pour satisfaire les besoins en urbanisation, sans susciter de spéculation excessive et de dangereuses bulles d’actifs.

En même temps, l’économie chinoise est aussi soutenue par de robustes sources de résilience cyclique au début de l’année 2017. Le gain de 11,3 % des exportations enregistré en juin par rapport à l’année précédente contraste fortement avec les performances des années précédentes, qui ont été affectées par la faiblesse de la reprise mondiale. De même, la hausse annualisée de 10 % des ventes de détails ajustée en fonction de l’inflation sur le premier semestre (environ 45 % plus rapide que le rythme de 6,9 % de la croissance globale du PIB) est le reflet d’une impressionnante croissance des revenus des ménages et de l’essor (sûrement sous-estimé) du commerce en ligne. Les pessimistes ont longtemps observé l’économie chinoise au travers le même prisme par lequel ils observent leur propre économie, répétant une erreur classique que le l’historien Jonathan Spence a pourtant signalé il y a plusieurs années. On estime que les bulles qui ont éclaté sur les marchés d’actifs au Japon et aux Etats-Unis font peser la même menace sur la Chine. De même, on s’attend à ce que la récente croissance chinoise, si intensive en dette, ait les mêmes conséquences que lors de ces épisodes passés. Les prévisionnistes jugent difficile de résister à la tentation de superposer à la Chine ce que l’on a pu observer dans les pays développés les plus touchés par la crise. Cela n’a pas été la bonne approche par le passé ; elle est toujours inappropriée aujourd’hui. »

Stephen S. Roach, « Deciphering China’s economic resilience », 25 juillet 2017. Traduit par Martin Anota

lundi 28 août 2017

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • France - La dynamique de croissance s'amplifie (Philippe Waechter)
  • L'étrange bonheur de la croissance retrouvée (Jean-Marc Vittori)
  • Embellie économique : Hollande, Macron... à qui vont les lauriers ? (L'Obs)
  • "Il n'y a pas encore d'effet Macron" (Patrick Artus)
  • Le scénario de croissance le plus vraisemblable pour la France de 2017 à 2021 est : 1,8%, 1,8%, 1%, 1%, 1% (Patrick Artus)


Zoom sur les entreprises... et leur profit

  • L’exubérant pouvoir de marché des firmes américaines (D'un champ l'autre)
  • D’où vient le redressement spectaculaire de la profitabilité des entreprises de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • L’investissement est la principale source de profit des entreprises françaises (Denis Gouaux)


Démographie

  • Les citoyens européens quittent en masse le Royaume-Uni (La Tribune)
  • Neuf millions de personnes déplacées de force dans leur propre pays depuis le début de l’année (Le Monde)


GRAPHIQUE L'immigration vers la Grande-Bretagne chute depuis le référendum du Brexit

The_Economist__l__immigration_vers_la_Grande_Bretagne_depuis_referendum_Brexit.png

source : The Economist (2017)

Instabilité financière et régulation


Réformes structurelles


GRAPHIQUE Indicateur de réglementation sectorielle en 2013

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source : Trésor (2017)

Zoom sur la Trumponomics

  • L'isolement de Trump menace son agenda économique (La Tribune)
  • La politique économique de Trump inquiète les gouverneurs américains (La Tribune)
  • Que va faire Trump aux travailleurs américains? (Paul Krugman)


Politique monétaire

  • Quelle politique monétaire pour la Fed et la BCE ? Draghi et Yellen ne laissent rien filtrer à Jackson Hole (La Tribune)
  • Quand l’Allemagne rapatrie ses lingots d’or (Le Monde)
  • Et si l’inflation sous-jacente ne se redressait jamais ? Que feraient les banques centrales ? (Patrick Artus)
  • Quand on monte les taux d’intérêt seulement au plein emploi, que se passe-t-il ? (Patrick Artus)


Commerce international

  • Aléna : Etats-Unis, Canada et Mexique veulent négocier vite et bien (La Tribune)
  • La dynamique de la balance commerciale de la France est vraiment inquiétante (Patrick Artus)
  • Le double effet négatif de la globalisation (Patrick Artus)


Travail, emploi, chômage




Zoom sur la réforme du marché du travail

  • Réforme du Code du travail : le rendez-vous "explosif" de la rentrée pour Macron (La Tribune)
  • Réforme du Code du travail : quelles mesures sont proposées par le gouvernement ? (La Tribune)
  • Emploi : France Stratégie pointe l'inefficacité du "tout formation" (La Tribune)
  • Le mauvais procès fait aux contrats aidés (Alter éco)
  • Réforme de l’assurance chômage : vers un seul système pour tous ? (The Conversation)





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