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mardi 7 juillet 2020

Ce que la pandémie nous apprend sur nos priorités, notre planète et le mouvement décroissant

« Certains écologistes affirment depuis longtemps que la croissance économique doit être interrompue pour protéger la planète. La "décroissance" est brièvement définie par l’un de ses proposants, Riccardo Mastini, comme "l’abolition de la croissance économique comme objectif social". La décroissance représente l’idée selon laquelle nous ne pouvons suffisamment réduire les émissions de dioxyde de carbone via les nouvelles technologies, les incitations tarifaires ou même des investissements majeurs dans l’énergie et les systèmes de transport. La seule chose qui marchera est l’arrêt définitif de la croissance économique. La pandémie nous donne un aperçu de ce à quoi ressemble la fin de la croissance. Donc, quelles leçons devons-nous en tirer ?

Les confinements ont en effet fait chuter les émissions de dioxydes de carbone, mais moins que nous pourrions espérer. Le site de science climatique Carbon Brief estime que les émissions en 2020 sont susceptibles de chuter d’environ 5 ou 6 % relativement au niveau d’émissions de l’année dernière. Ce serait la plus forte chute enregistrée. Cela peut vous surprendre, mais ce n’est pas suffisant. Si cette baisse se poursuivait au même rythme jusqu’à la fin de la décennie, nous ne respecterions toujours pas les objectifs du programme environnement des Nations Unies en vue de contenir la hausse de la température mondiale à 1,5 degrés. (Une cible de 2 degrés serait plus facile à atteindre : il suffirait de cinq pandémies au cours de la prochaine décennie.)

Evidemment, il paraît impossible d’atteindre les cibles d’émissions via une décroissance brute. La misère humaine serait immense. Il y aurait alors un contrecoup politique. Relativement à la crise lente du changement climatique, les effets du coronavirus sont visibles et immédiats. Il tue des gens par milliers, chaque jour, souvent dans les villes les plus riches et célèbres au monde. Il devrait être facile d’amener les gens à se rallier à l’idée de faire des sacrifices pour battre l’épidémie. Pourtant, il y aurait toujours une minorité visible opposée à un quelconque sacrifice économique. Cela devrait énerver tous ceux d’entre nous qui s’inquiéteraient de la menace bien plus diffuse que représente le changement climatique.

Les politiques raffinées battent les politiques brutes. La raison pour laquelle nous nous sommes résolus à nous confiner était que nous n’avions pas développé de meilleures options. Nous n’avions pas de vaccin, nous n’avions pas de remède efficace et, dans plusieurs pays, nous ne pouvions même pas obtenir des choses de base comme des tests en masse, le traçage des contacts et des équipements protecteurs pour le personnel soignant.

Le raffiné bat aussi le brut en ce qui concerne le changement climatique. Nous pourrions bien sûr réduire nos niveaux de vie pour empêcher l’effondrement de l’écosystème, tout comme nous les avons réduits pour empêcher qu’il y ait des décès massifs avec l’épidémie de Covid-19. Mais ce serait aussi en dernier ressort, si nous admettons que nous n’avons pas d’alternative.

Nous avons en fait plein d’alternatives, bien que nous hésitons à les utiliser : les subventions à la recherche pour la technologie verte ; le soutien aux réseaux intelligents nécessaires pour exploiter des énergies solaire et éolienne à des coûts toujours plus faibles ; la tarification du carbone. Cette dernière a été dure à vendre, politiquement, mais je suis prêt à parier qu’elle passera mieux qu’une puissante dépression verte.

Bien sûr, certains écologistes opineraient du chef en entendant Greta Thunberg parler des "contes de fée de la croissance économique éternelle", mais la plupart seraient d’accord à l’idée que la priorité n’est pas de ramener la croissance du produit intérieur brut à zéro ou en territoire négatif, mais de réduire les émissions de pollution, de préserver les écosystèmes naturels et de garantir l’épanouissement et la liberté des êtres humains.

D’accord. Pourtant, si la fin de la croissance n’est pas l’objectif, mais le moyen pour atteindre une fin, est-ce que je pourrais suggérer que ce n’est pas un moyen très efficace ? "L’abolition de la croissance économique" marche bien comme slogan politique radical, mais quand nous cherchons des leviers de politique publique à actionner nous revenons à des impôts, subventions, investissements publics et réglementations spécifiques. Donc, pourquoi ne cessons-nous pas de parler de décroissance pour nous focaliser sur les politiques qui pourraient s’attaquer à la dégradation environnementale ?

Nous pourrions trouver que ces politiques, appliquées avec suffisamment de vigueur pour sauver la planète, auraient eu l’effet secondaire de ramener la croissance économique à l’arrêt. J’en doute. Mais pour le savoir, il faut le tenter ; nous pourrions être agréablement surpris en voyant comment l’activité économique peut être flexible et tout le bien que nous pouvons connaître tout en respectant les limites planétaires.

Ici, de nouveau, la pandémie est éclairante. Parce qu’à court terme, nous n’avions que très peu d’options, nous avons combattu l’épidémie avec les confinements. Ces derniers ont endommagé la croissance économique. Mais il n’y a pas d’ "épidémiologistes décroissants" affirmant que l’étranglement de l’activité économique est le but plutôt que l’effet secondaire malvenu et que les vaccins et le traçage des contacts sont des contes de fées racontés par les économistes néolibéraux.

L’épidémie nous a enseigné que notre mode de vie est plus vulnérable que nous pouvions le penser. Elle nous a enseigné l’importance de faire des sacrifices maintenant pour nous préparer à des risques prévisibles dans le futur. Elle peut même nous avoir rappelé qu’il n’est pas toujours utile de rouler pour aller au travail ou de traverser la moitié du monde en avion pour une conférence et nous avoir rappelé les joies de la marche ou du vélo dans des rues calmes.

Ces enseignements peuvent nous aider à faire face à la menace du changement climatique qui plane au-dessus de nous. Mais mes amis dans le gouvernement écologiste doivent assimiler une autre leçon : si la décroissance est la seule solution que nous ayons trouvée pour nos problèmes, peut-être que nous n’avons pas assez cherché. »

Tim Harford, « What the pandemic teaches us about our priorities, our planet, and the degrowth movement », 1er mai 2020. Traduit par Martin Anota

dimanche 5 juillet 2020

Les liens de la semaine

GRAPHIQUE Nombre de malades, morts et guéris du Covid-19 dans le monde

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source : Le Monde (2020)

La propagation de l'épidémie

  • Coronavirus : face à la multiplication des cas de contagion, la Catalogne reconfine 200 000 personnes (Le Monde)
  • Diffusion plus lente, mortalité bien plus faible, en Afrique, le coronavirus joue sa propre partition (Le Monde)
  • L’inégalité, source de morts de la COVID-19 (Jeffrey Sachs)
  • Géographie de la mortalité due au Covid-19 en France et en Allemagne (The Conversation)
  • Épidémie de COVID-19 : quel impact sur l'espérance de vie en France ? (INED)


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source : Le Monde (2020)

La gestion de l'épidémie

  • Devant la commission d’enquête sur le Covid-19, Touraine et Bachelot se refusent à "donner des leçons" (Le Monde)
  • "Vous ne pouvez pas dire que je n’ai pas anticipé" : Agnès Buzyn défend sa gestion de la crise due au coronavirus devant les députés (The Conversation)
  • Covid-19 : l’empilement des commissions d’enquête (Le Monde)
  • Covid-19 et expertise sanitaire (La Vie des idées)
  • Un test à l’échelle mondiale. Solidarités territoriales dans la crise sanitaire (La Vie des idées)
  • Peste et covid-19 : même combat ? (AOC)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 en France

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source : Le Monde (2020)

Croissance, fluctuations et crises

  • Réflexions sur la dynamique des faillites : entre court et long terme (Jean-Luc Gaffard)
  • Le cycle boomerang de l'économie (William De Vijlder)
  • Suède et Covid-19 : l’absence de confinement ne permet pas d’éviter la récession (OFCE)
  • D’où vient l’insuffisance d’investissement de la zone euro? (Patrick Artus)
  • Coronavirus : en 2020, le FMI prévoit une récession de 3,2 % en Afrique subsaharienne (Le Monde)


Environnement et ressources naturelles


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Monnaie et finance


La gestion de la crise économique


Finances publiques

  • Dettes publiques : le Covid-19 augmente la contagion sur le marché des obligations d’État (Laurent Ferrara)
  • Quels effets de taux d’endettement public nettement plus élevés dans la zone euro? (Patrick Artus)
  • Maintien de la solvabilité budgétaire par les Banques Centrales (Patrick Artus)
  • Comment expliquer la hausse du poids des dépenses publiques en France? (Patrick Artus)


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Intégration européenne

  • Plan de relance européen : attention aux incohérences (OFCE)
  • UE : une relance pour mettre l’économie au vert, une promesse à confirmer (AFP)
  • L’Europe déclare la guerre aux subventions étrangères (Alter éco)


Commerce international


Migration

  • Accueillir dignement les demandeurs d’asile (Le Monde)
  • "En empêchant l’entrée de nouveaux immigrants, Trump pénaliserait l’économie américaine" (Jennifer Hunt)


Inégalités et justice sociale


Discriminations

  • Aux Etats-Unis, le combat contre la discrimination se joue ville par ville (Alter éco)
  • Les économistes entre racisme et rationalité (Ioana Marinescu)
  • Lutter contre les discriminations sur le marché du travail (CAE)
  • "Privilège blanc" : quels mots pour quelles luttes ? (The Conversation)
  • Pourquoi déboulonne-t-on des statues qui n’intéressent (presque) personne ? (the Conversation)


GRAPHIQUE Évolution de l'emploi de 1990 à 2019 (en %)

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source : INSEE (2020)

Travail, emploi, chômage

  • La pandémie renvoie des millions d’enfants au travail (Alter éco)
  • Création record d'emplois aux États-Unis : Trump jubile malgré des millions d'Américains encore au chômage (La Tribune)
  • Le chômage partiel, outil crucial en temps de crise : une évaluation au mois d’avril 2020 (OFCE)
  • "Contre le chômage des jeunes on a tout essayé mais souvent au mauvais moment" (Eric Heyer)
  • D’où vient l’inemployabilité des jeunes? (Patrick Artus)
  • Surtout ne pas augmenter le coût du travail peu qualifié en France (Patrick Artus)
  • Les modifications structurelles brutales des économies fabriquent du chômage structurel (Patrick Artus)
  • Le marché du travail en 2019 : l’emploi accélère, le chômage continue de baisser (INSEE)
  • Prime exceptionnelle de pouvoir d’achat en 2019 : entre hausse des salaires et aubaine pour les entreprises (INSEE)
  • Les inégalités sur le marché du travail : quelles caractéristiques comptent le plus pour les hommes et pour les femmes ? (CEE)
  • Les cadres aujourd’hui : quelles spécificités ? (France Stratégie)
  • Une nomenclature socioprofessionnelle rénovée pour mieux décrire la société actuelle (INSEE (2020)


GRAPHIQUE Composition de l'emploi en France de 1982 à 2019 (en %)

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source : INSEE (2020)

Politique

  • Emplois fictifs : François Fillon jugé coupable et condamné à cinq ans de prison, dont deux ferme (Le Monde)
  • Retraites : Macron veut relancer sa réforme coûte que coûte, les syndicats mettent en garde (La Tribune)
  • La mise au pas de Hongkong, défi au monde occidental (Le Monde)
  • Poutine président perpétuel (AOC)
  • Nébuleuse conservatrice, coronavirus et élections américaines (AOC)
  • Ni retour, ni revanche : Ce que le Covid-19 nous dit de l’État (AOC)


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Zoom sur le second tour des élections municipales

  • Municipales 2020 : trois séismes dans un scrutin atypique (Le Monde)
  • Au second tour des municipales 2020, abstention record et percée écologiste (Le Monde)
  • Elections municipales à Paris : visualisez la nette victoire d’Anne Hidalgo (Le Monde)
  • Marseille : Michèle Rubirola devient la première femme élue maire et ramène la ville à gauche (Le Monde)
  • Martine Aubry réélue maire de Lille, ses opposants déposent un recours (Le Monde)
  • À Perpignan, le RN a aussi conquis la bourgeoisie (The Conversation)
  • Vague verte ? Abstention record ? Des élections municipales atypiques plus complexes qu’il n’y paraît (The Conversation)
  • Municipales : un échec cuisant pour Emmanuel Macron (The Conversation)
  • Abstention : qui sont les maires les mieux et les plus mal élus ? (Le Monde)
  • Municipales 2020 : être élu maire, encore souvent une affaire d’hommes (Le Monde)


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source : Le Monde (2020)

Refonte du gouvernement

  • Le premier ministre renvoyé à l’art de l’exécution (Le Monde)
  • Qui est Jean Castex, le nouveau Premier ministre ? (L'Obs)
  • Le nouveau premier ministre, Jean Castex, se décrit en "homme politique local" qui "croit aux territoires" (Le Monde)
  • Ces projets de loi suspendus dans l’attente d’un nouveau gouvernement (Le Monde)
  • Trois ans, un mois et 18 jours : Edouard Philippe est resté plus longtemps à Matignon que la moyenne (Le Monde)
  • De la crise des "gilets jaunes" à celle du coronavirus : retour sur les 3 ans d’Edouard Philippe à Matignon (Le Monde)


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Politique et écologie

  • Environnement : Emmanuel Macron propose deux référendums (Le Monde)
  • Ecologie : le sort incertain des référendums (Le Monde)
  • Convention citoyenne pour le climat : la démocratie participative vue de l’intérieur (The Conversation)
  • Ecologie humaniste ou décroissance ? La question et la réponse d’Emmanuel Macron (AOC)
  • L'écologie est-elle l'avenir de la gauche? (Télos)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

jeudi 2 juillet 2020

Quatre erreurs courantes à propos du revenu de base universel

« Le revenu universel (ou revenu de base) a beau être présent dans le débat politique depuis plus de deux décennies, son évaluation souffre toujours de la prégnance de plusieurs perceptions ou interprétations erronées le concernant. Nous allons nous attaquer ici à quatre d’entre elles.

Première erreur : le revenu universel serait plus coûteux que les politiques traditionnelles de soutien au revenu telles que le revenu minimum garanti ou les allocations-chômage

On pourrait penser que le revenu universel est plus cher qu’un revenu minimum garanti ou un dispositif du même genre. Cependant, les mécanismes de soutien au revenu alternatifs doivent être comparés en maintenant constant leur impact sur les recettes fiscales nettes. Avec la neutralité fiscale, les questions pertinentes sont les incitations et la distribution du fardeau fiscal. Une source possible de la première erreur est l’universalité du revenu universel : il est donné à tout le monde. A l’inverse, les formes traditionnelles de soutien au revenu sont catégorielles et conditionnées : elles ne sont données qu’à certains, parfois, d’où l’idée que le revenu universel serait plus coûteux. Mais nous devons comparer le montant reçu à travers le revenu universel à la valeur attendue du montant reçu via les politiques traditionnelles. Il peut être supérieur, inférieur ou égal. Le fait qu’il soit universel n’implique pas en soi qu’il soit forcément plus coûteux.

Deuxième erreur : le revenu universel réduit l’offre de travail

La microéconomie enseignée en première année universitaire nous dit qu’une hausse des revenus de transfert peut entraîner une réduction de l’offre de travail. Implicitement, ce que la deuxième erreur suggère en fait est que le revenu universel entraîne une plus grande réduction de l’offre de travail que les autres dispositifs de soutien au revenu. Cette idée est erronée, dans la mesure où l’économie élémentaire indique en fait que le revenu universel est susceptible d’entraîner une moindre réduction de l’offre de travail que ces dispositifs alternatifs. Les politiques traditionnelles sont typiquement accordées sous condition de ressources, si bien qu’elles peuvent inciter les individus à changer de comportement de façon à maintenir l’éligibilité, c’est-à-dire gagner un faible revenu. En outre, l’hypothèse que l’offre de travail chute avec le revenu ne doit pas être considérée comme valide. En effet, les preuves empiriques expérimentales montrent que les transferts de liquidité peuvent en fait motiver à davantage travailler et à s’engager dans des activités productives.

Troisième erreur : le revenu universel favorise les "surfeurs"

Les "surfeurs" (c’est-à-dire les riches consacrant une grande partie de leur temps aux loisirs) remboursent le revenu universel via les impôts. Mais alors pourquoi leur donner le revenu universel ? Parce que les revenus de transfert versés sans condition de ressources sont susceptibles d’impliquer de meilleures incitations.

Quatrième erreur : le revenu universel n’apportera pas un soutien suffisant en cas d’événements tels que le chômage ou la maladie

Certains événements adverses fournissent un plus large soutien que le revenu universel, par exemple, au cours d’un mois donné. (L’inactivité imposée par l’épidémie de Covid-19 ou les hospitalisations peuvent en être des exemples.) Cet argument souffre d’une vision réductrice de la conception du revenu universel et d’une représentation purement statique de celui-ci. Premièrement, bien qu’il y ait des partisans du revenu universel qui privilégient une conception qui substitue ce dernier aux autres politiques de soutien au revenu, des versions plus réalistes envisagent un remplacement partiel, laissant de la place pour d’autres politiques qui se basent sur le principe de l’assurance et qui sont conçues pour ces chocs adverses. Deuxièmement, ce qui importe est la comparaison entre les valeurs attendues. Le revenu universel garantit une allocation intertemporelle, ce qui permet aux gens de s’assurer contre certains événements adverses et de bénéficier de prêts contingents. Comment l’allocation intertemporelle fournie par le revenu universel se compare-t-elle par rapport à la valeur intertemporelle attendue de toutes les politiques traditionnelles catégorielles et conditionnelles ? J’estime que le revenu universel est susceptible d’être supérieur, puisqu’il est sûr et facile de déterminer le montant de l’accroissement du revenu. Il est utile de noter que cela n’est possible que si le marché du crédit est accessible et efficient et si les ménages disposent des compétences nécessaires pour s'engager sur ce marché. Cela suggère que ces conditions devront être vérifiées si et quand la politique se réorientera dans le sens du revenu universel. »

Ugo Colombino, « Four mistaken theses about universal basic incomes », IZA, 2 juillet 2020. Traduit par Martin Anota

dimanche 28 juin 2020

Les liens de la semaine

GRAPHIQUE Nombre de malades, morts et guéris du Covid-19 dans le monde

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source : Le Monde (2020)

La propagation de l'épidémie

  • Coronavirus : un million de nouveaux cas en "seulement huit jours", l’OMS craint une nouvelle accélération (Le Monde)
  • Coronavirus : le nombre de cas déclarés dans le monde dépasse les 10 millions (Le Monde)
  • Coronavirus : la Guyane face à l’éventualité d’un nouveau confinement (Le Monde)
  • Coronavirus : l’inquiétante rechute des Etats-Unis (Le Monde)
  • En Inde, le coronavirus circule de manière inquiétante dans les grandes villes (Le Monde)
  • Le premier tour des municipales a-t-il coûté leur vie aux candidats ? (IPP)
  • Qu’est-ce que le "R0", le taux de reproduction du virus ? (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 en France

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source : Le Monde (2020)

La gestion de l'épidémie

  • Après trois semaines, l’application StopCovid n’a averti que 14 personnes (Le Monde)
  • Coronavirus : l’Allemagne annonce le reconfinement d’un canton après un foyer de contamination dans un grand abattoir (Le Monde)
  • Le Royaume-Uni poursuit son déconfinement en rouvrant certains commerces le 4 juillet (Le Monde)
  • Le yoyo de BoJo : la gestion symbolique de la crise du Covid-19 au Royaume-Uni (The Conversation)
  • L’émergence des nouvelles épidémies s’accélère, comment y faire face ? (The Conversation)


GRAPHIQUE Prévisions de la croissance du PIB annuel selon le FMI (en %)

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L'impact économique de l'épidémie

  • Covid-19 : l'épidémie a-t-elle entraîné un choc d'offre ou de demande ? (A la marge)
  • Rouvrir après le Grand Confinement : une reprise inégale et incertaine (Gita Gopinath)
  • La France et le FMI (Philippe Waechter)
  • Effets contrastés des mesures de confinement au mois d’avril (OFCE)
  • Évaluation au 26 juin 2020 de l'impact économique de la pandémie de COVID-19 et des mesures du confinement et du déconfinement en France (OFCE)
  • Les "vulnérables" à la COVID-19 : essai de quantification (OFCE)
  • L’incertitude de la reprise américaine (Project Syndicate)


GRAPHIQUE Scénarios trimestriels et annuels de croissance du PIB français

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source : OFCE (2020)

Environnement et ressources naturelles

  • La pandémie de plastique (Project Syndicate)
  • Énergie et climat : quatre scénarios pour le monde de l’après-Covid (The Conversation)
  • À Fukushima, l’entêtement du gouvernement à rouvrir la zone d’exclusion (The Conversation)
  • Crise écologique et crise sanitaire, la grande accélération (AOC)
  • L'action publique face à la crise environnementale mondiale (SES-ENS)


Autour de la convention citoyenne pour le climat

  • "Intelligence collective", "manque d’audace"… Réactions mitigées aux propositions de la convention citoyenne pour le climat (Le Monde)
  • Traiter de concert urgence climatique et urgence sociale (Le Monde)
  • Convention citoyenne sur le climat : ne pas oublier le raisonnement économique (Emmanuel Combe)
  • La convention citoyenne pour le climat : bravo ! (Alter éco)


Monnaie et finance

  • Scandale Wirecard : la gigantesque fraude de la fintech expliquée en 5 points (La Tribune)
  • Les conditions financières se sont assouplies, mais les risques de faillites sont très préoccupants (FMI)
  • Pour une remise en question complète du rôle des banques centrales (Patrick Artus)
  • Est-il normal que la politique monétaire soit contracyclique? (Patrick Artus)
  • Engagement pro-climat des banques et prêts aux industries brunes (Banque de France)


Finances publiques

  • Coronavirus : la baisse des recettes fiscales amplifie le déficit (Le Monde)
  • Le grand nettoyage de la dette (Daron Acemoglu)
  • "Neutralité ricardienne à l’envers" ? (Patrick Artus)
  • France-Allemagne: qu’est-ce qui explique l’incroyable divergence entre les trajectoires des taux d’endettement public depuis la crise des subprimes? (Patrick Artus)


Finance internationale


GRAPHIQUE Internationalisation de l’euro (poids en % du total mondial des encours/des flux, au quatrième trimestre 2019)

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source : Banque de France (2020)

Intégration européenne

  • Rachats de dette : face aux critiques des juges suprêmes allemands, la BCE veut rassurer (La Tribune)
  • Europe : un pas timide vers la solidarité (Alter éco)
  • Le moment hamiltonien de l’Europe ? (Elie Cohen)
  • La BCE devrait-elle annuler la dette des Etats ? (Thomas Philippon)


Commerce international

  • L’Europe face à la crise du système commercial multilatéral (CEPII)
  • Le Ceta survivra-t-il à la Convention citoyenne pour le climat ? (Alter éco)
  • Guerres commerciales et lutte des classes (Bruno Amable)


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Part du 1 % le plus riche dans la population (en %)


source : Observatoire des inégalités (2020), d'après les données de l'INSEE

Ecole


Police

  • Regards sociologiques sur la police aujourd’hui (Stéphane Beaud)
  • Les jeunes et la police: un état des lieux (Olivier Galland)
  • Un pouvoir en bleu de part et d’autre de l’Atlantique – à propos des projets de réforme de la police (AOC)
  • Former la police pour endiguer son racisme ? Chiche ! (AOC)


Travail, emploi, chômage

  • Le chômage baisse en France, mais se maintient à un niveau élevé (Le Monde)
  • Quelle information tirer des chiffres du chômage américain sur la reprise ? (OFCE)
  • L’accord de performance collective, machine à baisser les salaires (Alter éco)
  • France: il faut absolument redresser le taux d’emploi (Patrick Artus)
  • Le collectif soignant, un engagement en redéfinition perpétuelle (The Conversation)
  • Peu de femmes cheffes d’entreprise (Observatoire des inégalités)


Politique

  • Affaire Fillon : la défense demande la "réouverture" du procès (Le Monde)
  • Le siège du PS devrait redéménager vers Paris, après une parenthèse à Ivry (Le Monde)
  • Le PS bouge encore. Anatomie d’une transformation partisane (La Vie des idées)
  • Crise du socialisme municipal, déclin urbain et réforme de l’État : Nevers 1971-2020 (Métropolitiques)


Zoom sur les municipales

  • Elections municipales : Edouard Philippe évoque un retour au Havre, "si ça arrive très vite, ça sera très bien" (Le Monde)
  • Municipales 2020 : un second tour pour 13 % des communes, mais 38 % de la population (Le Monde)
  • Marseille, l’élection introuvable (AOC)
  • "Les partis politiques jouent leur survie au niveau local" (Alter éco)
  • Municipales 2020 : les partis politiques, invisibles et omniprésents (La Vie des idées)
  • Des élections municipales en trompe-l’œil pour un nouvel ordre politique ? (The Conversation)
  • Municipales : la France peut-elle se mettre au vert ? (The Conversation)
  • Municipales 2020 : les alliances LREM-LR ou le retour du clivage gauche/droite ? (The Conversation)
  • Le Rassemblement national isolé : l’échec du lepénisme municipal (The Conversation)
  • Listes citoyennes "municipalistes" : une réelle alternative politique ? (The Conversation)
  • "Il n’y pas eu de crise de vocation des maires dans les petites communes" (Alter éco)
  • Les maires ont-ils de réels pouvoirs ? (Alter éco)
  • Les élus locaux sont-ils à l’abri des groupes d’intérêt ? (The Conversation)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

mardi 23 juin 2020

Les Etats-Unis du désespoir



« Bien avant qu’éclate l’épidémie de Covid-19, il y avait une autre épidémie qui sévissait aux Etats-Unis, tuant plus d’Américains en 2018 que le coronavirus n’en a tués jusqu’à présent. Le nombre annuel de "morts de désespoir" (deaths of despair), c'est-à-dire des décès liés aux suicides, aux maladies du foie liées à l’alcool et aux overdoses de drogue, a rapidement augmenté depuis le milieu des années 1990, en passant d’environ 65.000 en 1995 à 158.000 en 2018.

La hausse du nombre de morts de cette autre épidémie concerne presque entièrement les Américains qui n’ont pas obtenu de diplôme universitaire d’un cycle de quatre ans. Alors que les taux de mortalité globaux ont chuté pour ceux ayant un tel niveau de diplôme, ils ont augmenté pour les Américains les moins diplômés. L’espérance de vie à la naissance pour tous les Américains a chuté entre 2014 et 2017. Il s’agissait de la première chute de l’espérance de vie sur trois ans depuis la pandémie de grippe espagnole de 1918-1919 ; avec deux pandémies qui sont à présent en cours, l’espérance de vie est susceptible de chuter à nouveau.

Derrière ces chiffres de mortalité, il y a également de sombres données économiques. Comme nous le montrons dans notre livre, les salaires réels (c’est-à-dire ajustés en fonction de l’inflation) pour les hommes sans un diplôme universitaire ont chuté pendant cinquante ans. Parallèlement, la prime de rémunérations des diplômés de l’université relativement aux non-diplômés a augmenté et s'élève à présent à 80 %. Avec les Américains les moins diplômés ayant de moins en moins de chances d’avoir un emploi, la part d’hommes d’âge intermédiaire dans la vie active a eu tendance à diminuer ces dernières décennies, tout comme le taux d’activité des femmes depuis 2000. Les diplômés se démarquent de la majorité moins diplômée non seulement en termes de diplôme, mais aussi en termes sanitaires. La souffrance, la solitude et le handicap sont devenus plus courants parmi les non-diplômés.

Voilà le portrait des Etats-Unis à la veille de la pandémie de Covid-19. A présent, le virus a nouvellement exposé les inégalités préexistantes.

Par le passé, les pandémies ont pu réduire les inégalités. La Peste noire a tué tellement de monde dans l’Europe du quatorzième siècle qu’elle provoqua une pénurie de main-d’œuvre, ce qui améliora le pouvoir de négociation des travailleurs. Plus tard, au dix-neuvième siècle, l’épidémie de choléra a inspiré la théorie des germes, traçant la voie à l’allongement moderne de la longévité, tout d’abord dans les pays riches et, après la Seconde Guerre mondiale, dans le reste du monde. Une grande divergence dans les espérances de vie à travers le monde a conduit à leur grande convergence.

Mais les Etats-Unis connaissent une grande divergence sur leur territoire depuis deux générations et l’épidémie de Covid-19 promet de creuser les amples inégalités de santé et de revenu dans le pays. Les effets du virus dépendent du niveau de diplôme, parce que les plus diplômés sont les plus susceptibles de continuer de travailler et, en l’occurrence, de le faire chez eux. A moins qu’ils ne soient parmi les travailleurs très éduqués dans la santé ou d’autres secteurs sur le front, ils peuvent se reposer et voir les marchés boursiers propulser la valeur de leurs fonds de pension à des niveaux toujours plus élevés.

A l’inverse, les deux tiers des travailleurs qui n’ont pas de diplôme universitaire d’un cycle de quatre ans sont soit non essentiels et donc risquent de perdre leurs rémunérations, soit essentiels et donc risquent d’être contaminés. Alors que les diplômés de l’université ont largement été capables de sauver leur santé et leur richesse, les travailleurs moins diplômés risquent de perdre soit l’un, soit l’autre.

Pour cette raison, les écarts de revenu et de longévité que cette tendance dans les morts de désespoir a révélés se creusent maintenant davantage. Mais alors que les blancs les moins diplômés ont supporté l’essentiel de la première épidémie, les Afro-Américains et les hispaniques ont été disproportionnellement tués par l’épidémie de Covid-19. Par conséquent, la convergence des taux de mortalité des blancs et des noirs s'est stoppée.

Il y a plusieurs raisons susceptibles d’expliquer ces disparités raciales, notamment la ségrégation résidentielle, le surpeuplement et les trajets domicile-travail. Si ces facteurs ont joué un rôle important à New York, ils ne l’ont pas forcément fait ailleurs. Dans le New Jersey, par exemple, ni les Afro-Américains, ni les hispaniques n’ont connu de taux de mortalité disproportionnellement élevés.

Le système de santé onéreux des Etats-Unis va continuer d’aggraver les effets de la pandémie. Beaucoup parmi les dizaines de millions d’Américains qui ont perdu leur emploi ce printemps ont aussi perdu par la même occasion leur assurance-santé et beaucoup ne se seront pas capable d'en retrouver une autre.

Alors qu’aucune personne présentant les symptômes du coronavirus ne s’est vue refuser un traitement, certains non-assurés peuvent ne pas l’avoir cherché. Lors de la rédaction de cette tribune, on enregistrait aux Etats-Unis plus de 113.000 décès liés au coronavirus et plus de 200.000 hospitalisations, si bien que beaucoup se retrouveront avec des factures de soins qu’ils ne pourront pas payer (même pour beaucoup ayant une assurance) et qui ruineront leur crédit pour la vie. Le gouvernement fédéral a donné des milliards de dollars aux compagnies pharmaceutiques pour développer un vaccin et, sous la pression des lobbyistes, il n’a pas exigé de conditions sur les prix en contrepartie, ni imposé de garanties publiques sur les brevets.

En outre, la pandémie alimente davantage la consolidation sectorielle en favorisant les géants du e-commerce déjà dominants au détriment des firmes classiques en difficulté. La part du travail dans le PIB, que l’on a longtemps cru comme immuablement constante, a chuté ces dernières années et le pouvoir de marché sur les marchés des produits et du travail peut en être une raison. Si le taux de chômage reste élevé ces prochaines années, le rapport de force entre le travail et le capital basculera davantage en faveur de ce dernier, entraînant des conséquences inverses à celles de l'épidémie de peste et justifiant l’optimisme des marchés boursiers face à la catastrophe.

Cela dit, nous ne croyons pas que l’économie post-Covid provoquera une flambée de morts de désespoir. La cause fondamentale de cette épidémie, comme le suggère notre analyse, n’a pas été les fluctuations économiques, mais plutôt la dégradation à long terme du mode de vie des blancs des classes laborieuses. Le nombre de morts de désespoir augmentait avant la crise financière et la Grande Récession de 2008, événement au cours duquel le taux de chômage américain grimpa de 4,5 % à 10 %, et il continua d’augmenter lorsque le chômage reflua graduellement jusqu’à 3,5 % à la veille de la pandémie. S’il y a peut-être eu par le passé une relation entre suicide et chômage, elle n’est en tout cas plus apparente aux Etats-Unis.

Néanmoins, les épisodes passés suggèrent que ceux qui entrent sur le marché du travail en 2020 vont connaître une trajectoire de rémunérations inférieure au cours de leur vie active, ce qui alimentera certainement le désespoir qui apporte la mort via le suicide, l’alcool ou les overdoses de drogue. En d’autres mots, l’Amérique post-Covid sera probablement la même que celle d’avant, si ce n’est avec davantage d’inégalités et de dysfonctionnements.

Certes, la colère publique autour de la violence policière ou des soins de santé outrageusement chers peut provoquer une rupture structurelle. Si cela se réalise, nous pouvons voir la société s’améliorer. Mais ce ne sera pas nécessairement le cas. Ce n’est pas toujours un phœnix qui s’élève des cendres. »

Anne Case et Angus Deaton, « United states of despair », 15 juin 2020. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Le problème des Etats-Unis : l’excessif pouvoir de monopole des firmes ou l’insuffisant pouvoir de négociation des travailleurs ? »

« Comment les inégalités de revenu ont évolué depuis un siècle aux Etats-Unis ? »

« Covid-19 : l’épidémie est la plus meurtrière là où les inégalités sont les plus fortes »

« Covid-19 : la pandémie ne manquera pas de creuser les inégalités »

« Et si nous restions au domicile ? Les heurs et malheurs du télétravail »

dimanche 21 juin 2020

Les liens de la semaine

La propagation de l'épidémie

  • Coronavirus : la situation épidémique est "extrêmement grave" à Pékin, où les voyages "non essentiels" hors de la ville sont déconseillés (Le Monde)
  • Coronavirus : le Brésil dépasse le million de cas, l’Europe les 2,5 millions, tandis que Trump défie l’épidémie (Le Monde)
  • Trajectoires épidémiques comparées du COVID-19 dans 7 pays (INED)
  • Virus : les explications au si lourd bilan britannique (AFP)
  • Le coronavirus était présent dans des eaux usées de Milan et de Turin dès décembre 2019 (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de malades, morts et guéris du Covid-19 dans le monde

Le_Monde__coronavirus_covid-19_nombre_malades_gueris_morts_monde_21_juin.png

source : Le Monde (2020)

La gestion de l'épidémie

  • Coronavirus : l’état d’urgence sanitaire prolongé à Mayotte et en Guyane (Le Monde)
  • Retour à l’école : c’est ce qu’on appelle un beau bazar... (Alter éco)
  • Les frontières rouvrent en Europe… un peu, beaucoup, ou pas du tout (AFP)
  • Les conclusions bancales d’un graphique liant confinement et mortalité (Le Monde)
  • Combattre les pandémies à la source (Project Syndicate)


Nombre de morts lors des principales épidémies depuis 1300

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source : AFP (2020)

Le vécu de l'épidémie

  • Les Français plutôt satisfaits du calendrier du déconfinement (Le Monde)
  • Quelle sociabilité pour les Français en période de Covid-19 ? (The Conversation)
  • La crise a-t-elle changé notre regard sur la science? (CNRS)
  • Conditions de vie pendant le confinement : des écarts selon le niveau de vie et la catégorie socioprofessionnelle (INSEE)
  • Confinement : quatre graphiques qui montrent que les plus pauvres ont le plus souffert (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 en France

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source : Le Monde (2020)

Impact économique de l'épidémie

  • Le Grand Confinement dans une perspective mondiale (Gita Gopinath)
  • L’Insee livre quelques lueurs d’optimisme pour l’économie avec l’accélération du déconfinement (Le Monde)
  • L’économie va un peu moins mal que prévu (Alter éco)
  • Economie française : les conditions de l’optimisme (Christian Chavagneux)
  • Trajectoires de l’économie française (Philippe Waechter)
  • Observe-t-on une amélioration de la production industrielle en mai ? Une réponse à partir de l’analyse de la consommation d’électricité (OFCE)
  • Dynamique des défaillances d'entreprises en France et crise de la Covid-19 (OFCE)
  • En passant l’été dans leur pays, les Européens relanceront (un peu) la consommation (AFP)
  • V ou pas V ? (Patrick Artus)


Alter_eco__perte_d__activite_confinement_Covid-19.png

Croissance, fluctuations et crises

  • Débarrassons-nous du PIB ! (Joseph Stiglitz)
  • Une récession laisse toujours des traces (Patrick Artus)
  • En général, les récessions réduisent la croissance potentielle; la crise du Covid pourrait-elle l’accroître à moyen terme? (Patrick Artus)
  • Une crise des émergents peut-elle conduire à une crise des pays de l’OCDE? (Patrick Artus)
  • Note technique sur la mesure de la croissance (Philippe Waechter)


Environnement et ressources naturelles

  • En France, la transition énergétique à un tournant ? (La Tribune)
  • Les mirages de l’avion vert (Alter éco)
  • Marée rouge en Arctique : une catastrophe climatique mais surtout managériale (The Conversation)


Autour de la convention citoyenne pour le climat

  • La convention citoyenne pour le climat dévoile 150 propositions pour "changer en profondeur la société" (Le Monde)
  • Convention pour le climat : l’hypothèse d’un référendum est "sur la table" (Le Monde)
  • Après la convention pour le climat, les 150 citoyens impliqués souhaitent se regrouper dans une association (Le Monde)
  • Convention citoyenne pour le climat : le rôle des experts dans la formation de l’opinion (Le Monde)


Marchés et concurrence

  • Masques : le difficile pilotage du marché (Emmanuel Combe)
  • Concurrence : Bruxelles ouvre deux enquêtes contre Apple (Le Figaro)
  • La Commission européenne ouvre une enquête sur le projet de fusion PSA-Fiat (Le Monde)


Monnaie et finance

  • La surréaction du marché des actions (Patrick Artus)
  • Bourses : le Covid-19 aura encore confirmé la déconnexion avec l’économie réelle (Capelle-Blancard)
  • Sortir de l'"économie vaudoue" pratiquée par les banques commerciales (Alain Grandjean)
  • La nécessité d’avoir des banques capables d’assurer la liquidité des entreprises (Patrick Artus)
  • Si la situation des entreprises se dégrade, la politique monétaire ne peut plus passer par les banques (Patrick Artus)


Budget

  • Budget rectificatif 2020 : les 500 milliards du magicien Macron (Alter éco)
  • Qu’y a-t-il derrière les "500 milliards d’euros" mobilisés par l’Etat pour faire face à la crise ? (Le Monde)


GRAPHIQUE Dette publique française (en % du PIB)

INSEE__dette_publique_France_2020_premier_trimestre.png

source : INSEE (2020)

Intégration européenne

  • Après la pandémie, le Brexit toujours au point mort (Alter éco)
  • Plan de relance européen : les Vingt-Sept se retrouveront mi-juillet pour tenter de surmonter leurs divergences (Le Monde)
  • Plan pour relancer l’Europe : de nombreux obstacles à surmonter (AFP)
  • Comment utiliser le fonds de relance : une proposition pour un programme européen post Covid-19 (OFCE)


Commerce international


Migration

  • La demande d’asile en Europe chute de 87% en avril, au plus bas depuis 2008 (AFP)
  • Préparons-nous à traiter la crise migratoire avec autant d’humanité que la crise pandémique (Télos)
  • La fin du rêve québécois (Alter éco)
  • L’immigration dans les pays avancés peut accélérer la croissance (FMI)


AFP_UNHCR__nombre_deplaces_internes_dans_le_monde.png

Racisme

  • Stéréotypes, discriminations et actes racistes ne reculent pas en France, selon un rapport (Le Monde)
  • "Ethnicisation de la question sociale" : sortez de votre ignorance, monsieur le Président ! (Alter éco)
  • L’antiracisme en France, de l’idéal "universaliste" aux luttes "catégorielles" (Le Monde)
  • Black Lives Matter, une querelle économique (Anne-Laure Delatte)
  • Affronter le racisme, réparer l’histoire (Thomas Piketty)
  • Vandalisme et déboulonnage de statues mémorielles : l’histoire à l’épreuve de la rue (The Conversation)
  • Les déboulonneurs de statues sont-ils des communautaristes et des séparatistes ? (AOC)
  • Minuit à l’heure de l’universalisme (AOC)


Violences policières

  • La dégradation des relations entre les habitants des quartiers pauvres et la police se lit aussi dans les chiffres (Laurent Mucchielli)
  • Peut-on abolir la police ? La question fait débat aux États-Unis (The Conversation)
  • Policer la police : de la théorie à la pratique (The Conversation)


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Qui est aisé, qui est riche, par type de ménage ? (en euros mensuels)

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source : Observatoire des inégalités (2020)

Travail, emploi, chômage

  • "La prime de la discorde" à l’hôpital (Le Monde)
  • Où sont passées les promesses d’augmentation des bas salaires ? (Alter éco)
  • Faut-il réduire les salaires pour sauver des emplois ? (Patrick Artus)
  • L'emploi toujours à la peine aux Etats-Unis (La Tribune)
  • Chômage : retour sur 40 ans de droit rognés pour les plus précaires (Alter éco)
  • Télétravail : comment gérer le jour d’après (Alter éco)
  • Le travail et ses aménagements : ce que la pandémie de covid-19 a changé pour les Français (INED)
  • À distance : (dé)construire le "chez-soi de travail" (AOC)


GRAPHIQUE Travail sur site et télétravail durant le confinement selon le niveau de vie

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source : INSEE (2020)

Inégalités hommes-femmes sur le marché du travail

  • Le Covid-19 pénalise l'emploi des femmes (La Tribune)
  • Travailler au temps du Covid-19 : les inégalités femmes-hommes en chiffres (The Conversation)
  • Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé (INSEE)


Sexualité


Réseaux sociaux


Politique

  • L’épidémie alimentera la défiance politique de toute une génération (A la marge)
  • Affaire de Karachi : la corruption au cœur de la République (Le Monde)
  • Emmanuel Macron : l’enjeu de la reconstruction (Le Monde)
  • Du retour de l’État social au retour du "travailler plus", en passant par la guerre au virus (AOC)
  • Le socialisme français peut-il être sauvé par ses maires ? (The Conversation)
  • L’au-delà des municipales : EELV au temps du Covid-19 (AOC)
  • Le jour d’après : Briser trois mythes sur l’état du monde après la pandémie (The Conversation)


Zoom sur les municipales

  • Municipales 2020 : second tour, mode d’emploi (Le Monde)
  • Municipales 2020 : le recours au numérique pour une campagne "sans contacts" (The Conversation)
  • Municipales : les enjeux du second tour, ville par ville (Le Monde)
  • Un jour d’élection ou l’étrange 15 mars à Paris. La résurgence du clivage-gauche-droite ? (Métropolitiques)
  • Municipales à Marseille : la guerre des secteurs fait rage entre les candidats (The Conversation)


Géopolitique

  • Grand froid entre les Etats-Unis et l’Europe (Le Monde)
  • Chine-Inde : le choc des nationalismes (Le Monde)


Capitalisme





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

jeudi 18 juin 2020

Une sévère récession aux Etats-Unis

« Le comité de datation du cycle d’affaires du NBER a officiellement annoncé le 8 juin que la récession américaine liée au Covid-19 s’est amorcée en février 2020. Cette annonce a été faite très rapidement après l’occurrence du pic d’activité, en raison de la nature très spécifique de cette récession. Dans ce billet, je compare les récessions américaines depuis la Seconde Guerre mondiale en évaluant leur sévérité, définie comme leur amplitude multipliée par leur durée.

Le 8 juin, le comité de datation du cycle d’affaires du NBER a officiellement annoncé que l’activité américaine avait atteint son pic en février 2020. Certains billets qui ont été précédemment publiés sur Econbrowser suggéraient déjà que le mois de février marquait en effet la fin de la plus longue expansion économique que les Etats-Unis aient connue au cours de leur histoire (128 mois), par exemple ici.

GRAPHIQUE 1 Délais des annonces officielles de récessions par le comité de datation des cycles d’affaires du NBER depuis 1980

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source: NBER

Ce qui est plus surprenant est qu’il a fallu seulement 4 mois au comité de datation du cycle d’affaires pour annoncer officiellement cette récession. En général, le délai entre la date des points de retournement du cycle d’affaires et leur annonce officielle est bien plus long. Le délai moyen (depuis 1980) pour les pics d’activité est de 7,3 mois, alors que le délai moyen pour les creux est de 15,2 mois (cf. graphique 1). Cet écart entre les pics et les creux reflète l’asymétrie bien connue entre les expansions et les récessions. Il révèle aussi qu’il faut plus de temps pour identifier quand une récession s’arrête plutôt que pour déterminer quand une récession commence. En ce qui concerne l’actuelle récession, sa nature spécifique due à un choc externe bien identifié fait que le comité de datation du cycle d’affaires s’est très rapidement décidé à parler de récession.

GRAPHIQUE 2 Amplitude et durée des récessions

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source : Harding et Pagan (2002)

Un autre fait stylisé de l’actuelle récession est son amplitude inhabituellement large. Le PIB américain a chuté de 5 % au premier trimestre de l’année 2020 (en comparaison au quatrième trimestre 2019 en rythme annualisé) et il est susceptible de chuter à nouveau d’environ 40 % au deuxième trimestre 2020 selon les prévisions actuelles de la Federal Reserve Bank of New York et de la Federal Reserve Bank of Atlanta. C’est pourquoi le comité de datation du cycle d’affaires du NBER n’a pas hésité à parler rapidement de récession. Même si la récession est susceptible d’être très brève (deux trimestres selon les prévisions du CBO), sa sévérité est susceptible d’être très élevée. La sévérité d’une récession est définie dans la littérature par son amplitude multipliée par sa durée et divisée par deux (voir Harding and Pagan, 2002, ou Darné and Ferrara, 2011). Comme le montre le graphique 2, l’indice de sévérité mesure la zone du triangle ABC. L’amplitude est mesurée par la chute du niveau du PIB entre le pic et le creux (exprimé en termes de pourcentage), tandis que la durée est donnée par le comité de datation du cycle d’affaires du NBER.

GRAPHIQUE 3 Sévérité des récessions américaines depuis la Seconde Guerre mondiale

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Les indices de sévérité pour les précédentes récessions américaines sont représentés sur le graphique 3. La sévérité de l’actuelle récession est déterminée à partir des prévisions du CBO (-29,6 % au deuxième trimestre 2020 relativement au premier trimestre en rythme annualisé), en supposant donc qu’elle ne durera que deux trimestres. Selon cette hypothèse, nous constatons que la sévérité de la récession du Covid-19 sera large, mais du même ordre de grandeur que celle de la Grande Récession en 2008-2009 (elle sera d’une plus faible durée, mais d’une plus forte amplitude). Donc, cette forte sévérité attendue a poussé le comité de datation du cycle d’affaires du NBER à ne pas attendre autant que d’habitude pour parler officiellement de récession.

Chose intéressante, nous notons aussi que l’indice de sévérité pour les récessions de 2001 et de 1970 est à présent positif (en se basant sur le PIB réel courant du BEA). »

Laurent Ferrara, « A severe US recession », in Econbrowser (blog), 9 juin 2020. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Covid-19 : de sombres prévisions pour l’économie mondiale »

« Covid-19 : les scénarios du FMI pour la récession mondiale »

« L’économie mondiale fait face à l’une des plus sévères récessions de son histoire »

dimanche 14 juin 2020

Les liens de la semaine

GRAPHIQUE Nombre de malades, morts et guéris du Covid-19 dans le monde

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source : Le Monde (2020)

La propagation de l'épidémie

  • Coronavirus : au cœur de la bataille immunitaire contre le virus (Le Monde)
  • Covid-19 : le premier tour des municipales a bien été meurtrier (A la marge)
  • Coronavirus : la majorité des nouveaux cas sont désormais recensés en Amérique latine, et surtout au Brésil (Le Monde)
  • Coronavirus dans le monde : rebond du nombre de cas de Covid-19 en Chine (Le Monde)
  • Coronavirus : les Etats-Unis peinent à faire refluer la "première vague" (Le Monde)
  • Coronavirus : la pandémie s’accélère en Afrique, avertit l’OMS (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 en France

Le_Monde__coronavirus_covid-19_France_cas_detectes_morts_gueris_14_juin_2020.png

source : Le Monde (2020)

La gestion de l'épidémie

  • Vies épargnées ou morts reportées, quels "dommages collatéraux" du Covid-19? (AFP)
  • La doctrine du déconfinement bousculée (Le Monde)
  • Les débuts décevants de l’application StopCovid (Le Monde)
  • Comment le Luxembourg est devenu un laboratoire d’une gestion efficace du coronavirus (Le Monde)
  • Lutte contre le Covid-19 : les limites des comparaisons internationales (The Conversation)
  • Traitement contre le Covid-19 : faudra-t-il payer le prix fort ? (CNRS)


GRAPHIQUE Nombre de décès par jour en France jusqu’au 1er juin 2020

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source : INSEE (2020)

Le vécu de l'épidémie

  • Stress, travail, médias... Comment avons-nous vécu le confinement ? (CNRS)
  • La solidarité au temps du Covid-19 : vers de nouveaux engagements (The Conversation)
  • Comment voisine-t-on dans la France confinée ? (INED)
  • Transports en commun et distance sociale. De l'omnibus au métro (Métropolitiques)
  • Grandeur et vicissitudes de la pandémie (Albert Ogien)


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Les répercussions économiques de l'épidémie

  • L’économie mondiale fait face à l’une des plus sévères récessions de son histoire (A la marge)
  • Après le confinement, une reprise sur la ligne de crête (Laurence Boone)
  • L'endettement élevé des entreprises : un frein à la reprise (William De Vijlder)
  • Pandémie : l'économie britannique s'effondre de 20% en avril (La Tribune)
  • Les comptes nationaux à l’épreuve du coronavirus (OFCE)
  • L’ampleur de la récession de 2020 n’est pas du tout la même dans les différents pays de l’OCDE : causes et conséquences (Patrick Artus)
  • Tout ce qui est différent dans cette crise (Patrick Artus)


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Croissance, fluctuations et crises

  • Qui supporte le poids des récessions? (Patrick Artus)
  • La crise des subprimes : portrait social (Métropolitiques)
  • Zone euro: qu’est-ce qui avait empêché une reprise rapide après la crise des subprimes? (Patrick Artus)
  • Pourquoi les pays émergents résistent moins bien aux crises que les pays de l’OCDE (Patrick Artus)
  • Quelles régions souffrent le plus des suites d’une récession mondiale et pourquoi? (Patrick Artus)


Environnement et ressources naturelles

  • Les masques jetables, fléau écologique et casse-tête à recycler (Le Monde)
  • Emissions de CO2 : après la chute, la rechute ? (Alter éco)
  • Le secteur pétrolier confronté à une baisse sans précédent des investissements (Le Monde)
  • Les investissements pour protéger l'environnement augmentent en 2018 (INSEE)


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Monnaie et finance

  • Les traders du parquet de Wall Street, maillons essentiels ou reliques du passé ? (La Tribune)
  • Cette fuite des capitaux qui menace les pays émergents (Hélène Rey)
  • La crise sanitaire va-t-elle générer une nouvelle crise bancaire ? (The Conversation)
  • La pandémie entame les trois niveaux de confiance dans la monnaie (The Conversation)


Politique monétaire

  • "Nous avons collectivement perdu la main sur la politique monétaire" (Laurence Scialom)
  • La BCE doit-elle rester indépendante ? (Alter éco)
  • De nouvelles priorités pour le mandat de la BCE (OFCE)
  • Les mesures de politique monétaire de l’Eurosystème face au COVID-19 (Banque de France)
  • Sortie de crise : jusqu’où pourra aller la BCE ? (The Conversation)
  • Vers des politiques monétaires tout le temps expansionnistes et vers les déséquilibres associés (Patrick Artus)
  • Faut-il se féliciter des choix des Banques Centrales ou faut-il être effrayé de ces choix? (Patrick Artus)
  • La politique monétaire ultra-expansionniste fait apparaître des rentes (Patrick Artus)


Quelle politique économique face à la récession ?

  • Et maintenant? Tout se complique, surtout en Europe (Charles Wyplosz)
  • Relance: quid des mesures allemandes? (Charles Wyplosz)
  • La Chine prête à soutenir davantage sa croissance (Le Monde)
  • Quelle est la bonne manière de stimuler l’économie ? (Project Syndicate)
  • Ne pas oublier que les politiques de soutien de la demande ne peuvent pas corriger un problème d’offre (Patrick Artus)
  • Relance économique : sommes-nous vraiment tous devenus keynésiens ? (The Conversation)


Finances publiques

  • La dette, solution et problème de la crise économique (Le Monde)
  • Dans l’espace budgétaire, qui vous entend crier ? (Alter éco)
  • Leçons historiques des fortes augmentations de la dette publique (Banque de France)


Intégration européenne

  • Brexit : Londres ne veut pas prolonger la période de transition avec l'UE (La Tribune)
  • Un New Deal européen ? (Daniel Gros)


Commerce international

  • Les conséquences économiques de la perturbation des chaînes d'approvisionnement mondiales (Project Syndicate)
  • France : le problème est-il la concurrence des émergents, ou la concurrence à l’intérieur de l’Europe? (Patrick Artus)
  • Les accords commerciaux favorisent les biens polluants (Alter éco)


Migration

  • Les opérations de sauvetage reprennent après un "printemps noir" en Méditerranée (Le Monde)
  • Quand le flot de l’argent des migrants se tarit (Alter éco)
  • Comment la récession économique pourrait chambouler les migrations (AFP)


Famille




Racisme

  • Une nouvelle conscience des injustices raciales est en train d’émerger aux Etats-Unis (Alter éco)
  • Une colère contre la pandémie (Barry Eichengreen)
  • "Il faut remonter aux années 1850 pour trouver une population blanche si importante manifester pour les Noirs" (AOC)
  • "Comparaison n’est pas raison" ? à propos des mobilisations pour George Floyd et Adama Traoré (AOC)
  • Violences policières en France : production de connaissances et mise en évidence d’un problème public (AOC)
  • Racisme des policiers ou racisme de la police, d’où viennent les discriminations ? (AOC)
  • Racisme, le déni français (AOC)


Inégalités


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Une génération Covid ? Les jeunes face à la crise

  • Les jeunes, "sacrifiés" économiques de la crise, une bombe sociale à retardement (La Tribune)
  • Avoir 20 ans au temps du coronavirus (Le Monde)
  • La pandémie assombrit l’avenir économique des jeunes (AFP)
  • Le stage, une galère pour les étudiants en quête d’emploi (Alter éco)
  • En temps de crise, la stratégie de la poursuite d’études (Le Monde)
  • Avec la crise, les conditions d’insertion dans la vie d’adulte se sont encore dégradées (Le Monde)


Travail, emploi, chômage

  • À la fin du premier trimestre 2020, l’emploi salarié chute de 2,0 % (INSEE)
  • Aérien, automobile, distribution… les dégâts du virus sur l’emploi (AFP)
  • Contrôles et radiations reprennent à Pôle emploi, dans un climat tendu (Alter éco)
  • Ce que le Covid-19 nous dit des marchés de l’emploi en Europe (Alter éco)
  • Le gouvernement ouvre la porte à un statut spécifique des travailleurs des plates-formes (Le Monde)
  • Agriculture : les migrants saisonniers récoltent ce que le Covid-19 a semé (The Conversation)
  • (Comment) retourner faire le ménage pour les autres en période de déconfinement ? (Contretemps)


GRAPHIQUE Evolution du nombre d'emplois salariés en France (en milliers)

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source : INSEE (2020)

Plans sociaux


Politique


Autour de la science économique

  • Commission Blanchard/Tirole : le triomphe de l’orthodoxie (Jean Gadrey)
  • Williamson, une vie de recherche dédiée à la nature et aux frontières de l’entreprise (The Conversation)


L'après-pandémie





lire la précédente revue de presse

samedi 13 juin 2020

Intégration européenne : la préhistoire du dernier tour de force de Merkel

« Tout au long de son mandat de chancelière allemande, Angela Merkel s’est régulièrement montrée des plus surprenantes. Ces derniers jours, elle s’est surpassée.

En 2010, Merkel avait contre toute attente insisté pour que le FMI soit inclus dans l’opération de sauvetage de la Grèce. Après 2011, elle a fait fermer les usines nucléaires allemandes, suite au désastre de Fukushima au Japon. Ensuite, en 2015, elle a ouvert les frontières allemandes à plus d’un million de réfugiés syriens. Et à présent, elle donne son accord à la proposition de la création d’un fonds de soutien de 500 milliards d’euros pour aider les pays-membres les plus touchés par la crise du Covid-19.

Chacune de ces décisions a provoqué des cris d’indignation en Allemagne, mais aussi amené certains dans le reste de l’Europe à se plaindre en voyant l’Allemagne jouer un rôle de meneur. Mais à chaque fois, Merkel avait insisté à l’idée qu’il n’y avait pas d’alternative. Sa dernière décision a été la plus surprenante. "L’Etat-nation n’a en soi pas d’avenir", déclara-t-elle durant une récente conférence de presse avec le président français Emmanuel Macron.

La perspective d’un fonds de soutien a amené plusieurs observateurs à se demander si l’Union européenne ne s’approcherait pas de son "moment hamiltonien". Dans les premières années de la république américaine, le premier secrétaire du Trésor étasunien, Alexander Hamilton, a affirmé que le gouvernement fédéral devait "assumer" les dettes accumulées par les Etats durant la Guerre d’indépendance. Il a gagné le débat, parce que la mutualisation de la dette semblait nécessaire pour résoudre l’urgence immédiate.

Mais il serait erroné de penser qu’une crise suffit pour écarter les obstacles à un approfondissement de l’intégration. Quand la crise de l’euro a éclaté il y a une décennie, les fédéralistes espéraient qu’elle donnerait l’impulsion manquante pour le projet européen. En fait, les Etats-membres se sont davantage fracturés entre le nord et le sud à propos de la dette. Dans les années qui ont suivi, la Russie et la Chine ont attiré les Etats-membres individuels de l’UE sur leur orbite, le Royaume-Uni s’est formellement retiré du bloc et le président américain Donald Trump a abandonné l’alliance transatlantique.

Comme les crises de la dette souveraine et des réfugiés, ces développements géopolitiques ont davantage fracturé l’Europe entre le nord et le sud et entre l’est et l’ouest. Les conditions historiques clés qui permettent une grande impulsion au-delà de l’Etat-nation ont toujours manqué. La question est alors de savoir pourquoi le Covid-19 pourrait faire ce que le président russe Vladimir Poutine, Trump, le Brexit et les précédentes querelles autour de la dette publique n’ont pas réussi à faire.

Il y a deux raisons amenant à penser que la crise actuelle est en effet différente. Pour commencer, la pandémie est fondamentalement une crise née de la mondialisation, requérant une réponse mondiale coopérative. Deuxièmement, les comparaisons de mortalité et des taux d’infections entre les pays et les régions et la profondeur et l’échelle terrifiantes des répercussions économiques de la pandémie ont donné du crédit à la bonne gouvernance aux yeux d’une grande partie du public. Il n’y a pas de secret derrière les niveaux élevés d’infections et de morts aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Brésil. Chacun de ces trois pays a un gouvernement incompétent, aveuglé par l’idéologie et incoordonné.

A la différence de Trump ou du président brésilien Jair Bolsonaro, Merkel et Macron ne sont pas enclins à déployer la politique de l’émotion. Au contraire, tous deux préfèrent se présenter comme des dirigeants compétents qui prennent des décisions en se basant sur les preuves empiriques. Et les preuves empiriques relatives à la pandémie du Covid-19 suggèrent que l’Etat-nation est en effet mal équipé pour la crise immédiate ; les besoins les plus urgents sont soit hautement locaux, soit supranationaux.

La question des "réponses nécessaires" est particulièrement prégnante en Allemagne qui, comme l’Italie, a été une création du nationalisme du dix-neuvième siècle. Avant Otto von Bismarck (et son équivalent italien, Camillo Cavour), ce que nous appelons désormais l’Allemagne était composé de plusieurs petits Etats. Chacun d’entre eux donnait beaucoup d’importance à son identité locale, mais aucun n’était particulièrement bon pour surmonter les défis techniques et économiques posés par un monde où les marchés, les échanges et de nouvelles formes de communication et de transport croissaient. Quand ces petites entités s’unifièrent, le journaliste libéral Ludwig August von Rochau observait, ce n’était pas en raison d’une "sympathie d’âmes", mais "purement" pour des "raisons d’affaires".

En d’autres termes, l’Etat-nation était impulsé pour des questions pratiques. Avant la Paix de Westphalie en 1648, il y avait 3.000 à 4.000 territoires indépendants, pour la plupart sujets à une juridiction impériale lâche. Au dix-huitième siècle, ce chiffre avait été réduit à un nombre compris entre 300 et 400 ; et, après 1815, tous devinrent membres de la Confédération allemande. A la fin du dix-neuvième siècle, il y avait juste trois Etats avec d’importantes populations germanophones : l’Empire allemand, l’Empire austro-hongrois et la Confédération suisse.

En d’autres termes, le nombre d’Etats en Europe centrale a été divisé par dix au cours de chaque siècle. Cela ne doit pas nous amener à penser qu’il y aura seulement un tiers d’Etat en Europe centrale ; l’Histoire ne suit pas des lois mathématiques. Néanmoins, il est clair que les vieux Etats-nations sont forcés de reconsidérer leur place dans le monde.

En fait, les récentes décisions par la Cour constitutionnelle fédérale allemande contre la Banque centrale européenne représentent la dernière poussée vers un approfondissement de l’intégration européenne. Bien qu’elles imposent nominalement une limite sur la participation de la Bundesbank dans les programmes d’achats obligataires de la BCE, elles n’auront pas pour effet de mettre un terme au projet européen, mais plutôt de forcer à la création d’une fondation légale et politique sur laquelle le projet pourra se poursuivre.

En outre, aucun pays n’a de Constitution donnant autant d’importance à l’idée d’Europe que l’Allemagne. La Loi fondamentale allemande de 1949 déclare que le peuple allemand est "animé de la volonté de servir la paix dans le monde en qualité de membre égal en droits dans une Europe unie". L’article 24 de ce document prévoit explicitement une "limitation des droits de souveraineté" au nom d’"un ordre pacifique durable en Europe".

Au dix-neuvième siècle, les Etats-nations se sont forgés dans le sang et le fer. Aujourd’hui, quelque chose de nouveau est créé de la médecine et de la politique économique. »

Harold James, « The prehistory of Merkel’s latest coup », 1er juin 2020. Traduit par Martin Anota

dimanche 7 juin 2020

Les liens de la semaine

La propagation de l'épidémie

  • L’épidémie due au coronavirus est "contrôlée" en France, selon le président du conseil scientifique (Le Monde)
  • Coronavirus dans le monde : pour Donald Trump, les Etats-Unis ont "largement surmonté" la pandémie (Le Monde)
  • En Suède, les nouvelles contaminations au coronavirus repartent à la hausse (La Tribune)
  • Covid-19 en Afrique : "la flambée épidémique que l’on craignait ne s’est pas encore produite" (The Conversation)
  • Comment la jeunesse de sa population peut expliquer le faible nombre de morts du Covid-19 en Afrique (The Conversation)
  • Pourquoi Bergame ? Le virus au bout du territoire (Métropolitiques)


GRAPHIQUE Nombre de malades, morts et guéris du Covid-19 dans le monde

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source : Le Monde (2020)

La gestion de l'épidémie

  • Covid-19 : le confinement est d’autant plus efficace qu’il est adopté tôt (A la marge)
  • Comment le Grand Confinement a sauvé des vies (FMI)
  • Covid-19 : quelques intuitions chiffrées pour éclairer la débâcle française (Eloi Laurent)
  • Coronavirus : pour le conseil scientifique, un nouveau confinement généralisé n’est "pas souhaitable" (Le Monde)
  • Coronavirus : au Cameroun, la gestion de la pandémie sévèrement critiquée (Le Monde)
  • Stratégies de sortie de confinement (Télos)
  • Traçages et fusions. Du danger d’enrichir les bases de données de réseaux sociaux (La Vie des idées)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 en France

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source : Le Monde (2020)

Autour du masque


La population face à l'épidémie

  • Didier Raoult, les leçons d’une ascension (Le Monde)
  • Quel sens donner aux comportements à risque face au Covid-19 ? (AOC)
  • "Nos conceptions des maladies sont culturellement construites" (AOC)


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Les conséquences économiques de l'épidémie

  • Covid-19 : même sans confinement, l’épidémie pèse sur l’économie (A la marge)
  • Coordonner le déconfinement de l’Europe, un enjeu économique fort (IPP)
  • Un choc économique d’une rare violence (Guillaume Duval)
  • Quelle trajectoire pour l’économie française ? (Philippe Waechter)
  • Évaluation de l'impact économique de la pandémie de COVID-19 et des mesures de confinement sur l'économie mondiale en avril 2020 (OFCE)
  • Quelle est la trajectoire la plus plausible pour la reprise ? (The Conversation)
  • Une reprise en V, vraiment ? (Michel Husson)
  • Pénuries, faim et pauvreté : les Africains inquiets des conséquences du coronavirus (Le Monde)


GRAPHIQUE Croissance annuelle du PIB français en très longue période (en %)

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source : Philippe Waechter (2020)

Environnement et ressources naturelles

  • Pétrole : l’OPEP et la Russie prolongent d’un mois leurs baisses de production historiques (Le Monde)
  • Le mois de mai le plus chaud jamais enregistré (Le Monde)
  • La crise sanitaire ne fera pas reculer le changement climatique (La Tribune)
  • Quelle planète après la pandémie ? (Project Syndicate)


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Monnaie et finance

  • Les banques centrales réduisent-elles le risque de crise financière en allant à contre-courant ? (D'un champ l'autre)
  • La Banque centrale européenne annonce un nouveau et énorme plan de soutien à l’économie (Le Monde)
  • Pourquoi une réponse forte des banques centrales en cas de crise ? (Banque de France)
  • Les banques centrales, nouvelles gardiennes du chaos ? (The Conversation)
  • Croit-on que la BCE va essayer de réduire la taille de son bilan après la crise? (Patrick Artus)
  • Quel effet sur les banques et sur le crédit dans la zone euro des taux d’intérêt négatifs de la BCE? (Patrick Artus)
  • Faut-il ne jamais revenir à une politique monétaire plus restrictive ? (Patrick Artus)


Politique économique

  • Face à la crise, 8 solutions au banc d’essai (Alter éco)
  • Quelles préconisations de politique économique après la crise du Covid ? (Patrick Artus)
  • Deux chocs liés à la pandémie: quels effets sur l’efficacité des politiques économiques ? (Patrick Artus)
  • Le risque d’un contenu en importations très important des plans de relance (Patrick Artus)


Finances publiques

  • Budget : avec 40 milliards de plus pour les entreprises, la dette publique va s'envoler à 120,9% du PIB (Patrick Artus)
  • Comment réduire les déficits publics? Un hommage à A. Alesina (Patrick Artus)
  • Peut-on rendre indolore le retour à la solvabilité budgétaire? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Décomposition des engagements budgétaires (en % du PIB de l'année 2019)

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source : OFCE (2020)

Commerce international

  • En Asie du Sud-Est, l’économie vietnamienne se positionne pour l’après-Covid (Le Monde)
  • Accord UE-Mercosur : les Pays Bas infligent un revers majeur à Bruxelles (Alter éco)
  • La démondialisation va nuire à la croissance dans le monde entier (Project Syndicate)
  • Voit-on se dessiner la carte des nouvelles chaînes de valeur régionales? (Patrick Artus)
  • La zone euro, dernière région mercantiliste? (Patrick Artus)


Intégration européenne


Inégalités et justice sociale

  • Une double peine : les conditions de logement et de confinement des familles monoparentales (Métropolitiques)
  • Les inégalités s’accroissent-elles vraiment ? Niveau de vie, mobilité sociale et répartition en France (Patrick Artus)
  • D’où vient l’ouverture des inégalités de patrimoine? (Patrick Artus)
  • Mieux partager les richesses ? La crise du Covid-19 relance le débat (La Tribune)
  • L’Espagne adopte le revenu minimum vital (Alter éco)
  • Pour en finir avec le revenu universel (Louis Maurin)


Education

  • « La classe est un lieu où l’on accède au commun » (Philippe Meirieu)
  • Que deviennent les jeunes des quartiers prioritaires de la ville après leur bac ? (Céreq)


Travail, emploi, chômage

  • Les Etats-Unis ont créé 2,5 millions d’emplois en mai, la thèse d’un rebond rapide de l’économie confortée (Le Monde)
  • Sur les inscrits à Pôle Emploi en Avril (Philippe Waechter)
  • Génération confinement (Emmanuel Combe)
  • Chômage partiel : le bon moment pour en sortir ? (Alter éco)
  • Muriel Pénicaud a-t-elle vraiment recommandé une baisse des salaires ? (Le Monde)
  • La hausse du chômage dans la zone euro due à la crise du Covid peut-elle se corriger rapidement? (Patrick Artus)
  • Quelle indemnisation pour les victimes du coronavirus ? (Alter éco)
  • Etats-Unis : le déclin du pouvoir des travailleurs (Ioana Marinescu)
  • Pourquoi la baisse rapide du chômage après les récessions aux Etats-Unis? Est-ce que ce sera encore le cas après la crise du Covid? (Patrick Artus)
  • Déconfinement : les femmes cadres aussi au bout du rouleau ? (The Conversation)
  • Travail gratuit et guerre des valeurs (La Vie des idées)
  • Droits rechargeables : informer les chômeurs de leurs droits diminue le non-recours (INSEE)


Violences policières


Autour de la mort de George Floyd

  • Mort de George Floyd : Donald Trump, président de la division (Le Monde)
  • Un nouvel été long et suffocant aux États-Unis (Project Syndicate)
  • Ce que la mort de George Floyd et ses conséquences disent de l’Amérique (The Conversation)
  • La mort de George Floyd et celle du rêve américain (The Conversation)
  • Quand Trump déclare la guerre civile raciale en Amérique (AOC)
  • Mort de George Floyd : des images traumatisantes de sinistre mémoire (The Conversation)


Migration

  • À l'ombre de la pandémie : mourir et disparaître aux frontières (The Conversation)
  • Covid-19 et migrations en Afrique : la réduction des mobilités, une riposte efficace ? (The Conversation)
  • Mayotte : comment la France a fragmenté le droit de la nationalité (The Conversation)
  • Essor des partis d’extrême droite en Europe et immigration : un lien positif mais pas mécanique (CEPII)


Politique

  • La crise existentielle du parti présidentiel (Le Monde)
  • Quelle démocratie réinventer après le Covid-19 ? (Julia Cagé)
  • Comment la crise souligne les faiblesses des extrêmes (The Conversation)
  • Listes citoyennes : un cas concret et quelques désillusions (The Conversation)
  • Élections municipales : un outil pour évaluer la démocratie participative au sein des listes (The Conversation)
  • L’explosion des groupes parlementaires est-elle vraiment efficace ? (The Conversation)


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Géopolitique

  • Les Européens face à la muraille de Chine (Le Monde)
  • La Chine devra-t-elle revoir ses ambitions sur la scène internationale ? (Alter éco)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

samedi 6 juin 2020

Quelques leçons de l’entre-deux-guerres pour l’après-pandémie

« Quand (et comment) mettre fin aux mesures de confinement adoptées face au Covid-19 est devenue la question politique principale dans chaque pays touché. La chancelière allemande Angela Merkel est allée jusqu’à décrire ce débat de plus en plus intense comme une collection d’"orgies de discussion". Au cœur de ce débat, il y a la question de la répartition des coûts économiques et budgétaires associés à la crise. Le point de comparaison historique le plus proche est la période d’entre-deux-guerres du vingtième siècle, qui offrit une formation accélérée de navigation dans les circonstances budgétaires extrêmes.

Comme la crise du Covid-19, la Première Guerre mondiale fut une longue histoire, durant bien plus longtemps que les gens ne l’avaient initialement anticipé. Pendant l’été 1914, beaucoup supposaient que le conflit se terminerait avant noël. De même, au début de l’année 2020, beaucoup espéraient qu’un bref confinement stopperait la diffusion du coronavirus. Dans les deux cas, le choc économique a été fortement sous-estimé au départ.

La Première Guerre mondial déclencha deux types de réponses nationales complètement différents, bien que ce n’était initialement pas apparent. Chacun d’entre eux provoqua une perturbation de long terme, mais l’un d’entre eux fut plus dévastateur que l’autre. Aucun belligérant ne pouvait payer la mobilisation militaire massive via la seule imposition, donc la guerre fut financée via l’emprunt et une grande partie de cette dette fut ensuite monétisée par les banques centrales. Une telle action était nécessaire et appropriée pour gérer la situation d’urgence et les banquiers centraux se félicitèrent pour leur débrouillardise et leur patriotisme face à ces circonstances atténuantes.

L’impact sur les Budgets a été relativement uniforme d’un pays à l’autre. Lors de la dernière année du conflit, les dépenses militaires représentèrent environ 70 % des déficits en Italie, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, 80 % en France et plus de 90 % en Allemagne. Les hausses de prix ont également été assez comparables d’un pays à l’autre : les prix plus que doublèrent, mais il n’y a pas eu d’inflation extrême en-dehors de Russie.

Les plus grosses différences vinrent après la guerre. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis, qui faisaient face à des coûts de service de la dette massifs pour leurs dettes de guerre, essayèrent de revenir à la normale aussi vite que possible. Ils cherchèrent à le faire en équilibrant leur Budget avec des hausses substantielles d’impôts, notamment des taux d’imposition sans précédent pour les riches. Cette approche (la première expérience d’austérité induite du monde moderne) a étouffé la demande globale et déclenché une récession exceptionnellement forte, mais temporaire.

A l’inverse, une Allemagne vaincue, comme presque tout autre pays d’Europe centrale, craignait une sévère déflation. Avec une population épuisée et démoralisée par le conflit et sa conclusion, le gouvernement était réticent à imposer de nouveaux impôts. Les responsables de la politique économique considérèrent les programmes sociaux comme nécessaires pour maintenir la paix l’ordre domestiques, si bien qu’ils s’appuyèrent sur la banque centrale pour s’occuper du financement et continuèrent à dépenser massivement dans les prestations sociales et l’emploi du secteur public. Contrairement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, le gouvernement allemand avait supposé que la situation d’urgence du temps de guerre ne s’était pas arrêtée, que la paix était une extension du conflit. Les discussions politiques continuèrent de présenter des mesures d’urgence et la rhétorique radicale qui avait été utilisée pour justifier des politiques similaires durant la guerre. Bien sûr, la politique allemande finit par provoquer de l’hyperinflation et ensuite une profonde désintégration sociale.

Les responsables de la politique économique font aujourd’hui face à la même tentation de prolonger la situation d’urgence et de différer l’estimation et la redistribution des coûts. Après tout, on ne sait pas vraiment ce que l’on pourrait qualifier de fin pour la crise du Covid-19, dans le mesure où il peut y avoir des vagues récurrentes d’épidémie, comme ce fut le cas avec la pandémie de grippe espagnole qui commença à la fin de la Première Guerre mondiale.

En outre, la réponse à la crise financière mondiale de 2008 a créé un terrible précédent. Comme avec toute mobilisation en temps de guerre, il était clairement nécessaire de mener des actions d’urgence pour gérer la crise immédiate. Mais un sentiment de fragilité et de vulnérabilité persista longtemps après que l’urgence fut passée, parce que plusieurs pays ne voulaient pas ou n’étaient pas capables de poursuivre la réduction de la dette avec des amortissements de dette, par peur que ceux-ci puissent déclencher une nouvelle vague de turbulences financières.

Comme dans le sillage de la crise de 2008, les responsables de la politique économique se sont aujourd’hui engagés à faire "tout ce qui est nécessaire" (whatever it takes). Alors que les banques centrales majeures ont la puissance de feu pour faire face à la crise de liquidité immédiate, le plus dur viendra avec l’allocation des coûts. Ces coûts vont inclure non seulement le supplément de dépenses nécessaires pour faire face à l’urgence médiale, mais aussi les pertes subies par les entreprises affectées par le confinement. Si les entreprises privées ne sont pas renflouées, la focale se déplacera sur le sort de leurs travailleurs. Est-ce que les mesures temporaires visant à compenser le revenu perdu par les chômeurs deviendront de nouveaux éléments permanents de l’Etat-providence ? Est-ce que les pays vont commencer à embrasser une certaine forme de revenu universel ou de revenu de base ?

Les années 1920 furent aussi une époque d’expérimentations radicales en matière de politique sociale. La leçon à tirer de cette période est que de tels programmes ne peuvent être financés simplement via une poursuite des mesures d’urgence. Pour être durables, ils doivent en définitive être valorisés (priced) correctement et financés via l’imposition (ou, dans certains cas, à l’aide de l’annulation de dettes).

Evidemment, lorsque l’on est confronté à une situation d’urgence, on ne doit pas penser à la facture. Mais nous ne pouvons pas non plus ignorer ce qui arrivera après. Ceux qui appellent aujourd’hui à une fin immédiate au confinement ont l’obligation de parler sincèrement et ouvertement de la répartition future des coûts. Jusqu’à présent, ce débat a été esquivé. L’expérience de la période de l’entre-deux-guerres suggère qu’éviter les questions difficiles mène tout droit au désastre. »

Harold James, « The day after tomorrow », 5 mai 2020. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Pourquoi les gouvernements empruntent-ils ? »

« Faut-il s’inquiéter de la hausse de la dette publique ? »

« Faut-il s'inquiéter de la dette publique lorsque les taux d’intérêt sont faibles ? »

« Quelques leçons de Reinhart et Rogoff sur les crises financières et la dette souveraine »

dimanche 31 mai 2020

Les liens de la semaine


GRAPHIQUE Nombre de malades, morts et guéris du Covid-19 dans le monde

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source : Le Monde (2020)

Propagation de l'épidémie

  • Coronavirus dans le monde : l’opposition veut une commission d’enquête sur la gestion du Covid-19 en Suède (Le Monde)
  • La dynamique de l’épidémie est en forte baisse (The Conversation)
  • Trajectoires épidémiques comparées du COVID-19 dans 7 pays (INED)
  • Géographie de la pandémie de Covid-19 en France et en Allemagne : premiers enseignements (The Conversation)
  • Diffusion de l’épidémie : le dessous des cartes (Nadine Levratto)
  • Face au virus, des inégalités ethnoraciales invisibilisées (Alter éco)
  • Comment compter nos morts du Covid ? (The Conversation)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 en France

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source : Le Monde (2020)

Gestion de l'épidémie

  • Coronavirus : la France se prépare à entamer la "phase 2" de son déconfinement (Le Monde)
  • Le confinement, une épreuve surmontée (Le Monde)
  • Déconfinement : échappera-t-on à la "tragédie des communs" ? (The Conversation)
  • Sommes-nous plus préoccupés par la santé ou par l’économie ? (The Conversation)
  • Coronavirus, "mascarade" et "grippette" : la mémoire sélective d’Agnès Buzyn (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de décès par jour en France jusqu’au 18 mai

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source INSEE (2020)

Les répercussions économiques de la pandémie

  • Selon l’Insee, l’activité se contractera de 20 % au deuxième trimestre (Le Monde)
  • France, le pire est passé mais le plus dur reste à faire (Philippe Waechter)
  • Impact économique de la crise sanitaire (Olivier Bouba-Olga)
  • Europe : qui est le plus affecté par la crise ? (Guillaume Duval)
  • Afrique : quand le Covid masque la faim (Alter éco)
  • Malgré le secteur technologique, la situation des Etats-Unis est inquiétante (Patrick Artus)
  • Qu’apprendre de la Chine sur la reprise économique? (Patrick Artus)
  • Recul de l’offre (de biens et services) dans certains secteurs d’activité: quel effet sur l’ensemble de l’économie? (Patrick Artus)
  • S’il y a choc d’offre négatif dans certains secteurs, aucun scénario n’est favorable (Patrick Artus)
  • Le problème de macroéconomie mondiale est assez simple (Patrick Artus)


GRAPHIQUE PIB français en volume (en milliards d'euros)

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source : INSEE (2020)

Inflation


Monnaie et finance

  • Réguler en temps de pandémie (Project Syndicate)
  • Ne nous privons pas de l'outil monétaire ! (Alain Grandjean)
  • Comment réfléchir aux décisions de la BCE dans le futur? (Patrick Artus)
  • Quels sont les obstacles à la bonne transmission de la politique monétaire à l’économie? (Patrick Artus)
  • Quand il y a croissance rapide de l’offre de monnaie, quatre réactions possibles des agents économiques (Patrick Artus)
  • La monnaie hélicoptère (1): les origines du concept, de M. Friedman à J. Gali (Alter éco)


Etat et marché


Zoom sur l'industrie automobile (et son sauvetage)

  • Primes, aides et relocalisations : ce que contient le plan automobile (Le Monde)
  • La délicate mutation de l’automobile française (Le Monde)
  • Le bon plan auto : en sortir ! (Alter éco)


L'Etat au secours des entreprises

  • Covid-19 et entreprises : comment éviter le pire ? (OFCE)
  • Quelles contreparties exiger des entreprises aidées ? (Alter éco)
  • Le sauvetage de Lufthansa se heurte aux résistances de la Commission européenne (Le Monde)
  • Les aides publiques peuvent distordre la concurrence (Emmanuel Combe)
  • Des zombies plutôt que des faillites d’entreprise ? (Patrick Artus)
  • La séquence des urgences pour la politique économique (Patrick Artus)


Commerce international


Zoom sur le plan de relance européen

  • Dettes mutualisées : Merkel en passe de réussir son pari en Allemagne (La Tribune)
  • La Commission européenne propose un plan de relance de 750 milliards, empruntés en commun (Le Monde)
  • Plan de relance de la Commission : une chance historique pour l’Europe (Le Monde)
  • 750 milliards d’euros, le diable et les détails (Guillaume Duval)
  • On ne peut pas comprendre la réticence des Allemands et des Hollandais vis-à-vis du fonds d’investissement de la zone euro (Patrick Artus)


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Intégration européenne

  • Les négociations post-Brexit à un tournant décisif (La Tribune)
  • L’Europe doit choisir sa philosophie (Philippe Waechter)
  • Quand Merkel et Macron endossent la tunique mythique du couple franco-allemand (The Conversation)
  • L’initiative de relance ou l’arrêt de Karlsruhe ? (Bruno Amable)
  • La pandémie, la survie et l’impossible État européen (AOC)
  • Dans la zone euro, il faut se demander quel est le risque le plus grave (Patrick Artus)
  • D’autres règles budgétaires en Europe après la crise du Covid? (Patrick Artus)


Education

  • ParcourSup : une sélection qui avance masquée (Alter éco)
  • École à la maison : les inégalités sont de nature pédagogique (AOC)
  • La formation des petits performants (La Vie des idées)


Inégalités et justice sociale

  • Les difficultés des associations aux temps du coronavirus (Alter éco)
  • Pauvreté et COVID-19, le "cauchemar américain" (La Tribune)
  • Peut-on tirer des enseignements de l’expérimentation finlandaise de revenu universel ? (Guillaume Allègre)
  • Quels sont les indicateurs de mesure des inégalités de revenus ? (Louis Maurin)
  • Quelle est la meilleure manière de mesurer les inégalités de revenus : en pourcentage ou en euros ? (Louis Maurin)


GRAPHIQUE Salaires planchers nets mensuels des hauts salaires en 2017 (en euros, en équivalent temps plein)

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source : INSEE (2020)

Zoom sur les salaires

  • Les entreprises ont annoncé les premiers gels de salaires liés au Covid-19 (Le Monde)
  • Pourquoi est-il difficile de comparer les salaires des infirmiers français à ceux d’autres pays (Le Monde)
  • Hôpital : la nécessité d’une hausse des salaires (Le Monde)
  • Les hauts salaires dans le secteur privé. Davantage de directeurs que de traders et de footballeurs (INSEE)


GRAPHIQUE Part de la masse salariale perçue par le top 1 % et le top 0,1 % (en %)

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source : INSEE (2020)

Travail, emploi, chômage

  • Le problème des Etats-Unis : l’excessif pouvoir de monopole des firmes ou l’insuffisant pouvoir de négociation des travailleurs ? (A la marge)
  • Hausse inédite du chômage en avril : 840 000 demandeurs d’emploi supplémentaires (Le Monde)
  • Le confinement a-t-il vraiment mis 1,1 million de Français au chômage ? (Le Monde)
  • Un jeune sur six est privé d'emploi en raison de la pandémie (La Tribune)
  • La force majeure, arme de destruction du CDD (Alter éco)
  • Participation, intéressement : attention aux inégalités (Christian Chavagneux)
  • Chômage : la crise plombe la dette (Le Monde)
  • La crise du COVID-19 et le marché du travail américain : hausse des inégalités et de la précarité en perspective (OFCE)
  • La complication de cette crise: les emplois ne vont pas être recréés là où ils sont détruits (Patrick Artus)
  • Vers un chômage de masse lié à la mutation vers une économie "numérique" ? (Patrick Artus)
  • Sortie de crise : le débat autour du temps de travail est-il obsolète ? (La Tribune)
  • Pourquoi mon travail est essentiel (The Conversation)
  • Le travail à l’épreuve du Covid-19 (Dominique Méda)
  • En Inde, l’interminable tragédie des travailleurs migrants, victimes du confinement (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A (en millions)

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source : AFP, d'après Pôle emploi

Politique

  • LREM entre deux rives (The Conversation)
  • Comment Emmanuel Macron a raté son rendez-vous symbolique avec les Français (The Conversation)
  • En politisant la politique de santé Trump a pris un risque majeur pour sa réélection (Télos)
  • Joe Biden en route vers la Maison Blanche ? (The Conversation)
  • Le SRAS-Cov2 remet en cause la doctrine "Un pays, deux systèmes" en Chine (The Conversation)
  • Pologne et Hongrie : Covid-19 et tentation autoritaire (AOC)
  • StopCovid ou l’arbre qui cache la forêt (AOC)
  • La république et la politique du troupeau (AOC)
  • Radicalement pragmatiste (La Vie des idées)


Géopolitique


Autour de la sociologie





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

lundi 25 mai 2020

Petit tour d’horizon des travaux d’Alberto Alesina (1957-2020)

« De bien tristes nouvelles cette semaine pour la communauté des économistes : Oliver Williamson et Alberto Alesina viennent de décéder. Williamson était en mauvaise santé depuis un certain temps, mais la mort d’Alesina est un plus grand choc : il a apparemment eu une crise cardiaque alors qu’il était en randonnée avec sa femme, à l’âge de 63 ans. Alors que l’un est plus connu pour la microéconomie de la firme et l’autre pour l’économie politique, il y a en fait un lien étroit entre leurs agendas de recherche. Ils ont tenté d’ouvrir les "boîtes noires" dans la modélisation économique (à propos de l’organisation des firmes et de la nature des contraintes politiques sur l’activité économique) pour clarifier les différences de comportements entre les entreprises et les gouvernements. (...)

(…) Si Williamson s’intéressait à l’ordre privé, Alesina s’est focalisé sur les contraintes publiques sur le comportement. Il était un candidat évident pour l’attribution d’un Nobel à l’économie politique. Les économistes sont des technocrates. Ils ont des modèles de croissance, de la recherche-développement et de la coordination entre Etats, etc. Ces modèles proposent des politiques. La critique de l’école du public choice, selon laquelle les politiciens et les technocrates peuvent échouer à mettre correctement en œuvre ces politiques, est bien connue. L’approche du "cycle politique" de Nordhaus suggère que les politiciens tirent avantage d’électeurs myopes en menant, par exemple, des politiques expansionnistes avant une élection, générant un moindre chômage aujourd’hui, mais un surcroît d’inflation demain.

Les études d’Alesina sont allées plus loin que chacune de ces approches. Entré dans la profession après la révolution des anticipations rationnelles, Alesina a vu à quel point les économistes étaient sceptiques à l’idée que les politiciens puissent, à chaque cycle électoral, tirer avantage des électeurs de la même façon. J’aime présenter les anticipations rationnelles aux étudiants comme la règle de Bob Marley : "Vous pouvez tromper certains un certain temps, mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps". Plutôt que d’être myopes, les électeurs n’observent pas parfaitement les actions ou informations du gouvernement. Les politiciens veulent satisfaire leurs propres préférences (l’"idéologie") et aussi être réélus ("préoccupations de carrière"). Les électeurs ont d’autres préférences. Nous nous demandons alors : dans quelle mesure les politiciens peuvent-ils utiliser leur information privée pour satisfaire les préférences qui sont les leurs mais non celles de la "société" ? comment cela affecte-t-il la faisabilité des unions politiques, de la politique monétaire, de la politique budgétaire, etc. ?

Une incertitude importante est celle des électeurs à propos de l’identité du gagnant d’une élection. Considérons un gouvernement qui peut dépenser dans l’armée ou dans l’éducation (les "pistolets" ou du "beurre") et peut financer ces dépenses via la dette s’il le désire. Un planificateur social bienveillant utilise la dette pour financer l’investissement de telle façon que le fardeau fiscal soit réparti au cours du temps. Dans un modèle macroéconomique politique, Alesina et Tabellini montrent cependant qu’il y aura un emprunt excessif, en particulier quand les élections sont proches. Si je préfère les dépenses militaires à l’éducation, je peux accroître la dette publique quand je suis au pouvoir pour financer des dépenses militaires. Non seulement cela me permet d’avoir davantage d’armée aujourd’hui, mais cela contraint aussi les autres partis de dépenser autant dans l’éducation demain puisque la charge de la dette sera trop élevée. A l’équilibre, les deux partis essayent de contraindre l’action de leur rival à l’avenir en finançant aujourd’hui des dépenses par l’emprunt. Le modèle fait de claires prédications à propos de la façon par laquelle la dette est reliée aux fondamentaux de la société (la polarisation politique, et ainsi de suite), sans qu’un acteur ait à être irrationnel, c’est-à-dire ni l’électeur, ni le politicien.

Il n’est pas difficile de voir que les intérêts des économistes sont étroitement liés à leur pays d’origine. Plusieurs de nos meilleurs macroéconomistes viennent d’Argentine, un pays marqué par une forte instabilité macroéconomique. Les Américains sont surreprésentés dans la microéconomie appliquée, ce qui n’est pas surprenant étant donnée l’importance des questions de la santé, de l’éducation et du travail dans les débats politiques aux Etats-Unis. Les Français, avec leur niveau élevé de formation technique dans les écoles et les universités, ont plusieurs grands théoriciens. Et il n’est pas surprenant que les Italiens soient souvent intéressés par la façon via laquelle les incitations politiques affectent et limitent le comportement économique. Une fois que vous commencez à appliquer les idées d’Alesina, le comportement des politiciens et les implications pour la société deviennent clairs. Pourquoi est-ce que les politiques délèguent certaines tâches aux bureaucrates et pas d’autres ? Comme le montrent Alesina et Tabellini (2007), les politiciens délèguent les tâches pour lesquelles ils pourraient être blâmés s’ils les réalisaient et échouaient. Pourquoi est-ce que les Etats-Unis n'ont pas de puissant Etat-providence en comparaison avec l’Europe ? Les distorsions provoquées par la taxation, la mobilité du revenu relative et le pouvoir politique des pauvres ne sont pas importants relativement à la fragmentation raciale et cette dernière explique aussi les changements dans les préférences européennes au cours du temps, comment le suggèrent Alesina, Glaeser et Sacerdote (2001) et Alesina, Miano et Stantcheva (2018).

Peut-être que l’une des questions les plus saillantes d’Alesina est aussi l’une de ses plus anciennes questions. Alesina et Spoloare (1997) se demandaient : pourquoi y a-t-il autant de pays ? Y en a-t-il "de trop" et qu’est-ce que cela signifie ? Dans une crise comme celle du Covid-19, serions-nous mieux avec une union budgétaire européenne plutôt qu’avec une myriade de pays indépendants ? Les gros pays peuvent soulever des fonds en provoquant moins de distorsions, fournir des biens publics en profitant des économies d’échelle et procéder à des transferts infranationaux qui permettent de mieux absorber les chocs régionaux ; ce sont à la fois des hypothèses et des faits empiriques. D’un autre côté, plus un pays est gros, moins il y a d’accord sur la façon de valoriser les biens publics. Considérons une région aux abords d’un pays existant, disons le Sud-Tyrol en Italie. S’il fait sécession, il paiera plus d’impôts pour financer ses biens publics, mais les biens publics fournis seront plus proches de ses préférences. Dans une sécession démocratique, les électeurs du Sud-Tyrol ne se demandent pas dans quelle mesure leur sécession pousse à la hausse les coûts pour le gouvernement de l’Italie restante. Dans ils sont trop susceptibles de faire sécession relativement à ce que préférerait un planificateur social.

Nous pouvons voir cet effet dans l’UE aujourd’hui. Une union budgétaire européenne réduirait le coût de fourniture de certains biens publics, fournirait une meilleure assurance face aux chocs. Cependant, les Allemands et les Hollandais ont des préférences en matière de biens publics très différentes de celles des Italiens et des Grecs. Un planificateur équilibrerait le coût marginal d’un moindre alignement pour le citoyen moyen de l’UE avec le bénéfice marginal de moindres coûts de biens publics. Un dirigeant élu allemand va mettre plus de poids sur le coût marginal d’un moindre alignement pour le citoyen allemand moyen (plus élevé que celui du citoyen médian européen) relativement au bénéfice marginal de moindres coûts en biens publics (moins important, parce qu’il ne prend pas en compte les biens publics moins chers pour les Grecs et les Italiens quand l’Allemagne se joint à eux pour emprunter conjointement). Nous nous retrouvons alors avec trop peu d’action budgétaire coordonnée. Ce manque de fourniture de biens publics amène certains Européens à être sceptiques à propos des autres acteurs du projet européen : l’une des ultimes tribunes d’Alesina portait sur la réponse désastreusement nationaliste au Covid-19. Luis Garicano, le célèbre économiste espagnol et actuel député européen a eu une intéressante discussion avec Luigi Zingales précisément sur ce point.

Les travaux d’Alesina étaient respectés en science politique, pas seulement en science économique. Ce que j’ai particulièrement aimé à propos d’Alesina était à quel point ses conseils de manière de politique étaient idéologiquement confus, en particulier en ce qui concerne les Américains. Il soutenait simultanément une baisse du taux d’imposition pour les femmes sur la base de la dynamique intrafamiliale et était le principal partisan de l’austérité expansionniste, c’est-à-dire des baisses des dépenses publiques durant les récessions ! L’idée du taux d’imposition se basait sur la plus grande élasticité de l’offre de travail des femmes, si bien qu’il s’agit d’une application directe de la règle de Ramsey. L’austérité expansionniste se basait sur un passage en revue sérieux des plans d’austérité menés sur plusieurs décennies. Il a présenté ces idées et bien d’autres dans au moins une dizaine d’ouvrages et des douzaines de tribunes (notamment plus de trente pour VoxEU). (…) Alesina a soutenu ces positions en se basant sur une théorie et des travaux empiriques sérieux, plutôt que sur l’idéologie. Quel héritage plus utile peut laisser un universitaire ? »

Kevin Bryan, « Alberto Alesina and Oliver Williamson: Taking political and economic frictions seriously », in A Fine Theorem (blog), 24 mai 2020. Traduit par Martin Anota



aller plus loin…

« L’austérité est-elle vouée à l’échec ? »

« Pourquoi les gouvernements empruntent-ils ? »

« Quel est le coût politique des réformes structurelles ? »

« Immigration et Etat-providence »

« L’Europe est-elle une zone politique optimale ? »

« La taille des pays importe-t-elle ? »

dimanche 24 mai 2020

Les liens de la semaine

La propagation de l'épidémie

  • Coronavirus dans le monde : pour le premier ministre espagnol, "le plus dur est passé" (Le Monde)
  • Coronavirus : âge, sexe, département… la hausse de la mortalité française en sept graphiques (Le Monde)
  • Trajectoires épidémiques comparées du COVID-19 dans 7 pays (INED)
  • Évolution des mobilités et diffusion du Covid-19 en France : ce que les données Facebook dévoilent (The Conversation)
  • En Afrique subsaharienne, d’autres épidémies plus meurtrières que le Covid-19 continuent de sévir (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de décès quotidiens en France, toutes causes confondues, du 1er mars au 11 mai

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source : Le Monde (2020)

La gestion de l'épidémie

  • Covid-19 : dans quelle mesure le confinement a-t-il été efficace ? (A la marge)
  • Élinor Ostrom, le Covid-19 et le déconfinement (Stéphane Ménia)
  • Près d’un Français sur quatre ne compte pas se faire vacciner contre le Covid-19 (CNRS)
  • Des virus et des hommes (La Vie des idées)


GRAPHIQUE Nombre de malades, morts et guéris du Covid-19 dans le monde

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source : Le Monde (2020)

Les conséquences économiques de la pandémie

  • Activité, déficit, confiance… Le point en graphiques sur la crise actuelle et celle à venir (Le Monde)
  • La récession Covid-19 : cette fois, c’est vraiment différent ! (William De Vijlder)
  • Doit-on s’attendre à une nouvelle chute historique de la production industrielle en avril ? Une réponse à partir de l’analyse de la consommation d’électricité (Eric Heyer)
  • Quel recul du PIB en 2020 en France ? (Patrick Artus)
  • Avec la crise du Covid, des secteurs d’activité dans des situations très différentes (Patrick Artus)
  • Si la crise sanitaire disparaissait, qu’est-ce qui empêcherait que l’économie redevienne la même qu’avant? (Patrick Artus)
  • Quelles conséquences si les pandémies sont anticipées se répéter? (Patrick Artus)


Inflation

  • Les prix : une affaire de coût et bien moins de monnaie (Denis Ferrand)


Environnement et ressources naturelles

  • Pourquoi les émissions n’ont baissé "que" de 30 % en France pendant le confinement ? (Le Monde)
  • Covid et baisse des émissions de CO₂ : une nouvelle étude fait le point secteur par secteur (The Conversation)
  • Du virus au climat (La Vie des idées)


Monnaie et finance

  • Les banques européennes à l’épreuve de la crise du Covid-19 (CEPII)
  • La COVID-19 aggrave les vulnérabilités financières préexistantes (FMI)
  • Dans une situation de taux d’endettement très élevé, c’est un choc négatif d’offre qui est dangereux (Patrick Artus)


Politique monétaire

  • Quelle politique monétaire et régulation financière face à la crise du Covid-19 ? (Jézabel Couppey-Soubeyran)
  • Pourquoi une banque centrale ne peut pas faire faillite (Société générale)
  • La monnaie de banque centrale n’a rien de magique (Banque de France)
  • Tous les problèmes qui pourront résulter de l’énorme expansion monétaire réalisée par les Banques Centrales (Patrick Artus)
  • Quel est le mécanisme de "perte de valeur de la monnaie" ? (Patrick Artus)
  • L’argument de maintien d’une bonne transmission aux économies de la politique monétaire permet à la BCE de justifier à peu près toutes les politiques, toutes les interventions (Patrick Artus)


Politiques conjoncturelles

  • La France et l’Allemagne proposent un plan de relance européen de 500 milliards d’euros (Le Monde)
  • Le plan Européen – La clé de l’autonomie (Philippe Waechter)
  • La crise sanitaire accélère la transition vers une croissance soutenable (Eric Heyer)
  • L’économie mondiale en plein chaos. Qui va payer la crise ? (Michel Husson)
  • Pour une annulation sélective de la dette (Project Syndicate)
  • Opérer une reprise chinoise durable (Project Syndicate)
  • Rendre les économies plus résistantes aux récessions (FMI)


Politique industrielle


Commerce international

  • Les bonnes raisons de Trump pour tuer l’OMC (Christian Chavagneux)
  • En Afrique, le libre-échange contre la crise ? (Alter éco)
  • Les pénuries pharmaceutiques en Europe éclipsent un demi-siècle d’excédents commerciaux (CEPII)


Finance internationale

  • La France acte officiellement la fin du franc CFA en Afrique de l’Ouest (Le Monde)
  • L’épineuse question de la dette privée des pays africains dans le contexte du Covid-19 (The Conversation)


Intégration européenne

  • Un nouveau départ franco-allemand pour l’Europe (Le Monde)
  • La difficile solidarité européenne (Elie Cohen)
  • Il ne faut pas désespérer de Berlin (Guillaume Duval)
  • Quelles sont les limites aux choix non-coopératifs de l’Allemagne? (Patrick Artus)
  • Frontières ouvertes ou fermées ? Comment s’y retrouver dans le grand flou européen (Le Monde)
  • Libérer Schengen, pour rétablir la liberté de ciculer en Europe (Le Monde)


Répartition des revenus




Les inégalités face à la pandémie et à la récession


Travail, emploi, chômage

  • Les Etats-Unis sont désemparés face au chômage de masse (Alter éco)
  • En avril, 8,6 millions de salariés français ont été réellement placés au chômage partiel (Le Monde)
  • Congés, retraite, intéressement : les salariés en chômage partiel ont-ils perdu des droits ? (Alter éco)
  • Les marchés du travail de la zone euro vont être structurellement bouleversés par la crise du Covid (Patrick Artus)
  • Laissez le temps de travail en paix (Stéphane Ménia)
  • Comment le confinement a enfoncé les livreurs à vélo dans la précarité (The Conversation)
  • Des "invisibles" tombent le masque (The Conversation)
  • Les héroïnes sont fatiguées (Xavier Molénat)
  • Le travail post-covid: les backyard contre les back-office (Télos)
  • Comment augmenter les bas salaires en France? (Patrick Artus)
  • L'innovation peut-elle bénéficier aux salariés peu qualifiés en France ? (Trésor)


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source : Le Monde (2020)

Politique

  • Elu maire de Tourcoing, Gérald Darmanin conserve bien, pour le moment, son fauteuil de ministre (Le Monde)
  • LRM perd de justesse la majorité absolue à l’Assemblée à la suite de la création d’un nouveau groupe (Le Monde)
  • Second tour des municipales : cesser le jeu de dupes (Le Monde)
  • La grande déprime des Français (Télos)
  • Les municipalités face à la hausse des loyers : un thème électoral essentiel post-Covid (The Conversation)
  • En Inde, la réouverture des débits d’alcool déchaîne des passions toutes politiques (The Conversation)
  • Hongkong, victime de l’affrontement sino-américain (Le Monde)
  • Brésil : la dangereuse fuite en avant de Bolsonaro (Le Monde)
  • L’autoritarisme déconfiné de Jair Messias Bolsonaro (AOC)
  • Réforme de la Constitution russe : le triomphe des valeurs traditionnelles (The Conversation)
  • Fausses nouvelles en temps d’épidémie : une alliance entre les plateformes et l’État (AOC)
  • Et si la France optait pour un régime parlementaire ? (The Conversation)
  • Le référendum, un outil à améliorer (The Conversation)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

jeudi 21 mai 2020

Arrêter ses études en pleine récession ?

« Les nouveaux diplômés font face à des opportunités d’emploi assez sombres. Beaucoup ne vont pas pouvoir trouver un emploi à plein temps après avoir fini leurs études, aussi bien avec un diplôme du secondaire qu'avec un diplôme du supérieur. La détérioration du marché du travail va aussi avoir des répercussions durables. (...)

Une analyse que nous avons menée, mes collègues et moi, au Canada a examiné les conséquences qu’il y a eu à arrêter ses études lors d’une récession au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Au cours de la première année qui suit l’obtention du diplôme, les rémunérations étaient environ 10 % à 15 % inférieures, en moyenne, par rapport à celles obtenues par ceux qui ont arrêté leurs études lorsque le taux de chômage était inférieur de 3 à 4 points de pourcentage. Les rémunérations étaient inférieures lorsqu’ils trouvaient un emploi, même cinq ans après. L’écart disparaît une décennie après, mais alors ceux qui sont arrivés sur le marché du travail lors de la récession subissent une perte de 5 % sur l’ensemble des rémunérations au cours de leur carrière.

Les études portant sur les marchés du travail européens aboutissent à des constats similaires. Cependant, les diplômés du supérieur qui arrêtent leurs études lors d’une récession dans les pays avec un salaire minimum élevé et une plus forte protection de l’emploi subissent de moindres pertes de salaires à court terme, mais des pertes plus importantes à long terme que dans les pays avec un marché du travail plus flexible. Ces études constatent aussi que les rémunérations des diplômés du supérieur sont affectées plusieurs années après qu'ils soient entrés dans la vie active lors d’une récession.

D’autres études constatent que ceux qui arrêtent leurs études lors d’une récession connaissent davantage de problèmes de santé à long terme et perdent notamment en conséquence une demi-année d’espérance de vie.

Les conséquences de la récession du Covid-19 peuvent être encore plus sévères. Ceux qui arrêteront leurs études cette année feront face à une situation sur le marché du travail bien pire que celles qui ont été analysées dans les précédentes études. La faillite des entreprises va particulièrement compliquer la recherche d’un emploi. Plus les mesures de confinement dureront et plus la récession durera, plus les nouveaux diplômés seront poussés à accepter des emplois peu rémunérés et éloignés de leur domaine d’étude.

Il y a des façons de réduire ces effets négatifs. A court terme, les emplois disponibles sont susceptibles d’être extrêmement rares. Les jeunes devraient chercher à acquérir de nouvelles compétences, par exemple en suivant des cours en ligne ou même en restant à l’école. C’est le moment de poursuivre un cursus d’une année ou deux menant à des rémunérations plus élevées, une nouvelle carrière ou une entrée sur le marché du travail en des temps meilleurs.

Le bénévolat constitue une autre option. Plusieurs organisations et ménages ont actuellement besoin d’aide. Le bénévolat ne bénéfice pas seulement aux autres, mais accroît aussi le bien-être des bénévoles. Il améliore aussi les compétences que les employeurs valorisent. Une étude, par exemple, a constaté que les curriculum vitæ qui incluaient aléatoirement une expérience dans le bénévolat étaient davantage susceptibles d’aboutir à une invitation à un entretien d’embauche que les autres. (...) »

Philip Oreopoulos,« Graduating during the Covid-19 recession », IZA, 21 mai 2020. Traduit par Martin Anota



aller plus loin... lire « Le diplôme rapporte… surtout lors des récessions »

dimanche 17 mai 2020

Les liens de la semaine

GRAPHIQUE Nombre officiel de malades, guéris et morts du Covid-19 en France

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source : Le Monde (2020)

Propagation de l'épidémie

  • Coronavirus : de la chauve-souris au déconfinement, la chronologie de la pandémie (Le Monde)
  • En France, le Covid-19 aurait contaminé moins de 5 % de la population, loin de l’immunité collective (Le Monde)
  • 26 % de décès supplémentaires entre début mars et mi-avril 2020 : les communes denses sont les plus touchées (INSEE)
  • La grande vulnérabilité des personnes âgées face au Covid-19: une illusion? (Télos)
  • La mondialisation du confinement (La Vie des idées)
  • Covid 19 : un désavantage des métropoles ? (Olivier Bouba-Olga)
  • Maladies émergentes d’origine animale : d’où viendra la prochaine menace ? (The Conversation)


GRAPHIQUE Nombre de décès par jour en France jusqu’au 4 mai 2020

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source INSEE (2020)

Zoom sur le (dé)confinement

  • La Suède a-t-elle eu raison de ne pas se confiner ? (A la marge)
  • Le temps long du déconfinement, un défi mondial (Le Monde)
  • Le Conseil constitutionnel valide la loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire mais censure deux dispositions (Le Monde)
  • Le grand tri, ou comment déconfiner l'économie (Thomas Philippon)
  • Un déconfinement toujours infantilisant (Pierre-Yves Geoffard)
  • Déconfinement : Un arbitrage entre santé et économie ? (Guillaume Allègre)
  • Déconfinement : le jeu délicat de la France avec les libertés de culte (The Conversation)


GRAPHIQUE Nombre de décès en France entre le 2 mars et le 19 avril 2020 rapporté à la moyenne de celui de la période de comparaison

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source : INSEE (2020)

La gestion de l'épidémie

  • Qui les produit ? Qui les porte ? Où finissent-ils ? Le cycle de vie des masques (La Tribune)
  • Covid-19 : l’OMS a appelé au dépistage massif dès mars, et non en avril comme le dit Sibeth Ndiaye (Le Monde)
  • Coronavirus : le difficile comptage des tests effectués en France (Le Monde)
  • Face à la menace d’une nouvelle vague, Wuhan veut tester toute sa population (Le Monde)
  • L’Europe doit tracer la contamination du Covid-19 sans Google et Apple (Le Monde)
  • Vaccin : la leçon pour l’Europe (Le Monde)
  • Covid-19 : du déni des inégalités à la police sanitaire (Didier Fassin)
  • Peut-on comparer les mesures prises face à la grippe espagnole de 1918 et face au Covid-19 ? (Le Monde)
  • Maladies infectieuses : les trois temps de la prévention (Alter éco)


Taux de surmortalité : variation du nombre de décès cumulés du 1er mars au 27 avril 2020 par rapport au nombre de décès cumulés du 1er mars au 27 avril 2019 (en %)

Le_Monde__taux_surmortalite_Ile-de-France_mars_avril_2020_covid-19_Seine-Saint-Denis.png source : Le Monde (2020)

Les conséquences économiques de l'épidémie

  • Le coronavirus continue à faire des ravages sur l'économie américaine... Wall Street voit rouge (La Tribune)
  • Le confinement a coûté près de six points de croissance à la France (La Tribune)
  • Trois graphiques pour comprendre la magnitude de la crise du tourisme à venir (Le Monde)
  • Coronavirus : pourquoi l'Allemagne se prépare à la récession (La Tribune)
  • Grèce : le bon élève sera quand même puni (Michel Husson)
  • Quel profil pour le PIB en 2020 ? (Philippe Waechter)
  • La forte déformation de la structure sectorielle de la demande après la crise du coronavirus va être un obstacle à la reprise économique (Patrick Artus)
  • Comment les pandémies creusent les inégalités au détriment des populations pauvres (FMI)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 dans le monde

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source : Le Monde (2020)

Environnement et ressources naturelles


Marchés et concurrence

  • Transport aérien : le PDG de Boeing annonce une faillite imminente et... sème la panique à Wall Street (La Tribune)
  • Industrie automobile française : comment éviter la sortie de route ? (Alter éco)
  • Uber enchaîne les coups durs et les pertes financières (Le Monde)


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Monnaie et finance

  • "On ne va pas pouvoir éviter une explosion des faillites" : les banques européennes se préparent au choc (La Tribune)
  • Faut-il arrêter les dividendes ? (Valérie Mignon)
  • Vers une complète décorrélation entre les marchés financiers et les «fondamentaux» des actifs financiers (Patrick Artus)


Politique monétaire

  • La Réserve Fédérale réagit vraiment aux mouvements des cours boursiers, quelles conséquences? (Patrick Artus)
  • La création monétaire alimente toujours, finalement, la spéculation: il n’y a pas de bonne ou de mauvaise monnaie (Patrick Artus)
  • Politique monétaire ultra-expansionniste et inégalités (Patrick Artus)
  • Une question extrêmement importante pour l’analyse des politiques monétaires: les trois manières d’interpréter la relation de Fisher à long terme (Patrick Artus)
  • Il faut aujourd’hui réfléchir au rôle des Banques Centrales (Patrick Artus)


Politique économique

  • Cette fois-ci, pas de baisse des taux d’intérêt pour amortir le choc (Patrick Artus)
  • Gestion de crise : l'Allemagne accusée de faire cavalier seul et de fausser la concurrence à terme (La Tribune)
  • La relance de la consommation doit être la priorité après le déconfinement (La Tribune)
  • Les risques d’un déclassement économique (Le Monde)
  • Dans la crise, l’impossible redevient pensable (Alter éco)
  • Qu’aurait fait Roosevelt face à la crise économique du Covid19 ? (Banque de France)


La pandémie au prisme de l'économie de guerre


Dette publique

  • La thérapie par la dette publique ? Oui, mais (Emmanuel Combe)
  • Dans l’espace budgétaire, qui vous entend crier ? (Project Syndicate)
  • La gestion de la prochaine crise mondiale de la dette (Barry Eichengreen)
  • A chaque choc dans les pays de l’OCDE, le taux d’endettement public augmente et la politique monétaire devient plus expansionniste: cette dynamique n’est pas soutenable (Patrick Artus)
  • L'annulation de la dette publique, un mystère économique (Jean-Marc Vittori)


Intégration européenne

  • Brexit : les négociations dans l'impasse, le ton monte (La Tribune)
  • Taxer les multinationales en Europe pour financer la reprise (Alter éco)
  • Le temps de la monnaie verte (Thomas Piketty)
  • Annulation de la dette publique : possible juridiquement, nécessaire économiquement (Alter éco)
  • La solidarité de base dans une Union Monétaire est que les pays qui vont bien ont des taux d’intérêt trop bas pour leurs besoins, ce que l’Allemagne n’accepte pas (Patrick Artus)


Zoom sur la Cour de Karlsruhe

  • Arrêt contre la BCE : face à l'offensive des institutions européennes, la Cour suprême allemande persiste et signe (La Tribune)
  • L’arrêt de la Cour de Karlsruhe révèle l’ambiguïté du comportement de la BCE (Patrick Artus)
  • La Cour de Karlsruhe a jugé une approche économique (Peter Bofinger)
  • Monnaie et démocratie en Europe : Karlsruhe contre-attaque (AOC)


Commerce international

  • Le chef de l'OMC, bête noire de Trump, démissionne en pleine crise économique mondiale (La Tribune)
  • Les masques made in France reviennent moins cher que les chinois (Alter éco)
  • Relocaliser : plus facile à dire qu’à faire (Alter éco)
  • Comment aborder la démondialisation (Project Syndicate)
  • La pandémie, une opportunité pour une mondialisation plus équitable (Dani Rodrik)


Contrôle social et déviance

  • Quand "le libre choix" cache la société disciplinaire que dénonçait Michel Foucault (The Conversation)
  • Stigmatisation homophobe en temps de crise sanitaire (The Conversation)
  • Les États-Unis avant le Covid-19 : retour sur l'épidémie mortelle des opioïdes (The Conversation)
  • Amérique latine : la lente marche vers la légalisation de l’avortement (The Conversation)


Inégalités et justice sociale

  • La protection sociale, une urgence mondiale (Alter éco)
  • Le revenu universel, une idée intéressante mais irréaliste (Gilles Raveaud)
  • Le confinement accroît aussi les inégalités entre les générations (Les Echos)
  • 43 % des personnes à très haut revenu habitent en Île-de-France (INSEE)
  • Les inégalités sont-elles dans nos têtes ? (Louis Maurin)
  • Sur les nouvelles formes d’inégalités urbaines post-Covid (Métropolitiques)


GRAPHIQUE Part de la population à très haut revenu selon la région en 2017

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source : INSEE (2020)

Travail, emploi, chômage

  • États-Unis : la réouverture pour endiguer l’explosion du chômage (The Conversation)
  • Au premier trimestre 2020, le marché du travail à l’épreuve de la crise sanitaire (INSEE)
  • Sortie de crise : faudra-t-il travailler plus ? La bataille idéologique est lancée (La Tribune)
  • Travailler plus : le patronat en rêve encore (Alter éco)
  • "Mon activité est-elle essentielle ?" (La Vie des idées)
  • Agents d’entretien : la crise sanitaire révèle l'absurdité des stratégies d'externalisation (The Conversation)|https://theconversation.com/agents-dentretien-la-crise-sanitaire-revele-labsurdite-des-strategies-dexternalisation-138463]
  • Premier emploi : la génération 2020 va-t-elle s’en sortir ? (Alter éco)
  • Requiem pour les "bullshit jobs" (Julien Damon)
  • Travailler en Chine au temps du Covid-19 (La Vie des idées)


Taux de chômage au sens du BIT en France (en %)

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source : INSEE (2020)

Politique


Géopolitique





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vendredi 15 mai 2020

La crise du Covid-19 exacerbe les injustices au travail

« Avec la contraction du tourisme, l’économie française a commencé à s’essouffler plusieurs semaines avant le confinement à la mi-mars. Mais comme dans plusieurs pays, le confinement lui-même a généré un choc sans précédent. Selon l’INSEE et l’OFCE, la contraction du PIB pourrait atteindre le niveau sans précédent de 35 %.

Le marché du travail français était déjà caractérisé par un degré élevé de créations-destructions (churning) d’emplois : le nombre d’embauches annuel était égal au stock d’emplois privés. En mars, presqu’un million d’emplois ont disparu, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 5 % et les chiffres d’avril seront encore bien plus effrayants, puisque des millions de travailleurs étaient sur des emplois temporaires qui sont à présent expirés. Pour les travailleurs en contrat indéterminé, le choc a été retardé grâce au soutien immédiat et massif du gouvernement aux entreprises. Les petites entreprises ont reçu des liquidités d’urgence et les multinationales ont joui de crédits de douzaines de milliards d’euros garantis par l’Etat. Le programme de chômage partiel est généreux : début mai, les firmes ayant déposé un dossier pour passer en activité partielle embauchaient presque la moitié de la main-d’œuvre privée, même si la couverture effective sera probablement de 25 %. En conséquence, le nombre de faillites d’entreprises atteint actuellement un niveau historiquement bas et c’est susceptible d’être également le cas pour les licenciements.

Le confinement est arrivé tard, laissant le virus se propager en France, en particulier au nord-est. Les retards pris dans la gestion de l’épidémie font qu’il est très difficile de prédire les conséquences sanitaires du déconfinement opéré à partir du 11 mai. Cela contribue à compliquer toute tentative de prévisions relatives au marché du travail français pour les deux prochains trimestres. Mais nous pouvons déjà être certains que les amples secteurs de l’hôtellerie-restauration et de la culture seront fortement pénalisés cet été. Un taux de chômage à deux chiffres est très probable, malgré tout le soutien qu’offre le gouvernement.

Au-delà du chômage, la crise a déjà exacerbé les inégalités entre les travailleurs et entre les régions. La comparaison entre le centre de Paris et le département de Seine-Saint-Denis en fournit une bonne illustration. Environ 20 % de la population parisienne a fui au début du confinement. Les professionnels et dirigeants sont allés dans leur résidence secondaire avec leur famille pour y télétravailler. Par contre, les travailleurs peu rémunérés des activités "essentielles" (services publics, soins à domicile, magasins alimentaires, etc.), résidant en Seine-Saint-Denis, le département métropolitain le plus pauvre, ont continué de travailler sur leur lieu de travail et ont pris les transports en commun sans équipement de protection personnelle, notamment en raison de la pénurie de masques. En outre, le gouvernement a assoupli les réglementations du marché du travail, par exemple en permettant aux employeurs de repousser les congés et vacances. L’obligation des employeurs à fournir un équipement de protection personnelle n’a été imposée que le 11 mai (quand les travailleurs très qualifiés ont commencé à retourner dans leurs bureaux). Il en a résulté un drame humain : pour les deux premières semaines d’avril, la mortalité en Seine-Saint-Denis a quasiment été le triple de celle de 2019.

Les familles (laborieuses) au faible revenu sont aussi étranglées par l’inflation des prix alimentaires, amplifiée par les fermetures d’écoles et de centres de loisir qui fournissaient quasi gratuitement des repas pour leurs enfants. Les queues se sont allongées aux banques alimentaires. Le gouvernement devrait verser une aide financière exceptionnelle (de 100 à 500 euros) pour quatre millions de familles. Il n’est pas certain qu’elle suffise pour éviter que des sentiments d’injustice génèrent des mouvements de protestation au moins aussi importants que les émeutes de 2005 ou les récentes manifestations des gilets jaunes. »

Philippe Askenazy, « The Covid-19 crisis exacerbates workplace injustices », IZA, 14 mai 20120. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Anatomie de la récession en cours »

« Covid-19 : la pandémie ne manquera pas de creuser les inégalités »

« Et si nous restions au domicile ? Les heurs et malheurs du télétravail »

« Covid-19 : l’épidémie est la plus meurtrière là où les inégalités sont les plus fortes »

jeudi 14 mai 2020

Ce que les économistes ont appris sur la relance budgétaire depuis la crise financière de 2008

« Il est certain que les Etats-Unis ont basculé dans une récession. Les marchés boursiers ont été continûment secoués depuis février et plus de 20 millions de personnes se sont retrouvés au chômage le mois dernier.

Heureusement, les économistes ont appris beaucoup de choses à propos de la lutte contre les récessions depuis la crise financière de 2008, comme nous l’explique notre invitée du jour. Valerie Ramey est l’une des plus brillantes chercheuses dans le domaine de la politique budgétaire. Elle a passé sa carrière à essayer de déterminer les multiplicateurs qui mesurent l’impact des dépenses publiques et de la fiscalité sur l’économie dans son ensemble. Elle indique qu’il y a plusieurs mesures utiles que le gouvernement peut adopter pour soutenir les ménages et les entreprises durant une récession, mais le calendrier et les circonstances sont cruciaux. C’est tout particulièrement le cas dans la situation actuelle. Dans le numéro du Journal of Economic Perspectives du printemps 2019, Ramey a résumé la vague d’études sur la politique budgétaire qui ont été réalisées au cours des dix dernières années. (…)

Tyler Smith : Pourquoi n’y avait-il pas de consensus parmi les économistes à propos de la meilleure façon de répondre à la crise financière de 2008 ?

Valerie Ramey : La raison pour laquelle les économistes n’avaient pas de bonne réponse à l’époque est qu’il y avait très peu d’études sur les effets de la politique budgétaire depuis qu’ils avaient abandonné le modèle keynésien traditionnel et avaient adopté le modèle des nouveaux keynésiens et celui des nouveaux classiques. Une autre chose qui, selon moi, est vraiment importante, c’est la tendance des différentes réserves fédérales régionales à disposer davantage d’argent pour les conférences que les institutions budgétaires. Et je pense que cela a vraiment pesé sur la recherche. Il y a eu plus d’études sur la politique monétaire et ses effets que sur la politique budgétaire et ses effets.

Smith : Quels sont les plus grands enseignements que les économistes ont tirés à propos de la politique budgétaire depuis la crise financière ?

Ramey : Il y a beaucoup de choses que nous avons apprises. La chose la plus importante que nous ayons apprise, c’est l’importance qu’il y a à étudier les effets de la politique budgétaire. Donc, beaucoup plus de personnes étudient à présent la politique budgétaire. Mais bien sûr, il est très très dur d’identifier exactement la taille des multiplicateurs budgétaires, comment elle varie selon l’état de l’économie, comment les multiplicateurs peuvent varier selon la nature des dépenses publiques. Donc, les équipes de chercheurs se sont créées et ont commencé à étudier ces questions en observant différents pays, différents niveaux infranationaux et toutes sortes de choses. Et ce que nous avons appris, c’est que les détails importent vraiment.

Smith : Que pensez-vous à propos de ces multiplicateurs ? Que signifient-ils ?

Ramey : Dans un modèle statique simple, le genre que les gens voient sur les bancs de l’Université, les multiplicateurs indiquent de combien le PIB augmente si les dépenses du gouvernement augmentent d’un dollar. Si ce multiplicateur est supérieur à l’unité, cela signifie que la hausse des dépenses du gouvernement a stimulé l’activité privée… C’est l’idée keynésienne traditionnelle selon laquelle l’augmentation du revenu d’une personne génère un surcroît de consommation qui génère un supplément de revenu pour quelqu’un d’autre et ainsi de suite, ce qui multiplie la réponse de l’activité privée. Selon la vue classique plus traditionnelle ou la vue néoclassique, une hausse des dépenses du gouvernement peut accroître le PIB, mais d’un montant moindre. Cela signifie que les dépenses privées, c’est-à-dire l’investissement, la consommation et les exportations nettes, sont en partie évincées.

Smith : Si un multiplicateur est inférieur à l’unité, une relance est-elle toujours utile ?

Ramey : S’il est inférieur à l’unité, oui, une relance peut toujours être utile. Par exemple, dans certaines de mes études, j’ai directement observé les effets sur l’emploi. Si le PIB augmente, cela signifie presque toujours que l’emploi augmente. Donc, même si la hausse du PIB est inférieure au montant de la relance, il y a toujours une hausse de l’emploi. Et ainsi on peut certainement affirmer que même si les multiplicateurs ne sont pas aussi élevés que le considère la vision keynésienne traditionnelle, il peut toujours être très utile de stimuler l’économie avec une hausse des dépenses du gouvernement.

Smith : Y a-t-il un outil de politique budgétaire qui se révèle plus efficace que les autres ?

Ramey : Pas nécessairement, parce que le gouvernement ne se préoccupe pas de la seule hausse du PIB. Par exemple, il s’inquiète de ce qui se passe du côté des déficits budgétaires et du remboursement de la dette publique qui s’accumule dans le futur. Si l’on considère ces choses-là, alors l’une des choses qui peut avoir de meilleurs effets en termes de dette à long terme, ce sont les dépenses dans les infrastructures. Dans la mesure où la hausse des dépenses dans les infrastructures accroît en définitive le PIB potentiel, cela peut générer dans le futur des recettes fiscales qui contribueront à rembourser le supplément de dette qui les a financées. Les modifications fiscales constituent un autre exemple.

Cela dépend vraiment des circonstances. En théorie, les infrastructures publiques sont vraiment bonnes parce qu’elles peuvent s’autofinancer en générant plus tard des recettes fiscales. Il y a toutefois un vrai problème avec les infrastructures publiques que plusieurs études ont constaté : peu importe la vitesse à laquelle les autorités cherchent à les lancer, ces projets ne sont pas immédiatement adoptés et il faut du temps pour les construire. Donc, les projets d’infrastructures publiques ont souvent de plus faibles multiplicateurs à court terme que d’autres types de dépenses, alors même que leur multiplicateur à long terme est plus élevé. Donc, si le but est de stimuler l’économie dans une récession, l’investissement dans les infrastructures publiques peut ne pas être l’option la plus efficace.

Smith : Est-ce que cette question de calendrier joue dans la situation actuelle ?

Ramey : Certainement, elle est particulièrement importante aujourd’hui. Souvenez-vous de la crise financière : les choses changeaient alors rapidement. Bien, c’était une vitesse d’escargot par rapport à la vitesse à laquelle les choses changent à présent. Chaque semaine, de nouvelles choses arrivent et chaque semaine compte quand l’économie s’effondre brutalement parce que tout le monde est confiné. Pour cette raison, aider les personnes aussi rapidement que possible était un objectif primordial, donc le plan de soutien de l’administration Trump a été adopté avec certaines imperfections. Les gens savaient qu’il serait loin d’être parfait. Mais s’ils attendaient pour le peaufiner, alors les semaines se seraient écoulées et les gens n’auraient pas eu l’argent dont ils avaient besoin… A mes yeux, le plan de soutien qui a été adopté s’apparente à une bouée de sauvetage. L’idée est de maintenir les gens à flot jusqu’à ce que la pandémie se calme pour que toutes les relations économiques puissent rester intactes et que l’économie puisse repartir relativement vite si les problèmes médicaux peuvent être résolus.

Smith : Y a-t-il quelque chose d’autre que vous aimeriez que les autorités budgétaires fassent dans la crise actuelle ?

Ramey : Juste voir comment les choses se passent (...). J’imagine tout à fait les autorités budgétaires adopter des plans supplémentaires pour atteindre certains pans de l’économie qu’ils ne pouvaient aider avec le plan initial ou des pans de l’économie qui se seront entretemps révélés être en difficulté. Je les imagine faire cela. Je n’ai jamais eu de problème avec le creusement de gros déficits lors des récessions. Le problème que j’ai (et j’ai écrit une tribune à ce propos dans le Wall Street Journal), c’est le fait que les Etats-Unis aient creusé d’amples déficits en période de bonne conjoncture, en l’occurrence jusqu’au mois de février. Vous voulez sauver une certaine marge de manœuvre budgétaire de façon à ce que vous puissiez adopter de gros plans de relance durant les récessions et ne pas vous inquiéter alors à propos de la dette publique et des déficits budgétaires. Je pense que cela pourrait commencer à devenir une source d’inquiétude. »

Valerie Ramey, « Supplying a fiscal lifeline », interviewée par Tyler Smith, American Economic Association. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Quelle est la taille du multiplicateur budgétaire ? »

« Quelle politique budgétaire faut-il adopter lors d'une récession ? »

« C’est le moment de relancer les infrastructures »

« L’hystérèse, ou comment la politique budgétaire a retrouvé sa légitimité »

« La situation des finances publiques influence-t-elle la taille du multiplicateur budgétaire ? »

« Multiplicateur budgétaire et politique monétaire »

dimanche 10 mai 2020

Les liens de la semaine

Autour de la science économique


La propagation de l'épidémie

  • Covid 19 : fin de la première vague ? (Olivier Bouba-Olga)
  • Trajectoires épidémiques comparées du COVID-19 dans 6 pays (INED)
  • Coronavirus : les résidents d’Ehpad représentent la moitié des décès comptabilisés en France (Le Monde)
  • Géopolitique du Covid-19 (AOC)
  • Coronavirus : pourquoi l’Afrique résiste mieux que le reste du monde (Le Monde)
  • Le problème avec la courbe. Édition Covid-19 (Stéphane Ménia)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 dans le monde

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source : Le Monde (2020)

La gestion de l'épidémie

  • Le pari sanitaire du gouvernement à l’épreuve du déconfinement (Le Monde)
  • Protéger les libertés publiques pendant l’épidémie liée au coronavirus (Le Monde)
  • Pourquoi l’Allemagne s’en sort mieux face à la pandémie (Alter éco)
  • Covid-19 : atténuation ou suppression, retour sur les stratégies de lutte contre l’épidémie (The Conversation)
  • Confinement et déconfinement : quels effets sur la modélisation du Covid-19 ? (The Conversation)
  • Du bon usage du supposé dilemme santé vs économie (Stéphane Ménia)
  • La tragédie industrielle et logistique des masques : récit en cinq actes (The Conversation)


GRAPHIQUE Nombre de malades, guéris et morts du Covid-19 en France

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source : Le Monde (2020)

La science face à l'épidémie

  • Covid-19 : des cartes très politiques (Libé)
  • Épidémie : une confusion entre politique et science (Pour la science)
  • La statistique publique à l’épreuve de la crise sanitaire (INSEE)
  • Voir les morts de la pandémie grâce aux sciences sociales (AOC)


GRAPHIQUE Nombre de décès par jour en France jusqu’au 20 avril 2020

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source : INSEE (2020)

La population face à l'épidémie

  • Dans l’œil du cyclone. La société française après un mois de confinement (Sciences Po)
  • La santé à deux vitesses : les Africains-Américains à l’heure de la pandémie mondiale (AOC)
  • L’Inde face à la crise du Covid-19. Une tragédie humanitaire à venir (La Vie des idées)
  • Les mondes criminels face à la pandémie (Marwan Mohammed)


GRAPHIQUE Répartition des réponses à la question "Etes-vous plus préoccupé par les conséquences sanitaires ou économiques de la crise actuelle ?" (en %)

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source : Sciences Po (2020)

Les conséquences économiques de l'épidémie


GRAPHIQUE Perte d'activité économique selon le département (en %)

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source : Olivier Bouba-Olga (2020), d'après les données de l'INSEE (2020)

Croissance, fluctuations et crises

  • En réalité il y a sous-investissement des entreprises (Patrick Artus)
  • Les mutations économiques de la Chine depuis 20 ans (Trésor)


Environnement et ressources naturelles

  • Pétrole : chronique d’un effondrement (OFCE)
  • "L’urgence environnementale est bien plus pressante aujourd’hui" (CNRS)
  • L'action climatique peut aider à lutter contre les pandémies (Project Syndicate)


GRAPHIQUE Prix journalier du baril de pétrole (en dollars)

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source : OFCE (2020)

Marchés et concurrence

  • Des sous-vêtements aux masques de protection : comment les usines reconvertissent leur production (Le Monde)
  • Adaptation des entreprises au confinement : l’apport de l’analyse textuelle (Banque de France)
  • Encombrement d’avions et aides d’État : que reste-t-il des interdits européens ? (The Conversation)
  • Coronavirus : le risque de concentration guette l'économie (Les Echos)


Monnaie et finance

  • La monnaie et les économistes : je t’aime moi non plus ! (The Conversation)
  • La nécessité de taux d’intérêt profondément négatifs (Kenneth Rogoff)
  • Le retour du financement monétaire (Alter éco)
  • Arrêter la fiction des banques centrales indépendantes (Patrick Artus)
  • Croissance du crédit dans la zone euro : trouver un juste milieu entre trop rapide et trop faible (Patrick Artus)


Finances publiques

  • Des politiques budgétaires pour favoriser la reprise après la COVID-19 (FMI)
  • Dette de l’Argentine : comment éviter une catastrophe financière mondiale (Jeffrey Sachs)
  • Pour corriger leur déficit public, certains pays de la zone euro ont-ils réduit des dépenses publiques utiles? (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Coronavirus : la Commission européenne ne lancera pas vingt-six procédures pour déficit excessif (Le Monde)
  • Covid-19 : un décrochage français serait une menace pour la zone euro (Le Monde)
  • L’Europe au défi des juges allemands (Le Monde)
  • La Cour constitutionnelle allemande rajoute de la crise à la crise (Guillaume Duval)
  • L‘Allemagne cherche à germaniser le droit européen (Nicolas Goetzmann)
  • Les petits chaperons rouges de Karlsruhe (Charles Wyplosz)
  • Le débat monétaire sera-t-il déconfiné ? (The Conversation)
  • 70 ans après la déclaration Schuman, l’indispensable "retour de l’Europe en France" (The Conversation)


Commerce international


Immigration


Inégalités et justice sociale

  • Dans les Ehpad, la crise du Covid-19 révèle les effets délétères des politiques d’austérité (The Conversation)
  • Quelques commentaires sur les évaluations à l’arrache des systèmes de santé en pleine épidémie (Stéphane Ménia)
  • Trou de la sécurité sociale et choc du coronavirus (Julien Damon)
  • Inégalités scolaires, conditions de vie et ressources parentales : quels obstacles sur le chemin de l’"école à la maison" ? (IPP)
  • N’oublions pas l’importance sanitaire et sociale des cantines scolaires ! (The Conversation)
  • Une histoire des HLM en banlieue populaire (Métropolitiques)
  • Reclasser les agriculteurs (La Vie des idées)
  • Un patrimoine universel pour abolir l’inégalité (Alter éco)




Inégalités hommes-femmes




L'épidémie et les inégalités


Travail, emploi, chômage

  • Le passeport Covid-19 et le risque d’infection volontaire (Gregory Verdugo)
  • Confinement : dans quelle situation se trouvent les salariés ? (Alter éco)
  • La France a perdu un demi-million d’emplois au premier trimestre (Le Monde)
  • Évaluation au 6 mai 2020 de l'impact économique de la pandémie de COVID-19 et des mesures de confinement sur le marché du travail en France (OFCE)
  • Les États-Unis s'attendent à une explosion du taux de chômage en avril, autour de 20% (Le Monde)
  • Le taux de chômage aux Etats-Unis n’a jamais été aussi élevé depuis 50 ans (Le Monde)
  • Fort recul de l’emploi US en Avril (Philippe Waechter)
  • La crise du Covid-19 accouchera-t-elle d'une génération sacrifiée ? (La Tribune)
  • En finir avec les discriminations au travail (The Conversation)
  • Seule la reconversion écologique pourra éviter la déshumanisation du travail (Dominique Méda)
  • Les employés : des professions largement féminisées (INSEE)
  • L'introduction du salaire minimum allemand : une réforme inaboutie ? (CEE)


GRAPHIQUE Taux de chômage aux Etats-Unis (en %)

Philippe_Waechter__taux_de_chomage_Etats-Unis_avril_2020.png
source : Philippe Waechter (2020)

Politique

  • Qui est vraiment Martine Wonner, la députée anti-déconfinement exclue de LRM (Le Monde)
  • Le macronisme peut-il encore se réinventer ? (Luc Rouban)
  • Une vision politique fasciste de la pandémie (Project Syndicate)
  • Allemagne : le 8 mai 1945, jour de défaite ou de libération ? (The Conversation)
  • Quand les citoyens écrivent la loi. La convention citoyenne pour le climat (La Vie des idées)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

vendredi 8 mai 2020

Le Covid-19 et la nouvelle bataille des idées en Europe

« L’Europe peut voir la lumière au bout du tunnel du Covid-19 comme les chiffres des infections et morts quotidiennes liées à l’épidémie chutent graduellement à travers le continent. Mais les retombées économiques du "Grand Confinement" (Great Lockdown) ne se sont pas encore pleinement matérialisées. Selon les prévisions du FMI, la zone euro devrait connaître une chute de son PIB réel de plus de 7 % cette année et elle ne rebondirait que partiellement en 2021, ce qui ferait de cet épisode une contraction de l’activité bien plus sévère que la Grande Récession de 2008-2009.

L’Europe, ou plutôt l’Union européenne, a déçu durant la plus grave crise que le continent ait connue depuis plusieurs générations. Les Etats-membres se sont non seulement engagés dans une affligeante ruée pour sécuriser le matériel médical, mais ils ont aussi fait peu d’avancées tangibles en ce qui concerne la contribution de l’UE aux coûts économiques et financiers de la crise.
Certes, la Banque Centrale Européenne a correctement fait tout ce qu’elle devait faire pour calmer les marchés financiers. Mais les Etats-membres de l’UE restent coincés sur la question clé quant à savoir ce que le bloc peut et doit faire pour aider les pays en difficultés budgétaires.

En surface, le principal débat concerne l’éventualité pour l’UE démettre des "cononabonds" mutualisés pour financer les dépenses sanitaires et autres dépenses liées à la crise dans les pays les plus touchés. Pourtant, le vrai combat ne porte pas sur l’usage d’"instruments financiers innovants", comme les ministres des Finances de la zone euro les ont présentés de façon diplomate lors de leur plus récente réunion, mais sur la direction future de la politique budgétaire et même de l’euro lui-même.

Dans leur livre instructif, The Euro and the Battle of Ideas, les économistes Markus Brunnermeier, Harold James et Jean-Pierre Landau ont analysé le rôle joué par les idées entre 2010 et 2014, quand la zone euro semblait sur le point d’éclater. Ils affirment que la gestion de la crise de l’euro a été dominée par les affrontements entre la France et l’Allemagne et que les positions des deux pays étaient largement déterminées par les idées économiques fondamentales qui dominaient alors leurs débats nationaux.

Cette fois-ci, cependant, la ligne de fracture clé se situe clairement entre l’Allemagne et l’Italie. Le Président français Emmanuel Macron est dans une position relativement confortable, parce que la plupart des électeurs français n’ont pas de véritable opinion sur les eurobonds ou coronabonds. A l’inverse, ces instruments sont au centre du débat domestique en Italie et en Allemagne et ils sont perçus très différemment des deux côtés des Alpes.

En Italie, les coronabonds sont perçus comme l’expression naturelle de la solidarité européenne. Le gouvernement italien affirme que la crise du Covid-19 ne pouvait pas être anticipée, que l’Italie mérite par conséquent une aide de la part de ses partenaires européens et que les coronabonds sont la seule solution acceptable. Plusieurs Allemands, d’un autre côté, voient dans les coronabonds un danger mortel, parce que ces derniers ouvriraient la porte à la perspective, effrayante à leurs yeux, que des eurobonds soient émis, puisque ces derniers signifieraient que les contribuables allemands seraient alors responsables pour la dette italienne.

Les partisans raisonnables des coronabonds en France, en Espagne et en Italie ne comprennent pas cette objection. Après tout, affirment-ils, ils ne demandent pas une garantie allemande pour la dette italienne existante, seulement que les dépenses additionnelles découlant de la crise soient financées par un instrument européen commun. Mais les politiciens hollandais et allemands craignent un dérapage, en l’occurrence qu’une émission limitée de coronabonds ouvre la voie à des sommes larges et incontrôlées d’autres instruments. Il faut dire que beaucoup en Italie et ailleurs espèrent en effet que les coronabonds ouvrent la voie aux eurobonds. Ils ont longtemps pensé que la zone euro a besoin d’instruments de dette communs pour qu’elle devienne une union monétaire "complète" et ils regardent la crise courante comme le moment idéal pour atteindre ce but.

La raison fondamentale expliquant cette défiance mutuelle est l’absence de vision partagée en ce qui concerne les principes budgétaires sous-jacents à long terme. Et parce que les gens lors des crises voient ce qu’ils veulent voir (ce qui, comme Dani Rodrik, le professeur de Harvard, l’a récemment souligné, est souvent une affirmation de leurs croyances de longue date), le biais de confirmation a seulement creusé le fossé entre leurs positions respectives.

Donc, les Allemands voient dans la crise une justification de leur approche prudente de la politique budgétaire, parce que plusieurs années de Budgets équilibrés permettent à leur gouvernement de dépenser aujourd’hui davantage pour aider les travailleurs et entreprises allemands à surmonter la crise. Mais les détracteurs de l’austérité voient dans l’ample déficit budgétaire de l’Allemagne une confirmation de leur propre position. Après tout, personne ne peut s’opposer aux gros déficits aujourd’hui.

Malheureusement, ce dialogue de sourds nous détourne de la vraie question, à savoir la direction de la politique budgétaire une fois que la crise immédiate sera surmontée. Les gouvernements devront-ils essayer d’équilibrer leur Budget le plus vite possible et chercher de nouveau à réduire l’endettement public ? Ou devront-ils continuer d’être en déficit aussi longtemps que les taux d’intérêt resteront faibles ? Le dénouement final de cette bataille d’idées budgétaires sera décisif pour l’avenir de l’euro.

Ce n’est pas une question qui sera pertinente seulement dans un avenir lointain, quand l’économie renouera avec la reprise. Plus immédiatement, aussi longtemps que cette bataille n’est pas terminée, les Etats-membres vont avoir des difficultés à s’accorder sur une stratégie européenne commune pour faire face à la crise actuelle. »

Daniel Gros, « COVID-19 and Europe’s new battle of ideas », 23 avril 2020. Traduit par Martin Anota

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