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vendredi 17 août 2018

Faut-il stabiliser l’activité via la politique monétaire ou la politique budgétaire ?

« L’un des désaccords entre économistes orthodoxes et hétérodoxes porte sur la question quant à savoir si c’est la politique monétaire ou bien la politique budgétaire qui doit être utilisée pour la stabilisation macroéconomique (c’est-à-dire pour contrôler la demande globale de façon à influencer l’inflation et la production). Que fait un bon instrument dans ce contexte ? Comme je l’ai affirmé auparavant, une différence clé entre les orthodoxes et les partisans de la modern money theory (MMT) implique différentes réponses à cette question. Je pense que les questions suivantes sont cruciales : (1) A quelle vitesse les changements de l’instrument (par exemple, les hausses de taux d’intérêt) influencent la demande ? (2) A quelle vitesse l’instrument peut-il être modifié ? Y a-t-il des limites à la vitesse à laquelle il peut être modifié ? (3) A quel point l’impact de l’instrument sur la demande est-il fiable ? En d’autres mots, à quel point l’impact d’un changement de l’instrument sur la demande est-il incertain ? (4) A quel point pouvons-nous être certains que la personne qui détient le contrôle de l’instrument l’utilisera de la façon appropriée ? (5) Est-ce que le changement de l’instrument a des "effets collatéraux" qui sont indésirables ? Si nous appliquons ces questions afin de savoir s’il faut utiliser les taux d’intérêt ou un certain élément de la politique budgétaire, quelle réponse obtiendrions-nous ? Avant de le faire, il est utile de noter que cela revient à savoir quelle est la manière la plus rapide et la plus fiable d’influencer la demande. Ce n’est pas tout à fait la même chose que de se demander comment la demande influence l’inflation (aussi longtemps que nous parlons de l’inflation sous-jacente).

La question (1) est importante parce que de longs délais entre l’instant où l’instrument est changé et l’instant où ce changement influence la demande nuisent à l’élaboration de la politique économique. Que penseriez-vous de votre chauffage central s’il mettait une journée pour chauffer votre appartement lorsque vous avez froid ? C’est peut-être la question la plus intéressante pour un macroéconomiste. Une discussion complète nécessiterait tout un manuel, donc pour éviter cela je vais suggérer que la réponse n’est pas critique pour expliquer pourquoi les orthodoxes préfèrent la politique monétaire à la politique budgétaire.

La question (2) est aussi importante pour des raisons évidentes. Si un instrument ne peut être changé qu’une poignée de fois pas an, c’est comme s’il y avait de très longs délais avant que les effets de l’instrument se fassent ressentir. Sur cette question, la politique monétaire semble avoir un clair avantage dans le contexte des accords institutionnels en vigueur. Une part de cette différence est difficile à changer : il faut du temps pour qu’une bureaucratie prenne une décision. Comme je l’ai noté avec l’expansion budgétaire mise en œuvre par la Chine après la crise, environ la moitié des projets étaient lancés en moins d’un an. (…)

La deuxième partie de la question (2) est clairement négative pour les taux d’intérêts, parce qu’ils ont une borne inférieure. Ce n’est le cas pour les instruments budgétaires : vous pouvez toujours réduire les impôts par exemple. (…) Avoir potentiellement deux instruments différents pour des situations différentes est un autre point en faveur de la politique budgétaire.

La question (3) n’est pas souvent posée, mais elle est absolument cruciale. Imaginez que vous augmentiez la température sur un thermostat qui n’a pas de réglage et qui n’agit pas non plus de la même façon d’une journée à l’autre et même d’une heure à l’autre. Le programme OMT est le clair exemple d’un piètre instrument, parce que les banques centrales ont moins d’idées sur son efficacité que sur celle des variations du taux d’intérêt, en partie en raison du manque de données, mais aussi en raison de possibles non-linéarités.

Est-ce que les changements sont plus ou moins fiables que les mesures budgétaires ? Le gros avantage des changements de dépenses publiques est que leur impact direct sur la demande est connu, mais comme nous l’avons déjà noté de telles mesures sont lentes à mettre en œuvre. Les changements fiscaux sont plus rapides à faire, mais plusieurs économistes orthodoxes affirmeraient que leur impact n’est pas plus fiable que l’impact des variations du taux d’intérêt. A l’inverse, certains économistes hétérodoxes (en particulier les partisans de la MMT) affirmeraient que les variations du taux d’intérêt sont tellement peu fiables que même le signe de l’impact n’est pas clair.

La question (4) est seulement pertinente si c’est aux banques centrales qu’est délégué le pouvoir de changer les taux d’intérêt. Supposons que nous soyons dans une situation telle que celle du Royaume-Uni, où la banque centrale a le contrôle sur les taux d’intérêt, mais où elle doit suivre un mandat fixé par le gouvernement. Un argument robuste est que, en déléguant cette tâche à une institution indépendante, la politique économique est moins susceptible d’être influencée par des facteurs extérieurs (…), si bien que la politique économique devient plus crédible. (Il y a toute une littérature impliquant des idées similaires.)

Cet avantage pour la politique monétaire découle simplement du fait qu’elle peut être facilement déléguée. Cependant, même si elle n’est pas déléguée, la politique budgétaire a pour désavantage que ses changements sont soit populaires (ce qui est le cas des baisses d’impôts), soit impopulaires (comme c’est dans le cas avec les hausses d’impôts). A l’inverse, les variations du taux d’intérêt impliquent des gains pour certains et des pertes pour d’autres. Cela rend les politiciens réticents à adopter une action budgétaire déflationniste et trop enclins à adopter une action budgétaire inflationniste. Donc, même sans délégation, il semble probable que les variations du taux d’intérêt soient davantage susceptibles d’être utilisées de façon appropriée pour gérer la demande que les mesures budgétaires.

La question (5) peut impliquer plusieurs choses. Dans les modèles basiques des nouveaux keynésiens, le taux d’intérêt réel est le prix qui assure que la demande soit à un niveau d’inflation constante. Par conséquent, les taux d’intérêt nominaux sont l’instrument évident à utiliser. Changer la politique budgétaire, d’un autre côté, crée des distorsions pour la bonne combinaison de biens publics et privés ou pour le lissage fiscal.

Donc les arguments contre la politique budgétaire comme le principal outil de stabilisation en-dehors de la borne inférieure sont les suivants : elle est plus lente à changer et elle ne peut pas être déléguée. Même si la politique monétaire n’était pas déléguée, les politiciens peuvent laisser des problèmes de popularité empêcher une stabilisation budgétaire efficace. Alors que les changements de dépenses publiques ont un certain effet direct, ils sont aussi les plus difficiles à mettre en œuvre rapidement.

Le problème de la borne inférieure est un argument potentiellement robuste que l’on peut avancer contre la politique monétaire. Vous pouvez penser que faire de la politique monétaire l’instrument de stabilisation désigné a fait perdre au gouvernement l’habitude de faire de la stabilisation budgétaire, si bien que lorsque vous vous retrouvez contraint par la borne inférieure et que la stabilisation budgétaire est nécessaire, elle n’est pas utilisée. Les récents événements ne font que confirmer cette inquiétude. Personnellement, je ne pense pas que les macroéconomistes orthodoxes parlent assez de ce problème. (...) »

Simon Wren-Lewis, « Interest rate vs fiscal policy stabilisation », in Mainly Macro (blog), 15 août 2018. Traduit par Martin Anota


Plaidoyer pour les stabilisateurs automatiques


« Simon a offert un bon aperçu sur la question quant à savoir si la politique budgétaire ou la politique monétaire est la plus efficace pour stabiliser la production. Je pense toutefois que ni l’une, ni l’autre n’est en pratique particulièrement bonne et que nous avons plutôt besoin de meilleurs stabilisateurs automatiques.

Je le dis pour une raison simple : les récessions sont imprévisibles. En 2000, Prakash Loungani avait étudié les performances passées des prévisions du PIB du secteur privé et concluait que "la capacité à échouer à prédire les récessions est quasi irréprochable", un fait qui continua d’être vérifié par la suite.

La BCE, par exemple, a relevé ses taux en 2007 et en 2008, en oubliant le désastre imminent. La Banque d’Angleterre a fait un peu mieux. En février 2008, son graphique des risques ne donnait qu’une légère probabilité que le PIB chute en glissement annuel en 2008 ou 2009 alors qu’en fait il chuta de 6,1 % dans les 12 mois suivants. Pour cette raison, le taux directeur n’a pas été ramené à 0,5 % avant mars 2009.

Etant donné qu’il faut environ deux ans pour les variations des taux d’intérêt aient leur maximum d’effets sur la production, cela signifie que la politique monétaire réussit mieux à soutenir l’économie après une récession qu’à prévenir en premier lieu cette récession. Et, bien sûr, comme il n’y a pas de preuve empirique que les gouvernements prédisent mieux les récessions que ne le font le secteur privé ou les banques centrales, on peut dire la même chose à propos de la politique budgétaire.

Tout cela me suggère que si nous voulons stabiliser l’activité face aux récessions imprévisibles, nous n’avons pas simplement besoin de politiques monétaire et budgétaire discrétionnaires, mais plutôt de meilleurs stabilisateurs automatiques.

Dans ce contexte, j’ai longtemps été attiré par les propositions de Robert Shiller pour des macro-marchés. Ces derniers permettraient aux gens vulnérables aux récessions (notamment ceux qui ont des emplois exposés à la conjoncture ou avec de petites entreprises) d’acheter une assurance contre un ralentissement de l’activité. Je peux comprendre pourquoi certains peuvent être sceptiques à cette idée : le type de personnes qui s’assureraient contre les récessions seraient le type de personnes qui seraient incapables de payer lorsqu’une récession éclaterait. (…)

Si les marchés d’assurance du secteur privé n’existent pas, la tâche de la stabilisation est mieux réalisée par le gouvernement. Les mesures les plus évidentes incluent une imposition plus progressive (de façon à ce que les chutes du revenu soient partagées avec le gouvernement) et de plus hautes prestations sociales, aussi bien pour les personnes sans emploi que pour ceux qui subissent une baisse de leur temps de travail.

Il y a autre chose. Une autre façon de stabiliser l’économie est de s’assurer qu’il y a moins d’institutions qui propagent le risque, celles qui transforment de légers ralentissements en amples contractions de l’activité. Cela revient à s’assurer que les banques sont fortes et bien capitalisées, c’est-à-dire que les mauvais prêts n’épuisent pas le capital au point d’empêcher le prêt aux autres entreprises. Il est discutable que ce soit actuellement le cas : les ratios de capital des banques britanniques, par exemple, sont toujours inférieurs à ceux recommandés par Admati et Hellwig.

Ce sont des mesures comme celles-ci, plutôt que des mesures discrétionnaires de politique macroéconomique, qui offrent peut-être le meilleur espoir de vraiment stabiliser la production et l’emploi.

(…) Je fais deux remarques plus générales ici. Tout d’abord la stabilité macroéconomique n’est pas qu’une question de politique macroéconomique. Elle tient aussi à la qualité des institutions (la nature de l’Etat-providence, l’ampleur à laquelle les institutions propagent le risque, si nous avons des marchés qui mutualisent les risques, et ainsi de suite). D’autre part, l’incapacité des décideurs de politique économique (et des autres) à prédire les récessions n’est pas un aspect contingent accidentel que nous pourrions ignorer. Un manque de prévision fait partie intégrante de la condition humaine. La politique économique doit être fondée sur ce fait. Bien sûr, cela s’applique à bien plus de choses qu’à la politique macroéconomique. »

Chris Dillow, « For automatic stabilizers », in Stumbling & Mumbling (blog), 16 août 2018. Traduit par Martin Anota

lundi 13 août 2018

La Turquie en proie à une nouvelle crise de change



« Pendant un moment, ceux d’entre nous qui passèrent beaucoup de temps à chercher à comprendre la crise financière asiatique qui éclata il y a deux décennies se sont demandé si la Turquie connaîtrait une répétition de ces événements. C’est ce qui semble se passer.

Voici le scénario : Imaginez au départ un pays qui, pour une raison ou une autre, est devenu un chouchou des prêteurs étrangers et connaît un large afflux de capitaux étrangers pendant plusieurs années. Chose importante, la dette qui s’est ainsi accumulée est libellée en devises étrangères et non en monnaie domestique (ce qui explique pourquoi les Etats-Unis, qui ont reçu beaucoup de capitaux par le passé, ne sont pas aussi vulnérables ; les Américains empruntent en dollars).

A un certain moment, cependant, la fête s’arrête. Il n’est pas crucial de savoir ce qui provoque un "arrêt soudain" (sudden stop) dans le prêt étranger : cela peut être des événements domestiques (…), une hausse des taux d’intérêt américains ou une crise dans un autre pays que les investisseurs considèrent comme similaire au vôtre.

Qu’importe le choc, le problème est que l’endettement auprès du reste du monde a rendu votre économie vulnérable à une spirale fatale. La perte de confiance entraîne la chute de votre monnaie ; cela complique le remboursement de la dette libellée en devises étrangères ; cela nuit à l’économie réelle et dégrade par là davantage la confiance, entraînant une nouvelle chute de votre devise, et ainsi de suite. En conséquence, la dette étrangère explose, en pourcentage du PIB. L’Indonésie est tombée dans la crise des années quatre-vingt-dix avec une dette étrangère inférieure à 60 % du PIB, un niveau assez comparable à celui de la Turquie un peu plus tôt cette année. En 1998, la chute de la roupie a envoyé cette dette à près de 170 % du PIB.

Comment une telle crise finit-elle ? S’il n’y a pas de réponse efficace en termes de politique économique, la monnaie chute et la dette mesurée en monnaie domestique explose jusqu’à ce que chaque personne susceptible de faire défaut le fasse. A ce moment-là, une monnaie faible stimule un boom des exportations et l’économie connaît une reprise associée à d’amples excédents commerciaux. (Cela peut surprendre Donald Trump, qui semble avoir décidé d’instaurer des droits de douane punitifs à l’encontre de la Turquie comme punition pour sa faible devise.)

N’y a-t-il aucune façon de court-circuiter cette funeste mécanique ? Si, mais elle n'est pas aisée. Ce dont vous avez besoin pour réduire les coûts de cette crise est une combinaison d’hétérodoxie à court terme et l’assurance crédible qu’il y aura un retour à l’orthodoxie à plus long terme. Pour cela, il faut arrêter l’explosion du ratio de dette avec une certaine combinaison de contrôles de capitaux temporaires, de couvre-feu contre la fuite paniquée de capitaux et peut-être de répudiation d’une certaine partie de la dette libellée en devises étrangères. Parallèlement, il faut mettre les choses en place pour instaurer un régime fiscalement soutenable une fois que la crise sera finie. Si tout va bien, la confiance va graduellement revenir et vous finirez par être capable de retirer le contrôle des capitaux.

C’est ce que fit la Malaisie en 1998 ; la Corée du Sud, avec l’aide des Etats-Unis, a effectivement fait quelque chose du même genre au même moment, en faisant pression sur les banques pour qu’elles maintiennent leurs lignes de crédit de court terme. Une décennie plus tard, l’Islande s’en est bien tirée avec une combinaison de contrôles de capitaux et de répudiation de dette (à strictement parler, en refusant de prendre la responsabilité publique pour les dettes engrangées par les banquiers privés.)

L’Argentine s’en est aussi bien tirée en adoptant des politiques hétérodoxes en 2002 et, quelques années plus tard, en répudiant les deux tiers de sa dette. Mais le gouvernement Kirchner ne savait pas quand s’arrêter et revenir aux politiques orthodoxes, ce qui prépara la voie pour un retour du pays dans la crise.

Et peut-être que cet exemple montre à quel point il est difficile de faire face à ce genre de crise. Vous avez besoin d’un gouvernement qui soit à la fois flexible et responsable, mais aussi, évidemmentr, assez compétent techniquement pour adopter des mesures spéciales et assez honnête pour adopter ces mesures sans basculer dans une corruption massive.

Malheureusement, cela ne ressemble pas à la Turquie d’Erdogan. Bien sûr, cela ne ressemble pas non plus aux Etats-Unis de Trump. Les Américains ont donc bien de la chance de s’endetter en dollars. »

Paul Krugman, « Partying like it’s 1998 », 11 août 2018. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« De l’arrêt soudain à la déflation par la dette »

« Comment les pays émergents peuvent-ils gérer l'effondrement des flux de capitaux ? »

dimanche 12 août 2018

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • La Banque de France prévoit une légère reprise de la croissance au troisième trimestre (Le Monde)
  • Au Royaume-Uni, la croissance du premier semestre est la plus faible depuis 2012 (Le Monde)
  • Trump et la croissance économique à long terme (Kenneth Rogoff)
  • Quand l'histoire de l'économie s'améliore avec le temps (Carmen Reihnart)
  • Zone euro : la faiblesse de la dynamique spontanée de croissance (Patrick Artus)
  • Alerte sur l’investissement des entreprises dans l’OCDE (Philippe Waechter)



source : Philippe Waechter (2018)

Environnement et ressources naturelles

  • Pétrole : les inquiétudes reviennent avec les sanctions américaines contre l’Iran (La Tribune)
  • Canicule : plus il fait chaud, moins nous sommes efficaces (Jean-Marc Vittori)
  • Canicule : la climatisation accroît la consommation électrique (Le Monde)
  • Les centrales nucléaires peuvent-elles survivre au changement climatique ? (Le Monde)
  • Réchauffement climatique : l’Afrique et l’Asie premières victimes économiques (La Tribune)
  • "Face au changement climatique, la fenêtre de tir est très étroite" (Jean Jouzel)


Monnaie et finance

  • La Fed est sur une mauvaise voie (Brad DeLong)
  • Pourquoi la Banque de l'Angleterre doit viser la croissance (Project Syndicate)
  • Risque de crise financière : peut-il venir de la remontée des taux d’intérêt de la Réserve Fédérale, ou de l’absence de remontée des taux d’intérêt des autres banques centrales ? (Patrick Artus)


Commerce international

  • Le désespoir du commerce extérieur français (Jean-Marc Vittori)
  • La Chine juge "justifiée" sa menace de nouvelles surtaxes visant les Etats-Unis (La Tribune)
  • Washington renforce sa guerre commerciale contre la Chine (Le Monde)
  • La guerre commerciale sino-américaine a de lourdes conséquences sur les échanges mondiaux (La Tribune)
  • Un apaisement commercial transatlantique, à quel prix ? (Sébastien Jean)
  • Trump devrait comprendre que la relation antérieure entre la Chine et les États-Unis était favorable aux deux pays (Patrick Artus)
  • La « déglobalisation économique » génèrerait des coûts considérables (Patrick Artus)
  • Pourquoi nous avons besoins de l'OMC (La Tribune)


Intégration européenne

  • Les autorités grecques reçoivent la dernière tranche de l’aide financière européenne (Le Monde)
  • Brexit : May est la seule à croire (encore) à un "bon accord" avec l'UE (La Tribune)
  • Les conséquences à terme du Brexit pour l’Union européenne (FMI)


Finance internationale


Inégalités et justice sociale

  • Egalité pour tous ? (Roger Farmer)
  • Les inégalités de revenu : un problème éthique, moral, ou un problème macroéconomique ? (Patrick Artus)


Travail, emploi, chômage

  • L’emploi s’ajuste très vite en France en suivant l’inflexion de l’activité (Philippe Waechter)
  • Les créations d'emplois à peine suffisantes pour faire refluer le chômage (Les Echos)
  • Les hausses de salaires ne compensent plus l'inflation (Les Echos)
  • Les contrats aidés de 2018 ont été sous-consommés au premier semestre (Le Monde)
  • Les salaires dans le secteur privé et les entreprises publiques en 2015 (INSEE)
  • L’égalité salariale reste une problématique mondiale (FMI)


Politique





lire la précédente revue de presse

vendredi 10 août 2018

Les marchés sont-ils trop concentrés ?

« Lors de son apogée à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle, la Standard Oil Company contrôlait environ 95 % des activités de raffinage du pétrole aux Etats-Unis. La domination des marchés par de grandes entreprises comme la Standard Oil a été emblématique de ce que l’on appelle l’Age doré et elle déclencha un mouvement antitrust. En conséquence, en 1911, la Cour suprême des Etats-Unis a obligé la Standard Oil à se scinder en plus de 30 entreprises.

Aujourd’hui, plusieurs secteurs de l’économie présentent des niveaux similaires de concentration. Google représente plus de 90 % de l’ensemble du trafic de recherches en ligne. Ensemble, Google et Apple produisent les systèmes d’exploitation qui fonctionnent sur presque 99 % des smartphones. Juste quatre entreprises (Verizon, AT&T, Sprint et T-Mobile) fournissent 94 % des services sans fil aux Etats-Unis. Et les cinq plus grosses banques aux Etats-Unis contrôlent près de la moitié de tous les actifs bancaires dans le pays.

Face à l’accroissement de la concentration dans ces secteurs tout comme dans d’autres (cf. graphique), les commentateurs et politiciens des deux côtés du spectre politique ont sonné l’alarme. William Galston et Clara Hendrickson de la Brookings Institution ont écrit qu’(…) "en 1954, les 60 plus grandes entreprises représentaient moins de 20 % du PIB. Aujourd’hui, les 20 plus grosses entreprises représentent plus de 20 % du PIB". Et dans un article publié dans l’American Economic Review, David Autor, David Dorn, Lawrence Katz, Christina Patterson et John Van Reenen (…) ont constaté que la concentration s’est accrue entre 1982 et 2012 dans six secteurs représentant les quatre cinquièmes de l’emploi du secteur privé.

GRAPHIQUE Indice de concentration Herfindahl-Hirschman

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Si l’accroissement de la concentration des marchés signifie qu’il y a moins de concurrence, cela peut avoir diverses répercussions économiques, allant de prix plus élevés à une moindre productivité. Alors même que la Fed et d’autres responsables politiques débattent des causes d’énigmes macroéconomiques comme le récent ralentissement de la productivité ou la faible croissance des salaires, certains économistes ont affirmé que la hausse des niveaux de concentration contribue à expliquer ces mystères.

Efficience versus pouvoir de marché


Pour l’essentiel de la première moitié du vingtième siècle, il a généralement été supposé que la concentration permettait aux entreprises d’exercer un pouvoir de marché. Dans les années cinquante, Joe Bain, de l’Université de Berkeley, a développé des modèles qui reliaient directement la concentration d’un secteur avec son degré de concurrence. Selon Bain, à mesure que les marchés deviennent plus concentrés, les entreprises survivantes entrent naturellement en collusion pour se protéger des concurrents et accroître leurs prix. A cette époque, les cours de justice et les administrateurs partageaient ce point de vue, interdisant les fusions-acquisitions lorsqu’elles étaient susceptibles d’accroître la part de marché d’une entreprise au-delà d’un certain seuil.

Dans les années soixante-dix, les économistes et les juristes de l’Université de Chicago commencèrent à remettre en cause l’idée que la concentration soit forcément nocive. Ils ont noté que la concentration peut s’accroître simplement du fait que les entreprises efficaces réalisent de meilleures performances que leurs rivales et accroissent ainsi naturellement leur part de marché. Dans un livre particulièrement influent publié en 1978, The Antitrust Paradox, Robert Bork affirma que les fusions ont souvent été bénéfiques dans la mesure où elles auraient entraîné une baisse des prix et une plus forte productivité (…).

Plusieurs études ont récemment cherché à déterminer si l’actuelle tendance haussière de la concentration s’explique par la domination d’entreprises plus efficaces ou est le signe d’un plus grand pouvoir de marché. L’article réalisé par Autor, Dorn, Katz, Patterson et Van Reenen tend à soutenir la vision de Chicago, en constatant que les secteurs qui sont devenus plus concentrés depuis les années quatre-vingt ont aussi été les plus productifs. Ils affirment que l’économie est de plus en plus concentrée entre les mains de "firmes superstars", qui sont plus efficaces que leurs rivales.

Le secteur de la haute technologie est tout particulièrement susceptible d’être concentré en raison d’une plus grande efficience. Les plateformes pour la recherche ou les médias sociaux, par exemple, deviennent plus utiles pour leurs utilisateurs à mesure que ces derniers sont plus nombreux. Un réseau social, comme un réseau téléphonique, qui n’a que deux utilisateurs est moins utile qu’un autre ayant des millions d’utilisateurs. Ces effets de réseau et ces économies d’échelle incitent naturellement les entreprises à cultiver les plus grosses plateformes (…). Certains économistes s’inquiètent que ces aspects puissent limiter la capacité des nouvelles entreprises à concurrencer les entreprises en place (…).

Bien sûr, il y a des exceptions. Diverses entreprises en ligne qui ont un jour paru indétrônables ont depuis laissé leur position dominante aux concurrents. America Online, eBay et MySpace ont laissé leur place à Google, Amazon, Facebook et Twitter. "Il est facile de dire qu’en raison de l’existence d’économies d’échelle dans ces secteurs il peut ne jamais y avoir de concurrence en leur sein", dit Richard Schmalensee, un économiste du MIT, qui a beaucoup écrit à propos de l’organisation industrielle des plateformes. "Mais il y a des économies d’échelle dans beaucoup de secteurs. Elles limitent l’ampleur de la concurrence, mais elles ne la font pas disparaître."

D’un autre côté, certains chercheurs ont affirmé que les choses pourraient être différentes cette fois-ci. Les taux d’entrée pour les nouvelles entreprises ont chuté ces dernières années, ce qui signale peut-être que les challengers ont plus de difficultés à pénétrer ces marchés. (…) Cela peut résulter du comportement anticoncurrentiel de la part des entreprises en place. L’année dernière, les autorités de la concurrence de l’UE ont donné une amende d’un montant record de 2,42 milliards d’euros à Google pour avoir manipulé son moteur de recherche pour favoriser ses propres services par rapport à ceux de ses concurrents.

GRAPHIQUE Taux d’entrées et de sorties pour les entreprises

Tim_Sablik__Taux_d_entrees_et_de_sorties_pour_les_entreprises_Etats-Unis.png

"Vous ne voulez pas empêcher les entreprises de tirer avantage des économistes d’échelle", dit Schmalensee. "D’un autre côté, vous ne voulez pas que ces économies alimentent des positions de monopole qui soient défendues par des moyens déloyaux."

La technologie et les brevets sur cette technologie peuvent aussi constituer une autre manière par laquelle les entreprises en place créent des barrières pour les possibles rivaux. Dans un document de travail de 2017, ont constaté que depuis 2000, les entreprises sur les marchés concentrés ont eu plus de brevets que les entreprises sur les marchés moins concentrés. Ces brevets détenus par des entreprises sur les marchés concentrés tendaient aussi à être les plus valables, représentant un réel obstacle pour les potentielles entreprises cherchant à pénétrer ces marchés.

Effets sur les prix et salaires


Les prix peuvent être un autre signal du degré de concurrence qui s’exerce sur les marchés concentrés. Les entreprises qui sont capables de se protéger des concurrentes ont plus de latitude pour fixer des prix à un niveau supérieur à celui de leurs coûts marginaux sans craindre d’être dépassées par des entreprises proposant des prix plus faibles. Sur un marché parfaitement concurrentiel, de telles marges pousseraient les nouvelles entreprises à entrer sur le marché et à proposer des prix plus faibles, ce qui ramènerait finalement les marges vers zéro.

Malheureusement, il est en fait difficile de mesurer les marges. Cela nécessite de connaître les coûts des entreprises, une information qui n’est pas pleinement disponible pour les chercheurs. Ces derniers doivent déduire quels sont les coûts marginaux en étudiant les données relatives aux coûts totaux. De plus, de façon à analyser les marges dans tout un secteur, les économistes peuvent supposer que toutes les entreprises de ce secteur font face à la même structure de coûts marginaux. Selon le degré de réalisme de cette hypothèse, les résultats sont plus ou moins biaisés.

En raison de ces problèmes, il n’est pas surprenant de voir que les économistes n’aboutissent pas aux mêmes conclusions lorsqu’ils se penchent sur les marges. Dans un document de travail de 2018, Jan De Loecker (…) et Jan Eeckhout (…) ont constaté que les marges ont fortement augmenté ces dernières décennies : elles sont supérieures de 67 % au coût aujourd’hui, contre 18 % en 1980.

D’un autre côté, des marges plus élevées peuvent aussi découler d’un changement des coûts. Dans un récent document de travail, James Traina de l’Université de Chicago a constaté que la croissance des marges mise en évidence par De Loecker et Eeckhout disparaît une fois que l’on prend en compte la hausse des coûts de commercialisation comme part des coûts opérationnels totaux des entreprises au cours de la même période. Donc, il n’est pas certain que l’accroissement de la concentration des marchés aujourd’hui permette aux entreprises d’exercer un pouvoir de marché et de bénéficier de marges plus élevées.

Les entreprises dans les secteurs concentrés peuvent aussi exercer un pouvoir de marché sur les intrants de leur production, notamment le travail. Sur les marchés très concentrés, les entreprises peuvent former une collusion pour réduire la concentration pour les travailleurs et donc payer moins de salaires. En 2010, le Département de la Justice avait enquêté sur de possibles accords entre Apple, Google, Intel, Intuit, Pixar et Adobe à travers lesquels ces entreprises se seraient entendues pour ne pas se débaucher mutuellement des salariés, ce qui réduisait la concurrence des travailleurs du secteur de la haute technologie. (…)

Même sans collusion, les entreprises avec un plus fort pouvoir de marché sont à même de payer de plus faibles salaires. Dans document de travail du NBER, Efraim Benmelech (…), Nittai Bergman (…) et Hyunseob Kim (…) ont constaté que la plus forte concentration sectorielle est associée à de moindres salaires au niveau local et que ce lien s’est renforcé depuis 1981.

Des gains d’efficacité peuvent aussi expliquer ces tendances. Autor et ses co-auteurs affirment que les firmes "superstars" dans les secteurs concentrés utilisent moins de travailleurs grâce à leur plus forte productivité. Cela réduirait la part de la production économique qui rémunère les travailleurs, ce qui ralentirait la croissance globale des salaires. (…)

Un déclin du dynamisme


Des prix plus élevés et de moindres salaires sont juste deux coûts potentiels d’une plus forte concentration. Les responsables politiques à la Fed s’intéressent aussi au potentiel de croissance à long terme de l’économie et certains économistes ont affirmé que l’accentuation de la concentration peut avoir un effet négatif sur l’innovation et le dynamisme économique.

L’économiste de l’Université de Harvard Joseph Schumpeter est célèbre pour avoir développé l’idée de "destruction créatrice" pour décrire le processus par lequel la concurrence exercée par les nouvelles entreprises qui entrent sur le marché en innovant alimente la croissance de la productivité. En théorie, de nouvelles entreprises petites et innovantes vont être plus efficaces et remplacer les entreprises en place stagnantes ou moins efficaces, permettant une réallocation des travailleurs vers des usages plus productifs. La recherche suggère que ce processus a ralenti au cours des dernières décennies. Les jeunes entreprises, qui ont par le passé été à l’origine d’une part significative des créations d’emplois, emploient une part de moins en moins importante de la main-d’œuvre.

D’un autre côté, certains économistes ont rejeté l’idée que la destruction créatrice alimente la croissance économique. Dans un article de 2018, Chang-Tai Hsieh (…) et Peter Klenow (…) ont constaté que les innovations et les gains en termes de productivité proviennent essentiellement des entreprises en place qui améliorent leurs procédés de production et leurs produits plutôt que des nouvelles entreprises. De ce point de vue, une hausse de la concentration et une baisse de la part des startups parmi les entreprises ne doivent pas inquiéter, aussi longtemps que les entreprises en place sont incitées à continuer d’innover. L’effet de la concurrence sur les incitations à investir et à innover reste cependant une question ouverte.

"L’un des possibles problèmes avec l’innovation est que vous payez le coût aujourd’hui, mais si vous ne pouvez protéger votre innovation, alors vous n’en tirerez pas de bénéfices dans le futur", dit Thomas Philippon de l’Université de New York. Cela peut être particulièrement vrai dans les secteurs où les coûts initiaux en recherche-développement sont élevés, mais où les coûts de réplication sont faibles, comme dans le secteur pharmaceutique. Des gouvernements comme celui des Etats-Unis accordent des brevets (des monopoles temporaires) pour inciter les entreprises de tels secteurs à innover. Mais il est aussi possible que les entreprises avec un fort pouvoir de marché choisissent de moins innover, préférant se contenter de leurs rentes en maintenant des prix élevés sur leurs produits existants.

Les deux théories ne sont pas mutuellement exclusives. Les économistes ont suggéré que la relation entre la concurrence et l’innovation suit une relation en forme de U inversé. A de faibles niveaux de concurrence, un surcroît de concurrence incite les entreprises à innover. Mais si les niveaux de concurrence sont déjà élevés, les entreprises qui innoveraient seraient davantage susceptibles d’être imitées par leurs rivales, ce qui réduit les incitations à innover. La question est : de quel côté de la courbe les secteurs concentrés se situent-ils aujourd’hui ? "Pour la plupart des secteurs aux Etats-Unis, il semble que nous soyons du côté de la courbe où un surcroît de concurrence se traduit par un surcroît, et non une baisse, de l’innovation", estime Philippon.

Les niveaux d’investissement des entreprises ont été faibles depuis le début des années deux mille relativement à leur profitabilité, selon une récente étude réalisée par Philippon et Germán Gutiérrez, son collègue de l’Université de New York. Après avoir pris en compte les conditions de marché, telles que les cicatrices laissées par la Grande Récession, ils ont constaté que les entreprises dans les secteurs les plus concentrés investissaient moins que celles dans les marchés les plus concurrentiels. Ils affirment que cela s’explique par le manque de concurrence. "Quand les meneurs d’un secteur sont concurrencés, ils investissent plus, à la fois dans les actifs physiques et les actifs intangibles comme la propriété intellectuelle", déclare Philippon. "Je suis sûr que vous pouvez trouver des exemples où la concurrence a découragé l’innovation, mais je pense que nous sommes aujourd’hui loin d’une telle situation".

Pas de solutions faciles


Plusieurs signes suggèrent un accroissement de la concentration sectorielle ces dernières années. Il est moins clair de savoir ce que cela signifie pour l’économie. Certaines preuves empiriques suggèrent que des niveaux de concentration croissants contribuent à affaiblir la concurrence, ce qui est susceptible d’avoir des effets pernicieux sur le bien-être des consommateurs et la productivité. D’autres travaux suggèrent que l’efficience découle de la consolidation des entreprises, qui serait bénéfique pour les consommateurs. Pour compliquer davantage les choses, les deux forces peuvent s’exercer au même instant selon le secteur, si bien qu’il est difficile de discerner les effets sur l’économie au niveau agrégé. (…) »

Tim Sablik, « Are markets too concentrated? », in Federal Reserve Bank of Richmond, Econ Focus, premier trimestre 2018. Traduit par Martin Anota

dimanche 5 août 2018

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Aux sources du cycle d’affaires (D'un champ l'autre)
  • 4 graphes pour comprendre l’accélération de l’inflation en France (Philippe Waechter)
  • Le gouvernement va réviser à la baisse ses prévisions de croissance 2018 (La Tribune)
  • La croissance européenne fléchit, sur fond de tensions commerciales (Le Monde)
  • Une croissance américaine en trompe-l’œil (Le Monde)
  • Chine : essoufflement manufacturier et repli des exportations (La Tribune
  • Le ralentissement de la productivité dans les pays émergents est-il un phénomène durable ? (Trésor)
  • La fragilité du Monde s’est accrue avec l’accroissement des interdépendances entre les pays (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Évolution de l'indice des prix à la consommation en France

source : INSEE (2018)

Environnement et ressources naturelles

  • A partir du 1er août, la Terre vit à crédit : à quoi correspond cette date ? (Le Monde)
  • La Terre va-t-elle s’arrêter de tourner après le 1er août ? (The Conversation)
  • Environnement : le vert à moitié vide (Alter éco)


Finance

  • Les mille milliards de dollars de capitalisation d’Apple valent celle des dix premières entreprises françaises (Le Monde)
  • Quelle partie de la finance pourrait déclencher une crise ? (Patrick Artus)


Politique monétaire

  • La Banque du Japon maintient ses taux à zéro, en attendant l'introuvable inflation (La Tribune)
  • La Fed laisse les taux inchangés mais signale une "forte" croissance (La Tribune)
  • Brexit : la Banque d'Angleterre relève ses taux mais reste prudente (La Tribune)
  • Trump va s’attaquer à la Réserve Fédérale (Patrick Artus)
  • Pourquoi le timing bizarre de la politique monétaire de la BCE depuis la crise? (Patrick Artus)


Commerce international

  • Guerre commerciale : Trump envisage d'alourdir les taxes sur des biens chinois (La Tribune)
  • L’Amérique risque de perdre sa guerre commerciale contre la Chine (Joseph Stiglitz)
  • Le Neville Chamberlain de l'Amérique (Harold James)


GRAPHIQUE Prix des machines à laver aux Etats-Unis (variation par rapport à l'année précédente, en %)

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source : The Economist (2018)

Intégration européenne


Inégalités et justice sociale

  • Inégalités de salaires entre hommes et femmes : quel est le rôle de la maternité et des politiques salariales ? (Alter éco)
  • La France "périphériche" (Xavier Molénat)
  • Protection sociale : les inégalités aplaties (Alter éco)
  • L'Etat-providence réclame une mise à jour (The Economist)


lire la précédente revue de presse

mardi 31 juillet 2018

Inégalités : à la recherche des racines de l'exceptionnalisme américain

« On entend souvent dire que les inégalités de revenu ont été, au cours des quatre dernières décennies, exceptionnellement élevées aux Etats-Unis en comparaison avec les autres pays de l’OCDE. Les derniers résultats disponibles de la part de la Luxembourg Income Study qui harmonise les concepts de revenu pour l’ensemble des pays montrent que les inégalités de revenu disponible (par tête) aux Etats-Unis s’élèveraient à 41 points de Gini, soit à un niveau plus élevé que dans tout autre pays aussi riches (le coefficient de Gini est de 32 en Allemagne, 35 en Grande-Bretagne, 35 en Italie, 28 aux Pays-Bas…). Donc, cette affirmation est peu controversée.

Ce qui est plus controversé est l’explication technique (c’est-à-dire non substantielle) pour cet "exceptionnalisme". Certains ont affirmé que les inégalités de revenu primaire (c’est-à-dire les inégalités avant la redistribution par le gouvernement via les transferts sociaux et les impôts directs) ne sont pas plus élevées qu’ailleurs et que l’explication doit être trouvée du côté d’une redistribution insuffisante. Pour le dire simplement, l’idée est que le marché génère autant d’inégalités aux Etats-Unis qu’en Suède, mais que la Suède redistribue bien plus via les pensions de retraite, les allocations chômage, l’assistance sociale, etc., et taxe aussi davantage les riches, si bien qu’au final les inégalités de revenu disponible (après transferts et impôts) sont moindres en Suède qu’aux Etats-Unis.

Janet Gornick, Nathaniel Johnson et moi-même avons récemment étudié cela plus rigoureusement. Sans m’étendre en explications (celles-ci sont développées dans l’analyse disponible ici), nous arrivons à la conclusion que ce n’est pas entièrement vrai : les inégalités de revenu de marché aux Etats-Unis sont généralement plus élevées que dans les autres pays riches et l’Etat américain redistribue moins. Donc, les inégalités de revenu (primaire) sous-jacentes sont élevées et la redistribution est relativement faible.

Mais nous pouvons aller plus loin que cela et nous avons posé les questions suivantes : quelle part de la redistribution est-elle "faible" ? Est-ce que les transferts américains sont faibles et sont trop peu orientés à destination des pauvres ou bien est-ce que les impôts directs américains ne sont pas assez progressifs ?

Maintenant, je me penche sur ces questions de la façon suivante. Je définis comme "pauvres" les 40 % des personnes les plus modestes lorsque les gens sont classés selon leur niveau de revenu primaire auquel sont rajoutées les pensions versées par le gouvernement (la sécurité sociale aux Etats-Unis), que l’on peut considérer comme étant des salaires différés. J’ai ensuite regardé comment la part de revenu de ces personnes varie lorsque nous incluons d’autres transferts sociaux et enfin lorsque nous déduisons les impôts directs. (Notez que ce calcul peut être fait seulement si vous avez accès aux données microéconomiques parce que vous devez "fixer" ces personnes et observer leur part de revenu à mesure que celle-ci change avec la redistribution.)

Nous nous attendons à ce que la part des "pauvres" augmente à mesure que l’Etat redistribue les revenus. C’est le cas. En 2016 (la dernière année pour laquelle nous disposons des données pour les Etats-Unis), les « pauvres » ont reçu 11,7 % de l’ensemble des revenus primaires, mais leur part grimpe à 13,4 % du revenu lorsque nous incluons tous les transferts sociaux et s’accroît à nouveau pour atteindre 15,8 % lorsque nous incluons également les impôts. (Notez encore qu’il s’agit des mêmes personnes tout le long). Le gain pour les "pauvres" est donc de 1,7 point de pourcentage via les transferts sociaux et de 2,4 points de pourcentage supplémentaires via les impôts.

Nous en concluons qu’aux Etats-Unis, les "pauvres" gagnent 1,7 point grâce aux transferts sociaux et 2,4 grâce aux impôts. Donc, le gouvernement "fonctionne" réellement aux Etats-Unis : il améliore la position des plus pauvres via les transferts publics et les impôts directs. La question est alors : fonctionne-il assez bien ?

L’Allemagne est un bon pays pour réaliser des comparaisons. Nous prenons en compte le fait que la répartition en termes d’âge n’a pas été la même au cours des deux siècles et le fait que les gens partent en retraite plus tôt en Allemagne en considérant les pensions de retraite versées par le gouvernement comme des salaires différés. Mais cela laisse toujours (comme nous l’avons mentionné ci-dessus) d’autres transferts sociaux comme les allocations chômage, les allocations familiales, les aides sociales, etc. Donc, en Allemagne, en 2015, les "pauvres" (définis de la même façon que pour les Etats-Unis) ont gagné 15,3 % de l’ensemble du revenu primaire. Leur part s’élève à 18,3 % quand tous les transferts sociaux sont inclus et à 21,3 % lorsque nous incluons les impôts directs également. Donc, les "pauvres" en Allemagne ont gagné 3 points de pourcentage grâce aux transferts sociaux et 3 points de pourcentage supplémentaires grâce aux impôts directs.

Pour l’Allemagne, nous pouvons conclure que les "pauvres" gagnent 3 points grâce aux transferts et ensuite 3 points additionnels grâce aux impôts.

Donc, non seulement le point de départ des "pauvres" est plus favorable en Allemagne qu’aux Etats-Unis (15,3 % de revenu primaire versus seulement 11,7 %), mais ils gagnent aussi davantage via les transferts sociaux et les impôts directs.

GRAPHIQUE 1 Hausse de la part de revenu des "pauvres" via les prestations sociales

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Les gains au cours du temps sont présentés dans les deux graphiques. Les "pauvres" gagnent toujours de la redistribution, mais les gains américains sont toujours plus faibles que les gains allemands. On peut noter que les gains tirés des transferts sociaux sont à peu près les mêmes aux Etats-Unis et en Allemagne jusqu’à 1995, puis ils se sont accrus dans les deux pays. Aux Etats-Unis, ils ont atteint leur pic en 2010, lorsque les allocations chômage ont été allongées par Obama, puis ils ont rapidement baissé, puisque l’Etat-providence américain est très modeste.

GRAPHIQUE 2 Hausse de la part de revenu des "pauvres" via la fiscalité directe

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L’évolution des gains tirés des impôts directs est encore plus intéressante. Ici nous voyons que les "pauvres" américains gagnent moins que les "pauvres" allemands et que le niveau de gains ne semble pas beaucoup changer aux Etats-Unis.

En conclusion, quand nous essayons de trouver les racines de la moindre redistribution en faveur des pauvres aux Etats-Unis, nous les trouvons dans les plus modestes transferts sociaux et dans l’imposition directe moins progressive. Cela, avec le fait que les inégalités de revenu primaire soient relativement élevées aux Etats-Unis, signifie que les inégalités de revenu aux Etats-Unis sont "exceptionnelles" parce que (a) les inégalités de revenu primaire sous-jacentes sont élevées, (b) les transferts sociaux sont modestes et (c) les impôts directs ne sont pas assez progressifs.

Quelles sont les implications en matière de politique publique ? Les inégalités de revenu aux Etats-Unis ont peu de chances d’être réduites via l’un de ces trois canaux isolément, mais via une combinaison d’"améliorations" de chacun d’entre eux. Par exemple, via un accès plus facile à l’éducation et une hausse du salaire minimum pour réduire les inégalités de revenu primaire sous-jacentes ; via l’introduction d’allocations familiales ou un Etat-providence plus généreux ; finalement via des taux d’imposition plus élevés pour les riches et une plus forte imposition des revenus du capital. Bien que cela semble être un programme extrêmement ambitieux, je pense qu’il est plus raisonnable de penser que des changements incrémentaux dans chacun de ces trois canaux sont plus faciles à faire passer par voie législative qu’un changement plus substantiel dans n’importe lequel des trois. Mais cela signifie que si l’on veut sérieusement s’attaquer aux fortes inégalités aux Etats-Unis, seule une combinaison de politiques différentes nous permettra de les réduire. »

Branko Milanovic, « A la recherche of the roots of US inequality “exceptionalism” », in globalinequality (blog), 30 juillet 2018. Traduit par Martin Anota

lundi 30 juillet 2018

Les liens de la semaine

Autour de la science économique


Croissance, fluctuations et crises

  • Les récessions laissent des cicatrices permanentes. Mais les prévisionnistes le savent-ils ? (D'un champ l'autre)
  • Le PIB progresse de 0,2% au deuxième trimestre 2018 (INSEE)
  • Le G20 Finances s'inquiète pour la croissance mondiale si le bras de fer commercial perdure (La Tribune)
  • Donald Trump triomphe avec une croissance trimestrielle du PIB de 4,1 % (Le Monde)
  • Faut-il reléguer la stagnation séculaire aux oubliettes de l'histoire ? (Les Echos)


GRAPHIQUE Le PIB français et ses composantes

source : INSEE (2018)

Environnement et ressources naturelles

  • Le réchauffement climatique est à l’œuvre en Europe du Nord (Le Monde)
  • Climat : l’été de tous les dangers aux Etats-Unis (Le Monde)
  • Grèce, Japon, Finlande… la canicule fait des ravages à travers le monde (Le Monde)


Monnaie et finance

  • Facebook : une perte de capitalisation astronomique (Le Monde)
  • La finance mondiale toujours de très grande taille par rapport à l’économie réelle : des crises de plus en plus graves sont inévitables (Patrick Artus)
  • Ça ne sera pas simple d’être le prochain Président de la BCE (Patrick Artus)
  • La politique monétaire mondiale devient procyclique (Patrick Artus)
  • Les banques centrales supposent que les capitalistes ont définitivement gagné la lutte des classes (Patrick Artus)


Réformes

  • France : réparer la toiture tant que le soleil brille (FMI)
  • Crise en Grèce : une tragédie qui finit bien ? (The Conversation)
  • La Grèce est sauvée ? ... Pas sûr après les privatisations et le recul industriel ! (La Tribune)


Budget

  • Les députés s’apprêtent à entériner le démembrement du "verrou de Bercy" (Le Monde)
  • Les conditions de réduction à long terme du ratio d’endettement public en France (Banque de France)
  • France : pour respecter les engagements en matière de finances publiques, changer la frontière de l’Etat, ce qui peut augmenter la croissance potentielle (Patrick Artus)
  • L’indexation des dettes souveraines sur le PIB : une piste prometteuse mais difficile à mettre en oeuvre (CEPII)


Commerce international

  • Trump et Juncker signent un armistice commercial, à la surprise générale (Le Monde)
  • Trump vient-il d’accepter la relance des négociations du traité transatlantique ? (Le Monde)
  • Trump presse le Mexique d’accélérer les négociations sur l’Alena (Le Monde)
  • Multilatéralisme : lever le "masque des fictions profitables" (The Conversation)
  • La coopération pour corriger les déséquilibres mondiaux (Maurice Obstfeld)
  • Il y a peu de relocalisations en France, car il y a eu peu de délocalisations (El Mouhoub Mouhoub)
  • Spécialisation sectorielle et rechute du commerce extérieur français en 2014-2016 (Banque de France)


Finance internationale

  • Vers une guerre des monnaies ? La Chine réfute toute manipulation du yuan (Le Monde)
  • Le fantasme d’une guerre des monnaies (Le Monde)
  • Pourquoi le dollar s’apprécie-t-il? (Patrick Artus)
  • Route de collision monétaire pour les dirigeants politiques (Project Syndicate)
  • En réalité, la faiblesse du dollar est déjà présente (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Theresa May annonce qu’elle dirigera désormais les négociations sur le Brexit (Le Monde)
  • L’Europe doit éviter un Brexit dur (Bruegel)


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Rapport interdécile aux Etats-Unis selon l'origine ethnique

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source : The Economist (2018), d'après Pew Research Centre

Travail, emploi, chômage


GRAPHIQUE Part de travailleurs pauvres en 2015 (en %)

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source : Observatoire des inégalités (2018)

Politique

  • Les cinq jours qui ont fait de l’affaire Benalla un scandale d’Etat (Le Monde)
  • Les personnages-clés à connaître pour comprendre l’affaire Benalla (Le Monde)
  • Affaire Benalla : l’habile tour de passe-passe de Macron (Le Monde)
  • Affaire Benalla : "C’est la notion de dissimulation qui crée l’affaire d’Etat" (Le Monde)
  • Emmanuel Macron peut-il se rendre devant la commission d’enquête ? (Le Monde)
  • A quoi sert une motion de censure ? (Le Monde)
  • "Théâtre du pouvoir" : la communication politique à travers les âges (The Conversation)


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vendredi 27 juillet 2018

Vieillissement de la main-d’œuvre et automatisation

« Les nouvelles technologies peuvent parfois remplacer les travailleurs dans les emplois pour lesquels il n’y a plus assez d’êtres humains.

Certains s’inquiètent à l’idée que le progrès technique rapide, en particulier en matière d’automatisation et de robotique, entraîne une substitution des travailleurs par des machines dans de nombreux secteurs et finisse par générer des perturbations sociétales d’une ampleur qui n’avait plus été observée depuis le début de la Révolution industrielle. Les auteurs de "Demographics and Automation" (…) offrent un autre récit. Daron Acemoglu et Pascual Restrepo montrent que le changement démographique est un facteur lié à l’adoption de nouvelles technologies. Un vieillissement de la main-d’œuvre stimule l’automatisation, en particulier à travers la robotique, comme les employeurs réagissent à la raréfaction des travailleurs d’âge intermédiaire. Les nouvelles automatisation et technologies robotiques sont déployées plus rapidement dans les pays où les travailleurs jeunes et d’âge intermédiaire sont relativement rares.

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Les deux chercheurs étudient les différences démographiques dans les secteurs et entre les pays afin d’expliquer les différences en matière d’adoption de nouvelle automatisation et de technologies robotiques que l’on peut observer d’un pays à l’autre. Le nombre de robots pour mille travailleurs aux Etats-Unis dans le secteur manufacturier, par exemple, s’élève à 9,1 en 2014 ; ce chiffre est significativement plus élevé au Japon (14,2) et en Allemagne (17,0), deux pays qui ont une population plus âgée.

En utilisant les données provenant de diverses sources, notamment de la Fédération Internationale de Robotique, Acemoglu et Restrepo voient dans la répartition de la population en termes d’âges un possible facteur derrière l’innovation robotique. Ils qualifient de travailleurs d’âge intermédiaire ceux qui sont âgés de 26 à 55 ans et ils qualifient de travailleurs âgés ceux qui ont plus de 55 ans. Ils constatent que les pays qui connaissent un vieillissement rapide, c’est-à-dire dont le nombre de travailleurs d’âge intermédiaire relativement au nombre de travailleurs âgés baisse le plus, investissent significativement plus dans la robotique. Ces pays sont aussi davantage susceptibles de développer de nouvelles technologies et robots manufacturiers et de déployer ces robots dans la production.

Le vieillissement démographique peut expliquer près de 40 % des écarts observés d’un pays à l’autre dans l’adoption des robots industriels. Les chercheurs estiment qu’une hausse de 10 points de pourcentage du ratio rapportant le nombre de travailleurs d’âge intermédiaires sur le nombre de travailleurs âgés est associée à un supplément de 0,9 robots pour mille travailleurs. Dans leur échantillon de pays développés au cours des deux dernières décennies, le nombre moyen de robots pour mille travailleurs était de trois.

Les deux chercheurs estiment que les différences en matière de démographie peuvent expliquer 25 % de l’écart dans le nombre de robots par travailleur entre les Etats-Unis et l’Allemagne. Ils constatent aussi que le recours à l’automatisation est plus prononcé dans les secteurs qui dépendent traditionnellement plus des travailleurs d’âge intermédiaire.

Alors que les implications du vieillissement démographique pour la productivité d’un pays sont ambigües et dépendent de la façon par laquelle la technologie répond au changement démographique, les implications pour les productivités relatives de secteurs spécifiques sont claires : "En raison de la hausse induite de l’automatisation, les secteurs avec les plus grandes opportunités pour l’automatisation doivent accroître leur valeur ajoutée relativement aux autres secteurs". »

Jay Fitzgerald, « Automation can be a response to an aging workforce », NBER Digest, juillet 2018. Traduit par Martin Anota

dimanche 22 juillet 2018

Les liens de la semaine

Croissance

  • Victoire en Coupe du monde : un impact dérisoire sur le PIB (La Tribune)
  • L’expansion mondiale reste vigoureuse, mais elle est moins égale, fragile et menacée (Maurice Obstfeld)
  • Trump, un danger pour l'économie mondiale (Nouriel Roubini)
  • Le PIB chinois se tasse, sur fond d'escalade des tensions entre Washington et Pékin (La Tribune)
  • Qu'est ce qui a changé depuis le grand optimisme de la fin de 2017 ? (Patrick Artus)
  • On voit du numérique partout sauf…. (OFCE)
  • À l'horizon 2060, l'OCDE prévoit un fort ralentissement de la croissance mondiale (La Tribune)


Environnement et ressources naturelles


Démographie, immigration

  • Non, les demandeurs d’asile ne sont pas un fardeau pour les finances publiques européennes (The Conversation)
  • "Non, M. Macron, les Africains qui meurent en Méditerranée ne sont pas issus de la classe moyenne" (Le Monde)
  • Les immigrés frappés par la pauvreté et les bas revenus (Observatoire des inégalités)
  • Et si Malthus avait finalement raison ? (Denis Clerc)


GRAPHIQUE Taux de pauvreté selon l'origine en 2015 (en %)

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source : Observatoire des inégalités (2018)

Monnaie et finance

  • Trump critique ouvertement la Fed, le dollar fléchit (La Tribune)
  • Pourquoi la BCE a-t-elle dévié de la Règle de Taylor ? (Patrick Artus)
  • L'évolution du Bitcoin et des ICO surveillée de près par le Conseil de stabilité financière (La Tribune)
  • A quoi est associée la taille de la finance ? (Patrick Artus)
  • Les instruments de politique macroprudentielle : un rempart contre les risques de contagion interbancaire (Patrick Artus)


Marchés et concurrence

  • Le duopole Airbus-Boeing renforce son hégémonie (Le Monde)
  • Bruxelles inflige une amende record de 4,34 milliards d’euros à Android (Le Monde)
  • Google : une amende record… mais un problème concurrentiel (très) loin d’être résolu (The Conversation)
  • Vive la réglementation ! (Project Syndicate)


Commerce international

  • Trump menace de taxer tous les produits chinois importés aux Etats-Unis (Le Monde)
  • Pied de nez à Trump, l'UE et le Japon signent un accord de libre-échange "historique" (La Tribune)
  • La guerre commerciale inquiète le FMI (La Tribune)
  • Selon le FMI, les Etats-Unis seraient les plus touchés en cas de guerre commerciale (Le Monde)
  • Quel serait le coût d’une guerre commerciale mondiale ? (Banque de France)
  • Obstacles au commerce : au-delà des droits de douane (Banque de France)
  • Comprendre le déficit extérieur des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Brexit : Boris Johnson appelle Theresa May à "sauver le Brexit" (La Tribune)
  • Brexit : le Royaume-Uni paiera la facture du divorce... en échange d'un accord commercial (La Tribune)
  • L’histoire britannique du Brexit (Robert Skidelsky)
  • Brexit: le gouvernement May tangue, mais ne coule pas (encore) (Télos)
  • Europe, désir de durer et incapacité d’agir (Télos)


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Taux de pauvreté selon le type de ménages en 2015 (en %)

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source : Observatoire des inégalités (2018)

Travail, emploi, chômage

  • Réforme de l'assurance chômage : un chantier ouvert depuis plusieurs mois (La Tribune)
  • Comment l’Insee explique (ou pas) le ralentissement de la productivité (Michel Husson)
  • France : comment sortir du cercle vicieux du sous-emploi ? (Patrick Artus)
  • Comment protéger les travailleurs dans une économie ouverte (Robert Shiller)
  • À l’usine, au bureau, tous remplacés par des robots ? (CNRS)


GRAPHIQUE Taux de pauvreté des ménages selon l'activité en 2015 (en %)

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source : Observatoire des inégalités (2018)

Politique

  • Benalla : la mécanique d’une affaire d’Etat (Le Monde)
  • Alexandre Benalla, l’affaire qui rompt l’espoir d’exemplarité démocratique (Le Monde)
  • Popularité : pas "d'effet Coupe du monde" pour Emmanuel Macron (La Tribune)
  • « KGK », supportrice enjouée à Moscou et présidente nationaliste en Croatie (The Conversation)
  • La Constitution entre dégénération et régénération (The Conversation)
  • La majorité a-t-elle toujours raison ? (La Vie des Idées)





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L’économie des actifs intangibles

« Les économistes ont discuté des implications de l’essor de l’économie immatérielle en lien avec l’hypothèse de la stagnation séculaire (…). Nous passons en revue les récentes contributions sur le sujet.

Haskel et Westlake affirment que le récent essor de l’économie immatérielle peut jouer un rôle important pour expliquer la stagnation séculaire. Au cours des deux dernières décennies, l’investissement en actifs intangibles a été régulièrement de plus en plus important relativement à l’investissement dans les actifs tangibles : en 2013, pour chaque euro d’investissement dans les actifs tangibles, les principaux pays développés dépensaient 1,1 euro dans les actifs intangibles. D’un point de vue de mesure, les actifs intangibles peuvent être classés en trois grandes catégories : les actifs liés à l’informatique, les propriétés en matière d’innovation et les compétences des entreprises. Les actifs intangibles partagent quatre aspects économiques : leur capacité à être déployés sur une grande échelle sans s’altérer (scalability), la nature irrécouvrable des dépenses qui ont été nécessaires pour les créer (sunkenness), leur tendance à générer des effets de débordement (spillovers) et leur capacité à créer des synergies (spillovers). Haskel et Westlake affirment que, pris ensemble, ces mesures et ces propriétés économiques peuvent nous aider à comprendre la stagnation séculaire.

GRAPHIQUE Investissement dans les actifs tangibles et les actifs intangibles dans les grands pays développés (en % du PIB)

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Le premier lien entre l’investissement intangible et la stagnation séculaire est, selon Haskel et Westlake, le problème de mesure. Si nous mesurons mal l’investissement, alors l’investissement, le PIB et sa croissance peuvent être sous-évalués. Deuxièmement, puisque les actifs intangibles tendent à générer plus d’effets de débordement, un ralentissement dans la croissance du capital intangible se manifesterait dans les données à travers un ralentissement de la croissance de la productivité globale des facteurs. Troisièmement, les entreprises riches en actifs intangibles se développent fortement, ce qui contribuer à creuser l’écart entre les entreprises les plus efficaces et les moins efficaces. Quatrièmement, la croissance de la productivité globale des facteurs peut être plus lente parce que les actifs intangibles génèrent moins d’effets de débordement qu’ils n’avaient l’habitude de le faire.

Des arguments similaires ont été avancés avant. Par exemple, Caggese et Pérez-Orive ont affirmé que de faibles taux d’intérêt nuisent à la réallocation du capital tout en réduisant la productivité et la production agrégées dans les économies qui dépendent fortement sur le capital intangible. Ils utilisent un modèle dans lequel des entreprises contraintes en termes de crédit peuvent seulement emprunter en utilisant comme collatéraux leurs actifs tangibles et dans lequel il y a un large écart en termes de productivité entre elles. Dans l’économie intense en actifs tangibles avec des entreprises fortement endettées, de faibles taux d’intérêt facilitent l’emprunt et accélèrent les remboursements de dette, tout en réduisant la mauvaise allocation des facteurs et en accroissant la production agrégée. Inversement, une hausse de la part du capital intangible dans la production réduit la capacité d’emprunt et accroît les détentions en liquidités des entreprises, si bien que celles-ci cessent d’être emprunteuses nettes pour devenir créancières nettes. Dans cette économie intense en actifs intangibles, la capacité des entreprises à acheter du capital intangible en utilisant des profits passés est limitée par les faibles taux d’intérêt parce que ces derniers accroissent le prix du capital et ralentissent l’accumulation de l’épargne pour les entreprises. Par conséquent, l’émergence de technologies intangibles peut freiner l’activité, même quand elles remplacent des actifs tangibles moins productifs.

Kiyotaki et Zhang examinent comment la production agrégée et la répartition des revenus interagissent avec l’accumulation de capital intangible au cours du temps et au fil des générations. Dans ce modèle à générations imbriquées, les compétences des dirigeants (le capital intangible), outre celles de la main-d’œuvre, sont essentielles pour la production. De plus, les compétences managériales sont acquises par de jeunes travailleurs quand ils sont formés par des dirigeants âgés sur le tas. Comme la formation est coûteuse, elle devient un investissement dans du capital intangible. Ils montrent que lorsque les jeunes font face à des contraintes de financement, une petite différence dans les dotations initiales entre les jeunes travailleurs se traduit par d’amples inégalités dans l’assignation et l’accumulation d’actifs intangibles. Un choc négatif touchant les dotations peut générer une stagnation durable et un essor dans les inégalités.

Doettling et Perotti affirment que le progrès technique qui améliore la productivité des compétences et du capital intangible peut expliquer l’essentiel des tendances financières à long terme depuis 1980. Comme la création d’actifs intangibles nécessite du capital humain plutôt que des investissements physiques, les entreprises ont moins besoin de financements extérieurs. Comme le capital intangible devient plus productif, les innovateurs gagnent une part croissante du revenu. L’effet d’équilibre général est une chute de la demande de crédit, avec une baisse de l’investissement en actifs tangibles et une baisse des taux d’intérêt. Un autre effet est une stimulation des prix d’actifs et une hausse de la demande de crédit pour financer les achats de logements. Avec la hausse des prix de l’immobilier et le creusement des inégalités, les ménages sont amenés à s’endetter et le risque de défaut de remboursement augmente. Même si les changements démographiques, les flux de capitaux et le commerce contribuent également à générer un excès d’épargne et à modifier la productivité des facteurs, les auteurs croient que seul un fort déplacement technologique vers les actifs intangibles peut expliquer toutes les tendances majeures, notamment la polarisation du revenu et une réallocation du crédit hors des activités productives (…).

Les actifs intangibles soulèvent des questions du côté de la politique. En passant en revue le livre de Haskel et Westlake et en se penchant tout particulièrement sur les quatre caractéristiques des actifs intangibles que les auteurs identifient, Martin Wolf affirme que celles-ci bouleversent le fonctionnement habituel d’une économie de marché, notamment parce que les actifs intangibles sont mobiles et sont donc difficiles à taxer. Cette transformation de l’économie demande, selon Wolf, que soit réexaminée la politique publique autour de cinq questions. Premièrement, les cadres pour la production de la propriété intellectuelle sont plus importants, mais les monopoles en matière de propriété intellectuelle peuvent être coûteux. Deuxièmement, puisque les synergies sont si importantes, les responsables politiques doivent se demander comment les encourager. Troisièmement, il est difficile de financer l’investissement intangible, donc le système financier va devoir changer. Quatrièmement, le fait qu’il soit difficile de s’approprier les gains tirés de l’investissement intangible peut créer un sous-investissement chronique dans une économie de marché et le gouvernement va avoir à jouer un rôle important dans le partage des risques. Enfin, les gouvernements doivent aussi se demander comment s’attaquer aux inégalités créées par les actifs intangibles, notamment dans le sillage de l’essor d’entreprises géantes. (…)

En recensant le même livre, le marxiste Michael Roberts affirme que le titre ("Capitalism without capital") est inapproprié pour décrire l’économie intangible. Pour la théorie marxiste, ce qui importe est la relation exploitrice entre les propriétaires des moyens de production (qu’ils soient tangibles ou non) et les producteurs de valeur (qu’il s’agisse de travailleurs manuels ou "mentaux"). De ce point de vue, le savoir est produit par le travail mental, mais ce n’est en définitive pas différent du travail manuel. Ce qui est important selon Roberts, c’est que les découvertes, généralement faites par des équipes de travailleurs mentaux, sont appropriées par le capital et contrôlés par des brevets, la propriété intellectuelle ou des moyens similaires. La production de savoir est alors dirigée vers le profit. Dans le cadre du capitalisme, l’essor de l’investissement intangible mène donc à un creusement des inégalités entre capitalistes et le contrôle des actifs intangibles par un petit nombre de grandes entreprises peut très bien affaiblir la capacité à trouver de nouvelles idées et à les développer. Par conséquent, les nouveaux secteurs meneurs investissent de plus en plus dans les actifs intangibles, tandis que l’investissement global chute avec la productivité et la profitabilité. Selon Roberts, cela suggère que la loi des profits de Marx n’est pas modifiée, mais intensifiée. (…) » https://thenextrecession.wordpress.com/2017/12/10/capitalism-without-capital-or-capital-without-capitalism/

Silvia Merler, « Economy of Intangibles », in Bruegel (blog), 16 juillet 2018. Traduit par Martin Anota

dimanche 15 juillet 2018

Les liens de la semaine

Un peu de foot pour commencer...

  • Croissance et football : et si la France devenait championne du monde? (Philippe Waechter)
  • Coupe du monde de foot masculin : pourquoi tant de surprises ? (Alter éco)
  • Le foot, un réel moyen de cohésion sociale ? (Libération)
  • "Le foot sera utilisé pour nier le racisme structurel belge" (Libération)
  • Coupe du monde de football 2018 : esprit festif et contrôle social (The Conversation)


Autour de la science économique


Croissance

  • Bruxelles révise à la baisse ses prévisions de croissance pour les pays de l’Union européenne (Le Monde)
  • La France n’est plus la sixième économie mondiale (Le Monde)
  • Trump, droits de douane, tofu et baisses d'impôts (Paul Krugman)
  • Les services moteurs du développement ? L’expérience indienne (The Conversation)


Environnement et ressources naturelles

  • Pétrole : en 2019, la cohésion de l'Opep va être mise à rude épreuve (La Tribune)
  • La France a déjà un stock de 1,5 million de mètres cubes de déchets radioactifs (Le Monde)
  • L’ONU se penche sur la question du lien entre changement climatique et risques de conflits (Le Monde)
  • 50 ans de lutte contre le réchauffement climatique : l’urgence est là mais l’espoir aussi (The Conversation)
  • Les économistes au charbon (La Vie des idées)


Démographie, migration


Politique économique

  • L’exécutif renonce à son objectif d’excédent budgétaire en fin de quinquennat (Le Monde)
  • Délier les mains de la BCE (Project Syndicate)
  • Faut-il interdire à la BCE d’intervenir dans les politiques budgétaires ? (Patrick Artus)
  • Politique monétaire : règle d’instrument ou règle d’objectif ? (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Brexit : les ambiguïtés se dissipent (Le Monde)
  • Migrations: les cinq étapes d’un changement de rapport de force dans l’UE (Télos)
  • Y a-t-il de la discipline de marché pour les États de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Le retour de primes de risque souverain sur les dettes périphériques de la zone euro est une très mauvaise nouvelle (Patrick Artus)
  • Les raisons pour lesquelles il faut rétablir la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro (Patrick Artus)


Commerce international

  • Nouvelle salve de Washington dans la guerre commerciale contre Pékin (Le Monde)
  • Guerre commerciale : la Chine va saisir l'OMC contre les nouveaux tarifs douaniers des Etats-Unis (La Tribune)
  • Commerce : dans la tête de Donald Trump (La Tribune)
  • Les conséquences économiques de la guerre commerciale de Trump (Barry Eichengreen)
  • Les au-delà de la politique commerciale de Trump (Project Syndicate)
  • "Le coût d'une démondialisation serait immense" (Sébastien Jean)
  • Comment éviter une guerre commerciale (Dani Rodrik)
  • Les barrières commerciales n’arrêteront pas l’ascension de la Chine (Project Syndicate)
  • La Chine se normalise et son commerce devient ordinaire (OFCE)


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Taux de départ en vacances en 2014 selon les revenus mensuels pour une personne (en %)

Observatoire_des_inegalites__taux_de_depart_en_vacances_selon_revenu_2014.png
source : Observatoire des inégalités (2018)

Travail, emploi, chômage

  • En 2017, le pouvoir d'achat des salariés a marqué le pas (La Tribune)
  • Les conséquences très importantes de la faible indexation des salaires nominaux sur les prix (Patrick Artus)
  • Les partenaires sociaux à nouveau invités à négocier sur l’assurance-chômage (Le Monde)
  • Assurance-chômage : le gouvernement envisage la création d’une allocation longue durée (Le Monde)
  • Un pognon de dingue pour les chômeurs ? (Michel Husson)
  • Emploi des seniors : la précarité gagne du terrain (La Tribune)
  • L’alimentation du chômage structurel par le chômage des jeunes (Patrick Artus)
  • Comprend-on l’écart de taux d’emploi entre l’Allemagne et la France ? (Patrick Artus)
  • Faut-il baisser les salaires ou accepter une hausse des inégalités pour augmenter le taux d’emploi ? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Taux d'emploi selon l'âge (en %)

INSEE__taux_d__emploi_selon_l__age_2017.png

source : INSEE (2018)

Politique

  • Macron an II : le retour aux sources (Le Monde)
  • Emmanuel Macron à Versailles : plus près des étoiles (The Conversation)
  • Assemblée nationale : une révolution de velours (Alter éco)
  • Assemblée Nationale : "un retour en force du secteur privé" (Alter éco)
  • Drôle de crise en Allemagne (Télos)
  • La Russie, le foot, et nous (Télos)
  • Le capitalisme démocratique. La fin d’une exception historique ? (La Vie des Idées)





lire la précédente revue de presse

jeudi 12 juillet 2018

Le Brexit rencontre la gravité

« (…) Comme la crise auto-immune que la Grande-Bretagne s’est infligée avec le Brexit (infligée avec l’aide de Poutine, semble-t-il) se poursuit, il me semble utile d’essayer d’expliquer certains aspects économiques en question qui devraient être évidents (ils le sont sûrement aux yeux des économistes britanniques), mais qui ne le sont pas ; tout du moins, apparemment ils ne le sont pas aux yeux des partisans du Brexit ou du public général.

Ces aspects expliquent pourquoi Theresa May essaye de faire un Brexit soft ou même, comme certains le disent, quelque chose qui n’a de Brexit que le nom ; et pourquoi les alternatives favorisées par les partisans du Brexit, les accords commerciaux avec les Etats-Unis et peut-être d’autres pour remplacer l’Union européenne, ne tiennent pas la route.

Maintenant, plusieurs arguments utilisés pour justifier le Brexit étaient purement et simplement des mensonges. Mais leurs affirmations à propos du commerce, avant et après le vote, relèvent peut-être davantage de la mauvaise compréhension que de la pure malhonnêteté.

Selon les partisans du Brexit, la Grande-Bretagne ne va pas forcément beaucoup y perdre en quittant l’Union européenne, parce qu’elle peut toujours négocier un accord de libre-échange avec le reste de l’Europe ou, au pire, faire face aux faibles droits de douane que l’UE applique aux autres pays en-dehors de l’UE. De plus, Grande-Bretagne peut négocier de meilleurs accords commerciaux ailleurs, en particulier avec les Etats-Unis, des accords qui compenseraient les éventuelles pertes du côté de l’UE.

Qu’est-ce qui ne va pas avec cette histoire ? La première chose à saisir est que l’Union européenne n’est pas un accord de libre-échange comme l’ALENA ; c’est une union douanière, qui est substantiellement plus robuste et plus favorable au commerce.

Quelle est la différence ? Dans l’ALENA, la plupart des produits mexicains peuvent entrer dans les Etats-Unis sans droits de douane. Mais le Mexique et les Etats-Unis ne pratiquent pas les mêmes droits de douane aux autres pays. Cela signifie que les biens mexicains qui entrent aux Etats-Unis doivent toujours faire face à des contrôles douaniers, pour s’assurer qu’ils sont effectivement d’origine mexicaine et non qu’il s’agisse de biens chinois déchargés au Mexique pour contourner les droits de douane américains.

Et effectivement, c’est pire, parce que, de toute façon, qu’est-ce qu’un bien mexicain ? L’ALENA a élaboré des règles afin de définir quel degré de contenu domestique doit avoir un bien mexicain pour ne pas se voir imposer de droits de douane et cela génère beaucoup de paperasse et de frictions aux échanges internes à l’ALENA.

A l’inverse, l’Union européenne fixe des droits de douane externes communs, ce qui signifie qu’une fois que vous êtes dedans, vous y êtes : une fois que les biens sont déchargés à Rotterdam, ils peuvent être transportés en France ou en Allemagne sans qu’il y ait davantage de contrôles douaniers. Donc il y a bien moins de frictions.

Et, à mesure que le Brexit se précise, les entreprises se plaignent de plus en plus des frictions, non des droits de douane. Par exemple, l’industrie automobile britannique dépend de la production selon la méthode du "juste-à-temps", en ne se constituant que de faibles stocks de composants, parce qu’elle a été capable de compter sur l’arrivée rapide de composants en provenance d’Europe continentale. Si la Grande-Bretagne quitte l’union douanière, les délais aux douanes pourraient rendre cela infaisable et accroîtraient substantiellement les coûts.

Ces frictions expliquent aussi pourquoi les estimations du coût du Brexit sont comparables aux estimations du coût d’une guerre commerciale mondiale, même si l’on s’attend à une baisse plus limitée des volumes commerciaux.

Toujours, même si quitter l’union douanière serait coûteux, la Grande-Bretagne ne pourrait-elle pas compenser ces coûts en obtenant un très bon accord avec les Etats-Unis de Donald Trump ? Non.

Les Etats-Unis ne peuvent pas offrir de significatives réductions de droits de douane, pour la simple raison que les droits de douane américains sur les produits de l’UE (comme les droits de douane européens sur les produits américains) sont déjà assez faibles. Vous pouvez trouver des exemples de droits de douane américains élevés, comme ceux de 25 % sur les camions légers, mais globalement il n’y a pas grand-chose à tirer.

Que dire d’une union douanière entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ? Cela serait très problématique, notamment en raison de l’asymétrie en termes de taille entre les deux pays, qui amènerait la Grande-Bretagne à laisser tout le contrôle de la politique à Washington. Au-delà de cela, aucun accord avec les Etats-Unis ne serait aussi favorable à la Grande-Bretagne qu’une union douanière avec ses voisins en raison de la gravité.

Qu’est-ce ? L’une des relations les mieux établies en économie est l’équation de gravité du commerce entre deux pays, qui dit que le montant d’échanges dépend positivement de la taille de chacun des deux pays, mais négativement de la distance qui les sépare. Vous pouvez le voir clairement en regardant les exportations britanniques. Voici une graphique représentant les exportations britanniques vis-à-vis de quelques pays, en pourcentage du PIB du pays importateur, en tenant compte de la distance vis-à-vis de ce pays.

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Ainsi, les Etats-Unis ont beau offrir un marché comparable en termes de tailles à celui de l’Union européenne, ce marché est bien plus éloigné, si bien que même si le Royaume-Uni obtenait un accord fabuleux avec les Etats-Unis, il ne serait pas aussi bénéfique que les unions douanières auxquelles ils appartiennent.

Tout cela explique pourquoi May essaye de négocier un accord qui maintienne l’union douanière intacte. Mais cela, bien sûr, n’est pas vraiment une sortie : Bruxelles va toujours fixer la politique commerciale du Royaume-Uni, sauf que dorénavant la Grande-Bretagne n’aura plus droit de vote. Donc, que visait le Brexit en premier lieu ? C’est une bonne question. Dommage qu’il n’y ait pas eu plus de personnes qui ne l’aient pose avant le referendum. »

Paul Krugman, « Brexit meets gravity », 10 juillet 2018. Traduit par Martin Anota

dimanche 8 juillet 2018

Les liens de la semaine

Autour de la science économique


Croissance, fluctuations et crises

  • La conjoncture globale en 3 graphes (Philippe Waechter)
  • Quels mécanismes pourraient ralentir l’économie mondiale ? (Patrick Artus)
  • Qu’est-ce qui est le plus dangereux aujourd’hui pour l’économie mondiale? (Patrick Artus)
  • Zone euro : les trois attaques (Patrick Artus)
  • Quel est vraiment l’output gap de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Le pire risque de crise : lorsqu’il y a à la fois dette immobilière excessive et dette extérieure (Patrick Artus)


Inflation

  • La globalisation explique que l’inflation est un phénomène mondial (Patrick Artus)
  • L’ennemie de la croissance, c’est l’inflation importée (Patrick Artus)
  • Le retour de l’inflation non-salariale dans la zone euro : un double problème pour les politiques budgétaires et pour la politique monétaire (Patrick Artus)


Environnement et ressources naturelles

  • Les lacs et rivières d’Europe sont en mauvais état écologique (Le Monde)
  • Le gouvernement au chevet de la biodiversité (Le Monde)
  • Biodiversité : fortes paroles, faibles moyens (Le Monde)
  • Nicolas Hulot tire un bilan sans complaisance de la première année de son "plan climat" (Le Monde)
  • Etats-Unis : un ancien lobbyiste du charbon chargé de la protection de l’environnement (Le Monde)


Marchés et concurrence


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source : The Economist (2018), d'apès l'étude de De Loecker et Eeckhout (2018)

Finance

  • Crypto-monnaies : "ni souhaitable, ni nécessaire de réguler" selon le rapport Landau (La Tribune)
  • Publication d’un nouveau texte prétendument écrit par le créateur du bitcoin (Le Monde)
  • L’eldorado Bitcoin (La Vie des idées)
  • Quelle est la taille optimale de la finance ? (Patrick Artus)
  • Les quatre saisons du cycle financier et le coussin contracyclique (Banque de France)


Fiscalité


Politique monétaire

  • La BCE et sa politique de collatéral (OFCE)
  • La BCE pourrait-elle normaliser sa politique monétaire ? (Patrick Artus)
  • Banque d’Angleterre : Wait and see (OFCE)


Commerce international

  • La baisse des exportations plombe le commerce extérieur français (La Tribune)
  • Avis de tempête sur le commerce international : quelle stratégie pour l’Europe ? (CAE)
  • Repenser la mondialisation face à l'orage populiste (Pascal Lamy)
  • Mort et renouveau du multilatéralisme (Jean-Hervé Lorenzi)
  • La globalisation économique et financière fait disparaître les politiques redistributives (Patrick Artus)


Autour de la guerre commerciale de Trump

  • Taxes américaines : face à Trump, la Chine invoque la légitime défense (Le Monde)
  • Guerre commerciale : les cinq représailles que la Chine peut infliger aux Etats-Unis (La Tribune)
  • Escalade meurtrière (Jean-Marc Vittori)
  • Trump nous fait passer de ses caprices à une guerre commerciale (Paul Krugman)
  • Les grosses entreprises récoltent le tumulte de Trump (Paul Krugman)
  • Chine-Amérique : les trois fronts de la guerre économique voulue par Trump (Alter éco)
  • Censure et médias : en Chine, l’art de parler de la guerre commerciale (Le Monde)
  • Le protectionnisme de Trump inquiète les industriels français (La Tribune)


Finance internationale

  • Les raisons pour lesquelles le dollar devrait se déprécier (Patrick Artus)
  • Les Etats-Unis pourront-ils continuer à attirer les capitaux nécessaires depuis le reste du monde ? (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Brexit : les six propositions majeures du Royaume-Uni pour sortir de l'Europe (La Tribune)
  • Une Europe trop complexe (Harold James)
  • L’Italie ou l’avenir de l’Europe (Télos)


Immigration

  • Immigration et Etat-providence (Alter éco)
  • La fraternité, au principe de l’aide aux migrants (Le Monde)
  • L'immigration, quels coûts et quels bénéfices pour les pays d'accueil ? (L'Expansion))


Inégalités et justice sociale




Travail, emploi, chômage


GRAPHIQUE Évolution de l’emploi en France de 2008 à 2017 (en %)

INSEE__Evolution_de_l_emploi_de_2008_a_2017.png

source : INSEE (2018)

Politique

  • Accord migratoire en Allemagne : Merkel sauve sa coalition, mais reste fragilisée (La Tribune)
  • La religion et la démocratie sont-elles incompatibles ? (The Conversation)
  • Les Américains ont-ils perdu le sens de la démocratie ? (The Conversation)
  • Psychologie politique : (encore) une exception française ! (The Conversation)





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mercredi 4 juillet 2018

Guerre commerciale : et si la Chine répliquait en vendant ses bons du Trésor américain ?

« La Chine a le plus gros excédent commercial bilatéral vis-à-vis des Etats-Unis, mais elle est aussi la plus grande détentrice de titres publics américains. Alors que la Chine a commencé à contrer les droits de douane américains, les économistes ont discuté de la possibilité que la Chine se débarrasse de ses bons du Trésor américains. Nous passons en revue les récents commentaires à ce sujet. (…)

Brad Setser (…) observe depuis longtemps les évolutions du portefeuille externe de la Chine. Il a notamment estimé ce qui se passerait si la Chine commençait à vendre son portefeuille de bons du Trésor américains. Si elle vendait la totalité des bons du Trésor qu’elle possède, ces ventes représenteraient environ 6 % du PIB américain, ce qui accroîtrait les taux d’intérêt de long terme d’environ 30 points de base. L’impact serait plus important à court terme, mais ensuite les taux américains s’accroitraient (relativement aux taux européens), ce qui pousserait des fonds privés dans le marché américain de titres à revenu fixe. Si les ventes chinoises poussaient les taux de long terme américains à la hausse et déprimeraient l’économie américaine, la Fed ralentirait logiquement le rythme de ses hausses de taux directeurs ou la réduction de son bilan dans le cadre de son "resserrement quantitatif".

En surface, les Etats-Unis semblent vulnérables : le stock de bons du Trésor que le marché doit absorber pour financer le déficit budgétaire croissant des Etats-Unis est énorme et si la Chine commençait à vendre ceux qu’elle possède, le montant de titres américains que les investisseurs non chinois auraient à absorber serait massif. Cependant, Setser, pense que les ventes chinoises seraient d’une certaine façon faciles à contrer, comme la Fed peut ralentir ses hausses de taux et peut répondre aux ventes chinoises en changeant le rythme de sa réduction de bilan. De son côté, le Trésor peut commencer à émettre davantage de titres de court terme au lieu de titre de moyen terme, ce qui compenserait l’impact des ventes de titre de long terme par la Chine (…). De plus, la Fed peut accroître la maturité de ses détentions. Globalement, Setser pense que le gouvernement américain doit davantage s’inquiéter à l’idée que la Chine vende d’autres actifs que des bons du Trésor, parce que les ventes de bons du Trésor sont, en un sens, faciles à contrer.

Martin Sandbu pense que l’analyse de Setser est correcte, mais pas la fin de l’histoire. Si la Chine prenait davantage d’actifs à haut rendement à la place d’obligations à faible rendement ou poursuivait une politique de non-financement de l’économie américaine, alors l’économie américaine devrait payer plus pour financer son déficit de compte courant ou réduire sa position extérieure. Une telle brèche dans le "privilège exorbitant" qui permet aux Etats-Unis de profiter de taux d’emprunt externe faibles pourrait facilement s’auto-renforcer, dans la mesure où d’autres vont demander un rendement plus élevé pour la détention d’actifs américains. Si cela mène à une chute du dollar et à un plus faible déficit, alors cela peut être soutenu et pourrait même être en lien avec ce que Trump voit comme désirable. Cela étant dit, ce gouvernement n’est pas sur le point de resserrer sa ceinture, donc ce serait au secteur privé de le faire via une baisse de l’investissement de la part des entreprises ou une baisse de la consommation de la part des ménages.

Michael Pettis a écrit un long billet dans lequel il affirme que si la Chine menace de répliquer à une action commerciale des Etats-Unis en réduisant ses achats de titres publics américains, non seulement ce serait une menace vide, mais en outre, ce serait exactement ce que Washington voudrait. Pettis passe en revue cinq façons par lesquelles Pékin peut réduire les achats de titres publics américains. Il affirme que certaines d’entre elles ne changeraient rien, ni pour la Chine, ni pour les Etats-Unis ; d’autres ne changeraient rien pour la Chine, mais réduiraient le déficit commercial américain soit en réduisant le chômage américain, soit en réduisant la dette américaine ; et une dernière façon qui réduirait le déficit commercial américain en réduisant le chômage américain ou en réduisant la dette américaine, mais réduirait aussi l’excédent commercial chinois en accroissant le chômage chinois ou en augmentant la dette chinoise. La conclusion de Pettis est qu’en achetant moins de titres publics américains, Pékin laisserait les Etats-Unis dans la même situation ou dans une meilleure situation, mais qu’ainsi la Chine se verrait sa situation rester inchangée ou se dégrader.

Jeffrey Frankel a écrit un billet plus général où il note les raisons pour lesquelles il pense que la Chine ne pliera pas dans la guerre commerciale de Trump. Dans ce billet, il met en lumière le fait que le pays excédentaire est souvent dans une meilleure position parce qu’il a accumulé des créances financières vis-à-vis des pays déficitaires ; dans le cas des détentions chinoises de bons du Trésor américains, les créances représentaient plus de mille milliards de dollars. Si le gouvernement chinois vendait les bons du Trésor, la chute de leur prix nuirait autant à la Chine qu’aux Etats-Unis. Néanmoins, cela n’invalide pas le point. En effet, la Chine n’a pas nécessairement à décider de les vendre. Comme la dette américaine augmente et que les taux d’intérêt américains augmentent (deux tendances qui vont certainement se poursuivre cette année), le conflit commercial pourrait produire des rumeurs que les Chinois arrêtent d’acheter des titres du Trésor américain, ce qui réduire les cours des obligations américaines et accroîtrait leurs taux d’intérêt. (…)

Edward Harrison pense que la Chine ne peut pas utiliser comme levier les bons du Trésor qu’elle possède dans la mesure où, si les Chinois voulaient vraiment utiliser les obligations publiques comme arme, ils devraient soit laisser flotter leur monnaie, soit la réévaluer. Et cela, selon Harrison, ce n’est pas du tout ce qu’ils veulent faire puisqu’une réévaluation réduirait leurs exportations et freinerait leur croissance économique. Il s’attend à ce que le conflit commercial actuelle escalade et que les gens diagnostiquent mal les contraintes, avec pour conséquence que les mauvais diagnostics accroissent au final les conflits et non les diminuent. »

Silvia Merler, « US tariffs and China’s holding of Treasuries », in Bruegel (blog), 2 juillet 2018. Traduit par Martin Anota

dimanche 1 juillet 2018

Les liens de la semaine

Un peu de foot pour commencer...

  • Quatre leçons à tirer de l’expérience égyptienne en Coupe du monde (Project Syndicate)
  • Coupe du monde en Russie : des retombées économiques limitées (La Tribune)
  • Coupe du monde 2018 : violences et hooliganisme invisibles… mais bien là (The Conversation)


Croissance, fluctuations et crises

  • Comptes nationaux : du provisoire qui ne dure pas (OFCE)
  • La Grèce est-elle sortie d’affaire ? (Jacques Adda)
  • Le Mexique trop près des Etats-Unis (Alter éco)


Démographie

  • La mortalité infantile est stable depuis dix ans après des décennies de baisse (INSEE)
  • Etats-Unis : les overdoses tuent plus que les armes à feu (Alter éco)


GRAPHIQUE Taux de mortalité infantile en France pour 1000 naissances vivantes

INSEE__Taux_de_mortalite_infantile_en_France_depuis_1901.png

source : INSEE (2018)

Concurrence

  • Les marchés européens sont plus concurrentiels que les marchés américains (Alter éco)
  • Les actionnaires obtiennent le démantèlement de General Electric (Le Monde)
  • L’Autorité de la concurrence réfléchit à mieux encadrer les opérations de concentration dans le numérique (Le Monde)
  • SNCF : la réforme n’entraînera pas forcément une arrivée massive de concurrents (Le Monde)


Finance

  • Les ménages français ont plus de 5.000 milliards d’euros de patrimoine financier (La Tribune)
  • Banques et paradis fiscaux : le Luxembourg en tête d’affiche (Christian Chavagneux)
  • L'endettement croissant des entreprises, premier risque pour le système financier français (La Tribune)
  • La zone euro présente-t-elle des signes d’instabilité financière ? (Patrick Artus)


Alter_eco__creances_douteuses_zone_euro.png

Politique monétaire

  • L’impressionnante asymétrie de comportement entre la Réserve Fédérale et la BCE (Patrick Artus)
  • Qu'est qui et dangereux si une banque centrale ne peut jamais remonter ses taux d'intérêt ? (Patrick Artus)
  • Politique monétaire non conventionnelle : quel effet sur le financement des petites et moyennes entreprises ? (Banque de France)


Budget

  • La Cour des comptes juge "risquée" la trajectoire budgétaire du quinquennat (Le Monde)
  • Nouveau rebondissement dans la querelle de chiffres autour de l’exit tax (Le Monde)
  • Le montant des recettes publiques en 2018 réserve-t-il une surprise ? (OFCE)
  • Sait-on distinguer une crise de liquidité d’une crise de solvabilité d’un Etat ? (Patrick Artus)
  • Pour caractériser l’orientation des politiques budgétaires, il faut regarder les déficits publics structurels et les dépenses publiques (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Dette publique française


source : INSEE (2018)

Commerce international

  • Le multilatéralisme peut-il s’adapter ? (Jean-Pisani Ferry)
  • Les guerres commerciales ne font que des vaincus (Télos)
  • La Chine assouplit les restrictions aux investisseurs étrangers dans certains secteurs (Le Monde)
  • La Chine va normalement passer à un déficit extérieur structurel : quelles conséquences ? (Patrick Artus)
  • France : le couple compétitivité-coût, niveau de gamme s’est-il amélioré ? (Patrick Artus)
  • Délocalisations : un nouvel indicateur pour identifier les territoires à risques (El Mouhoub Mouhoud)


Zoom sur la guerre commerciale de Trump

  • Harley-Davidson délocalise sa production de motos hors des Etats-Unis (Le Monde)
  • Taxes douanières : plusieurs industriels américains mettent en garde Trump (Le Monde)
  • Le Canada riposte à Trump avec des taxes douanières sur l'acier, l'aluminium... et le ketchup ! (La Tribune)
  • La grande conspiration de la pousse de soja (Paul Krugman)
  • Trump contre le fabricant de grosses motos (Paul Krugman)
  • L’estimation la pire des effets négatifs du protectionnisme (Patrick Artus)
  • Protectionnisme : davantage de dommages “collatéraux” que de vrais effets ? (Patrick Artus)


Migration

  • Loi asile-immigration : en durcissant le texte, le Sénat permet aux députés de jouer la carte de l’humanisme (Le Monde)
  • Les droits des migrants ne sont pas respectés à la frontière franco-italienne, selon six ONG (Le Monde)
  • Europe : le tandem franco-allemand à l’épreuve de la crise migratoire (The Conversation)
  • "Il faut créer des voies légales d’immigration" (Le Monde)
  • Trois questions autour du projet de limitation du droit du sol à Mayotte (Le Monde)
  • "J’ai voulu montrer le processus d’intégration silencieuse d’une famille algérienne ordinaire" (Stéphane Beaud)
  • Pourquoi l'Amérique dépend plus que jamais de ses migrants (Les Echos)


Intégration européenne

  • Immigration : le nouveau consensus européen (Le Monde)
  • Budget de la zone euro : les Européens font de la résistance (Le Monde)
  • Après la déclaration de Meseberg… (OFCE)
  • Le Brexit, révélateur du besoin d'Europe (Hélène Rey)
  • L’Union européenne : combien a-t-on gagné à la faire (et combien perdrait-on à la défaire) ? (CEPII)
  • Puisqu’on ne sort pas de la zone euro, il faut en améliorer le fonctionnement (Patrick Artus)
  • L’introuvable réforme de la zone euro (Bruno Amable)
  • L’Allemagne accepte toujours les avancées institutionnelles en Europe quand elle a peur (Patrick Artus)


Travail, emploi, chômage

  • Le marché du travail français est-il en tension ? (Banque de France)
  • Les CDD progressent, le CDI reste la norme (Alter éco)
  • Ces salariés qui travaillent à contretemps (Alter éco)
  • C’est aussi la sécurité et pas seulement la flexibilité qui améliore la situation du marché du travail (Patrick Artus)
  • Productivité du travail : les artifices de l’Insee (Michel Husson)


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source : The Economist (2018)

Politique





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lundi 25 juin 2018

Le Brexit versus la guerre commerciale de Trump

« Un correspond a posé une très bonne question. L’autre jour, j’ai publié un billet à propos de l’économie d’une guerre commerciale, où j'affirmais qu’il y aurait une large perturbation, mais que le coût global serait plus faible que ne le pensent la plupart des gens, peut-être 2-3 % du PIB. Le correspondant a demandé comment réconcilier cela avec les estimations typiques du coût du Brexit.

De telles estimations (j’en ai d’ailleurs moi-même proposées avec des calculs rapides, qui sont plus ou moins du même ordre de grandeur que d’autres estimations) vont typiquement quelque part autour de 2 % du PIB britannique. Pourtant, même les plus pessimistes prédisent un impact plus faible du Brexit sur le commerce britannique que les fortes chutes que j’ai suggérées d’une guerre commerciale provoquée par Trump (que j’ai décidé de qualifier de "Trumpit"). Ces estimations ne sont-elles pas incohérentes ?

Non, pas vraiment, parce que le Brexit ne concerne pas un accroissement des droits de douane, mais un accroissement des coûts d’échange, en l’occurrence des coûts pour faire des affaires d’un pays à l’autre. Et cela fait une grande différence.

Le graphique 1 montre l’image du manuel standard (eh oui, j’ai écrit le manuel standard !) des effets d’un droit de douane. Un droit de douane aide les producteurs domestiques qui sont en concurrence avec les importations, mais il nuit aux consommateurs domestiques, tout en générant des recettes pour le gouvernement. Ces trois effets s’ajoutent à une perte nette, parce que le tarif douanier distord les incitations : le bien est produit par des entreprises qui ont des coûts plus élevées que cela ne coûterait d’importer le bien, les consommateurs se retiennent de l’acheter même si c’est plus valable pour eux que son prix sur les marchés mondiaux. Cette distorsion des incitations (la "perte sèche" d’un droit de douane) sont indiqués par les aires des triangles du graphique.

GRAPHIQUE 1

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Et ces triangles correspondent au seul triangle que j’ai utilisé dans le schéma que j’ai déjà utilisé (…), ici présenté à travers le graphique 2.

GRAPHIQUE 2

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Mais le Brexit ne va pas accroître les prix en instaurant un droit de douane, qui génèrerait des recettes pour le gouvernement. Il va en fait rendre plus coûteux de faire des affaires : davantage de paperasse, davantage d’attente pour les camions qui voudront charger ou décharger, davantage de coûts invisibles pour l’échange de services. Donc vous devez ajouter le rectangle qui indiquait les "recettes publiques" sur le graphique 1 aux pertes économiques globales. Ou, pour le dire autrement, vous obtenez un schéma comme le graphique 3, dans lequel de plus hauts coûts d’échange ainsi que des incitations distordues réduisent le revenu réel. (…)

GRAPHIQUE 3

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A quel point cette différence importe ? J’ai précédemment suggéré que le Brexit va réduire les échanges britanniques avec le reste de l’Europe d’un tiers, de 15 % à 10 % du PIB. Si l’élasticité de la demande est de 3, cela suggère des coûts d’échange de l’ordre de 13 % des prix d’importation. Si ce chiffre de 13 % correspondait à un droit de douane, le coût global serait de 0,13 x 2,5 % du PIB (la moitié de la baisse des importations). Il serait donc d’environ 0,3 % du PIB ; ce n’est pas minuscule, mais c’est assez faible. Mais si nous parlons de coûts d’échange plus élevés, vous devez multiplier ces chiffres par la moyenne des importations avant et après Brexit, soit 12,5 % du PIB. Désormais, nous parvenons à plus de 1,6 % du PIB.

C’est pourquoi les estimations du Brexit sont plus élevées que le raisonnement de guerre commerciale pourrait le suggérer. Le Brexit ne taxera pas le commerce, il va le rendre vraiment bien plus cher à réaliser, et c’est cela qui importe. »

Paul Krugman, « Brexit Versus Trumpit », 22 juin 2018. Traduit par Martin Anota

dimanche 24 juin 2018

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Coup de frein sur la croissance française en 2018 (Le Monde)
  • L’indicateur avancé : pas de signal de fin de cycle (OFCE)
  • La France continue à se désindustrialiser : pourquoi ? (Patrick Artus)
  • Ciel voilé en Europe (INSEE)
  • Qu’est-ce qui explique le maintien d’une croissance forte aux Etats-Unis ? (Patrick Artus)
  • La longue attente d’un regain de productivité (Martin Wolf)


GRAPHIQUE Le PIB français et ses composantes

source : INSEE (2018)

Environnement

  • Pétrole : le prix du baril, enjeu vital pour l'Arabie saoudite (La Tribune)
  • Pétrole : l’OPEP, sous la pression de Trump, décide d’une modeste augmentation de la production (Le Monde)
  • La pollution de l’air met en danger le fœtus en altérant le placenta (Le Monde)
  • Nos problèmes environnementaux à la lumière de Marx (The Conversation)


Démographie


Immigration

  • Crise des migrants : le vrai du faux (Alter éco)
  • La politique migratoire du Président Macron, entre pression intérieure et espoir européen (The Conversation)
  • Immigration : Donald Trump, preneur d’otages (Le Monde)
  • Donald Trump et les migrants: les raisons du jusqu'au-boutisme (The Conversation)
  • La gauche européenne se repositionne à droite sur l’immigration (Project Syndicate)
  • De l’effet bénéfique des migrations sur l’économie (CNRS)


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Entreprises

  • Le FMI s’inquiète du pouvoir de marché des firmes superstars (Alter éco)
  • Mariage d’entreprises : pourquoi 1 + 1 font rarement 3 ? (Emmanuel Combe)
  • Toute la loi Pacte en 10 points clés (La Tribune)


Monnaie et finance

  • Sommes-nous confrontés à une bulle de la dette d’entreprise ? (Project Syndicate)
  • Les deux paris de la BCE (Patrick Artus)
  • La fin du quantitative easing dans la zone euro est-elle grave ? (Patrick Artus)
  • Politique monétaire et politiques macroprudentielles : l'absence de coordination est un problème (Patrick Artus)


Dette publique

  • Grèce : les Européens s’accordent au forceps sur la sortie du plan d’aide (Le Monde)
  • Le retour de la Grèce sur les marchés s’annonce délicat (Le Monde)
  • "Les Grecs sont loin de voir le bout du tunnel de l’austérité" (Le Monde)
  • Vers le piège de la dette publique (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Budget de la zone euro : une lueur d’espoir pour l’Europe (Le Monde)
  • Merkel-Macron : un (modeste) budget de la zone euro rempli d'incertitudes (La Tribune)
  • Les deux réponses de Berlin à Emmanuel Macron (Alter éco)
  • Union et divisions européennes (La Vie des idées)
  • Des ajustements d’ampleur à attendre pour la zone euro (OFCE)
  • Elargissement de 2004: quels effets sur l'emploi et les chaînes de valeur? (Télos)


Commerce internationale

  • Commerce : nouvelle escalade verbale entre Pékin et Washington (Le Monde)
  • Acier : en réponse à Washington, l’Europe taxe des dizaines de produits américains (Le Monde)
  • Chine – Etats-Unis, la bataille ne fait que commencer (Philippe Waechter)
  • Guerre commerciale éclair (Fabien Candau)
  • Commerce international : le multilatéralisme était mort-vivant, Trump l'achève (The Conversation)
  • Le Monde a aujourd’hui besoin du libre-échange (Patrick Artus)


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source : The Economist (2018)

Finance internationale

  • Le faucon et la colombe : quel impact des décisions de la Fed et de la BCE sur le taux de change euro/dollar ? (OFCE)
  • La seconde mort de Bretton Woods (Les Echos)
  • À qui profitent les revenus des investissements des multinationales ? (CEPII)


Inégalités

  • Les inégalités sont-elles solubles dès la maternelle ? (Libération)
  • Réussite en licence : « Le passé scolaire joue plus que l’origine sociale » (Le Monde)

Débats autour de la redistribution

  • Le "pognon de dingue" investi dans la protection sociale est efficace et apprécié par les Français (Le Monde)
  • La France (presque) "championne du monde" de la dépense sociale et de la baisse de la pauvreté (OFCE)
  • "Aides sociales" : un rôle majeur dans la réduction de la pauvreté monétaire (OFCE)
  • Pauvreté : les trois contre-vérités du gouvernement (Christian Chavagneux)
  • Les plus démunis, boucs émissaires de l’équation budgétaire (Guillaume Duval)
  • Instaurer un revenu parental serait-il souhaitable (et possible) ? (Le Monde)
  • L’assistanat des riches nous coûte un "pognon de dingue" ! (Jean Gadrey)


GRAPHIQUE Part des CDD dans les embauches (en %)

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source : DARES (2018)

Travail, emploi, chômage

  • Emploi : la reprise est loin de profiter à tous les immigrés (La Tribune)
  • Le déclassement progresse chez les jeunes diplômés (Alter éco)
  • Salaire horaire : l’importance de la catégorie socioprofessionnelle et du diplôme (INSEE)
  • Pourquoi la productivité du travail augmente-t-elle moins vite depuis la crise financière ? (Alter éco)
  • CDD, CDI : comment évoluent les embauches et les ruptures depuis 25 ans ? (DARES)


GRAPHIQUE Part des CDD dans l’ensemble de l’emploi salarié (en %)

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source : DARES (2018)

Politique





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mercredi 20 juin 2018

Démographie et croissance à long terme

« Les économistes se sont penchés sur les relations entre démographie et croissance à long terme, dans le contexte de l’hypothèse de la stagnation séculaire. Nous passons en revue les récentes contributions sur ce sujet.

Cooley et Henrikson affirment que les facteurs démographiques ne peuvent pas expliquer entièrement le ralentissement à long terme de la croissance, mais qu’ils y contribuent certainement. Le changement démographique est persistant et prévisible. Dans la plupart des pays développés, l’âge moyen va s’accroître et l’espérance de vie va sûrement s’allonger. Cela peut avoir d’importantes conséquences pour la croissance économique à long terme. Les politiques économiques qui cherchent à atténuer les effets du vieillissement sur la croissance à long terme vont avoir à inciter davantage les ménages à offrir davantage de capital et de travail au cours de leur cycle de vie, en particulier leur offre de travail en fin de vie active.

Dans un entretien en podcast, Hal Varian dit que si la technologie ne peut pas stimuler davantage la productivité, alors nous avons un réel problème. Dans trente ans, la main-d’œuvre mondiale ne ressemblera plus à celle d’aujourd’hui, comme la population en âge de travail dans plusieurs pays, en particulier dans les pays développés, commence à décliner. Alors que certains travailleurs craignent aujourd’hui de perdre leur emploi à cause de la technologie, les économistes se demandent si cette dernière va suffisamment stimuler la productivité pour compenser les effets du vieillissement sur celle-ci ; c’est ce qu’on appelle le "paradoxe de la productivité". Varian pense qu’il y a trois forces à l’œuvre. L’une d’entre elles est le manque d’investissement au sortir de la Grande Récession, comme les entreprises ont été lentes à retrouver leurs niveaux d’investissement d’avant-crise. La deuxième force a été la diffusion de la technologie, l’écart croissant entre certaines des entreprises les plus avancées et les entreprises les moins avancées. Et troisièmement, les indicateurs existants ont du mal à saisir la nouvelle économie. Varian croit que la démographie est importante, en particulier maintenant que les générations du baby boom, qui constituaient l’essentiel de la main-d’œuvre des années soixante-dix aux années quatre-vingt-dix, partent à la retraite, mais vont continuer à consommer.

Ferrero, Gross et Neri pensent que la démographie importe pour la stagnation séculaire et les faibles taux d’intérêt. Ils développent un modèle dynamique de panel pour les pays de la zone euro et réalisent une analyse contrefactuelle du passé en imaginant ce qui se serait passé si les ratios de dépendance avaient été plus favorables entre 2006 et 2015 qu’ils ne l’ont été. De plus, ils présentent aussi une évaluation contrefactuelle des performances futures, en supposant que les ratios de dépendance varient en lien avec les projections assez adverses de la Commission européenne, avec des hypothèses plus favorables pour la période 2016-2025. Dans les deux cas, les projections contrefactuelles suggèrent un rôle économiquement et statistiquement pertinent pour la démographie. Les taux d’intérêt auraient été plus élevés et la croissance économique plus forte sous des hypothèses favorables. En ce qui concerne l’évaluation des performances futures, les taux d’intérêt resteraient à des niveaux relativement faibles sous l’hypothèse que la démographie évolue comme le prévoit la Commission européenne et ne s’accroîtrait visiblement que sous des hypothèses optimistes pour les ratios de dépendance.

L’étude antérieure de Gottfries et Teulings a avancé que la démographie a joué un rôle important dans la réduction des taux d’intérêt. La hausse de l’espérance de vie, qui n’a pas été compensée par une hausse de l’âge de départ à la retraite, a entraîné un accroissement du stock d’épargne. Celui-ci va se traduire par des hausses de prix pour les actifs dont l’offre est fixe (comme l’immobilier) plutôt que par un supplément de capital. Les remèdes potentiels pour absorber l’épargne supplémentaire sont le recul de l’âge de départ à la retraite et une extension des systèmes par répartition. De même, Aksoy, Basso, Grasl et Smith estiment que le vieillissement démographique prévu pour les prochaines décennies devrait grandement contribuer à réduire la croissance de la production et des taux d’intérêt réels dans les pays de l’OCDE.

Mais ce n’est pas une conclusion qui fait consensus. Une étude antérieure de Favero et Galasso affirme que les tendances démographiques en Europe ne soutiennent pas empiriquement l’hypothèse de stagnation séculaire. Leurs données suggèrent que la structure en âge de la population génère moins de croissance à long terme, mais des taux réels positifs. Les politiques pour la croissance deviennent très importantes. Ils évaluent la pertinence de la structure démographique pour le choix entre ajustements macroéconomiques et réformes structurelles et ils montrent que les personnes d’âge intermédiaire et les personnes âgées ont une vision plus négative des réformes, de la compétitivité et de la mondialisation que les jeunes. Leurs résultats suggèrent que les vieux pays (ceux dont les personnes âgées représentent une part importante de la population) doivent davantage se tourner vers les ajustements macroéconomiques, tandis que les jeunes nations soutiennent davantage les réformes structurelles.

Cervellati, Sunde et Zimmermann adoptent une perspective mondiale, de long terme sur les récents débats à propos de la stagnation séculaire, qui se sont jusqu’à présent focalisés sur le court terme. L’analyse est motivée par l’observation des interactions entre dynamique économique et transition démographique qui sont survenues ces 150 dernières années dans le monde développé. Dans la mesure où les taux de croissance élevés par le passé ont en partie résulté de changements singuliers qui se sont produits durant la transition économique et démographique, la croissance est susceptible de s’affaiblir une fois que la transition sera achevée. Parallèlement, une transition similaire est sur la voie dans la plupart des pays en développement, avec de profondes conséquences pour les perspectives de développement dans ces pays, mais aussi pour le développement comparatif mondial. Les preuves empiriques qui sont mises en avant suggèrent que les dynamiques démographiques de long terme ont potentiellement d’importantes implications pour les perspectives d’accumulation du capital humain et physique, l’évolution de la productivité et la question de la stagnation séculaire.

Adair Turner affirme que la tendance baissière du taux de fertilité américain que l’on observe actuellement serait embêtante si une forte croissance et la confiance économique nécessitaient une main-d’œuvre plus importante, mais les études parviennent difficilement à trouver une corrélation entre fécondité et résultats économiques et les Etats-Unis n’ont pas à s’inquiéter. Comme les gens vivent plus longtemps et, en l’occurrence, plus longtemps avec une bonne santé, les âges de départ à la retraite peuvent et doivent être repoussés. Et avec la perspective d’une ample automatisation, qui menace d’entraîner une croissance à faible salaire et d’alimenter les inégalités, une expansion de la population active n’est ni nécessaire, ni bénéfique, et une légère contraction de l’offre de travailleurs peut créer des incitations à améliorer la production et soutenir la croissance du salaire réel. »

Silvia Merler, « Demographics and long run growth », in Bruegel (blog), 18 juin 2018. Traduit par Martin Anota

lundi 18 juin 2018

Réflexions sur la guerre commerciale

« (…) Donc, une véritable guerre commerciale semble maintenant très probable et il est temps de se demander ce que cela pourrait signifier. Je pense qu’il y a trois grandes questions :

1. Jusqu’à quel point les tarifs douaniers peuvent-ils grimper ?

2. De combien pourraient-ils réduire le commerce mondial ?

3. A quel point cette guerre commerciale sera-t-elle coûteuse ?

Ce sont des questions épineuses, comme je vais le montrer. Mais il est probable qu’une guerre commerciale totale puisse se traduire par des droits de douane dans l’éventail des 30-60 % ; cela entraînerait une très grande réduction du commerce, peut-être de 70 % ; mais le coût global pour l’économie mondiale serait plus faible que la plupart des gens ne l’imaginent, peut-être une réduction de 2 à 3 % du PIB mondial. Ce dernier calcul ne prend cependant pas en compte les effets perturbateurs de la démondialisation : certains y gagneraient, mais beaucoup, une grande part des groupes et communautés aux Etats-Unis, en subiraient un sacré coup, en particulier à court et moyen termes.

Jusqu’à quel point les tarifs peuvent-ils grimper ?


Qu’entend-on nous par "guerre commerciale" ? Dans le contexte actuel, nous faisons référence à une situation dans laquelle les économies, prenant l’exemple sur les Etats-Unis, abandonnent les règles et accords qui contraignent actuellement leurs droits de douane et commencent à fixer unilatéralement des droits de douane pour poursuivre ce qu’ils perçoivent comme étant leurs intérêts personnels. (…) Que ce soit dans le domaine du commerce ou dans d’autres domaines, les perceptions de Trump semblent généralement à côté de la plaque. (…)

En tous cas, il y a eu plusieurs tentatives visant à modéliser la guerre commerciale au fil des années et celles-ci relèvent de l’une des deux approches suivantes. La première consiste à imaginer que les gouvernements maximisent en fait le revenu national ou peut-être une fonction objectif qui donne un poids supplémentaire aux groupes d’intérêt bien organisés. La seconde approche s’appuie sur l’histoire passée, avant que les accords commerciaux internationaux ne deviennent la norme. Heureusement, ces approches suggèrent des niveaux de droits de douane similaires.

En ce qui concerne la première approche : tout pays suffisamment large pour affecter les prix mondiaux des biens qu’il exporte, les biens qu’il importe ou tous ces prix a un "droit de douane optimal" supérieur à zéro. En effet, en limitant ses échanges, un tel pays améliore ses termes de l’échange : le prix de ses exportations relativement au prix de ses importations. Cela accroît le revenu réel, toute chose égale par ailleurs. Et le droit de douane optimal met en balance les coûts qu’entraîne un commerce restreint (par exemple, le coût qu’il y a à produire des biens dans l’économie domestique au lieu de les acheter moins chers à l’étranger) avec les gains d’une amélioration des termes de l’échange.

Le problème est que, si chaque pays fait cela, vous obtenez les coûts d’un commerce restreint sans les bénéfices d’une amélioration des termes de l’échange, parce que les autres pays vous font ce que vous essayez de leur faire. Donc, vous finissez dans une situation de "guerre tarifaire optimale", qui s’apparente davantage à une course à l’armement qu’à une guerre frontale, dans le sens où il n’y a (habituellement) ni victoire, ni résolution, mais juste un immense gâchis de ressources.

Donc, comment estime-t-on les effets d’une guerre tarifaire optimale ? Vous avez besoin d’un modèle d’équilibre général calculable du commerce mondial, quelque chose qui montre comment la production et les flux d’échanges dépendent des droits de douane, calibré pour coller aux données actuelles. Ensuite, vous devez trouver un équilibre (…) dans lequel chaque pays adopte son droit de douane optimal en fonction de ce que les autres font.

Il y a plusieurs hypothèses et imputations derrière cela. Les résultats dépendent fortement de la facilité avec laquelle les biens d’un pays peuvent se substituer aux biens d’un autre ; un paramètre qu’il est difficile d’estimer. Pour autant, certains ont récemment cherché à l’estimer : Ossa constate qu’une guerre commerciale mènerait, sous ses hypothèses préférées, à des droits de douane de presque 60 %, tandis que Nicita et ses coauteurs, en utilisant des hypothèses légèrement différentes, estiment que les droits de douane augmenteraient de 32 points de pourcentage par rapport à leurs niveaux courants.

Si cela semble trop abstrait, vous pouvez regarder ce qui s’est passé au cours de l’histoire : les droits de douane Smoot-Hawley, la dernière grande mesure protectionnisme des Etats-Unis avant que nous créions le système des accords commerciaux, poussèrent les droits de douane à environ 45 % sur les importations "taxables" (…). Vous pouvez vous demander pourquoi je ne dis pas 59 %, le taux maximal qui avait été atteint en 1932 ; ce pic a été atteint accidentellement (puisque les protectionnistes ne voulaient pas un taux aussi élevé) en conséquence de la déflation qui poussa à la hausse le taux de protection pour les biens dont les droits de douane étaient spécifiés en dollars par unité plutôt qu’en pourcentage.

Donc, aussi bien les données historiques que les modèles quantitatifs suggèrent qu’une guerre mondiale entraînerait des droits de douane assez élevés, avec des taux certainement supérieurs à 40 %.

De combien déclinerait le commerce ?


Pour tout droit de douane donné, l’ampleur de la réduction des échanges dépend de l’élasticité de la demande d’importations, qui indique de combien les importations baissent (en pourcentage) lorsque leur prix augmente de 1 %. De telles élasticités sont difficiles à estimer, parce que nous n’avons pas beaucoup d’expériences naturelles. (Les fluctuations des taux de change modifient les prix des importations, mais elles ne nous donnent qu’une idée des effets à court terme et chacun croit que les élasticités de long terme sont bien plus élevées.) D’après ce que j’ai lu dans la littérature sur le sujet, les estimations les plus acceptés pour l’élasticité de la demande d’importations tournent autour de 3 à 4, mais il y a beaucoup d’incertitude ici.

Si nous croyons vraiment en la guerre tarifaire optimale, cependant, les effets de la guerre sur les volumes échangés sont curieusement insensibles à la valeur précise de l’élasticité. Pourquoi ? Parce que le droit de douane optimal dépend aussi de l’élasticité. Si les étrangers peuvent facilement substituer des biens aux nôtres, le droit de douane optimal est assez faible ; s’ils ne le peuvent pas, il est élevé. Donc des élasticités élevées signifient de faibles droits de douane, de faibles élasticités signifient de hauts droits de douane et le déclin du commerce est similaire. (…)

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Mes calculs sommaires suggèrent que nous pouvons nous attendre à une chute de 70 % du commerce dans un large éventail de cas. Je serais heureux d’être corrigé par les modélisateurs du commerce si je me trompe. Mais si c’est vrai, nous parlons d’un énorme recul du commerce mondial. Le graphique montre le commerce international (exportations moins importations) en part du PIB mondial depuis 1950 ; une baisse de 70 % nous ramènerait pratiquement aux niveaux des années cinquante. Si Trump nous emmène vraiment dans une guerre commerciale, l’économie mondiale sera beaucoup moins mondiale.

Quelle serait l’ampleur des coûts ?


Il y a eu par le passé beaucoup de choses qui ont été dites à propos des maux du protectionnisme ; Smoot-Hawley provoqua la Grande Dépression, etc. Il est aussi tentant de supposer que, dans la mesure où le plaidoyer de Trump pour la guerre commerciale est si stupide, les politiques commerciales de Trump doivent être totalement désastreuses.

Mais (…) de simples modèles du commerce, même s’ils disent que les guerres commerciales sont mauvaises, ne disent pas qu’elles sont catastrophiques. Pour bien le faire, nous devons utiliser l’un des modèles d’équilibre général calculables que j’ai mentionnés ci-dessus. Ils suggèrent des pertes substantielles, mais pas non plus énormes ; équivalentes à 2 ou 3 % du PIB. Ce que j’aimerais faire, c’est essayer d’éclairer pourquoi ces pertes ne sont pas plus importantes, puis expliquer pourquoi une guerre commerciale serait toutefois hautement perturbatrice.

Paul_Krugman__impact_droit_de_douane_demande_d__importations.png

Pour cela, je vais utiliser un sale petit secret de la théorie du commerce : (…) les analyses de la politique commerciale utilisant l’équilibre partiel (une offre et une demande ordinaires) vous permettent d’avoir plus ou moins la bonne réponse. Ainsi, imaginons la demande d’importations comme s’il s’agissait d’une courbe de demande ordinaire, avec les coûts du droit de douane prenant la forme d’un surplus des consommateurs perdu (cf. schéma). Ceux qui se souviennent de leurs cours d’économie à l'université savent que les coûts d’une perturbation du marché prennent normalement la forme d’un triangle approximatif (approximatif, parce que la courbe de demande n’est pas forcément droite, mais c’est un détail mineur). C’est le cas parce que la première unité importée perdue a approximativement un coût nul, parce que les gens sont indifférents à la marge entre cette unité et un produit domestique, mais la dernière unité perdue impose un coût égal au droit de douane, parce que c’est ce que les gens auraient été prêts à payer pour l’importation. Et le coût moyen des moindres importations est quelque part entre ces valeurs. Donc, quand un droit de douane pousse à la hausse des prix des importations pour les consommateurs, les amenant à acheter moins de biens importés, la perte en bien-être serait à peu près :

Perte = chute des importations x ½ droit de douane

Maintenant, les Etats-Unis dépensent 15 % de leur PIB en importations. Supposons que nous finissions avec un droit de douane de 40 % et (comme je l’ai suggéré) une chute de 70 % du commerce, alors la perte en bien-être s’élèvera à 20 % x 0,7 x 15 ou 2,1 % du PIB. Ce n’est pas un petit chiffre, mais il n’est pas non plus énorme : au fond de la Grande Récession, le CBO a estimé que le PIB était inférieur de 6 % à son potentiel. Bien sûr, cette perte était temporaire, alors qu’une guerre commerciale serait définitive. Mais ces coûts nets en termes de bien-être manquent quelque chose (…).

Perturbation


Les Etats-Unis exportent actuellement environ 12 % de leur PIB. Toute cette part ne comporte pas seulement de la seule valeur ajoutée domestique, parce que certains composants sont importés. Mais il y a toujours une part essentielle de l’économie, représentant peut-être 9 ou 10 % de celle-ci, qui est engagée dans la production pour les marchés étrangers. Et si nous avons le genre de guerre commerciale que j’ai envisagé, quelque chose comme 70 % de cette part de l’économie (ce qui concernerait 9 ou 10 millions de travailleurs) aura à faire quelque chose d’autre. Et il y aurait un effet multiplicateur sur plusieurs communautés construites autour des secteurs exportateurs, qui perdront également des emplois.

C’est simplement l’autre face de l’histoire du "choc chinois" : même si vous croyez que la croissance rapide des exportations chinoises n’a pas provoquer des destructions nettes d’emplois, elle a changé la composition et la localisation de l’emploi, laissant de nombreux perdants sur le bord de la route. Et le "choc Trump" que constituerait une guerre commerciale serait d’une plus forte magnitude. (…) »

Paul Krugman, « Thinking about a trade war », 17 juin 2018. Traduit par Martin Anota

dimanche 17 juin 2018

Les liens de la semaine

Un peu de foot pour commencer

  • Mondial 2018 : la feuille de match du "coach" Poutine (The Conversation)
  • Stade de foot : comment les tribunes de supporters se sont "rangées" (The Conversation)
  • Mondial 2018 : quand la fête vire au nationalisme, au racisme et à la xénophobie (The Conversation)
  • Un "match de pédés" : homophobie ordinaire et hétérosexualité imposées (The Conversation)


Croissance, fluctuations et crises

  • La Banque de France abaisse ses prévisions de croissance pour 2018 (La Tribune)
  • Que nous disent les enquêtes de conjoncture sur la position de l'économie dans le cycle ? (Trésor)
  • Sous-estime-t-on la croissance potentielle de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Le ralentissement de la croissance des Etats-Unis va avoir lieu (Patrick Artus)
  • Toujours plus haut (Joel Mokyr)
  • Le bilan du FMI en matière de prévision des récessions est très médiocre (Financial Times)


GRAPHIQUE Évolutions de la dépense des ménages, du pouvoir d'achat et du taux d'épargne en France

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source : INSEE (2018)

Environnement et ressources naturelles

  • Biocarburants : l’huile de palme, un concurrent bon marché venu d’ailleurs (Le Monde)
  • L’Europe trouve un accord sur les énergies renouvelables (Le Monde)
  • La fonte des glaces de l’Antarctique s’est accélérée (Le Monde)
  • Climat : les poissons migrent, les tensions montent entre pays pêcheurs (Le Monde)
  • "La France compte 1 000 espèces d’abeilles" indispensables à la pollinisation (Le Monde)


Monnaie et finance


Zoom sur les cryptomonnaies

  • Que sont les cryptomonnaies ? (FMI)
  • Le minage des cryptomonnaies suspendu au Québec (Le Monde)
  • Bitcoin : l’appât du gain (Harold James)
  • Brève histoire de l’euphorie cryptographique (FMI)


Politique monétaire

  • La BCE sonne la fin de la "morphine monétaire" (La Tribune)
  • Comprendre le changement d’orientation de la politique monétaire de la BCE (Philippe Waechter)
  • La Fed relève ses taux face à une économie "en pleine forme" (Le Monde)
  • Politique monétaire : le Japon à contre-courant de la normalisation (La Tribune)
  • "Les Etats-Unis ne seront pas toujours la boussole des marchés financiers" (Le Monde)


GRAPHIQUE La politique monétaire de Fed reste expansionniste en 2018

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source : OFCE (2018)

Réformes

  • La loi sur la réforme ferroviaire en passe d’être définitivement adoptée (Le Monde)
  • FDJ, ADP et Engie : l’Etat lance son programme de privatisations (Le Monde)
  • Privatisations : de quoi l’Etat est-il (encore) propriétaire ? (Le Monde)
  • Président des riches ? (Télos)
  • Et de gauche, et de droite, mais pas en même temps (Charles Wyplosz)
  • Les réformes mises en place en France vont-elles corriger les problèmes structurels les plus graves de la France ? (Patrick Artus)


Budget

  • La fin de l’"exit tax" pourrait être plus coûteuse qu’initialement annoncé (Le Monde)
  • Les dindons de la TVA (Jean-Marc Vittori)
  • Quelles seront les politiques de stabilisation contracyclique dans le futur? (Patrick Artus)
  • Espagne : un Budget 2018 dans les clous, n’en déplaise à la Commission (OFCE)
  • Les emprunts russes sur la place de Paris (La Vie des idées)


Commerce international

  • Investissements étrangers : la France profite du Brexit (La Tribune)
  • Guerre de l’acier : les mesures de rétorsion contre Washington adoptées à l’unanimité par l’UE (Le Monde)
  • Commerce : les représailles des autorités chinoises ont été immédiates (Le Monde)
  • Le Canada va hâter la ratification du partenariat transpacifique pour contrer Trump (Le Monde)
  • Trump, Europe, Chine : la guerre des chiffres (Christian Chavagneux)
  • Trump veut absolument faire disparaître le déficit extérieur des Etats-Unis ; il ne va pas y parvenir (Patrick Artus)
  • Le protectionnisme ne sauvera pas nos emplois (Emmanuel Combe)
  • Commerce international : Donald Trump, l’art de se tirer une balle dans le pied ? (The Conversation)
  • Refonder l’OMC pour sortir de la crise : vers un multilatéralisme à géométrie variable ? (The Conversation)


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Finance internationale

  • Lever le voile (FMI)
  • Le yuan chinois continue sa conquête de l’Afrique (Le Monde)
  • Déséquilibre du financement en dollars des banques (FMI)


GRAPHIQUE Part des sorties d’IDE transitant par des sociétés fictives étrangères (en %)

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source : FMI (2018)

L'euro, l'Italie et les populismes


Zone euro : quelles réformes ?

  • Paris et Berlin proches d'un accord sur la réforme de la zone euro (La Tribune)
  • "Mieux vaudrait laisser les gouvernements libres de tenter les politiques de leur choix" (Jean Pisani-Ferry)
  • Le fantasme de l’union de transfert (Thomas Piketty)
  • La stratégie “non européenne” de l’Allemagne risque d’être dangereuse pour l’Allemagne (Patrick Artus)


Immigration

  • Migrants : l’Italie avait-elle le droit de fermer ses ports à l’"Aquarius" ? (Le Monde)
  • "Aquarius" : le piège tendu par l’extrême droite (Le Monde)
  • Immigration : l’Europe face au défi italien (Le Monde)
  • A la frontière franco-italienne, l’itinéraire périlleux des migrants (Le Monde)


Lien social


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Patrimoine offshore (en % du PIB)

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source : FMI (2018)

Débat sur les aides sociales en débat

  • Politique sociale d’Emmanuel Macron : du bon usage du "pognon" (Le Monde)
  • Y a-t-il "trop d’aides sociales" en France ? (L'Humanité)
  • Le modèle social français est bel et bien efficace (Alter éco)
  • RSA et prime d’activité dans le viseur du gouvernement (Alter éco)
  • Pourquoi les aides sociales ne sont pas des trappes à inactivité (Alter éco)
  • "Les aides sociales sont un élément central de solvabilisation des ménages pauvres" (Nicolas Duvoux)
  • Non-recours : des aides sociales qui n’atteignent pas leurs bénéficiaires (Le Monde)
  • "Trop de pognon" dans les aides sociales ? La face cachée du non-recours (The Conversation)


Inégalités scolaires

  • Mobilité sociale à l’école et inégalités scolaires (Alter éco)
  • Une étude épingle le fonctionnement inégalitaire du système éducatif français (Le Monde)
  • Comment mettre en place une « sélection équitable » à l’université ? (Le Monde)
  • Boursiers : quand Parcoursup entérine la discrimination sociale (Alter éco)
  • La simplification du bac aura-t-elle lieu ? (The Conversation)
  • La liberté pédagogique en débat (Marie Duru-Bellat)


Travail, emploi, chômage

  • Créations d'emplois : le ralentissement se confirme (La Tribune)
  • Assurance-chômage : l'Unedic envisage un quasi-équilibre en 2019 (La Tribune)
  • Taux d’activité et durée du travail : des impacts différenciés sur le taux de chômage (OFCE)
  • Les CDD nuisent à l’emploi des jeunes (Libération)
  • Salaires de la zone euro : c’est la productivité qui les fait progresser un peu plus vite, pas la baisse du chômage (Patrick Artus)
  • L’évanescente courbe de Phillips aux Etats-Unis (Michel Husson)
  • "L’organisation capitaliste du travail privilégie le pouvoir au profit " (Thomas Coutrot)


Progrès technique et emploi


GRAPHIQUE Densité robotique dans l'industrie (nombre de robots pour 100 travailleurs)

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source : FMI (2018)

Mobilisation collective

  • Grève à la SNCF : le front syndical montre des signes de faiblesse (Le Monde)
  • Fonction publique : ambiance tendue entre le gouvernement, la CGT, FO et Solidaires (Le Monde)


(Géo)politique





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lire le sociorama de Xavier Molénat

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