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dimanche 19 janvier 2020

Les liens de la semaine

Inflation


Démographie, migration

  • La décroissance démographique marquera-t-elle la fin de la croissance économique ? (D'un champ l'autre)
  • La fécondité se stabilise en France (INSEE)
  • L’intégration des immigrés : débats et constats (François Héran)
  • En 2018, 4 millions d’enfants mineurs vivent avec un seul de leurs parents au domicile (INSEE)


GRAPHIQUE Nombre de naissances, de décès et du solde naturel en France (en milliers)

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source : INSEE (2020)

Environnement et ressources naturelles

  • Climat : l’avertissement australien (Le Monde)
  • Incendies en Australie : "Il est tout à fait possible que certaines espèces soient perdues à jamais" (Le Monde)
  • L’avion est une drogue dure et les Européens en raffolent (Alter éco)
  • L’insoutenable croissance du numérique (Alter éco)
  • Comment la désinformation sur le climat se diffuse et se finance sur YouTube (Le Monde)
  • Les quatre dimensions économiques de la justice climatique (Christian de Perthuis)
  • Pour contenir le réchauffement : refroidir le capitalisme (Jean Gadrey)


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Monnaie et finance

  • Le taux du Livret A ne couvre plus l’inflation (Le Monde)
  • Livret A : le gouvernement n’épargne pas les Français (Alter éco)
  • Les dividendes versés par le CAC 40 battent des records (Alter éco)
  • Bâle 3 : comment la France compte s'y prendre pour limiter l'impact des futures règles bancaires (La Tribune)
  • Les députés et le gouvernement, porte-paroles du lobby bancaire (Christian Chavagneux)
  • La hausse des prix de l’immobilier annonce-t-elle nécessairement l’instabilité financière? (Patrick Artus)


Politique monétaire

  • Démocratiser la BCE (Barry Eichengreen)
  • L’expérience récente a montré que les Etats-Unis ne pourraient pas supporter une normalisation des taux d’intérêt (Patrick Artus)
  • Les banques centrales peuvent-elles décider de ne pas réagir si l’inflation revient ? (Patrick Artus)
  • La nature de la "dominance fiscale" dans les pays de l’OCDE : retour à "l’arithmétique monétariste déplaisante" (Patrick Artus)
  • Transmission de la politique monétaire : les contraintes sur les emprunts immobiliers sont importantes ! (OFCE)


Fiscalité

  • Les baisses d’impôts "affament-elles la bête" ? (A la marge)
  • Taxe GAFA : Bruno Le Maire prêt à mettre de l'eau dans son vin face à Trump (La Tribune)
  • Quel a été l’impact de la réforme fiscale de décembre 2017 sur l’économie américaine ? (CEPII)


Commerce international

  • Comment la mondialisation contribue aux conflits (A la marge)
  • Accord Chine-USA : vous avez aimé la phase 1 ? Vous allez adorer la phase 2 (La Tribune)
  • Phase One Deal : une trêve qui crée plus de problèmes qu’elle n’en résout (CEPII)
  • Le "nouvel Aléna" voulu par Trump a été approuvé aux États-Unis (La Tribune)
  • Protéger le commerce (Raghuram Rajan)
  • La Chine devient une économie fermée (Patrick Artus)
  • L'attractivité de l'économie française résiste (La Tribune)


Intégration européenne

  • Brexit : à la recherche d'un impossible accord commercial (La Tribune)
  • Le casse-tête de la relance budgétaire en Europe (Les Echos)
  • Excédent budgétaire record en Allemagne : derrière l’apparence de la bonne gestion, la même stratégie du cavalier solitaire menée au détriment de la zone euro (Philippe Waechter)
  • La BCE condamnée à compenser les erreurs de politique budgétaire des pays de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Spontanément, une union monétaire éclate : le cas de la zone euro (Patrick Artus)


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE La courbe de l'éléphant des inégalités mondiales 1980-2018

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source : Thomas Piketty (2020)

Zoom sur la réforme des retraites

  • Retraites : le calendrier de la réforme se précise (La Tribune)
  • La face cachée de la réforme des retraites : la fin de la société de défiance (Olivier Galland)
  • L’âge "juste" du départ à la retraite fait débat (Le Monde)
  • Réforme des retraites : un manque cruel de clarté (Le Monde)
  • Retraites : les économies d’abord ! (Alter éco)
  • Retraites : un projet de loi dangereux (Henri Sterdyniak)
  • La capitalisation ou la pensée magique (Michel Husson)
  • Les chômeurs, victimes collatérales de la retraite universelle (Alter éco)
  • Régimes spéciaux : les pionniers des retraites (Alter éco)


Travail, emploi, chômage


Politique

  • Populisme et économie (Ioana Marinescu)
  • L’insécurité économique explique-t-elle la montée du populisme de droite ? (A la marge)
  • La réforme des retraites et les passions tristes d’Emmanuel Macron (AOC)
  • En Iran, les sanctions internationales profitent au régime (The Conversation)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

lundi 13 janvier 2020

Economie et politique de la concentration des marchés

« La concentration des entreprises et les marges de profits se sont accrues dans la plupart des secteurs aux Etats-Unis au cours des vingt dernières années. Le graphique 1 illustre ces tendances ainsi que les déclins de la part du travail et de l’investissement privé. Le ratio profit des entreprises après impôts sur valeur ajoutée a augmenté, passant en moyenne de 7 % au cours de la période allant de 1970 à 2002 à une moyenne de 10 % dans la période consécutive à 2002. Les entreprises avaient auparavant tendance à réinvestir environ 30 cents de chaque dollar de profit ; désormais, elles investissent seulement 20 cents pour chaque dollar de profit.

La bonne concentration versus la mauvaise concentration


Une question cruciale pour la recherche est si ces tendances reflètent un pouvoir de marché et la recherche de rentes ou bien des facteurs plus bénins, tels qu’un changement vers les actifs immatériels avec des effets de rendements d’échelle. La principale difficulté est que la relation entre la concentration et la concurrence est ambiguë.

GRAPHIQUE 1a Ratio de concentration des marchés

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La concentration et la concurrence sont positivement reliées l’une à l’autre quand les chocs touchant la concurrence ex post jouent un rôle dominant dans les données. Par exemple, une baisse des coûts de recherche complique la survie des producteurs inefficaces, les force à fusionner ou à sortir du marché et entraîne en définitive une plus forte concentration. Un creusement des écarts de productivité entre les entreprises, souvent en raison des actifs immatériels, peut jouer un rôle similaire. Si ces explications sont les bonnes, les entreprises restantes sur le marché doivent être les plus productives et la concentration doit aller main dans la main avec une forte croissance de la productivité et l’investissement immatériel.

GRAPHIQUE 1b Profits des entreprises après impôts (en % de la valeur ajoutée)

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La concentration et la concurrence sont négativement liées l’une à l’autre quand les chocs touchant les coûts d’entrée jouent un rôle dominant dans les données. Cela peut résulter des changements dans l’application de la législation antitrust, des barrières à l’entrée ou de la menace de comportements prédateurs de la part des entreprises en place. Si ces explications-là sont les bonnes, la concentration doit être négativement reliée à la productivité et à l’investissement.

GRAPHIQUE 1c Rémunérations des salariés (en % de la valeur ajoutée brute)

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Certains secteurs collent à l’hypothèse de la concentration efficace, tandis que d’autres collent à celle de la recherche de rentes. Ali Hortaçsu et Chad Syverson affirment que l’essor des hypermarchés et du e-commerce reflète les gains d’efficacité dans le secteur de la grande distribution. Le secteur du commerce de gros semble aussi coller à ce schéma. Le secteur des télécommunications, d’un autre côté, colle au schéma de la quête de rentes. Il est devenu de plus en plus concentré et Germán Gutiérrez et moi avons montré que les consommateurs américains payent aujourd’hui deux fois plus pour les services de téléphonie mobile et de haut débit que les citoyens de quasiment tous les autres pays développés. Certains secteurs de haute technologie combinent les aspects des deux types de concentration. L’une des raisons, comme Nicolas Crouzet et Janice Eberly l’affirment, est que le capital immatériel génère simultanément de forts rendements et des rentes élevées.

GRAPHIQUE 1d Investissement net (en % de l'excédent net d'exploitation)

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Au cours des vingt dernières années, la concentration négative est cependant devenue relativement plus importante aux Etats-Unis. Les récentes hausses de la concentration ont été associées à une faible croissance de la productivité et à une baisse des taux d’investissement. Les entreprises dans les secteurs où la concentration augmente s’engagent dans des fusions et acquisitions plus profitables et dépensent davantage dans le lobbying. Les profits excessifs ne sont plus annulés par la libre entrée et la rotation des meneurs de chaque secteur a diminué.

L’économie politique de la concentration


Si la "mauvaise" concentration a fini par prévaloir, nous devons comprendre pourquoi. Quelles sont les barrières à l’entrée ? Quel est le rôle respectif de la politique et de la technologie ? Il est difficile d’obtenir une réponse convaincante en regardant seulement les Etats-Unis, mais la comparaison avec d’autres régions (l’Europe en particulier) est assez éclairante. Jusqu’aux années quatre-vingt-dix, les marchés américains étaient plus concurrentiels que les marchés européens. Aujourd’hui, cependant, beaucoup de marchés européens ont de moindres profits excessifs et de moindres barrières réglementaires à l’entrée. Deux secteurs américains illustrent très bien l’évolution de la concentration et des marges au cours du temps : les télécoms et le transport aérien.

Il y a vingt ans, l’accès à internet était moins cher aux Etats-Unis qu’en Europe. En 2018, le coût mensuel moyen d’un haut débit fixe est deux fois plus important aux Etats-Unis qu’en France ou en Allemagne. Le transport aérien est un autre secteur où les Etats-Unis ont reculé. La hausse de la concentration et des profits suit une vague de fusions controversées, notamment la fusion entre Delta et Northwest en 2008, celle entre United et Continental en 2010, celle entre Southwest et AirTran en 2011 ou encore celle entre American et US Airways en 2014. En Europe, au cours de la même période, la croissance des compagnies low cost a accentué la concurrence et poussé les prix à la baisse.

Les secteurs européens ne sont pas devenus moins chers et plus concurrentiels par hasard. Dans tous les cas que j’ai étudiés, il y a eu une action significative de la part des autorités, par exemple le retrait d’une barrière à l’entrée ou une action antitrust. Le secteur des télécoms français, par exemple, était en oligopole avec trois opérateurs historiques qui recouraient à un lobbying intense pour empêcher l’entrée d’un nouveau concurrent. L’oligopole fut remis en cause en 2011 lorsqu’un quatrième opérateur obtint une licence et les prix chutèrent de moitié dans les deux années suivantes.

Ces résultats sont surprenants. L’Europe, avec sa tradition de protection de champions nationaux, n’est pas le lieu où nous nous serions attendus à voir la concurrence s’intensifier. Les Etats-Unis, avec sa tradition de marchés libres, n’est pas le lieu où nous nous serions attendus à voir la concurrence refluer. Comment pouvons-nous alors expliquer ces évolutions ?

L’explication théorique pour l’Europe est en fait relativement simple. Quand les institutions du Marché unique de l’UE ont été conçues au début des années quatre-vingt-dix, les Etats-membres craignaient que chacun essaierait d’imposer son agenda domestique aux régulateurs communs. Gutiérrez et moi montrons que l’équilibre de Nash du jeu de la conception de la réglementation se déroule différemment au niveau de l’UE qu’au niveau national. Au niveau national, les politiciens jouissent de la possibilité d’influencer les régulateurs. Au niveau de l’UE, cependant, ils s’inquiètent de l’influence des autres Etats-membres. Par conséquent, les Etats-membres se sont accordés pour donner aux institutions européennes davantage d’indépendance qu’ils n’en donnent aux institutions nationales. C’est pourquoi l’Europe a fini avec la banque centrale et l’agence antitrust les plus indépendantes au monde. Au cours des vingt années suivantes, la logique du marché unique a peu à peu poussé l’Europe vers des marchés plus libres et plus concurrentiels.

Comprendre comment les marchés américains sont devenus moins concurrentiels est plus compliqué. Il y a plein d’explications possibles. Une partie de l’accroissement de la concentration s’explique par l’accroissement des rendements des actifs immatériels, comme Crouzet et Eberly l’expliquent. Le test crucial tient à la relation entre croissance de la productivité et concentration. Matias Covarrubias, Gutiérrez et moi constatons une corrélation positive entre changements de la concentration et croissance de la productivité dans les années quatre-vingt-dix. Cela suggère que la concentration était soit bénigne, soit le prix à payer pour atteindre une plus forte efficacité. Cependant, la corrélation est devenue négative dans les années deux mille, suggérant une plus forte prévalence de recherche de rentes. Malheureusement, c’est là où le manque de données (…) crée des défis empiriques. Il y a aussi des questions économétriques épineuses quand nous utilisons des données granulaires pour tester cette relation. Il faut reconnaître que nous n’avons pas de certitude ici.

Deux tendances qui sont spécifiques aux Etats-Unis dans les années deux mille nous aident à faire la lumière sur cette question. L’une est ce que Gutiérrez et moi avons qualifié d’échec de libre entrée. Quand les profits augmentent dans un secteur, de nouvelles entreprises doivent entrer dans ce dernier. Quand les profits diminuent, les firmes en place devraient sortir du marché ou se lancer dans des opérations de consolidation. La théorie économique prédit un surcroît d’entrées dans les secteurs où les valeurs boursières sont fortes relativement aux valeurs comptables, un indicateur connu sous le nom de ratio q de Tobin. Intuitivement, le q de Tobin mesure les profits attendus (tels qu’ils sont valorisés par le marché) par unité de coûts d’entrée (les valeurs comptables). Nous étudions si le nombre d’entreprises augmente dans les secteurs où le q de Tobin est élevé et diminue dans les secteurs où il est faible.

Le graphique 2 montre que la libre entrée était bien portante des années soixante aux années quatre-vingt-dix. L’élasticité positive implique, lorsque le q de Tobin médian d’un secteur augmentait, plus les entreprises entraient dans ce secteur. En l’occurrence, une hausse du q de Tobin d’une unité dans un secteur, par exemple de 1 à 2, coïncida avec une hausse du nombre d’entreprises dans ce secteur d’environ 10 % au cours des deux années suivantes. Ce qui est cohérent avec la libre entrée, les entreprises avaient tendance à entrer dans les secteurs à q élevé et à sortir des secteurs avec un faible q.

GRAPHIQUE 2 Élasticité des entrées nettes vis-à-vis du q de Tobin

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Mais ce n’est plus le cas. L’élasticité a été quasiment nulle depuis 2000. Cela remet en cause le mécanisme de rééquilibrage fondamental qui était au cœur du raisonnement que développait l’école de Chicago pour conclure qu’il ne fallait pas s’inquiéter à propos de la domination de marché par une poignée de grandes entreprises. Si la libre entrée échoue, le raisonnement du laissez-faire s'écroule.

L’autre tendance frappante aux Etats-Unis durant les années deux mille est l’essor du lobbying de la part des entreprises et des contributions au financement des campagnes. Le lobbying et la réglementation peuvent expliquer l’échec de la libre entrée si les entreprises en place les utilisent pour altérer les règles du jeu. Les entreprises en place peuvent, par exemple, influencer l’application de la législation antitrust et de la législation relative aux fusions-acquisitions aussi bien que des réglementations allant des brevets et de la protection copyright à la réglementation financière, en passant par les accords de non-concurrence, la certification professionnelle et les échappatoires fiscales. Ce qui est cohérent avec ces idées, nous constatons que l’élasticité de l’entrée des entreprises au q de Tobin a davantage diminué dans les secteurs qui ont connu les plus forts accroissements de lobbying et de réglementations.

L’échec de la libre entrée a des implications négatives pour la productivité, l’égalité et le bien-être en général. Si le capital reste piégé dans les secteurs déclinants et n'est pas alloué vers les secteurs prometteurs, l’économie en souffre : la croissance de la productivité est faible, les salaires stagnent et les niveaux de vie peinent à s’améliorer. »

Thomas Philippon, « The economics and politics of market concentration », in NBER Reporter, n° 2019:4. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Les marchés européens sont plus concurrentiels que les marchés américains »

« Firmes stars, étoiles montantes ? »

« Faut-il s’inquiéter de la concentration des marchés aux Etats-Unis ? »

« Pourquoi les barrières à l’entrée se sont-elles renforcées aux Etats-Unis ? »

dimanche 12 janvier 2020

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • La croissance de la zone euro patine (La Tribune)
  • L'industrie, vraie cause du ralentissement mondial (Jean-Marc Vittori)
  • Comment la crise de 2008 a plombé la création d’entreprise pendant sept ans aux États-Unis et en France (The Conversation)
  • Décrochage du niveau de productivité dans la zone euro par rapport aux Etats-Unis: est-il dû à la création de l’euro? (Patrick Artus)
  • L’économie russe n’a pas fini sa mue (Alter éco)
  • Le plus frappant dans la macroéconomie en 2019 (Patrick Artus)


Zoom sur les incendies en Australie

  • Les incendies en Australie sont-ils dûs à un défaut d’entretien des forêts ? (Le Monde)
  • Fact check : pas 500 millions mais un million de milliards d’animaux morts en Australie (The conversation)
  • Australie : tirer les leçons du feu (Alter éco)
  • Incendies en Australie : catastrophe naturelle, catastrophe politique (The Conversation)
  • Incendies en Australie : l’Europe n’est pas à l’abri de catastrophes similaires (The Conversation)


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Environnement et ressources naturelles

  • Climat : l’adaptation, c’est maintenant ! (Alter éco)
  • Que va faire Emmanuel Macron à la Convention citoyenne pour le climat ? (Alter éco)
  • Pourquoi le climatoscepticisme a-t-il tant de succès aux États-Unis ? (The Conversation)
  • Le changement climatique, adversaire le plus dangereux de l’armée américaine (The Conversation)
  • Les investisseurs commencent à bouder les entreprises pétrolières (Christian Chavagneux)


Monnaie et finance


Economie internationale

  • Donald Trump veut paralyser l’OMC (Alter éco)
  • D’où vient le freinage du commerce mondial ? (Patrick Artus)
  • Fin du franc CFA : comment réussir la nouvelle union monétaire ? (Agnès Benassy-Quere)
  • La fin du franc CFA et le défi de la monnaie ouest-africaine (Alter éco)
  • L’hétérogénéité croissante de la zone euro est conforme à la théorie, et pose un important problème (Patrick Artus)


Inégalités et justice sociale


Zoom sur la réforme des retraites

  • Retraites : trois questions sur le retrait provisoire de l’âge pivot proposé par Edouard Philippe (Le Monde)
  • La réforme risque de déséquilibrer fortement le financement des retraites (Alter éco)
  • Espérance de vie et retraites : le décrochage (Michaël Zemmour)
  • L'espérance de vie en bonne santé est-elle vraiment de 64 ans ? (Anne Lavigne)
  • Ne pas battre en retraite sur la pénibilité ! (Alter éco)
  • Entre 7,9 milliards et 17,2 milliards d'euros de déficit à l'horizon 2025, pourquoi ? (Anne Lavigne)
  • Une retraite sur des positions préparées à l’avance (Bruno Amable)


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Répartition des revenus

  • Baisse de la part du travail : la mondialisation est-elle coupable ? (A la marge)
  • Comment savoir si la déformation du partage des revenus au détriment des salariés vient du fonctionnement du marché du travail ou du fonctionnement du marché des biens et services: l’exemple des Etats-Unis (Patrick Artus)


Travail, emploi, chômage


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lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

mardi 7 janvier 2020

Les nouveaux outils de la politique monétaire

« Depuis les années quatre-vingt, les taux d’intérêt autour du monde ont eu tendance à baisser, en conséquence d'une plus faible inflation, de forces démographiques et technologiques qui ont accru l’épargne désirée relativement à l’investissement désiré au niveau mondial, ainsi que d’autres facteurs. Bien que la faible inflation et de faibles taux d’intérêt puissent apporter certains bénéfices, le nouvel environnement suscite des problèmes pour les banques centrales. Ces dernières avaient traditionnellement eu recours aux baisses de taux d’intérêt de court terme pour stimuler des économies déprimées. Un niveau de taux d’intérêt généralement faible signifie que, face à une contraction économique ou une inflation indésirablement faible, les banques ont une moindre marge de manœuvre que par le passé pour procéder à une baisse conventionnelle des taux.

Cette contrainte sur la politique monétaire a beaucoup inquiété durant la crise financière mondiale et dans son sillage, comme la Réserve fédérale et d’autres banques centrales majeures ont réduit leurs taux de court terme à zéro ou quasiment. Avec leurs économies en chute libre et leurs méthodes traditionnelles épuisées, les banques centrales se sont tournées vers de nouveaux outils peu testés, notamment l’assouplissement quantitatif (quantitative easing) et le forward guidance. Les nouveaux outils de politique monétaire (leur fonctionnement, leur efficacité, leurs limites, leur capacité à accroître la marge de manœuvre dont disposent effectivement les autorités monétaires) sont le sujet de l’allocution présidentielle que j’ai donnée le 4 janvier à la conférence annuelle de l’American Economic Association à San Diego. Comme je l’explique ci-dessous, mon discours conclut que les nouveaux outils de politique monétaire sont efficaces et que, au vu des estimations actuelles du taux d’intérêt neutre, l’assouplissement quantitatif et le forward guidance peuvent fournir l’équivalent de 3 points de pourcentage additionnels de baisses de taux de court terme. L’article sur lequel mon discours s’est basé est disponible ici. Ci-dessous, je résume certaines de mes principales conclusions.

Les achats par la banque centrale d’actifs financiers de plus long terme, connus sous le nom d'assouplissement quantitatif (quantitative easing ou QE), se sont révélés être un outil efficace pour assouplir les conditions financiers et relancer l’activité économique lorsque les taux d’intérêt de court terme sont à leur borne inférieure. L’efficacité de l'assouplissement quantitatif ne dépend pas du fait qu’il soit ou non déployé durant une période de turbulences sur les marchés.

Le quantitative easing opère via deux principaux canaux : en réduisant l’offre nette d’actifs de plus long terme, ce qui accroît leurs prix et réduit leurs rendements ; et en signalant l’intention des autorités monétaires de maintenir les taux de court terme pendant une période prolongée. Ces deux canaux contribuèrent à assouplir les conditions financières dans l’ère d’après-crise.

Les premiers cycles de quantitative easing, comme le programme QE1 de la Fed au début de l’année 2009, ont eu un gros impact sur les marchés financiers quand ils furent annoncés, mais les annonces des cycles suivants, par exemple l’annonce du programme QE2 en novembre 2010, ont suscité une bien moindre réaction de la part des marchés. Cette différence amène à penser que le quantitative easing n’est efficace que lorsqu’il est déployé durant des périodes de turbulences sur les marchés, comme ce fut le cas au début de l’année 2009, mais pas à d’autres moments, ce qui amène douter de l’utilité du quantitative easing pour l’élaboration de la politique monétaire en temps normal. Cependant, comme le montre mon article, la plupart des études privilégie une autre explication en notant que ces derniers cycles de quantitative easing étaient largement anticipés par les participants de marché : du fait de cette anticipation, les effets attendus des programmes étaient déjà incorporés dans les cours des titres lorsqu’ils furent officiellement annoncés. Les études qui contrôlent les anticipations de marché quant au niveau et au contenu des achats d’actifs constatent que plusieurs programmes de QE se sont révélés puissants, avec des effets qui ne diminuent pas durant les périodes de calme sur les marchés ou lorsque la taille du bilan de la banque central augmente.

D’autres études, basées sur des modèles de structure des taux d’intérêt, constatent que les effets des achats d’actifs sur les rendements étaient durables et économiquement significatifs. Par exemple, une étude méticuleuse constate que l’effet cumulé des achats d’actifs de la Fed sur les rendements des bons du Trésor à dix ans a été supérieur à 120 points de base à l’instant où les achats nets stoppèrent. Les études des programmes d’achats d’actifs au Royaume-Uni et dans la zone euro constatent que les effets sur les marchés financiers sont quantitativement similaires à ceux observés aux Etats-Unis. Le canal de la signalisation (signaling channel) du quantitative easing était également important et il restait puissant. Comme je l’ai souligné lorsque j’étais président de la Fed, c’est ce que montrait en négatif l’"accès de colère" (taper tantrum) des marchés en 2013, la perspective que les achats d’actifs puissent ralentir amène les participants de marché à s’attendre à des hausses plus rapides du taux directeur.

Le forward guidance, bien qu’il ne soit pas particulièrement efficace dans l’immédiate période d’après-crise, est devenu de plus en plus puissant au cours du temps comme il a gagné en précision et en agressivité. Les changements dans le cadre de politique économique peuvent rendre le forward guidance efficace à l’avenir.

Le forward guidance est la communication de la banque centrale à propos de ses anticipations relatives à l’évolution de l’économie et de ses projets de politique monétaire. Il aide le public à comprendre comment les autorités monétaires vont répondre aux changements des perspectives économiques et permet aux autorités monétaires de s’engager à des politiques de taux "plus faibles plus longtemps". De telles politiques, en convainquant les participants au marché que les autorités monétaires vont retarder la hausse du taux directeur même si l’économie se renforce, peut aider à assouplir des conditions financières et relancer l’activité économique dans la période courante.

Le forward guidance de la Fed en 2009-2010 était qualitatif par nature et n’a pas réussi à convaincre les participants de marché que les taux resteraient plus faibles plus longtemps. Cependant, à partir de 2011, un guidage plus explicite qui lia tout d’abord le taux directeur à des dates spécifiques, puis au comportement du chômage et de l’inflation, persuada les marchés que les taux resteraient faibles. Le guidage devint également plus explicite, sophistiqué et agressif dans d’autres grandes banques centrales. Par exemple, la Banque d’Angleterre lia aussi le guidage aux conditions économiques, tandis que la BCE a utilisé le guidage pour aider le public à comprendre la relation dans sa boîte à outils de politique monétaire.

Le forward guidance pourrait gagner en efficacité s’il était incorporé dans le cadre formel de la banque centrale. Par exemple, l’idée de "politiques de compensation" (makeup policies) que considère actuellement la Fed, celle de compenser l’inflation inférieure à la cible au cours d’une période par une inflation supérieure à la cible au cours de la période suivante, revient à mettre le forward guidance en place avant la prochaine rencontre avec les taux nuls. Cette préparation rendrait le guidage plus clair, plus prévisible et plus crédible lorsqu’il sera nécessaire.

Certaines banques centrales étrangères majeures ont fait un usage efficace d’autres nouveaux outils de politique monétaire, tels que des achats de titres privés, les taux d’intérêt négatifs, le financement de programmes de prêt et de contrôle de courbe des taux.

Chacun de ces outils a des coûts et des bénéfices, mais ils se sont aussi révélés utiles dans certaines circonstances. La Fed n’a pas utilisé d'autres nouveaux outils que le quantitative easing et le forward guidance, mais, dans les limites juridiques de son action, elle ne doit pas exclure d’autres options. Par exemple, le contrôle de la courbe des taux (à un horizon plus court que la Banque du Japon, disons deux ans) peut être utilisé pour améliorer le forward guidance de la Fed, comme l’a récemment suggéré Lael Brainard, l’un des gouverneurs de la Fed. Le financement des programmes de prêts peut être utile dans des situations où les contraintes sur le prêt bancaire et sur la disponibilité du crédit nuisent à la transmission de la politique monétaire. La Fed doit aussi considérer l’idée de maintenir une ambiguïté constructive à propos de l’usage futur des taux négatifs, parce qu’il y a des situations où les taux de court terme négatifs peuvent fournir une marge utile à la politique monétaire ; et parce qu’exclure complètement les taux négatifs peut limiter la capacité future de la Fed à réduire les taux de long terme par le quantitative easing ou d’autres moyens en créant un plancher effectif pour les taux de long terme.

Pour la plus grande partie, les coûts et risques des nouveaux outils de politique monétaire se sont révélés être modestes. L’exception possible concerne les risques d’instabilité financière, qui requièrent de la vigilance.

L’incertitude à propos des coûts et des risques des nouveaux outils de politique monétaire rend les banques centrales prudentes à propos de leur usage, du moins initialement. Pour l’essentiel, ces coûts et risques (notamment les possibilités d’un dysfonctionnement des marchés, une forte inflation, la difficulté de sortir de ces politiques, la hausse des inégalités de revenu et les moins-values sur le portefeuille de la banque centrale) se sont révélés modestes. Par exemple, les inquiétudes à propos de la forte inflation découlaient d’un monétarisme crû qui ne considérait pas l’idée que la vitesse de circulation de la base monétaire chuterait avec de faibles taux d’intérêt. L’inflation a récemment été trop faible plutôt que trop élevée. La littérature internationale sur les effets distributionnels de la politique monétaire constate que, lorsque tous les canaux de l’influence de la politique monétaire sont pris en compte, l’assouplissement monétaire a des effets distributionnels faibles et peut-être même progressifs. Le risque de moins-values sur le portefeuille de la Fed n’a jamais été élevé, mais au cours de la dernière décennie la Fed a remis plus de 800 milliards de dollars en profits au Trésor, trois fois plus qu’avant-crise.

Il y a plus d’incertitude à propos des liens entre l’argent facile et les taux faibles, d’un côté, et les risques d’instabilité financière, de l’autre. L’assouplissement monétaire fonctionne en partie en accroissant la propension des investisseurs financiers et des prêteurs à prendre des risques, ce que l’on appelle le canal de la prise de risque (risk-taking channel). En périodes de récession et de turbulences financières, encourager les investisseurs financiers et les prêteurs à prendre des risques raisonnables est un objectif approprié pour la politique monétaire. Les problèmes surviennent quand, à cause d’un comportement qui n’est pas parfaitement rationnel ou de mauvaises incitations institutionnelles, la prise de risque devient excessive. La vigilance et des politiques appropriées, notamment les politiques macroprudentielles et réglementaires, sont essentielles.

Une question connexe est si les nouveaux outils de politique monétaire font peser de plus grands risques d’instabilité que les politiques traditionnelles ou que l’environnement de faible taux qui perdurerait si la banque centrale se contentait d'actions conventionnelles. Il n’y a pas beaucoup de preuves empiriques suggérant que ce serait le cas. Par exemple, le quantitative easing aplatit la courbe des taux, ce qui réduit l’incitation pour une transformation de maturités risquée ; il écarte le risque de duration, ce qui accroît la capacité de prise de risque nette du secteur privé ; et il accroît l’offre d’actifs sûrs, liquides.

Le supplément de marge de manœuvre que les nouveaux outils peuvent donner à la politique monétaire dépend crucialement du niveau du taux d’intérêt nominal neutre. Si ce dernier est compris entre 2 et 3 %, comme le suggèrent les estimations pour les Etats-Unis, alors les simulations de modèle suggèrent que le quantitative easing et le forward guidance peuvent fournir un supplément de marge de manœuvre équivalent à 3 points de pourcentage, ce qui compenserait largement les effets de la borne inférieure sur les taux. Pour cet éventail du taux neutre, il est préférable d’utiliser les nouveaux outils de politique monétaire que de relever la cible d’inflation pour accroître la marge de manœuvre de la politique monétaire.

Le taux d’intérêt neutre est le taux d’intérêt compatible avec le plein emploi et l’inflation à la cible à long terme. A long terme, au taux d’intérêt neutre la politique monétaire n’est ni expansionniste, ni restrictive. La plupart des estimations actuelles pour le taux nominal neutre pour les Etats-Unis sont compris entre 2 et 3 %. Par exemple, la prévision médiane des participants du comité de politique monétaire de la Fed pour le taux des fonds fédéraux à long terme est de 2,5 %. Les modèles basés sur les données macroéconomiques et financières donnent actuellement des estimations du taux neutre américain entre 2,5 et 3 %.

Mon étude rapporte des résultats tirés de simulations réalisées à partir de FRB/US, le principal modèle macro-économétrique du comité de la Réserve fédérale, afin de comparer les performances à long terme de diverses politiques monétaires alternatives. Quand le taux nominal neutre est faible, les politiques traditionnelles (qui dépendent de la gestion du taux d’intérêt de court terme et n’utilisent pas les nouveaux outils) réalisent de mauvaises performances dans les simulations, ce qui est cohérent avec les précédentes études. Le problème avec les politiques traditionnelles est qu’elles n’ont plus de marge de manœuvre lorsque le taux de court terme bute sur zéro.

Je compare les politiques traditionnelles aux politiques couplées à une combinaison de quantitative easing et de forward guidance. (…) Quand le taux nominal neutre est compris entre 2 et 3 %, alors les simulations suggèrent que cette combinaison de nouveaux outils de politique monétaire peut fournir un supplément de marge de manœuvre équivalent à 3 points de pourcentage. Autrement dit, avec l’aide du quantitative easing et du forward guidance, la politique monétaire réalise d’aussi bonnes performances qui si le taux neutre nominal était compris entre 5 et 6 %. Dans les simulations, le supplément de 3 points de pourcentage de la marge de manœuvre de la politique monétaire compense les effets de la borne inférieure zéro (zero lower bound) sur les taux de court terme.

Une autre façon de gagner en marge de manœuvre consiste à relever la cible d’inflation de la Fed, puisque cela devrait en définitive relever le taux d’intérêt nominal neutre. Cependant, pour obtenir un supplément de marge de manœuvre équivalent à 3 points de pourcentage comme permettent de le faire le quantitative easing et le forward guidance, cela nécessiterait de relever la cible d’inflation d’au moins 3 points de pourcentage, c’est-à-dire de 2 à 5 %. Cette approche aurait d’importants coûts de transition (notamment l’incertitude et la volatilité associées au désancrage des anticipations d’inflation et à leur réancrage à un niveau plus élevé), ainsi que les coûts d’une inflation en permanence plus élevée. Tant que le taux d’intérêt neutre est supérieur à 2 %, il semble préférable d’utiliser activement les nouveaux outils de politique monétaire plutôt que de relever la cible d’inflation. Il y a cependant une réserve : Si le taux d’intérêt nominal neutre est bien inférieur à 2 %, alors les nouveaux outils n’ajoutent pas assez de marge de manœuvre de politique monétaire pour compenser les effets de la borne inférieure. Dans ce cas, d’autres mesures pour accroître la marge de politique monétaire, notamment le relèvement de la cible d’inflation, peuvent s’avérer nécessaire.

Mes conclusions relativement optimistes à propos des nouveaux outils monétaires dépendent crucialement du maintien du taux d’intérêt neutre au-delà de 2 %. Dans les simulations, quand le taux nominal neutre est bien inférieur à 2 %, toutes les stratégies monétaires deviennent significativement moins efficaces. Dans ce cas, bien que le quantitative easing et le forward guidance permettent de donner un supplément de marge de manœuvre à la politique, les nouveaux outils peuvent ne pas parvenir à compenser les effets de la borne inférieure. En outre, dans ce cas, toute approche de politique monétaire, utilisant ou non les nouveaux outils, est susceptible d’impliquer des périodes prolongées au cours desquelles les taux de court terme sont à leur borne inférieure, aussi bien que des rendements de plus long terme souvent nuls ou négatifs, une situation qui génère des risques d’instabilité financière ou d’autres coûts.

Actuellement, les taux d’intérêt de court terme et de long terme aux Etats-Unis sont inférieurs à 2 %. Or, comme je l’ai noté, les estimations du taux d’intérêt neutre sont comprises entre 2 et 3 %, ce qui implique que la politique monétaire est aujourd’hui légèrement accommodante. Mes résultats de simulations dépendent du taux neutre, non du niveau courant des taux d’intérêt. Il y a néanmoins une forte incertitude à propos des niveaux courants et futurs du taux nominal neutre. S’il s’avère qu’ils sont inférieurs à 2 %, alors cela plaiderait en faveur d’un relèvement modeste de la cible d’inflation et peut-être d’une plus grande intervention de la politique budgétaire pour faire face aux contractions de l’activité économique. Pour l’instant, une approche prudente consisterait à accroître la contracyclicité de la politique budgétaire, par exemple en accroissant l’usage des stabilisateurs automatiques.

Il y a une leçon à retenir pour toutes les banques centrales : il est crucial de maintenir l’inflation et les anticipations d’inflations à proximité de la cible.

Mes simulations ne s’appliquent qu’aux Etats-Unis et les conclusions quantitatives ne peuvent être directement étendues à d’autres pays. Deux conclusions s’appliquent toutefois ailleurs : (1) les nouveaux outils de politique monétaire, notamment le quantitative easing et le forward guidance, doivent faire partie intégrante de la boîte à outils de la politique monétaire ; (2) la politique monétaire en général est d’autant moins efficace que le taux d’intérêt neutre est faible. En Europe et au Japon, où la politique monétaire ne parvient pas à atteindre ses objectifs, l’essentiel du problème découle des anticipations d’inflation qui ont trop chuté, ce qui a déprimé les taux d’intérêt nominaux neutres et limité la marge de manœuvre dont disposent les banques centrales. Dans ces juridictions, la politique budgétaire est nécessaire pour relever les anticipations d’inflation. Si elle peut effectivement être utilisée, alors la politique monétaire, complétée par les nouveaux outils monétaires, devrait retrouver l’essentiel de sa puissance.

Dans les dernières décennies du vingtième siècle, les principaux défis pour les banques centrales étaient l’inflation élevée et l’instabilité des anticipations d’inflation. Les présidents de la Fed Paul Volcker et Alan Grenspan ont gagné la guerre en ramenant l’inflation à de faibles niveaux et en ancrant les anticipations d’inflation. L’inflation bénigne a promu à son tour la croissance économique et la stabilité, notamment en donnant aux autorités monétaires plus de marge de manœuvre pour répondre aux fluctuations de l’emploi et de la production sans s’inquiéter d’une forte inflation. Nous avons presque bouclé la boucle : dans un monde où de faibles d’intérêt nominaux neutres menacent la capacité des banques centrales à répondre aux récessions, la faible inflation peut être dangereuse. En conformité avec les cibles d’inflations "symétriques" qu’elles ont indiqué suivre, la Fed et d’autres banques centrales doivent s’attaquer à une inflation trop faible au moins aussi vigoureusement qu’elles résistent à une inflation trop élevée. Bien que les nouveaux outils monétaires ont montré leur utilité et peuvent gagner en efficacité dans le futur, il est crucial de maintenir l’inflation et les anticipations d’inflation proches de la cible pour préserver ou accroître la marge de manœuvre des banques centrales. »

Ben Bernanke, « The new tools of monetary policy », 4 janvier 2020. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

Quelle est l’efficacité de l’assouplissement quantitatif ?

La stratégie de forward guidance

Quelle est l’efficacité du forward guidance à la borne inférieure zéro ?

A zéro et en-deçà. Que nous enseigne la récente expérience avec les taux d’intérêt négatifs ?

Comment la politique monétaire non conventionnelle affecte les inégalités ?

dimanche 5 janvier 2020

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises


Environnement et ressources naturelles

  • Australie : cinq fois plus de feux en Nouvelle-Galles du Sud en 2019 que lors d’une année ordinaire (Le Monde)
  • Incendies en Australie : un coup de semonce politique (Le Monde)
  • Automobile : la fin d’une époque (Alter éco)


Démographie

  • Une croissance démographique marquée dans les espaces peu denses (INSEE)


GRAPHIQUE Variation annuelle de la densité de population entre 2007 et 2017

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source : INSEE (2019)

Marchés et concurrence



Monnaie et finance


GRAPHIQUE Dette du secteur financier (en % du PIB mondial)

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source : Alter éco (2019)

Finance internationale


Intégration européenne

  • Brexit: "Boris Johnson sous-estime la complexité de la négociation commerciale avec l’Union européenne" (CEPII)
  • Union européenne : un renforcement de la démocratie ? (Alter éco)
  • La France et l’Allemagne ont-elles aujourd’hui davantage de raisons de mettre en place des politiques économiques communes ? (Patrick Artus)
  • Quelles conséquences s’il y a une forte augmentation des déficits publics dans la zone euro? (Patrick Artus)


Lien social


Inégalités


GRAPHIQUE Taux d'extrême pauvreté dans le monde (en %)

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source : Observatoire des inégalités (2019)

Zoom sur la réforme des retraites

  • Macron et la CGT : l’affrontement de deux France (Le Monde)
  • La réforme des retraites ouvre-t-elle la voie à BlackRock et aux fonds privés ? (Le Monde)
  • Génération après génération, l’espérance de vie augmente mais la retraite se réduit (Michaël Zemmour)
  • Les âges de la retraite (Anne Lavigne)
  • Au coeur du COR : comment sont élaborées les projections financières du système de retraite ? (Anne Lavigne)


Travail, emploi, chômage


Politique


Capital(isme)





lire la précédente revue de presse

jeudi 2 janvier 2020

L’héritage de l’austérité destructrice

« Il y a une décennie, le monde sortait à peine de la pire crise économique qu'il ait connue depuis les années 1930. Les marchés financiers étaient stabilisés, mais l’économie réelle était encore dans un état lamentable, avec environ 40 millions de chômeurs en Europe et en Amérique du Nord. Malheureusement, les responsables de la politique économique des deux côtés de l’Atlantique ont passé la première moitié des années 2010 à faire exactement ce que la théorie et l’Histoire leur a dit de ne pas faire. Et cette mauvaise orientation de la politique économique a eu des conséquences durables tant au niveau économique qu’au niveau politique. En l’occurrence, l’obsession vis-à-vis des déficits entre 2010 et 2015 prépara le terrain pour la crise actuelle de la démocratie.

Pourquoi l’austérité dans une économie déprimée est-elle une mauvaise idée ? Parce qu’une économie n’est pas comme un ménage, dont le revenu et les dépenses sont deux choses séparées. Dans l’économie dans son ensemble, mes dépenses constituent votre revenu et vos dépenses constituent mon revenu. Que se passe-t-il si tout le monde essaye de réduire ses dépenses au même instant, comme ce fut le cas dans le sillage de la crise financière ? Les revenus de chacun diminuent. Donc, pour éviter la dépression, vous avez besoin que quelqu’un (à savoir le gouvernement) maintienne ou, mieux, accroisse ses dépenses, alors que tous les autres réduisent les leurs. C’est pour cela qu’en 2009 la plupart des gouvernements s’étaient engagés pour un minimum de relance budgétaire.

En 2010, cependant, le discours politique a été accaparé par des personnes insistant sur l’idée que nous devions réduire immédiatement les déficits sous peine de connaître le même sort que la Grèce, ainsi que sur l’idée que les baisses de dépenses publiques ne nuiraient pas à l’économie dans la mesure où elles nourriraient la confiance. Les fondements intellectuels pour ces affirmations ont toujours été fragiles ; la poignée d’articles académiques plaidant en faveur de l’austérité n’a pas tenu bon à un examen méticuleux. Et les événements confirmèrent rapidement la macroéconomie de base : les Etats-Unis ne sont pas devenus la Grèce et les pays qui embrassèrent une austérité brutale souffrirent de sévères contractions de l’activité économique.

Mais pourquoi le monde politique et les faiseurs d’opinion ont plaidé pour l’austérité alors qu’ils auraient dû combattre le chômage ? Une réponse, qui ne doit pas être ignorée, est que fulminer contre les malheurs des déficits publics vous fait paraître responsable, du moins aux yeux de ceux qui n’ont pas étudié la question ou qui n’ont pas assez suivi l’état de la recherche économique. C’est pourquoi je me suis souvent moqué des centristes et des grandes figures des médias qui prêchèrent en faveur de l’austérité en les qualifiant de "personnes très sérieuses" (very serious people). En effet, à ce jour, les milliardaires avec des ambitions politiques imaginent que s’alarmer à propos de la dette publique démontre leur sérieux.

En outre, l’élan pour l’austérité a toujours été impulsé en grande partie par des motifs cachés. En l’occurrence, les craintes autour de la dette ont été utilisées comme prétexte pour réduire les dépenses dans les programmes sociaux et aussi comme moyen pour réfréner les ambitions des gouvernements de centre-gauche.

Ici aux Etats-Unis, les Républicains ont passé leur temps durant les mandats d’Obama à se déclarer profondément inquiets à propos des déficits budgétaires, contraignant le pays à connaître plusieurs années de baisses de dépenses publiques qui ont freiné la reprise économique. A l’instant même où Donald Trump accéda à la Maison Blanche, toutes ces supposées inquiétudes s’évanouirent, donnant raison à tous ceux qui affirmaient depuis le début que les Républicains qui se présentaient comme des faucons anti-déficit ne croyaient pas ce qu’ils disaient.

Ce keynésianisme grossier est, par ailleurs, probablement la principale raison pour laquelle la croissance économique des Etats-Unis a été (non pas fabuleuse, mais) bonne au cours des deux dernières années, même si la baisse d’impôts de 2017 n’est absolument pas parvenue à délivrer la hausse promise de l’investissement privé : les dépenses fédérales ont augmenté à un rythme qui n’avait pas été vu depuis les premières années de la précédente décennie. Mais pourquoi est-ce que cette histoire importe-t-elle ? Après tout, aujourd’hui, les taux de chômage sont proches ou inférieurs à leurs niveaux d’avant-crise. Peut-être qu’il y a eu beaucoup de souffrances inutiles entretemps, mais ne sommes-nous pas dans une bonne situation à présent ?

Non, nous ne le sommes pas. Les années d’austérité ont laissé plusieurs cicatrices durables, en particulier au niveau politique. Il y a plusieurs explications pour la rage populiste qui déstabilise la démocratie dans le monde occidental, mais les effets pervers de l’austérité sont au début de la liste. En Europe de l’Est, les partis nationalistes sont arrivés au pouvoir après que les gouvernements de centre-gauche aient aliéné la classe laborieuse en se laissant aller aux politiques d’austérité. En Grande-Bretagne, le soutien en faveur des partis d’extrême-droite est plus fort dans les régions qui ont été les plus frappées par l’austérité budgétaire. Et aurions-nous eu Trump si plusieurs années d’austérité malavisée n’avaient pas retardé la reprise économique sous Barack Obama ?

En outre, je pense que cette manie de l’austérité a profondément endommagé la crédibilité des élites. Si les familles ordinaires ne croient plus que les élites traditionnelles sachent ce qu’elles font ou qu’elles s’inquiètent des gens comme elles, eh bien, ce qui s’est passé durant les années d’austérité suggère qu’ils ont raison. Certes, il est illusoire de s’imaginer que des gens comme Trump vont mieux servir leurs intérêts, mais il est bien plus difficile de dénoncer un arnaqueur quand vous avez vous-même passé plusieurs années à promouvoir des politiques destructrices simplement parce qu’elles semblaient sérieuses.

Bref, nous sommes dans le chaos dans lequel nous sommes en grande partie à cause de la mauvaise voie prise par les politiques il y a une décennie. »

Paul Krugman, « The legacy of destructive austerity », 30 décembre 2019. Traduit par Martin Anota



« La fée confiance ou le mythe de l’austérité expansionniste »

« Quelles ont été les répercussions de l’austérité dans le sillage de la Grande Récession ? »

« L’austérité nuit à la croissance de long terme »

lundi 30 décembre 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Un monde au bord de la récession... ou à l’aube d’un renouveau (La Tribune)
  • "L’urgence climatique va demander une réponse forte des politiques économiques" (Laurence Boone)
  • Accélération de la désindustrialisation du Monde: le risque social et politique (Patrick Artus)
  • Gains de productivité nuls dans la zone euro: évolution favorable ou défavorable? (Patrick Artus)
  • Taux d’intérêt réel et croissance : une relation circulaire (Banque de France)


Environnement et ressources naturelles


Marchés et concurrence

  • La maladie de la rente (Alter éco)
  • Le rôle très important de la faiblesse du pricing power des entreprises de la zone euro (Patrick Artus)


Inflation

  • Coûts de l’inflation forte, coûts de l’inflation faible (Patrick Artus)
  • Il y a vraiment déflation industrielle, mais pas déflation des services (Patrick Artus)
  • Quel est le sens de la causalité entre taux d’intérêt nominaux et inflation dans la zone euro? (Patrick Artus)
  • Disparition de l’inflation et perte de confiance dans la valeur de la monnaie (Patrick Artus)


Monnaie et finance

  • La vraie-fausse disparition du franc CFA (Le Monde)
  • "Semi-révolution" ou "arnaque politique", la fin du franc CFA vue par des économistes africains (Le Monde)
  • Le système financier de la zone euro après la crise : une mise en perspective (1999-2018) (Banque de France)
  • Avec quoi la quantité de monnaie a-t-elle une relation stable? (Patrick Artus)


Politiques conjoncturelles

  • Est-ce une bonne idée que la politique monétaire soit contracyclique? (Patrick Artus)
  • Dans quelles conditions une politique budgétaire plus expansionniste dans la zone euro peut-elle réduire le taux d’endettement public? (Patrick Artus)


Commerce international


Inégalités


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Zoom sur la réforme des retraites


Travail, emploi, chômage

  • Le paradoxe de l’amélioration de l’emploi (Le Monde)
  • Enseignants : l’indispensable revalorisation (Le Monde)


Politique


Bon anniversaire ! éconoclaste a 20 ans





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dimanche 22 décembre 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Les conditions favorables de l’économie mondiale ne seront pas éternelles (Project Syndicate)
  • La croissance française résiste face à un contexte morose (Le Monde)
  • L’économie française résiste (Philippe Waechter)
  • Le tassement de la croissance française devrait s'amplifier en 2020 (La Tribune)
  • Croissance économique et pouvoir d’achat des ménages en France : les principales évolutions depuis 1960 (INSEE)
  • "Innover, c’est aussi chercher à améliorer nos conditions de vie" (CNRS)


GRAPHIQUE Revenu disponible brut en France (en indices, base 100 en 1960)

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source : INSEE (2019)

Environnement et ressources naturelles


Marchés et concurrence

  • Huawei : les opérateurs télécoms haussent le ton, Bercy reste ferme (Le Monde)
  • L’Autorité de la concurrence inflige à Google une amende de 150 millions d’euros (Le Monde)


Monnaie et finance

  • Peut-il y avoir à nouveau une crise financière? (Patrick Artus)
  • Le "piège de la dette" n’est pas celui qu’on croit (Patrick Artus)
  • Le capitalisme des Etats-Unis ne peut plus être un capitalisme acceptable avec les rachats d’actions et les sorties du marché coté (Patrick Artus)
  • La BCE a-t-elle perdu la tête ? (OFCE)
  • Les effets redistributifs du quantitative easing (Patrick Artus)
  • Par quels mécanismes les taux d’intérêt bas pourraient-ils entraîner l’inflation basse? (Patrick Artus)
  • Les "keynésiens" voudraient que les taux d’intérêt très bas viennent de l’excès d’épargne mondiale (Patrick Artus)


Politiques conjoncturelles

  • La communication sur les réformes nourrit leur rejet (Gilbert Cette)
  • Quelles marges de manœuvre pour la politique budgétaire en zone euro face aux menaces de ralentissement ? (OFCE)
  • Et si nous avions trouvé l'antidote aux récessions ? (Patrick Artus)
  • L’expérimentation de politique économique menée aux Etats-Unis est aujourd’hui efficace; mais elle tournerait au désastre si l’inflation salariale revenait (Patrick Artus)
  • L’exemple présent des Etats-Unis montre que ce n’est pas difficile de maintenir, une fois le plein emploi atteint, la croissance au niveau de la croissance potentielle. Mais est-ce une bonne idée? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Dette au sens de Maastricht des administrations publiques françaises (en % du PIB)

INSEE__dette_publique_france_troisieme_trimestre_2019.png

source : INSEE (2019)

Commerce international

  • L'accord de libre-échange nord-américain en passe d'être ratifié aux États-Unis (La tribune)
  • Sanctions américaines : un impact limité sur l'économie française (La Tribune)
  • Les exportations françaises de biens vers l'Union européenne (Trésor)
  • Etats-Unis : si le recul de l’emploi industriel vient du progrès technique et non de la globalisation, le protectionnisme n’est pas le bon remède (Patrick Artus)
  • Vietnam, le dernier dragon : L’ouverture internationale guide de la politique économique du Vietnam (CEPII)
  • Vietnam, le dernier dragon : La résilience face aux tensions internationales (CEPII)


Finance internationale

  • La Banque mondiale s’inquiète d’une hausse de l’endettement sans précédent des pays pauvres et émergents depuis cinquante ans (Le Monde)
  • Les Etats-Unis ont une dette extérieure en dollars: ceci fait une énorme différence (Patrick Artus)
  • La liquidité mondiale va à nouveau progresser (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Le Brexit les yeux bandés des Britanniques (Le Monde)
  • Brexit : et maintenant ? (Alter éco)
  • Le Brexit et les deux Irlandes (La Vie des idées)
  • L’industrie européenne va-t-elle se recharger dans la batterie ? (OFCE)
  • S’intéresser à l’Union européenne avant qu’on décide sans nous (Libé)


Immigration


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Répartition de la masse totale de patrimoine brut entre les ménages début 2018 (en %)

INSEE__Repartition_de_la_masse_totale_de_patrimoine_brut_entre_les_menages_debut_2018.png

source : INSEE (2019)

Répartition du revenu

  • Les revenus des ménages ont sensiblement progressé, en France, en 2019 (Le Monde)
  • Évolution de la part du travail dans les pays de l’OCDE au cours des deux dernières décennies (INSEE)
  • La part du travail sur le long terme : un déclin ? (INSEE)
  • Pourquoi les études de l’Insee sur les revenus ont deux ans de "retard" (IDIES)


GRAPHIQUE Part des revenus selon le niveau de richesse en France (en %)

INSEE__Part_des_revenus_selon_le_niveau_de_richesse_en_France.png

source : INSEE (2019, p. 79)

Travail, emploi, chômage

  • Le gouvernement refuse de donner un coup de pouce en faveur du SMIC (Le Monde)
  • Procès France Télécom : un tournant dans le droit pénal du travail (Le Monde)
  • Le nombre de demandeurs d'emploi entrés en formation a bondi en un an (La Tribune)
  • La pénurie de main-d'oeuvre atteint des sommets (La Tribune)
  • Dis-moi quel poste tu occupes, je te dirai quelle formation tu suis (Céreq)
  • Les grandes transformations du marché du travail en France depuis le début des années 1960 (INSEE)
  • Égalité professionnelle entre les femmes et les hommes en France : une lente convergence freinée par les maternités (INSEE)
  • Quarante ans d’évolution de l’offre et de la demande de travail par qualification (INSEE)
  • À quoi ressemblera le travail demain ? (The Conversation)
  • Intelligence artificielle, croissance et emploi : le rôle des politiques (INSEE)


GRAPHIQUE Répartition de la population active par catégorie socioprofessionnelle (en %)

INSEE__Repartition_de_la_population_active_par_categorie_socioprofessionnelle.png

source INSEE (2019, p. 97)

Retraites

  • L'indispensable réforme des retraites (Jean-Hervé Lorenzi)
  • La confiance que réclame le gouvernement est cassée (Dominique Méda)
  • Réforme des retraites : six questions sur le système par points au cœur des inquiétudes (Le Monde)
  • Les inégalités de santé, face cachée des réformes des retraites (Les Echos)
  • Garantir la valeur du point ne garantit rien (Michel Husson)
  • Retraites : la transition impossible (Henri Sterdyniak)
  • Petit lexique des retraites pour comprendre le débat sur le projet de réforme (Le Monde)
  • Quelle est la différence entre répartition et capitalisation ? (épisode 1) (Anne Lavigne)
  • 42 régimes, vraiment ? (Anne Lavigne)


Mobilisations collectives



Quel impact de la grève sur l'activité ?

  • Grèves contre la réforme des retraites : un impact économique "modéré" selon l'Insee (La Tribune)
  • L’impact de la grève de la RATP le 17 décembre pour l’accessibilité de l’emploi (OFCE)


Politique

  • Transparence de la vie publique : "L’affaire Delevoye montre qu’on a franchi un cap" (Le Monde)
  • La crise de la représentation politique (Olivier Galland)
  • ''Impeachment' : juger Donald Trump ou le refus du cynisme (Le Monde)
  • Boris Johnson, l’an I du trumpisme européen (AOC)
  • Comprendre la défaite des travaillistes anglais (Stéphane Beaud)
  • Brexit : retour à la Petite Angleterre ? (Alter éco)
  • Espagne : peut-on gouverner malgré les élections ? (AOC)
  • Brésil : fascisme moléculaire et nécropolitique (The Conversation)
  • Le cycle des élections municipales (INSEE)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

mardi 17 décembre 2019

« Le manque de concurrence a fait perdre 1.250 milliards de dollars aux travailleurs américains »



« (…) ProMarket : Votre livre The Great Reversal est une étude minutieuse de la concentration des secteurs et des implications d’un pouvoir de marché des entreprises incontrôlé, mais il débute avec une question simple : "Pourquoi les forfaits de portables sont-ils bien plus chers aux Etats-Unis qu’en Europe ?"

Philippon : Ce fut l’une des questions fondamentales auxquelles je voulais répondre. Il y a beaucoup de biens et services qui étaient habituellement bien moins chers aux Etats-Unis qu’en Europe. Ils sont tous maintenant bien plus chers aux Etats-Unis. Je voulais comprendre ce qui s’est passé. Il y a une très bonne étude à ce sujet réalisée par Luigi Zingales et Mara Faccio. Ils ont utilisé données différentes de celles que je regardais initialement, mais ils sont arrivés à la même conclusion, à savoir que les prix sont 2,5 fois plus élevés aux Etats-Unis qu’en Europe. C’est fou. Ce n’est pas une différence de 10 % ; c’est une différence de 150 %. Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez expliquer en disant que les Etats-Unis sont un peu plus riches et donc que certains biens et services sont plus chers ici.

Initialement, je ne pensais pas qu’il s’agissait d’un schéma large, systémique. Je pensais juste avoir trouvé quelques exemples. Mais ce que j’ai découvert à travers mes travaux avec Germán Gutiérrez, c’est qu’il y en a beaucoup. Il ne s’agit pas seulement des forfaits de portables. Les billets d’avions étaient aussi auparavant bien moins chers et ils sont aujourd’hui bien plus chers aux Etats-Unis qu’en Europe. Il s’agit aussi des télécommunications, un domaine où les Etats-Unis sont particulièrement mauvais : le coût du haut débit est de 68 dollars par mois en moyenne aux Etats-Unis. En France, il est de 31 dollars. En Allemagne et au Japon, il est de 35 dollars ; en Corée du Sud, il est de 32 dollars. Je trouve cela choquant. Je me souviens très bien lorsque j’étais venu aux Etats-Unis en 1999 et qu’il y était bien moins cher de s’y connecter à Internet qu’en Europe.

ProMarket : Qu’est-ce qui explique ce changement ?

Philippon : J’ai une immense dette envers la Brookings et Janice Eberly, qui m’avait demandé d’écrire un article sur les raisons pour lesquelles l’investissement des entreprises aux Etats-Unis a été très faible. C’est une énigme, car les taux de profit aux Etats-Unis sont extrêmement élevés, si bien que les entreprises gagnent beaucoup d’argent. Les taux d’actualisation sont très faibles, donc elles peuvent emprunter à de faibles coûts. Les cours boursiers reflètent cela en atteignant des niveaux très élevés. Ces facteurs tendent habituellement à prédire un investissement élevé, mais nous n’avons pas connu d’investissement élevé.

Il y a deux explications pour ce qui se passe. La première est qu’il y a davantage d’investissement dans les actifs immatériels, or un tel investissement est difficile à mesurer correctement, et cela explique effectivement une partie de la différence. Mais en fait c’est surtout parce que, ce que nous voyons dans les données, c’est que les profits élevés reflètent essentiellement des rentes de monopole. Une fois que vous comprenez cela, alors l’énigme disparaît. Par définition, un monopoleur réalise un taux de profit élevé, mais il ne désire pas accroître ses capacités de production. Cela peut facilement expliquer les fortes valorisations boursières, les flux de trésorerie élevés et le faible investissement. Alors ce qu’il faut alors se demander, c’est pourquoi il y a plus de pouvoir de monopole aujourd’hui qu’il y a vingt ans.

ProMarket : Les Etats-Unis, écrivez-vous, étaient d'habitude présentés comme un modèle pour les marchés concurrentiels, tandis que l’Europe était perçue comme désespérément monopolistique. Quand est-ce que cette relation a commencé à s’inverser ?

Philippon : Les Etats-Unis avaient des marchés hautement concurrentiels à la fin des années quatre-vingt-dix, mais ils allèrent dans la mauvaise direction, tandis que l’Europe partit d’un faible niveau de concurrence, mais alla dans la bonne direction. Quelque part à la fin des années deux mille, leurs niveaux de concurrence convergèrent. Aujourd’hui, beaucoup de marchés sont en fait plus chers et moins concurrentiels aux Etats-Unis qu’en Europe. D’où le "grand renversement" (great reversal).

L’ironie est que toutes les bonnes idées qui contribuèrent à libéraliser les marchés européens sont venues des Etats-Unis. La raison pour laquelle les billets d’avion sont moins chers en Europe est parce qu’il y a des compagnies low-cost en concurrence avec les vieilles grandes compagnies. Ces compagnies low-cost se sont en partie inspirées de ce que le Southwest faisait aux Etats-Unis. Les réglementations européennes en vigueur sur les marchés des biens se sont toutes inspirées des Etats-Unis à la fin des années quatre-vingt-dix. C’est pourquoi nous avons de moindres barrières à l’entrée et pourquoi le nombre de jours qu’il faut pour ouvrir une entreprise en Europe est passé de 30 à 5. Il y a vingt ans, les Etats-Unis étaient bien en avance sur l’Europe à ce niveau. C’est ainsi que nous avons rendu les marchés européens plus concurrentiels : essentiellement en nous inspirant de ce qui marchait aux Etats-Unis et en le reproduisant. L’idée que les marchés libres sont bons, que vous devez avoir de la concurrence, ce ne sont pas des idées propres à l’Europe. Elles viennent des Etats-Unis. (...)

ProMarket : Vous identifiez la période où cours de laquelle l’Europe et les Etats-Unis se sont "inversés" au début des années deux mille. D’autres estiment que la concurrence américaine a commencé à baisser à partir des années quatre-vingt.

Philippon : Je ne suis pas d’accord avec ceux qui affirment que les Etats-Unis ont commencé à perdre en concurrence dans les années quatre-vingt ou même quatre-vingt-dix. Je pense qu’ils se trompent, parce qu’ils oublient que la concentration n’est pas toujours une mauvaise chose. Vous pouvez avoir une bonne concentration et une mauvaise concentration. Nous trouvons de bons exemples de bonne concentration, où vous avez des marchés plus concurrentiels et des firmes meneuses plus efficaces qui accroissent leurs parts de marché. Si vous avez plus de concurrence, alors les producteurs les plus faibles sont évincés du marché et vous vous retrouvez avec un marché à la fois plus concurrentiel et plus concentré. C’est ce qui s’est passé dans une large mesure aux Etats-Unis dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. C’était un bon type de concentration.

ProMarket : Ce genre de raisonnement qui permit ce que vous appelez la bonne concentration n’est-il pas similaire au raisonnement qui permit à la mauvaise concentration de prendre le dessus ? N’est-ce pas la "bonne concentration" qui est à l’origine du relâchement du droit antitrust qui conduisit à la "mauvaise" concentration ?

Philippon : Oui. Je me réfère aux marchés effectifs, pas à l’idéologie sous-jacente. Pour le marché concret, je pense que le problème aux Etats-Unis commence à la fin des années quatre-vingt-dix ou au début des années deux mille. Avant, nous avions essentiellement une bonne concentration et aussi une régulation antitrust puissante. Le procès contre AT&T s’est déroulé dans les années quatre-vingt, sous Reagan, et il constitue le plus grand procès antitrust de l’histoire. A la fin des années quatre-vingt-dix, vous avez eu le procès Microsoft. Il n’est pas exact que la mise en application du droit antitrust était très lâche. (…)

Si vous regardez le cœur du raisonnement de l’école de Chicago, vous trouvez l’idée que les hauts profits attirent toujours une nouvelle concurrence. En conséquence, vous n’avez jamais à vous inquiéter du pouvoir de monopole. (…) Vous n’avez pas à vous inquiéter d’un éventuel excès de pouvoir de marché de la part des entreprises si celui-ci mène à des profits excessifs, parce que de nouveaux rivaux vont alors entrer sur le marché. Ces entrées vont maintenir le système à l’équilibre. C’est cela l’idée clé. Le problème est que les membres de l’école de Chicago ont misé sur cette idée sans prendre le temps de se demander si elle était vraiment exacte. Ce que les données montrent, c’est qu’elle était peut-être exacte dans les années soixante-dix et quatre-vingt, quand ils faisaient ce raisonnement, mais qu’elle ne l’est plus aujourd’hui. Depuis 2000, la corrélation entre l’entrée et le profit au niveau sectoriel a cessée de devenir positive pour devenir essentiellement nulle pendant les 15 dernières années. Dans un monde où les entrées n’équilibrent pas les profits excessifs, alors la vision de l’école de Chicago selon laquelle vous n’avez pas à vous inquiéter du pouvoir de marché des entreprises devient inexacte.

L’idée selon laquelle la libre entrée va toujours équilibrer le système était très naïve, je pense. D’un autre côté, l’une des raisons pour lesquelles nous n’avons pas de libre entrée dans plusieurs marchés américains aujourd’hui tient aux réglementations gouvernementales. L’école de Chicago a toujours fait part de ses craintes à l’idée que les politiciens et les régulateurs soient capturés par les lobbyistes. C’est sur ce point que l’école de Chicago a raison selon moi. (...)

ProMarket : Vous avez calculé que le manque de concurrence a appauvri les travailleurs américains de 1.250 milliards de dollars de revenu. Comment êtes-vous parvenu à ce chiffre ?

Philippon : Supposez que vous reveniez au niveau de concurrence que vous aviez aux Etats-Unis en 2000. En cherchant quel impact cela aurait directement sur les prix aujourd’hui, mon estimation est que cela aurait économisé environ 300 dollars par mois pour le ménage américain médian. Etant donné que beaucoup de ménages déclarent ne pas être capables de faire face à une facture inattendue de 500 dollars, c’est énorme. En termes d’économie directe par an pour l’ensemble des ménages américains, c’est quelque chose comme 500 à 600 milliards de dollars d’économie directe chaque année, juste en raison de prix plus faibles. Une fois que vous prenez en compte qu’un surcroît de concurrence et de moindres prix mènent à un surcroît d’activité, d’emploi et d’investissement, alors cela se traduit par une perte du PIB privé équivalente à 1.000 milliards de dollars. Bien sûr, ce ne serait pas neutre. Des prix plus faibles signifient que les profits seraient plus faibles, d’environ 250 milliards de dollars et que le revenu du travail croîtrait de 1.250 milliards de dollars. C’est beaucoup d’argent. (...)

ProMarket : vous consacrez une grande partie du livre à l’utilisation du lobbying par les entreprises en vue d’obtenir des régulations qui protègent leurs rentes de monopole. Quelles tendances que vous décrivez (le faible investissement, les prix élevés, la concentration croissante) résultent du lobbying des firmes contre la concurrence ?

Philippon : Je pense que cela en explique une grande partie, mais il est très difficile d’avoir une estimation précise dans la mesure où les données sur le lobbying ne sont pas très bonnes. Ce qui me frappe est que même avec les données dont nous disposons, les effets du lobbying sont toujours très manifestes au niveau étatique, au niveau fédéral, au niveau sectoriel : lorsque vous voyez une forte poussée du lobbying, les entreprises réussissent à obtenir les régulations qu’elles veulent ou à éviter des poursuites antitrust. Plus nous peaufinons les données, plus c’est cohérent avec cette idée. Mais, bien sûr, les entreprises en place peuvent aussi utiliser des stratégies qui limitent la concurrence sans recourir au lobbying : elles peuvent adopter des stratégies prédatrices ou menacer d’utiliser des stratégies prédatrices, elles peuvent acheter des concurrents naissants, etc. (...)

ProMarket : Vous semblez soutenir la déréglementation. Vous écrivez que la déréglementation stimule la créativité et l’innovation et accroît la demande de travailleurs qualifiés. Beaucoup affirmeraient que la déréglementation a aussi contribué à l’essor de la concentration et du pouvoir de marché.

Philippon : Cela dépend de ce que vous avez en tête quand vous parlez de réglementation et de déréglementation. Vous devez toujours considérer les choses en termes de bonnes et de mauvaises régulations. "Nous devons davantage réglementer", cela n’existe pas. Nous devons bien réglementer. Comme principe, toute nouvelle réglementation considérée aux Etats-Unis devrait être jugée en partie selon la question fondamentale suivante : "va-t-elle créer des barrières à l’entrée ?" Quand vous arrivez au point où le marché est aussi dominé par les grosses firmes, cela devrait être une priorité. Cela signifie qu’à certains moments vous allez vouloir tuer certaines réglementations et qu’à d’autres moments vous voudrez avoir une certaine réglementation à cause de cela. Je vais vous donner un exemple. Imaginons que vous forciez les banquez à avoir une interface que les gens pourraient utiliser pour partager leurs données bancaires. C’est une réglementation qui accroîtrait l’entrée parce que vous permettrez aux entreprises de fintech de concurrencer les banques pour fournir des conseils aux consommateurs. (...) »

Thomas Philippon, « The lack of competition has deprived American workers of $1.25 trillion of income », entretien in ProMarket, 9 décembre 2019. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Les marchés européens sont plus concurrentiels que les marchés américains »

« Firmes stars, étoiles montantes ? »

« Faut-il s’inquiéter de la concentration des marchés aux Etats-Unis ? »

« Pourquoi les barrières à l’entrée se sont-elles renforcées aux Etats-Unis ? »

dimanche 15 décembre 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises


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Environnement et ressources naturelles


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Marchés et concurrence


Politique monétaire

  • Paul Volcker, victime de son succès (Philippe Waechter)
  • Ni colombe, ni faucon, Christine Lagarde impose son style direct à la BCE (La Tribune)
  • Une chouette à Francfort (Jean-Marc Vittori)
  • Revue stratégique de la BCE : quels devraient être les points analysés ? (Patrick Artus)
  • La bulle immobilière va-t-elle être le problème essentiel pour les banques centrales? (Patrick Artus)
  • La stabilité financière doit être l’objectif premier des banques centrales (Project syndicate)
  • Règles monétaires : un ancrage imparfait des anticipations d’inflation (Banque de France)
  • Deux concepts monétaires devenus complètement creux dans les pays de l’OCDE (Patrick Artus)


Politique budgétaire

  • Le débat politique dont l'Europe a besoin (Barry Eichengreen)
  • Au Royaume-Uni, les partis font miroiter la fin de l’austérité (Alter éco)
  • Japon : une politique fiscale incompréhensible (Patrick Artus)
  • Où est passé l’effet d’éviction lié à la hausse de la dette publique dans les pays de l’OCDE ? (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Elections au Royaume-Uni : l’Europe face à la deuxième victoire du Brexit (Le Monde)
  • Royaume-Uni : des élections inquiétantes pour l’Europe (Le Monde)
  • Il y a dix ans, cette crise grecque qui faillit tout emporter (Jean-Marc Daniel)
  • Faut-il restructurer les dettes publiques de la zone euro avant d’apporter de l’aide aux Etats en difficulté ? (Patrick Artus)


Commerce international

  • L’Organisation mondiale du commerce en état de mort cérébrale (Le Monde)
  • Le coût de l’incertitude liée au Brexit : moins de clients pour les exportateurs français (IPP)
  • 160 firmes multinationales françaises concentrent 83 % du chiffre d’affaires total à l’étranger (INSEE)


Inégalités et justice sociale

  • Inégalités : l'ONU tire la sonnette d'alarme (La Tribune)
  • Précarité étudiante : un vécu lié à l’âge et au soutien familial (The Conversation)
  • L’immobilier a flambé... surtout pour les riches (Xavier Timbeau)
  • Lutter contre la pauvreté : que nous apportent les expériences de terrain ? (CEPII)
  • Qu’est-ce que la "décence" ? Les malentendus d’une notion transnationale (La Vie des idées)


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Travail, emploi, chômage


Autour de la réforme des retraites

  • Pourquoi existe-t-il des systèmes de retraite ? (Anne Lavigne)
  • Réforme des retraites : le pari risqué du gouvernement (Le Monde)
  • Réforme des retraites : quels sont les nouveaux éléments annoncés par Edouard Philippe ? (Le Monde)
  • Retraite et âge pivot : le malus risque de concerner plus de monde qu’on ne le croit (Le Monde)
  • Pourquoi la retraite à points n’est pas vraiment juste (Guillaume Duval)
  • Retraites : le grand retour des mesures d’économie (Alter éco)
  • Retraites : le point ne pourra pas baisser... mais la pension oui (Alter éco)
  • Retraites : qui pilotera la valeur du point ? (Alter éco)
  • Retraites : Edouard Philippe s’obstine (Henri Sterdyniak)
  • Plusieurs retraites universelles sont possibles (Thomas Piketty)
  • L'impréparation notoire de la réforme du système de retraite (François Bourguignon)
  • Réforme des retraites : une occasion manquée (Gilbert Cette)


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Politique

  • Emmanuel Macron ou l’échec du jacobinisme social (Alter éco)
  • La permanence d’un système fossilisé paralyse l’Algérie (Le Monde)
  • Elections britanniques : 54 circonscriptions travaillistes ont basculé vers les conservateurs (Le Monde)
  • Large victoire électorale de Boris Johnson : quelles conséquences pour le Royaume-Uni et pour le Brexit ? (The Conversation)
  • Elections au Royaume-Uni : quarante-cinq ans de rapport de force au Parlement en un graphique (Le Monde)
  • Impeachment : Trump capitalise sur son obsession du harcèlement (The Conversation)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

Qu’y a-t-il de si mauvais avec l’incertitude ?

« La seule certitude en politique aujourd’hui est celle qu’elle est incertaine. D’un point de vue britannique, il y a le jeu d’échecs apparemment sans fin autour du Brexit (…). Je suis sûr qu’il ne m’est pas nécessaire d’évoquer la situation aux Etats-Unis.

L’idée répandue est que l’incertitude politique est une mauvaise nouvelle, du moins pour l’économie. Est-ce réellement le cas ? Et si c’est le cas, pourquoi ? (…)

Les preuves empiriques tirées de la recherche menée par plusieurs économistes suggèrent que l’incertitude est en effet un frein pour l’activité économique. Nuno Limão et ses collègues ont montré que l’incertitude à propos de la politique commerciale est elle-même un genre de barrière à l’échange. Meredith Crowley et ses collègues ont constaté que les entreprises britanniques étaient moins susceptibles d’entrer sur les marchés de l’UE et plus susceptibles d’en sortir, si ces marchés étaient plus exposés au risque d’un effondrement dans les négociations du Brexit. Et Nicholas Bloom a constaté que l’incertitude, mesurée de plusieurs façons, tend à être une cause des récessions aussi bien que leur conséquence. Donc le problème est réel, mais qu’est-ce qui provoque exactement cela ?

Une théorie est qu’il y a quelque chose de profondément dérangeant à propos de l’ambigüité. En 1961, un jeune économiste prometteur appelé Daniel Ellsberg a exploré cette question dans le Quarterly Journal of Economics. (Ellsberg a ensuite acquis une plus large notoriété en devenant le lanceur d’alerte qui fit fuiter les Pentagon Papers.)

Ellsberg imagina un jeu impliquant deux urnes. Vous savez que chaque urne contient une centaine de balles et que certaines sont rouges et les autres noires. Vous savez que la première urne contient 50 balles rouges et 50 balles noires. Vous ne connaissez par contre pas la répartition entre boules noires et rouges dans la seconde urne. Imaginons que je vous propose de recevoir 100 dollars si la boule que vous tirez d’une urne est rouge. Dans quelle urne allez-vous préférer piocher, la première ou seconde ? La plupart des gens préfèrent la première. Mais les gens préfèrent aussi la première urne si on leur propose 100 dollars pour une balle noire. Ce n’est pas parce qu’ils pensent que leurs chances sont meilleures (logiquement, la première urne ne peut possiblement être un meilleur choix à la fois pour les balles rouges et pour les balles noires). C’est juste que le risque connu semble moins inconfortable que le risque ambigu. L’aversion à l’inconnu peut expliquer en partie pourquoi l’incertitude semble corroder les fondations de l’économie. Mais je pense que le principal problème est quelque chose de bien moins éthéré.

Imaginez que vous soyez un entrepreneur avec des projets et des permis pour construire, disons, une usine de recyclage de cartons à Peterborough. S’il y a une Brexit assez doux ou aucun Brexit, vous pensez qu’une grande usine serait le plus rentable. S’il y a un Brexit dur ou aucun accord, vous pensez que vous pouvez faire le maximum de profit avec une plus petite installation. Qu’allez-vous faire ?

C’est simple : vous allez attendre. Vous attendez même si voulez construire dans tous les cas une usine. Vous attendez parce que vous prendriez une meilleure décision si l’incertitude autour du Brexit disparaissait. L’incertitude fait qu’il est plus rentable de retarder l’investissement.

C’est la théorie. Qu’est-ce que les données suggèrent ? Au Royaume-Uni, l’investissement du secteur privé est remarquablement faible, alors même que le Royaume-Uni n’est pas en récession. En fait, il est difficile de trouver une époque passée où une économie britannique en croissance a été accompagnée d’un investissement aussi faible. Cette faiblesse a persisté depuis à peu près l’époque du référendum en 2016. Il est faible, aussi bien historiquement qu’en comparaison avec la situation aux Etats-Unis et en Allemagne. Peut-être que c’est une coïncidence, mais j’en doute.

Face à l’incertitude, les firmes vont préférer la flexibilité. Les économistes Benjamin Nabarro et Christian Schulz (…) ont un raisonnement intéressant. Ils suggèrent qu’au vu de l’incertitude durable autour du Brexit, ce désir de flexibilité est satisfait par l’embauche de travailleurs plutôt que par d’amples investissements en capital. C’est une manière d’accroître la production sans faire quelque chose d’irréversible. C’est une bonne nouvelle pour l’emploi et une mauvaise nouvelle pour l’investissement et la productivité.

Mon exemple de l’usine de recyclage de cartons suggérait que l’incertitude va avoir tendance à déprimer l’investissement, mais l’incertitude n’est pas toujours un obstacle de cette façon. Si le permis de construction pour cette usine de recyclage a une date d’expiration, imposant de faire quelque chose aujourd’hui ou de se résigner à ne jamais rien faire, vous allez opter pour le scénario qui vous semble le plus probable sur l’instant et construire quelque chose en fonction de ce scénario. Si l’incertitude n’était pas résolue avant 2025, vous pourriez aussi vous dire que les coûts d’un retard sont trop importants et construiriez quelque chose immédiatement.

Il y a même des situations où l’incertitude encourage les investissements exploratoires : ne sachant pas ce qui va arriver, vous allez essayer de vous assurer d’avoir pied dans chaque scénario qui vous semble possible. Par exemple, la possibilité infime que le gouvernement d’un grand pays puisse s’engager sérieusement contre le changement climatique encourage la recherche dans les technologies à faible carbone.

Toute incertitude ne déprime pas forcément l’investissement alors. Mais il y a un scénario qui risque de geler les projets de tout le monde, c’est celui-ci : une décision majeure avec de lourdes conséquences qui se trouve continuellement retardée. Si cela vous rappelle quelque chose, vous n’êtes pas le seul. »

Tim Harford, « What exactly is so bad about uncertainty, anyway? », octobre 2019. Traduit par Martin Anota



aller plus loin... lire « Le rôle de l'incertitude dans les cycles d’affaires »

lundi 9 décembre 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Le conflit commercial États-Unis-Chine aura des effets "irréversibles" sur l'économie mondiale (La Tribune)
  • Les booms immobiliers à l’origine de la divergence de la productivité en Europe (CEPII)
  • Que craindre : une crise financière ou une crise de l’industrie ? (Patrick Artus)
  • En Chine aussi, le passage à des conditions monétaires et financières stimulantes n’empêche pas la dégradation de l’économie (Patrick Artus)
  • Si la Chine a une économie qui arrive à maturité, qui va prendre le relais pour tirer la croissance mondiale ? (Patrick Artus)
  • Les moteurs de la croissance africaine : la démographie est-elle un handicap ? (CEPII)


Inflation

  • Des perspectives différentes pour l’inflation aux Etats-Unis et dans la zone euro (Patrick Artus)
  • Zone euro: se rappeler ce qu’est vraiment une déflation (Patrick Artus)


Environnement et ressources naturelles


Marchés et concurrence


Monnaie et finance

  • La croissance du crédit aux ménages est-elle dangereuse? (Patrick Artus)
  • Trois solutions pour réduire le risque de crise financière (Patrick Artus)
  • La hausse du taux d’endettement dans les pays de l’OCDE a-t-elle de plus en plus contraint les politiques monétaires? (Patrick Artus)
  • Politique monétaire: ce qui est compréhensible au Japon ne l’est pas dans la zone euro (Patrick Artus)
  • Pour être efficace, malheureusement, la politique monétaire expansionniste doit créer des anomalies (Patrick Artus)
  • Redonner leur crédibilité aux banques centrales (Project Syndicate)


Politiques conjoncturelles

  • Politique économique expansionniste : une protection mais aussi un risque (Patrick Artus)
  • Une politique budgétaire plus expansionniste permettrait que la politique monétaire soit moins expansionniste? (Patrick Artus)


Fiscalité

  • Fraudes aux prélèvements obligatoires : la Cour des comptes tacle Bercy (La Tribune)
  • Taxe numérique : la tension monte entre Paris et Washington, l'OCDE tente de calmer le jeu (La Tribune)


Commerce international


Inégalités

  • Education : les constats dérangeants de l’enquête Pisa (Marie Duru-Bellat)
  • Après les villes et les banlieues, les gentrifieurs envahissent le périurbain (Métropolitiques)
  • Le budget automobile des ménages depuis les années 1980. Un révélateur d'inégalités sociales et territoriales (Métropolitiques)


Travail, emploi, chômage


Autour de la réforme des retraites

  • Retraites : le prix de l’ambiguïté (Le Monde)
  • L’avertissement du 5 décembre (Le Monde)
  • Régime universel, système à points, âge pivot : les grandes questions que pose la réforme des retraites (Le Monde)
  • Réforme des retraites : le vrai du faux des régimes spéciaux (Le Monde)
  • Notre régime de retraite ne connaît pas la crise (Guillaume Duval)
  • Qui paiera la retraite des super-cadres ? (Michaël Zemmour)
  • Réforme des retraites : les femmes ne vont pas forcément y gagner (Alter éco)
  • Le système de retraites a-t-il 150 milliards d’euros en réserve ? (Le Monde)


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Mobilisations collectives

  • Réforme des retraites : "Le mouvement gréviste de 1995 est le dernier à avoir eu une telle ampleur" (Le Monde)
  • Hospitaliers, enseignants, cheminots : les raisons de la colère (Alter éco)
  • Au-delà du 5 décembre, la guérilla sociale des postiers (The Conversation)
  • Fonction publique : cette crise de confiance qui catalyse la mobilisation (The Conversation)
  • Retraites : ce que les mobilisations des indépendant·es nous disent… et ceux qu’elles laissent de côté (AOC)
  • Mouvements sociaux : le jeu médiatique en vaut-il la chandelle ? (The Conversation)
  • 30 ans de luttes étudiantes : la victoire est-elle dans la convergence ? (The Conversation)
  • Le conflit social aux Antilles (La Vie des idées)


Politique





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

samedi 7 décembre 2019

L’austérité a provoqué le Brexit

« En décembre, la Grande-Bretagne retournera aux urnes pour élire un nouveau Parlement qui pourrait finaliser le Brexit. Plusieurs années tumultueuses se sont écoulées depuis que le référendum s’est conclu en faveur d’une sortie (Leave) du Royaume-Uni de l’Union européenne. Même si le gouvernement britannique parvient à se décider sur la façon par laquelle la sortie prendra forme, le pire pourrait encore survenir après.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Qu’est-ce qui a provoqué la révolte populiste qui continue de diviser le Royaume-Uni ? Thiemo Fetzer a observé un ensemble spécifique de réformes qui ont joué un rôle décisif dans l’issue du référendum. Dans la revue American Economic Review, Fetzer montre que les baisses de dépenses publiques dans le cadre de plans d’austérité adoptés à partir de 2010 ont joué un rôle décisif dans la victoire du "Leave".

Fetzer a évoqué avec l’American Economic Association l’austérité au Royaume-Uni, la façon par laquelle celle-ci a alimenté le soutien en faveur de mouvements populistes comme le "parti pour l’indépendance du Royaume-Uni" (UKIP), les possibles retombées des réductions des programmes d’aide sociale et les prochaines élections parlementaires du 12 décembre. (…)

American Economic Association : J’aimerais évoquer spécifiquement de ce qui s’est passé en 2010 avec l’austérité. Quels genres de baisses ont touché les programmes de protection sociale au Royaume-Uni et qui en a été le plus affecté ?

Thiemo Fetzer : Il y a eu trois gros éléments derrière l’austérité. Le premier concerne les baisses de salaires pour tous ceux qui travaillaient dans le secteur public, si bien que les salaires n’ont pas augmenté avec l’inflation comme ils avaient l’habitude de le faire par le passé. Le deuxième élément est relatif à une réforme générale du système de protection sociale, qui affecta principalement les personnes (…) qui étaient employées dans des emplois à faible salaire et qui recevaient un coup de pouce de l’Etat via ce que l’on appelle le crédit d’impôt. Financièrement, cela constitua une part importante de l’austérité, puisque ce sont ces suppléments de revenu qui ont été réduits le plus vite.

Le troisième élément derrière l’austérité correspond aux baisses significatives de financements aux administrations locales, des ressources financières qui sont utilisées pour financer des services de base, la maintenance des routes locales et je pense que ces diverses dépenses ont été réduites d’environ 50 % en termes réels, ce qui est assez spectaculaire. Enfin il y a eu des baisses significatives des dépenses dans des choses comme l’éducation, des dépenses qui ont chuté de 20 % en termes réels.

AEA : Comment avez-vous fait pour connecter ces baisses des dépenses publiques avec la façon par laquelle les gens qui en ont été les plus affectés ont voté lors du référendum du Brexit ?

Fetzer : L’analyse s’est faite en deux parties. L’une d’entre elles est essentiellement basée sur la géographie des résultats électoraux au niveau des districts lors des élections européennes (…) et l’autre ensemble d’élections que j’ai regardé sont celles de Westminster (les élections parlementaires). Et lors de ces élections, j’ai étudié la performance électorale du parti politique au Royaume-Uni, en l’occurrence l’UKIP, qui préconisait dans son programme une sortie de l’Union européenne sur l’ensemble de la période de l’échantillon, de 2000 à 2015.

AEA : Comment avez-vous déterminé que ces baisses de dépenses publiques associées aux politiques d’austérité ont contribué à la victoire du "Leave" lors du référendum ?

Fetzer : Ce qui est assez remarquable est qu’après 2010, la structure de la population qui soutenait l’UKIP a fortement changé. L’UKIP a gagné environ 16 % du vote populaire lors des élections européennes en 2004 et 2009, donc ce n’était pas une force électorale négligeable. Mais en 2014, il y a eu une progression massive du soutien en faveur de l’UKIP. Et une grande partie du soutien en faveur du l’UKIP peut s’expliquer pour l’essentiel par l’exposition régionale ou individuelle aux baisses de dépenses publiques. Vous voyez que le soutien en faveur de l’UKIP augmente de 5 à 6 points de pourcentage dans les zones les plus exposées à l’austérité.

Cela peut ne pas sembler énorme, mais au fond pour chaque personne qui a effectivement voté pour l’UKIP, il y en avait une autre qui n’allait pas voter, mais qui présentait les mêmes préférences politiques. Si vous considérez cela, il apparaît une forte relation entre le soutien des individus pour l’UKIP et le soutien subséquent pour le Leave. Vous pouvez lier économétriquement ces deux schémas (l’austérité et le soutien en faveur de l’UKIP, puis le soutien en faveur de l’UKIP et le soutien en faveur du Leave), vous voyez que la hausse du soutien pour l’UKIP est associée à une hausse de 10 point de pourcentage du soutien en faveur du Leave en 2016. Le Leave a gagné au référendum avec environ 52 % des suffrages, donc un écart de 10 points de pourcentage fait une grosse différence et a contribué à faire basculer le référendum en faveur du Leave.

AEA : Il y a certains parlementaires qui ont initialement voté en faveur de ces réductions de revenus de transfert, mais qui ont aussi appelé quelques années plus tard à rester dans l’UE. Plusieurs d’entre eux, si ce n’est pas tous, ne pouvaient pas prédire le Brexit. Qu’aimeriez-vous qu’ils retiennent de cela, à propos des conséquences de leurs positions sur certaines politiques qui peuvent avoir des conséquences qu’ils ne peuvent pas prédire ?

Fetzer : Dans l’ensemble, vous pouvez considérer le Brexit comme une séquence de nombreuses erreurs et accidents au niveau politique, en partie facilitée par des institutions comme le système électoral du Royaume-Uni. En 2015, personne ne s’attendait à ce que le parti conservateur gagne avec une large majorité. Ce fut le fait qu’il gagna avec une large majorité qui a conduit à la tenue d’un référendum. Evidemment, en 2010, le pays émergeait d’une crise financière. Les déficits publics s’envolaient et, à un certain niveau, il était clair que certaines choses devaient être faites pour contenir les dépenses publiques. Le gouvernement de coalition de 2010 a cherché à contenir les dépenses d’une manière qui s’est révélée être très corrosive pour la cohésion sociale et au contrat social implicite.

L’austérité a été imposée… et fait que ce furent en définitive les mères célibataires, les personnes handicapées et la population adulte en âge de travailler qui payèrent pour les fautes lourdes du secteur financier. (...)

AEA : Que va-t-il se passer selon vous en décembre et concernant le sort final du Brexit ?

Fetzer : Les élections générales sont une très mauvaise façon de confirmer un sentiment public concernant une version du Brexit qui romprait radicalement les liens entre le Royaume-Uni et l’UE, un Brexit que personne n’a conseillé, ni même appelé à mettre en œuvre dans sa campagne en 2016. Ce que cette élection peut faire, c’est offrir une victoire aux conservateurs grâce à peut-être 35 % du vote populaire. Ce n’est pas un mandat démocratique pour mettre en œuvre un plan de Brexit et cela ne résoudra pas la crise démocratique et institutionnelle qui mijote.

Mon espoir pour cette élection est qu’elle produise exactement ce que la précédente élection avait produit, à savoir un Parlement sans majorité, puisque les politiciens se retrouveraient dans la même position pour résoudre le problème sous-jacent. D’une certaine manière, la chose la plus raisonnable serait d’aboutir à une solution de compromis entre les 48 % qui se sont prononcés en faveur du "Remain" et les 52 % qui se sont prononcés en faveur du "Leave", ce qui serait proche de ce qui avait été promis aux électeurs en 2016. Ce serait mon résultat idéal. »

American Economic Association, « Cutting off support », 22 novembre 2019. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Le Brexit, fruit d'une relation pernicieuse entre mondialisation et austérité »

« Les coûts ignorés de la crise financière »

dimanche 1 décembre 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Au troisième trimestre 2019, le pouvoir d’achat des ménages progresse de 0,6 % (INSEE)
  • Le ralentissement mondial vient-il des droits de douane aux Etats-Unis? (Patrick Artus)
  • Pourquoi y a-t-il eu ce "mini-cycle industriel" en 2019, et va-t-il disparaître? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Croissance du PIB français et ses composantes (en %)

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source : INSEE (2019)

Consommation

  • Black Friday : "La surenchère promotionnelle est irréversible" (Alter éco)
  • Black Friday ou Block Friday ? (Christian Chavagneux)
  • Consommation par habitant : la France au-dessus de la moyenne de l’UE (INSEE)


Environnement et ressources naturelles

  • Une production d’énergies fossiles incompatible avec les objectifs climatiques (Le Monde)
  • Recyclage ou réemploi ? Pourquoi le projet de consigne est contesté (Le Monde)
  • Déclarer la forêt amazonienne bien commun de l’humanité, une idée pas si neuve (The Conversation)


Marchés et concurrence

  • Le prix des enchères 5G provoque la grogne des opérateurs (Le Monde)
  • LVMH rachète les diamants de Tiffany pour 14,7 milliards d’euros (Le Monde)
  • La fusion PSA-Fiat, pari industriel ou managérial? (Télos)
  • Plateformes numériques et concurrence (Trésor)


GRAPHIQUE Chiffre d’affaires, résultat net et utilisateurs de Facebook (en milliards de dollars et en milliards d’utilisateurs)
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source : Trésor (2019)

Monnaie et finance

  • Le lobby bancaire européen à l'offensive contre les règles de Bâle 3 (La Tribune)
  • La supervision bancaire, déterminant clé de la localisation des banques multinationales (The Conversation)
  • A qui profitent les taux d’intérêt bas ? (Guillaume Duval)
  • Que feraient aujourd’hui la Réserve Fédérale et la BCE si leur objectif était la stabilité financière? (Patrick Artus)
  • La disparition de la "macroéconomie traditionnelle" et la politique monétaire (Patrick Artus)


Intégration européenne


Finance internationale

  • Pour la Hongrie, l’euro ? Non merci (Alter éco)
  • Si l’Allemagne sortait de l’euro, le Deutsche Mark s’apprécierait ou se déprécierait-il? (Patrick Artus)


Inégalités et justice sociale


Retraites

  • Retraites: quelle est la situation de la France dans l’OCDE? (Télos)
  • Retraites: un triangle d’incompatibilité (Télos)
  • Tout comprendre à la novlangue des retraites (Alter éco)
  • Quel effet de la baisse des retraites sur les inégalités? (Michaël Zemmour)
  • La valeur du point ne pourra pas baisser… Mais le niveau de votre pension, si (Alter éco)


Travail, emploi, chômage

  • Quel avenir pour les Territoires zéro chômeur de longue durée ? (Alter éco)


Mobilisations collectives


Politique

  • Y a-t-il vraiment une hausse des travaux avant les élections municipales ? (Le Monde)
  • Pourquoi Michael Bloomberg entre-t-il en campagne ? (The Conversation)
  • L’enquête qui pourrait aboutir à la destitution de Trump expliquée en un coup d’œil (Le Monde)
  • Elections locales à Hongkong : raz-de-marée prodémocratie et participation record (Le Monde)
  • Le peuple est-il apte à gouverner ? (The Conversation)


Inégalités de genre, inégalités ethniques

  • Violences conjugales : enfin une prise de conscience (Le Monde)
  • Qui a peur du "genre" ? (CNRS)
  • La double peine des étrangères victimes de violences conjugales (The Conversation)
  • Face aux discriminations, les musulmans et les minorités demandent l’égalité (The Conversation)
  • L’expatriation révélatrice. Être blanc à Abu Dhabi (La Vie des idées)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

samedi 30 novembre 2019

Le fléau des grosses entreprises



« Les titans des nouvelles technologies comme Amazon, Google, Facebook et Apple dominent leurs marchés respectifs et sont de plus en plus puissants. Maintenant, un chœur de critiques appelle à les démanteler. Nous avions connu un tel contexte par le passé. Il y a plus d’un siècle, c’était la Standard Oil qui fut accusée de pratiques anticoncurrentielles. Ensuite, il y a eu le secteur du conditionnement de viande, celui de la production de métal et celui des télécommunications. Chaque phase présenta des questions uniques à propos de la façon d’agir face aux sociétés puissantes. Naomi Lamoreaux pense qu’il est utile de revisiter cette histoire.

AEA : Quelles leçons l’histoire des entreprises comme la Standard Oil pourraient nous être utiles aujourd’hui ?

Naomi Lamoreaux : Il s’agissait d’entreprises très très grandes et elles suscitaient des craintes qui ressemblent à celles que suscitent les grandes entreprises aujourd’hui : des craintes à propos de possibles manipulations déloyales des opportunités économiques, des craintes à propos de leur influence politique, la crainte qu’une grande taille et un ample patrimoine puissent nuire à l’économie, à la société, à la politique de façons complexes et opaques.

AEA : Comment pouvez-vous brièvement décrire ce que la Standard Oil était et sa domination des marchés de l’énergie ?

Lamoreaux : La Standard Oil était un raffineur de pétrole brut. Initialement, son principal produit était le kérosène, qui était utilisé à des fins d’éclairage. Plus tard, elle devint un producteur de gazolène, mais son monopole était initialement un monopole dans l’éclairage, le kérosène. Initialement, elle ne représentait qu’environ 4 % des capacités de raffinage du pays. Cette part était de 4 % en 1870 ; elle s’élevait à 90 % une décennie après. Ainsi, cela effraya la population et fit sonner le signal d’alarme.

AEA : Comment est-elle devenue si grosse aussi rapidement ?

Lamoreaux : Fondamentalement, elle a été capable de s’approprier des avantages déloyaux sur ses rivales au moyen de rabais dans le transport ferroviaire. Une bonne partie du prix du pétrole tenait aux coûts de transport du pétrole et la Standard a été capable d’obtenir de moindres coûts de transport que ses rivales grâce au transport ferroviaire et d’utiliser ensuite cet avantage pour forcer ses rivales à quitter le marché ou à se vendre à elle.

AEA : Quand est-ce que les régulateurs commencèrent à s’attaquer à la Standard Oil ?

Lamoreaux : Les premiers régulateurs qui agirent opéraient au niveau des Etats fédérés. Les Etats répondirent à l’émergence de la Standard Oil et à d’autres imitateurs de la Standard Oil avec une législation que nous qualifierons aujourd’hui de législation antitrust à la fin des années 1880.

Le Congrès fit face à des pressions pour engager des actions, donc il adopta une loi en 1980 appelée le Sherman Antitrust Act, qui est la première loi antitrust au niveau fédéral qui transforma en crime toute tentative de monopoliser le commerce ou de s’engager dans la restriction des activités commerciales. Le problème avec cette loi était qu’elle était bien plus difficile de l’appliquer aux sociétés à charte d’Etat fédéré. Des sociétés comme la Standard Oil souscrivirent à la charte d’Etats bienveillants comme le New Jersey. La Standard pouvait être un monopole, mais elle opérait sous une charte du New Jersey et, selon la loi du New Jersey, c’était une entreprise légale. Cela posa des problèmes pour les régulateurs fédéraux. Il fallut attendre 1911 pour que les régulateurs trouvent comment agir avec une société comme la Standard. La Cour Suprême prit alors deux décisions, la première concernant la Standard Oil Company et la seconde concernant l’American Tobacco Company, celles de démanteler ces sociétés au motif qu’elles s’étaient engagées dans des activités anticoncurrentielles.

AEA : Il y a une ligne ténue entre les pratiques des entreprises qui s’avèrent anticoncurrentielles et dangereuses et celles qui améliorent l’efficience. Pouvez-vous décrire l’évolution dans notre façon de voir ce qui est dangereux et ce qui ne l’est pas ?

Lamoreaux : Il y avait d’un côté l’idée que ces grandes firmes qui émergeaient dans plusieurs secteurs de l’économie (…) avaient fait des choses bénéfiques, comme réduire le coût des biens pour les consommateurs, améliorer l’efficience et fournir de nouveaux biens aux consommateurs. Elles étaient grandes et connaissaient le succès et parce qu’elles connaissaient le succès elles disposaient d’un pouvoir de marché. Les gens voulaient trouver des façons de distinguer entre, d’un côté, ces firmes et, de l’autre, les firmes qui grossissaient en restreignant la concurrence en disposant d’avantages déloyaux. Le problème est qu’il est difficile de ranger clairement les entreprises dans l’une ou l’autre de ces catégories. Les entreprises les plus efficientes, les plus innovantes, peuvent faire des choses qui visaient à bloquer la concurrence future. Elles peuvent s’engager dans des pratiques que nous considérons comme déloyales et anticoncurrentielles.

Ensuite, au cours du vingtième siècle, les responsables de la politique publique cherchèrent tout d’abord à identifier ces types de comportements et à simplement stopper les mauvais comportements. Mais à la fin des années 1930, elles commencèrent à se dire qu’elles ne pouvaient vraiment pas faire cela. La grosse taille était mauvaise en soi et les régulateurs poursuivirent alors simplement des politiques qui visaient à réduire la part de marché des grosses firmes, que celles-ci se comportent mal ou non. Et cette vision de ce que doit faire la politique antitrust a vraiment émergé à la fin des années 1930 et elle a demeura jusqu’au début des années 1970. Ensuite, nous avons basculé à l’opposé et considéré que la grosse taille n’était pas un problème aussi longtemps que les entreprises offrent des gains aux consommateurs et qu’il n’y avait pas à s’inquiéter du tout de cela. Et maintenant les gens commencent à reconsidérer de nouveau les choses.

AEA : Vous faites référence ici à la tension entre l’Ecole de Chicago et ceux que l’on qualifie de "néo- brandeisiens" (New Brandeisians). Pouvez-vous expliquer en quoi tiennent les différences entre leurs raisonnements ?

Lamoreaux : La position de l’Ecole de Chicago était que la taille ne doit pas être un problème si la taille était le produit d’une plus grande efficience. Mon vieux collègue Harold Demsetz affirmait que les grandes entreprises avaient souvent un pouvoir de marché parce qu’elles avaient vraiment réussi et que vous ne voulez pas punir cela. Donc, fondamentalement, la taille n’était pas du tout considérée comme un problème et, aussi longtemps que les entreprises ne faisaient pas de choses qui nuisaient aux consommateurs, ne restreignaient pas la production, ne s’entendaient pas pour maintenir des prix élevés, il n’y avait pas de problème avec la taille.

Les "néo-brandeisiens" voient les choses très différemment. Ils se qualifient de néo-brandeisiens parce que leur vision du monde est très similaire à celle de Louis Brandeis. Pour ce dernier, les grandes entreprises étaient sources de menaces sur plusieurs plans. Si elles peuvent apporter des bénéfices aux consommateurs à court terme, elles peuvent étouffer l’innovation à long terme. Elles peuvent protéger leur position en recourant au lobbying pour empêcher le Congrès ou d’autres autorités de prendre des décisions susceptibles de réduire leur puissance. Et, bien sûr, les gens s’inquiètent à propos de plein d’autres choses relatives à la grande taille qui ne sont pas liées à la politique antitrust, mais sont des inquiétudes sociales comme le contrôle de l’information.

AEA : Quelle est la leçon la plus importante que, selon vous, l’Histoire a à offrir pour aujourd’hui ?

Lamoreaux : Je dirai deux choses. La première est que les inquiétudes à propos de la grande taille des entreprises ont toujours été multidimensionnelles et ne peuvent être réduites la simple question quant à savoir si les consommateurs en sont affectés dans une statique comparative. Le second point est qu’essayer de savoir si une grande entreprise fait du mal ou non, se comporte mal ou non, est en fait une tâche très épineuse. Parce que cette tâche est si difficile, nous avons (…) baissé les bras et dit que nous ne fixerions pas de limite.

C’est une illusion de penser qu’il n’y a qu’un seul principe qui nous permettrait d’échapper à ce genre de questions de jugement. Et les questions de jugement vont toujours être imparfaites. C’est intrinsèque aux systèmes politiques. C’est intrinsèque au système de régulation. Cela implique toujours un jugement. Et nous allons toujours nous tromper dans un sens ou un autre. Mais c’est là où nous devons travailler : chercher la bonne solution. Nous n’aurons jamais la bonne solution, mais nous devons essayer de l’avoir. »

American Economic Association, « The curse of bigness », 30 août 2019. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Le FMI s’inquiète du pouvoir de marché des firmes superstars »

« Quelles sont les répercussions macroéconomiques du plus grand pouvoir de marché des entreprises ? »

« Faut-il s’inquiéter de la concentration des marchés aux Etats-Unis ? »

dimanche 24 novembre 2019

Les liens de la semaine

Capitalisme


GRAPHIQUE Opinion que, depuis une dizaine d'années, son niveau de vie s'améliore (en %)

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source : INSEE (2019)

Croissance, fluctuations et crises


Démographie

  • Quarante ans d’évolution de la démographie française : le vieillissement de la population s’accélère avec l’avancée en âge des baby-boomers (INSEE)


GRAPHIQUE Évolution de la population et des soldes naturel et migratoire en France

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source : INSEE (2019)

Environnement et ressources naturelles

  • Climat : les températures mettent le turbo (Le Monde)
  • La croissance au défi du changement climatique (Jean-Marc Vittori)
  • Le réchauffement climatique n'est plus un sujet "à part" (Hélène Rey)
  • Des risques d’extinction planent sur un tiers de la flore tropicale africaine (Le Monde)
  • "La nouvelle génération est prête à se désincarcérer de la société de l’automobile" (Le Monde)
  • Le marché du carbone européen va-t-il enfin servir à quelque chose ? (Alter éco)


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Monnaie et finance

  • L’action Française des jeux a pris 15 % dès son entrée en Bourse (Le Monde)
  • La nouvelle exubérance des marchés financiers est irrationnelle (Nouriel Roubini)
  • Quel avenir pour les politiques monétaires non conventionnelles ? (Project Syndicate)
  • Le danger déflationniste, c'est que la politique monétaire devienne procyclique lorsque la demande est faible (Patrick Artus)
  • La communication des banques centrales : du secret à la transparence (La Tribune)


Politique économique

  • Changer les politiques pour inverser la tendance (Laurence Boone)
  • Feu vert pour l’investissement public (Project Syndicate)
  • L’Allemagne contre la BCE (Alter éco)
  • Draghi a déclaré que si les politiques budgétaires de la zone euro devenaient plus expansionnistes, les taux d’intérêt de l’euro pourraient remonter plus vite: que penser de cette affirmation? (Patrick Artus)
  • Faut-il remettre en cause les principes usuels de politique économique? (Patrick Artus)


Commerce international

  • La bonne nouvelle des sanctions commerciales américaines (CEPII)
  • L’industrie automobile en France : l’internationalisation de la production des groupes pèse sur la balance commerciale (INSEE)


GRAPHIQUE Production automobile des principaux pays producteurs en Europe (en milliards d'euros)

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source : INSEE (2019)

Finance internationale

  • La lutte contre l’évitement fiscal des firmes peut rapporter gros (Christian Chavagneux)
  • Fiscalité internationale des entreprises : quelles réformes pour quels effets ? (CAE)
  • En 2015, les multinationales françaises ont transféré 32 milliards de profits dans les paradis fiscaux (Denis Gouaux)
  • La Cnuced plaide pour une aide au développement transparente et mieux coordonnée (Le Monde)
  • Théorie des zones monétaires optimales : passé et présent (SES-ENS)


Intégration européenne

  • La BCE maintient l’intégrité de la zone euro: c’est indispensable, mais c’est en même temps critiquable (Patrick Artus)
  • Danger pour la zone euro : le drame italien (Patrick Artus)


Inégalités et pauvreté


GRAPHIQUE Évolution des inégalités de niveaux de vie avant redistribution en France

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source : INSEE (2019)

Redistribution et service public


GRAPHIQUE Décomposition de la mobilité sociale observée pour les hommes comparés à leur père (en %)

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source : INSEE (2019)

Travail, emploi, chômage

  • Contrats aidés à la sauce Macron : un bilan en demi-teinte (La Tribune)
  • Dialogue social: de profondes mutations (Télos)
  • La mobilité sociale des femmes et des hommes : évolutions entre 1977 et 2015 (INSEE)
  • Depuis 1975, le temps de travail annuel a baissé de 350 heures, mais avec des horaires moins réguliers et plus contrôlés (INSEE)


GRAPHIQUE Évolution de la part des salariés à temps complet selon le nombre d’heures effectives travaillées par semaine depuis 1975 (en %)

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source : INSEE (2019)

Politique

  • En France et à l’étranger, le sort varié des consultations de citoyens (Le Monde)
  • Le référendum ou comment démocratiser la démocratie (AOC)
  • Comment la surenchère anti-élite imprègne la campagne présidentielle américaine (The Conversation)
  • États-Unis : jusqu’où ira la droite américaine ? (AOC)
  • Le deux visages du radicalisme de droite en Allemagne (AOC)
  • L’accord de coalition gouvernementale en Espagne est-il une exception en Europe ? (The Conversation)
  • Evo Morales a-t-il été renversé par l’extrême droite en Bolivie ? (The Conversation)


GRAPHIQUE Évolution des opinions à l’égard du travail des femmes (en %)

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source : INSEE (2019)

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La zone euro n’est pas (encore) prête pour la monnaie-hélicoptère

« Avec un menu d’options budgétaires et monétaires dangereusement réduit pour stimuler l’activité dans la zone euro en cas de récession, les responsables de la politique économique et les économistes ont commencé à discuter d’une proposition qui semble à la fois simple et exotique : si la consommation des ménages et l’investissement des entreprises sont trop faibles, pourquoi la banque centrale n’enverrait-elle pas, par exemple, 500 euros à chaque résident de la zone euro ? Les résidents dépenseraient cet argent et l’économie s’en trouverait stimulée.

Cette idée, dite de la "monnaie-hélicoptère" (helicopter money), a un bon pedigree et un nom mémorable. Milton Friedman a introduit le concept et lui a donné son nom, bien qu’il ne conseilla pas de la mettre en pratique. Peter Praet (2016), qui a été membre du conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne (BCE) jusqu’à récemment, a un jour indiqué que" toutes les banques peuvent le faire". Et un récent rapport Blackrock (Bartsch et alii, 2019), avec notamment Stanley Fischer et Philip Hildebrand comme coauteurs, s’est prononcé en faveur d’une version de la monnaie-hélicoptère.

De plus, le concept a un clair attrait politique. Il a été qualifié d’"assouplissement quantitatif pour le peuple" (quantitative easing for the people) (Muellbauer, 2014) : au lieu d’aider les banques ou d’enrichir les détenteurs d’obligations, la banque centrale devrait mieux donner de la monnaie à la population, une façon transparente d’accroître son pouvoir d’achat.

Qu’est-ce que la monnaie-hélicoptère ?


En fait, malgré son nom, la monnaie-hélicoptère n’est pas si exotique que cela. D’un point de vue économique, c’est l’équivalent d’une relance budgétaire combinée à une relance monétaire. On peut la considérer comme une sorte d’expansion budgétaire prenant la forme de transferts de revenus opérés par le gouvernement à la population, financée par les obligations publiques, titres que la banque centrale achèterait en échange de monnaie via une opération d’open market. Pour cette raison, Ben Bernanke (2016) l’a qualifiée de "programme budgétaire financée par création monétaire" (money-financed fiscal program), un nom plus précis, mais moins attrayant, et un nom effrayant pour ceux qui voient tout financement par création monétaire comme une route directe vers l’hyperinflation.

L’équivalence n’est cependant pas totale. Si la monnaie-hélicoptère est entreprise indirectement (avec des obligations émises par le gouvernement pour financer des transferts, puis achetée par la banque centrale), la dette résultante apparaît comme une dette du gouvernement central vis-à-vis de la banque centrale. Cette dernière connaît une hausse de son passif (via la hausse de l’offre de monnaie) et de son actif (les obligations publiques), sans changement dans ses fonds propres. Si elle est entreprise directement (avec la banque centrale transférant directement de la monnaie aux ménages), la dette du gouvernement central reste inchangée. La banque centrale, cependant, connaît alors une hausse de son passif (la hausse de l’offre de monnaie) sans hausse de son actif, ce qui se traduit par une détérioration de ses fonds propres.

La différence entre les deux scénarii n’est pas pertinente d’un point de vue purement économique. Ce qui importe pour l’économie est le changement du bilan consolidé du gouvernement (combinant les bilans du gouvernement central et de la banque centrale) et celui-ci est le même dans les deux cas. Si la hausse de la dette prend la forme d’une hausse du passif du gouvernement central ou une hausse du passif de la banque centrale n’est pas significative. Ce qui importe pour les finances publiques est la valeur actualisée des soldes budgétaires futurs, qui à nouveau ne change pas. Mais cette différence est importante d’un point de vue politique : les banquiers centraux s’inquiètent, à tort ou à raison, à l’idée qu’une baisse des fonds propres de la banque centrale (en particulier s’ils deviennent négatifs) puisse laisser paraître que la banque centrale est mal gérée, chose qui affaiblirait son pouvoir politique et amènerait le gouvernement à remettre en cause l’indépendance de la banque centrale.

Comment la monnaie-hélicoptère fonctionnerait


Supposons que la BCE soit encline à recourir à la monnaie-hélicoptère. Est-ce que ce serait une façon efficace de contrer une récession dans la zone euro d’un point de vue macroéconomique ?

Initialement, les transferts budgétaires financés par la banque centrale peuvent s’avérer bien efficaces, parce qu’ils stimuleraient directement les dépenses de consommation. Et contrairement au gouvernement, qui peut augmenter les impôts après coup, la banque centrale n’aurait aucun moyen d’annuler les transferts qu’elle a financés. Donc, les ménages seraient plus incités à les dépenser (la banque centrale peut décider ex post de compenser leur impact sur son bilan en réduisant la taille de son portefeuille d’obligations souveraines, mais cela n’affecterait pas directement les ménages).

Il y a davantage de questions à propos des conséquences à plus long terme. Supposons, contrairement à la situation actuelle de la zone euro, que le taux directeur soit initialement positif. Alors, si la production ou l’inflation sont trop faibles, la combinaison d’expansions budgétaire et monétaire irait clairement dans la bonne direction, à savoir une hausse de l’activité économique (Galí, 2019). Cependant, ce ne serait peut-être pas la bonne combinaison : la combinaison appropriée pourrait impliquer davantage d’action monétaire ou davantage d’action budgétaire. En effet, certains chiffres nous suggèrent que ce n’est pas la bonne combinaison. Dans la zone euro, le ratio de la monnaie qui ne rapporte pas d’intérêt sur le PIB est de pratiquement 10 %. Ce ratio implique qu’une hausse d’un point de pourcentage du déficit financée par la monnaie budgétaire pour une année se traduirait par une hausse de 10 % de la monnaie, donc finalement par une hausse de 10 % du niveau des prix. Même si l’on supposait que la BCE ait adopté une stratégie de ciblage du niveau des prix, le coût en termes d’inflation d’un tel plan de relance relativement modeste excèderait probablement ce qui serait acceptable étant donné l’actuelle insuffisance du niveau des prix. Pour le dire autrement, étant donné les limites de l’ampleur à laquelle le niveau des prix serait permis de s’accroître, la relance budgétaire associée serait trop faible pour être significative sur le plan macroéconomique.

Si, de façon plus réaliste, le taux directeur est déjà à zéro (ou légèrement en territoire négatif en raison de la borne inférieure effective), comme c’est le cas dans la zone euro, alors il n’y a pas de différence immédiate entre la monnaie et la dette. Toutes les deux rapportent zéro (ou quasiment zéro). Donc, dans ce cas, la monnaie-hélicoptère est-elle simplement l’équivalent d’une expansion budgétaire financée par voie de dette ? Pas vraiment. Cela dépend de ce que les investisseurs pensent qu’il surviendra une fois que les taux d’intérêt redeviendront positifs. Comme l’a observé Narayana Kocherlakota (2016), l’ancien président de la Réserve fédérale de Minneapolis, si les investisseurs s’attendent à ce que la monnaie rapporte des intérêts (comme c’est le cas pour les réserves bancaires aux Etats-Unis), alors il n’y a vraiment pas de différence entre le financement par création monétaire et le financement obligataire : tous les deux rapportent zéro aujourd’hui et tous deux vont rapporter des intérêts dans le futur. Si les investisseurs s’attendent à ce que la monnaie ne rapporte pas d’intérêt à l’avenir, ils s’attendent à ce que le niveau des prix finisse par être plus élevé et donc doivent s’attendre à davantage d’inflation à l’avenir. Pour le dire autrement, si la banque centrale s’engage de façon crédible à ne pas payer d’intérêts sur la monnaie à l’avenir, alors la monnaie-hélicoptère doit mener à une révision à la hausse des anticipations d’inflation, donc réduire les taux réels à long terme aujourd’hui. On peut bien douter de la force empirique de ce canal des anticipations. Mais dans la mesure où il est présent, le même résultat peut être atteint via le forward guidance, c’est-à-dire par l’engagement de la banque centrale à maintenir le taux directeur inchangé jusqu’à ce que le niveau des prix (et pas seulement l’inflation) ait atteint une certaine cible.

Cette analyse suggère que l’argumentaire général pour la monnaie-hélicoptère est fragile. Aux Etats-Unis, il y a une certaine marge de manœuvre pour utiliser les politiques monétaire et budgétaire et pour le faire avec la bonne combinaison. Dans la zone euro, où la politique monétaire dispose d’une moindre marge de manœuvre, l’action doit se concentrer sur la politique budgétaire. Qu’elle soit financée par les obligations ou par la création monétaire, cela fait peu de différence économique, à moins que l’on accepte une forte inflation.

Mais il y a quelque chose à prendre en compte concernant la zone euro. La politique budgétaire dans l’union monétaire européenne est fortement contrainte par les règles de l’UE et les règles nationales. En l’occurrence (…), si les règles sont respectées, la marge pour l’expansion budgétaire est extrêmement limitée et risque de ne pas suffire pour combattre une récession. Dans ce contexte, la monnaie-hélicoptère (des transferts directs de la BCE vers la population) peut être interprétée comme une façon de contourner les contraintes budgétaires. La dette apparaît dans le bilan de la BCE et non dans les bilans des gouvernements nationaux. Et, comme la dette de la BCE est une dette jointe, cela permet même aux pays-membres avec de plus fragiles situations budgétaires de participer implicitement et de partager également aux transferts. D’une certaine façon, la monnaie-hélicoptère peut être vue comme un substitut à une capacité budgétaire commune toujours manquante. Sa mise en œuvre, cependant, soulève des défis opérationnels, juridiques et politiques.

La BCE ferait face à d’importants risques et obstacles


Pour des raisons relatives à la gouvernance et des raisons pratiques, la BCE ne peut procéder sans l’approbation des gouvernements nationaux. La BCE manque de la capacité technique et de l’information nécessaires pour opérer les transferts. Elle aurait à s’appuyer sur les Trésors nationaux comme relais ou pour obtenir les informations pertinentes (telles que les identifications individuelles pour les destinataires). Si tous les Etats-membres de la zone euro considéraient les règles budgétaires en vigueur comme contreproductives, ils pourraient donner à la BCE leur bénédiction. M ais certains Etats-membres ne pourraient voir la monnaie-hélicoptère que comme une façon de contourner des règles qu’ils apprécient. Ils l’empêcheraient par des moyens constitutionnels (comme le fit la Cour constitutionnelle allemande pour essayer de bloquer le programme d’achats d’obligations souveraines de la BCE en 2017) ou simplement en refusant de participer à l’organisation des transferts.

Il faudrait également décider de la taille et de la répartition des transferts, entre les pays et au sein des différentes populations nationales. Faudrait-il les faire à destination des individus ou des ménages ? Est-ce que les gens en Allemagne et en Lituanie (un pays dont le PIB par tête est moitié moindre que celui de l’Allemagne) recevraient le même montant ? Si ce n’est pas le cas, qui déciderait ? Si c’est la BCE, elle aurait à faire d’importants choix distributifs, une tâche qui convient mieux aux autorités budgétaires et qui doit être soumise à l’approbation parlementaire.

Ces implications distributionnelles s’ajouteraient aux obstacles juridiques. Le système de l’UE a été construit sur la promesse d’une séparation étanche entre les politiques monétaire et budgétaire. Même si la BCE entreprenait de sa propre initiative un programme de transferts de liquidité de facto vers les ménages et le mettait en œuvre via le système bancaire, il serait certainement attaqué en justice. La Cour constitutionnelle de l’Allemagne et certainement celles d’autres pays définiraient probablement la monnaie-hélicoptère comme un programme de politique économique (et non monétaire) et considéreraient qu’un tel programme doit être de la responsabilité des gouvernements et parlements nationaux.

Finalement, la monnaie-hélicoptère n’est pas sans risques pour la BCE comme institution. Des questions de mandat et d’indépendance ont été mises en avant à propos des implications distributionnelles des mesures non conventionnelles et même standards de la politique monétaire (et en particulier de leur coût pour les "épargnants allemands"). Elles ont aussi été soulevées à propos du plus grand usage des politiques macroprudentielles, certaines d’entre elles ayant d’importantes implications distributionnelles. La monnaie-hélicoptère alimenterait ces controverses et soulèveraient de sérieuses questions à propos de la pertinence de l’indépendance de la banque centrale. Le risque nous semble trop important pour être ignoré.

Pourrait-il y avoir des circonstances où l’équilibre des risques et profits penche de l’autre côté et où la BCE procéderait à la monnaie-hélicoptère ? Nous croyons que ce n’est pas probable. S’il y avait une profonde récession, cela déclencherait les clauses dérogatoires des règles fiscales, rendant la monnaie-hélicoptère redondante. S’il y avait une légère récession ou une stagnation prolongée, c’est-à-dire des situations qui ne susciteraient pas de réaction budgétaire, il n’est pas probable que la BCE désire franchir le Rubicon. Et s’il n’y a pas de récession, il n’y a pas de besoin manifeste pour la monnaie-hélicoptère. Cela nous amène à être sceptiques à l’idée que nous devrions prochainement voir la monnaie-hélicoptère d’ici peu dans la zone euro. »

Olivier Blanchard & Jean Pisani-Ferry, « The euro area is not (yet) ready for helicopter money », in PIIE, Realtime Economic Issues (blog), 20 novembre 2019. Traduit par Martin Anota

dimanche 17 novembre 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • L'économie française devrait marquer le pas au dernier trimestre (La Tribune)
  • Croissance : quand la France fait mieux que l’Allemagne (Le Monde)
  • La croissance résiste (Eloi Laurent)
  • Les entreprises et le ménages sont-ils myopes ou bien la zone euro ne va-t-elle pas si mal ? (Patrick Artus)
  • L’hiver économique est-il proche ? (Raghuram Rajan)
  • Le point bas de ce "mini-cycle récessif" est-il derrière nous? (Patrick Artus)
  • Le ralentissement de la croissance vient-il de la faiblesse de la demande intérieure ou de celle de la capacité à exporter? (Patrick Artus)
  • Les possibles raisons profondes pour lesquelles la croissance ralentit dans les pays de l’OCDE (Patrick Artus)
  • Chine: le ralentissement de la croissance vient-il du protectionnisme aux Etats-Unis? (Patrick Artus)
  • Chine : si l'économie ralentit, comment va réagir la population ? (Barry Eichengreen)
  • L’Afrique subsaharienne cale (Alter éco)


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  • Absence d’inflation dans les pays de l’OCDE malgré plusieurs évolutions structurelles qui auraient dû être inflationnistes (Patrick Artus)
  • A quels moments la Chine a-t-elle été inflationniste (désinflationniste) pour le reste de l’économie mondiale? (Patrick Artus)


Environnement et ressources naturelles

  • Chronologie : la taxation de l’huile de palme, deux ans de bataille législative (Le Monde)
  • Nous n’avons jamais consommé autant de viande (Le Monde)


Monnaie et finance

  • Les investisseurs financiers ne peuvent ignorer les cycles d’endettement (D'un champ l'autre)
  • La dette des ménages américains atteint des niveaux record, supérieurs à 2008 (La Tribune)
  • Contraintes financières et productivité : une relation en U inversé (Banque de France)
  • Bourse : 100% des actionnaires ont tenté leur chance (Emmanuel Combe)
  • Trois ans après les "Panama papers", le Panama encore loin des standards mondiaux de transparence (Le Monde)
  • Les enjeux importants de la guerre monétaire numérique à venir (Kenneth Rogoff)


Politique monétaire

  • La BCE ou les mystères d'une politique monétaire Patrick Artus)
  • L’hétérogénéité de la zone euro va rendre difficile l’utilisation d’une politique monétaire unique (Patrick Artus)
  • Que reste-t-il dans la "boîte à outils" de la BCE? (Patrick Artus)
  • Une question centrale : quelle est la limite à l’expansion de la taille du bilan de la banque centrale? (Patrick Artus)
  • La politique monétaire expansionniste n’a aucun des effets attendus (Patrick Artus)
  • Crises de la dette et équilibres multiples : les politiques monétaires expansionnistes peuvent-elles les éviter? (Patrick Artus)


Economie internationale


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Intégration européenne


Inégalités et justice sociale


Zoom sur la précarité étudiante

  • Précarité : près de 20 % des étudiants vivent en dessous du seuil de pauvreté (Le Monde)
  • Précarité étudiante : de la difficulté d’une évaluation (Olivier Galland)


Travail, emploi, chômage


GRAPHIQUE Taux de chômage au sens du BIT en France (en %)

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source : INSEE (2019)

Politique


Mobilisations collectives

  • Hôpital : chronique d’une colère annoncée (Alter éco)
  • Social : le gouvernement et la peur de l’embrasement (Le Monde)
  • Chili : du malaise à la radicalité de la protestation sociale (AOC)


"Gilets jaunes" : un an de mobilisations


Contrôle social

  • Comment fabrique-t-on l’immigration irrégulière en France ? (The Conversation)
  • Reconnaissance faciale : un nécessaire débat (Le Monde)
  • L’insaisissable consentement, ou les limites de la démocratie sanitaire (The Conversation)





lire la précédente revue de presse

vendredi 15 novembre 2019

Cessons d’exagérer la menace inflationniste

« A la lumière des conditions macroéconomiques en vigueur aux Etats-Unis, je me suis rappelé de ce qui s’est passé en septembre 2014. Le taux de chômage américain avait alors chuté en-deçà de 6 % et de nombreux commentateurs nous assuraient que l’inflation était en conséquence sur le point de fortement s’accélérer, comme le prédisait la courbe de Phillips. Bien sûr, le corollaire de cet argument était que la Réserve fédérale devait rapidement normaliser sa politique monétaire, en contractant sa base monétaire et en relevant ses taux d’intérêt vers une gamme "normale".

Aujourd’hui, le taux de chômage américain est inférieur de 2,5 points de pourcentage à ce qu’il était lorsque nous étions tous convaincus que l’économie avait atteint le taux de chômage "naturel". Quand j’étais assistant professeur dans les années quatre-vingt-dix, la règle empirique était qu’un chômage aussi faible devait entraîner une hausse de 1,3 point de pourcentage de l’inflation par an. Si le taux d’inflation était de 2 %, cela signifiait qu’il serait de 3,3 % l’année suivante. Et si le chômage restait au même niveau général, le taux d’inflation l’année suivante serait de 4,6 %, puis de 5,9 %, etc.

Mais la vieille règle ne s’applique plus. Le taux d’inflation aux Etats-Unis va rester à environ 2 % par an pendant les prochaines années et nos choix de politique monétaire doivent prendre en compte ce fait.

Certes, la croyance conventionnelle parmi les économistes durant les années quatre-vingt-dix était justifiée. Entre 1957 et 1988, l’inflation a répondu de façon prévisible aux fluctuations du taux de chômage. La pente de la courbe de Phillips la plus simple possible, lorsque l’on prend en compte les anticipations adaptatives, était de -0,54 : autrement dit, chaque baisse d’un point de pourcentage du chômage sous le taux de chômage naturel estimé se traduisait par une hausse de 0,54 point de pourcentage de l’inflation au cours de l’année suivante.

La pente estimée négative de la courbe de Phillips (ce chiffre de -0,54) entre la fin des années cinquante et la fin des années quatre-vingt était largement tirée de six observations importantes. En 1966, 1973 et 1974, l’inflation grimpa dans un contexte de chômage extrêmement faible. Ensuite, en 1975, 1981 et 1982, l’inflation chuta dans un contexte de chômage relativement élevé.

Depuis 1988, cependant, la pente de la courbe de Phillips la plus simple possible a été nulle, avec un coefficient de régression estimé de juste -0,03. Même avec un chômage bien en-deçà de ce que les économistes ont supposé être le taux naturel, l’inflation ne s’est pas accélérée. Inversement, même quand le chômage a dépassé ce que les économistes ont présumé était le taux naturel, entre 2009 et 2014, l’inflation n’a pas chuté et la déflation n’est pas apparue.

Bien que ces trente dernières années n’aient présenté aucune similarité avec les points de données fournis par la période allant des années cinquante aux années quatre-vingt, il y en a beaucoup qui croient toujours que les autorités monétaires devraient continuer de se focaliser sur le risque d’une inflation en forte accélération, impliquant que l’inflation pose une plus grande menace que la possibilité d’une récession. Pa exemple, trois économistes très réputés, en l’occurrence Peter Hooper, Frederic Mishkin et Amir Sufi, ont récemment publié une étude suggérant que la courbe de Phillips aux Etats-Unis est "juste en train d’hiberner" et que les estimations présentant une courbe presque plate au cours de la dernière génération ne sont pas fiables, en raison de "l’endogénéité de la politique monétaire et du manque de variation de l’écart de chômage".

Je ne comprends pas comment ils en sont arrivés à cette conclusion. Après tout, l’ordinateur nous dit que les estimations de 1988-2018 sont probablement trois fois plus précises que celles de 1957-1987. En outre, la fenêtre capturée dans les spécifications standards de la courbe de Phillips est trop brève pour permettre toute réponse substantielle de la politique monétaire.

Oui, une explosion de l’inflation reste un risque. Mais la focalisation excessive sur ce risque est le produit d’une autre époque. Elle vient d’une époque où les administrations successives (celles de Lyndon Johnson et de Richard Nixon) recherchaient une économie en permanence à haute pression et où le président de la Fed (Arthur Burns) était enclin à satisfaire les demandes du gouvernement. Alors, un cartel qui contrôlait l’intrant clé de l’économie mondiale (en l’occurrence le pétrole) a été capable de générer un choc d’offre négatif massif.

Si toutes ces conditions étaient valides, il serait peut-être justifié que nous nous inquiétons d’un retour de l’inflation à ses niveaux des années soixante-dix. Mais elles ne le sont pas.

Il est temps d’arrêter de dénier ce que les données nous disent. A moins que la structure de l’économie et la combinaison de politiques économiques changent, il y a peu de risque que les Etats-Unis fassent face à une inflation excessive au cours des prochaines années. Les responsables politiques feraient bien de focaliser leur attention sur d’autres problèmes entretemps. »

J. Bradford Delong, « Stop inflating the inflation threat », 29 octobre 2019. Traduit par Martin Anota



Allter plus loin...

« L’inflation est-elle au coin de la rue ? »

« Pourquoi l’inflation est-elle si faible dans le monde ? »]

« La courbe de Phillips est-elle bien morte ? (édition américaine) »

dimanche 10 novembre 2019

Les liens de la semaine

Capitalisme(s)

  • Pourquoi les PDG américains parlent désormais de capitalisme participatif (Project Syndicate)
  • La fin du néo-libéralisme et la renaissance de l’histoire (Joseph Stiglitz)
  • Le capitalisme dans tous ses états (Patrick Artus)
  • Le capitalisme “anglo-saxon” a beaucoup changé depuis la seconde guerre mondiale (Patrick Artus)


GRAPHIQUES Taux de chômage et revenu en Allemagne selon l’arrondissement

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source : Le Monde (2019)

Zoom sur l'Allemagne, 30 ans après la réunification

  • L’Allemagne, un paquebot qui vire lentement (Guillaume Duval)
  • Il y a trente ans, la chute du Mur (Alter éco)
  • "En matière de niveau de vie, il y a eu une forme de rattrapage entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest" (Le Monde)
  • Chute du mur de Berlin : trente ans après, 9 cartes sur le décalage persistant entre l’ex-RDA et le reste de l’Allemagne (Le Monde)
  • Les privatisations ont laissé des traces en ex-RDA (Alter éco)
  • L’Allemagne de l’Est est-elle la grande perdante de l’unification ? (The Conversation)
  • 1989, le début d’une success story allemande ? (AOC)


GRAPHIQUE Revenu annuel médian en Allemagne de l'ouest et en Allemagne de l'est (en euros)

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source : Le Monde (2019)

Croissance, fluctuations et crises

  • Brexit, guerre commerciale... l'industrie européenne reste déprimée (La Tribune)
  • Pourquoi les cycles de croissance sont moins prononcés qu'auparavant (Denis Ferrand)
  • Chine: les évolutions importantes du modèle économique (Patrick Artus)
  • Pourquoi la croissance des pays émergents ralentit-elle? (Patrick Artus)
  • Les PMI manufacturiers de la zone euro annoncent une sévère récession manufacturière: faut-il les croire? (Patrick Artus)


Environnement et ressources naturelles

  • Agriculture : une crise existentielle (Le Monde)
  • L'environnement: premier enjeu politique ? (Télos)
  • Trump et le climat : pari risqué pour les Etats-Unis (Le Monde)
  • Climat : où en est l’accord de Paris, après le retrait annoncé des Etats-Unis ? (Le Monde)
  • Les jeunes mobilisés en défense du climat ont-ils raison ? (Daron Acemoglu)
  • Pourquoi la crise du plastique est un problème majeur (Project Syndicate)
  • De l’Afrique à l’Asie, le charbon a quelques belles décennies devant lui (The Conversation)
  • Sur l’écologie, un Piketty encore un peu vert (Jean Gadrey)


Marchés et concurrence


Monnaie et finance

  • La surperformance du marché boursier américain par rapport au marché européen est une fiction due aux rachats d’actions (Patrick Artus)
  • Pourquoi la régulation financière n’a-t-elle pas assez progressé depuis la crise ? (Jézabel Couppey-Soubeyran)
  • L’Allemagne n’exclut plus une garantie européenne des dépôts bancaires (Le Monde)
  • Les cycles financiers convergent-ils en zone euro? En phase oui, en amplitude non (CEPII)


Politique monétaire

  • Après une décennie de mesures non conventionnelles, quel bilan et quelles perspectives pour la politique monétaire ? (CEPII)
  • Il n’y a pas neutralité monétaire: quelles conséquences? (Patrick Artus)
  • Faut-il revoir l'objectif d'inflation de la BCE ? (Patrick Artus)
  • La question centrale pour évaluer la politique monétaire de la BCE (Patrick Artus)
  • Zone euro : "whatever it takes" est toujours nécessaire (Patrick Artus)
  • Faut-il que la Réserve Fédérale baisse encore ses taux d’intérêt pour que la croissance se poursuive aux Etats-Unis? (Patrick Artus)
  • Que peuvent raisonnablement faire de plus les Banques Centrales ? (Patrick Artus)


Politique économique

  • Pas de politique économique sans choix politiques ! (Ioana Marinescu)
  • Emmanuel Macron, le dérégulateur (Alter éco)
  • Emmanuel Macron, le conservateur (Alter éco)
  • Quand l’État fait retour (1/2) : un néolibéralisme interventionniste (AOC)
  • Quand l’État fait retour (2/2) : la voie libérale-autoritaire (AOC)


Commerce international

  • Quels sont les coûts politiques de la guerre commerciale de Trump ? (A la marge)
  • Spécialisation productive et compétitivité de l'économie française (Trésor)
  • Le handicap de coût de l’Allemagne est considérable: quelles conséquences? (Patrick Artus)
  • Comment répondre aux nouveaux défis de la politique commerciale européenne ? (CEPII)


GRAPHIQUE Spécialisation productive de la France (en % de la valeur ajoutée)

Tresor_eco__Specialisation_productive_de_la_France.png
source : Trésor éco (2019)

Immigration

  • Quotas, lutte contre la fraude, restriction des soins : les annonces du gouvernement sur l’immigration (Le Monde)
  • Immigration, l’éternel chiffon rouge (Le Monde)
  • "Plus on durcit les conditions d’entrée des migrants, plus on retarde leur intégration" (François Héran)
  • Que pensent les Français des immigrés ? (Olivier Galland)


Inégalités et justice sociale


Zoom sur la réforme des retraites

  • Réforme des retraites : un message brouillé (Le Monde)
  • Rendement ou taux de remplacement : Quel objectif pour un système de retraite par répartition ? (Anne Lavigne)


Travail, emploi, chômage

  • Industrie : 80% des zones d'emploi frappées par la crise (La Tribune)
  • Entrée dans la vie active : génération galère (Xavier Molénat)
  • Les PDG du CAC 40 ont gagné en moyenne 277 fois le smic en 2018 (Le Monde)
  • Comment sont calculées la date et l’heure de la Journée de l’égalité salariale (Le Monde)
  • Pour les femmes, le temps de trajet compte-t-il autant que le salaire ? (Alexandra Roulet)
  • Assurance-chômage : une réforme floue pour 46% des Français (La Tribune)
  • Assurance-chômage : favoriser (un peu) le travail indépendant au détriment des salariés (The Conversation)


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Mouvements sociaux

  • Une exigence planétaire : reconquérir la démocratie (Le Monde)
  • Du déclencheur local à la révolte globale : la convergence des luttes dans le monde (Le Monde)
  • Où va Hong Kong ? (The Conversation)
  • Risques économiques et solitude : ferments du populisme (Yann Algan)


Politique

  • Emmanuel Macron, quelles valeurs actuelles ? (Bruno Cautres)
  • Marseille : effondrement et survivance du système municipal (AOC)
  • Argentine : quel retour du péronisme ? (The Conversation)
  • L’impasse du républicanisme espagnol : de Juan Negrín à Pedro Sánchez (The Conversation)
  • Élections régionales en Allemagne de l’Est : les leçons de la poussée de l’extrême droite (The Conversation)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

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