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vendredi 15 février 2019

Le ralentissement chinois et l’économie mondiale

« Il semble à présent que la Chine est entrée dans un véritable ralentissement. Il y a plein d’indicateurs majeurs qui le suggèrent. J’aurais dû accorder plus de poids, par exemple, au ralentissement des exportations européennes vers la Chine au cours de l’année 2018.

GRAPHIQUE 1 Variation des importations chinoises en provenance de l’UE (en %)

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Les importations totales de la Chine sont restées assez robustes jusqu’à ces deux derniers mois. Mais désormais elles baissent. Fortement.

GRAPHIQUE 2 Variation d’une sélection d’importations de la Chine (en %)

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Au sens profond, le ralentissement de la Chine ne devrait pas nous surprendre. La Chine a resserré sa politique conjoncturelle l’année dernière. L’équipe asiatique de Goldman a publié un graphique très intéressant début janvier qui montrait une forte consolidation dans "le déficit budgétaire augmenté" et il semble que les efforts de la Chine pour freiner la croissance du shadow banking et introduire un peu de discipline de marché dans le prêt ont réduit le flux de crédit vers les entreprises privées (…).

Par le passé, la Chine a régulièrement resserré de trop et freiné une économie qui dépend toujours structurellement du crédit pour générer de la demande interne (le revers de la forte épargne) tout en essayant de sevrer l’économie du crédit bancaire et du shadow banking. Regardez la faiblesse des importations chinoises dans le graphique ci-dessus fin 2014 et pour l’essentiel de 2015. Voilà le dernier cycle de "resserrement".

Mais l’ampleur de l’actuel ralentissement est maintenant de plus en plus manifeste dans un large ensemble de données, que ce soit les données de la Chine ou les données de ses partenaires à l’échange.

GRAPHIQUE 3 Variation des importations chinoises en provenance d'Asie, des Etats-Unis, de l'UE et du reste du monde (en %)

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Et cela soulève la question quant à savoir comment un ralentissement chinois impacterait le monde.

Il y a quelques bonnes nouvelles à ce propos. La Chine n’est (toujours) pas aussi importante qu’on le croit pour les biens manufacturés du reste du monde. Les importations globales (de biens) de la Chine sont significatives, autour de 2.000 milliards de dollars. Mais environ un tiers de ces importations concernent les produits de base, environ un tiers de ces importations concernent des composants destinés à être réexportés (dites-vous 800 milliards de dollars d’importations de composants relativement à des exportations d’environ 2.400 milliards de dollars) et un peu moins d’un tiers de ces importations sont des importations de biens manufacturés que la Chine utilise vraiment chez elle.

Et cela signifie que la Chine importe moins pour la demande mondiale de biens manufacturés que, par exemple, les Etats-Unis. Les importations chinoises de biens manufacturés pour usage propre (…) représentent pratiquement un tiers des importations américaines de biens manufacturés. Environ un peu moins d’un tiers.

GRAPHIQUE 4 Importations de biens manufacturés des Etats-Unis et de la Chine (en milliards de dollars)

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Les Etats-Unis n’utilisent pas leurs importations pour la réexportation, mais les exportations américaines de biens manufacturés sont si faibles (environ 5 % du PIB étasunien) que les importations pour la réexportation peuvent être largement ignorées. Le contenu importé des exportations américaines est toujours (…) relativement faible.

Conclusion : en ce qui concerne la fourniture du reste du monde en biens manufacturés, les Etats-Unis sont toujours sans équivalents. La Chine reste en deuxième division.

Cela ne signifie pas que la demande d’importations chinoises n’importe pas du tout : 600 milliards d’importations, ce n'est pas rien. Quand les importations chinoises augmentaient assez fortement fin 2017 et début 2018, cela fournissait un coup de pousse aux diverses régions autour du monde qui avaient une faible croissance de la demande et une faible devise. Bien sûr, je pense à l’Europe en général et à l’Allemagne en particulier. La part de l’Europe dans la hausse de 150 milliards de dollars des importations chinoises de biens manufacturés (nettes d’importations de composants) que l’on a pu observer de la fin de l’année 2016 au milieu de l’année 2018 représentait un montant proche de 30 milliards d’euros, ce qui est loin d’être négligeable.

Mais du côté manufacturier, le plus large impact de la Chine sur le reste du monde continue de découler de sa machine de l’export. Les exportations chinoises de biens manufacturés (nettes de composants) sont pratiquement 2,5 fois plus importantes que ses importations de biens manufacturés (nettes d’importations de composants). Dites-vous environ 1.500 milliards de dollars versus 600 milliards de dollars (pour 2018).

GRAPHIQUE 5 Les exportations et importations chinoises de biens manufacturés (en milliards de dollars)

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C’est pourquoi la récente stabilité de la devise chinoise importe. Pour l’instant (mais bien sûr les choses peuvent changer), la Chine ne cherche pas à compenser la faiblesse domestique via une dépréciation et une plus faible devise. Une chute de 10 % des importations chinoises est un choc plus faible pour la demande mondiale qu’une dépréciation qui réalloue la demande mondiale vers la Chine et accroît les exportations chinoises de 10 %.

Alors qu’une dépréciation chinoise constituerait un choc négatif pour l’économie mondiale, la volonté apparente de la Chine d’utiliser les outils budgétaires pour relancer son économie devrait aider le monde, du moins directionnellement. (…)

Il est bien sûr trop restrictif de ne voir que le commerce manufacturier : la Chine est maintenant une source très importante de demande pour les matières premières. Elle a de plus en plus le genre d’impact sur le marché du pétrole qu’elle a pu avoir sur le marché des métaux industriels. La Chine représentait un quart de la croissance de la demande mondiale de pétrole l’année dernière. Et les Etats-Unis sont de plus en plus importants comme source d’offre marginale de pétrole, l’inverse de son rôle traditionnel. (…)

Les prix de l’énergie actuels reflètent la confluence des anticipations d’une forte croissance de l’offre américaine (face aux réductions significatives des exportations vénézuéliennes et iraniennes) (…) et une plus faible croissance de la demande hors de Chine. Une chute dans la demande automobile de la Chine a un gros impact sur la production domestique chinoise (la plupart des voitures chinoises sont fabriquées en Chine, avec pour l’essentiel des composants chinoises, grâce au mur tarifaire chinois), un impact mesurable sur les profits de certaines entreprises étrangères ayant des partenariats fructueux avec la Chine, un impact modeste sur les exportations allemandes et, à la marge, un impact mesurable sur la croissance mondiale de la demande de pétrole.

Il ne fait pas de doute que la Chine importe pour le monde entier. Mais son impact sur le monde n’est pas totalement symétrique. (…) »

Brad Setser, « China's slowdown and the world economy », in Follow the Money (blog), 5 février 2019. Traduit par Martin Anota

mardi 12 février 2019

Les obstacles au plein emploi

« Est-ce que le plein emploi est soutenable ? Pour moi, c’est l’une des questions que pose la querelle entre, d’une part, Richard Murphy et, d’autre part, Jonathan Portes et Simon Wren-Lewis sur la règle budgétaire proposée par le parti travailliste. Richard décrit ainsi la différence entre eux : "Je suis en quête d’une économie stable, soutenable avec du plein emploi. Eux recherchent la restauration d’un modèle de monétarisme de banques centrales qui exista entre 1999 et 2008 au Royaume-Uni, avec les conséquences que l’on connait".

C’est parce que Portes et Wren-Lewis veulent utiliser la politique budgétaire pour relancer l’activité et ainsi éloigner l’économie de la borne inférieure zéro, de façon à ce que les taux d’intérêt puissent à nouveau être utilisées pour la stabilisation macroéconomique.

Mais il y a un problème avec ce que Richard désire. Les économistes s’accordent généralement pour dire qu’à partir d’un certain point un faible chômage entraîne une plus forte inflation. Déterminer ce point est une question empirique. Le fait que l’inflation ait été assez stable depuis le début des années quatre-vingt-dix alors que le chômage ne l’était pas m’amène à penser qu’il est bien plus bas que ce que pense la banque centrale (…). Ce qui nous amène à la question suivante : comment pouvons-nous freiner cette inflation ?

La vue conventionnelle, que rejoignent Simon et Jonathan, est qu’il faut accroître les taux d’intérêt. Mais Richard et les partisans de la MMT ont raison de dire que ce n’est pas la seule possibilité : en théorie, la hausse des impôts est également une option, comme une baisse des dépenses publique ou une inversion de l’assouplissement quantitatif. Pour moi, il s’agit là aussi d’une question empirique. Je ne suis personnellement pas défavorable à une certaine hausse des taux d’intérêt.

Toutefois, toutes ces politiques contrôlent l’inflation en déprimant la demande globale, si bien qu’elles tendent à accroître le chômage.

Les partisans de la MMT ont raison de dire que l’inflation est une contrainte sur l’endettement public. Mais c’est aussi une contrainte sur le plein emploi.

Maintenant, vous pouvez rejeter cela en invoquant l’idée d’une croissance tirée par les salaires. La perspective d’un plein emploi perpétuel (et les hausses de salaires et la forte demande qu’il génèrerait) peut encourager les entreprises à accroître leurs capacités de production et à investir en vue d’accroître leur productivité. Cela contribuerait à contenir l’inflation.

Nous savons que cela a fonctionné par le passé : ce fut le cas dans les années cinquante et soixante. Je crains cependant qu’il ne puisse pas être aussi fructueux cette fois. Dans les années cinquante, il y avait un réservoir d’investissements et d’innovations potentiels que les firmes pouvaient exploiter. Cela facilita de fortes dépenses en capital et des grains de productivité rapides. Il n’est pas certain qu’il y ait un tel réservoir aujourd’hui.

Nous savons aussi que la croissance tirée par les salaires s’est soldée par un désastre dans les années soixante-dix. Il y a en particulier deux dangers ici. Nous pouvons les qualifier de minskyen et kaleckien.

Le danger minskyen est celui selon lequel la stabilité finit par engendrer de l’instabilité. La croyance que la demande restera forte peut inciter les entreprises à surinvestir, ce qui réduit les profits ; ou bien elle encourage les banques à accorder des prêts plus risques ; ou elle pousse les cours boursiers à augmenter excessivement. Nous avons vu tout cela se produire au début des années soixante-dix. Je ne sais pas si Richard a raison de dire que des taux d’intérêt plus élevées peuvent amorcer une autre crise de la dette. Mais je pense qu’il minimise l’ampleur à laquelle le capitalisme peut générer des crises même sans taux d’intérêt significativement plus élevés.

Le danger kaleckien est le suivant : "sous un régime de plein emploi permanent, le licenciement cesserait de jouer son rôle de mesure disciplinaire. La position sociale du patron serait minée et la confiance et la conscience de classe chez les travailleurs augmenteraient. Les grèves pour des augmentations de salaires et des améliorations des conditions de travail créeraient des tensions politiques".

Comme nous l’avons vu dans les années soixante-dix, cela peut entraîner un moindre investissement et donc une plus faible demande globale et une hausse du chômage. Je pense que cela sera un problème pour tout gouvernement recherchant le plein emploi : les capitalistes ont connu plusieurs décennies de chômage et considèreraient son absence comme étrange, et cela peut déprimer les esprits animaux.

Il y a, par conséquent, de gros obstacles à un plein emploi durable dans une économie capitaliste : une garantie de l’emploi, telle que je la saisis, met en lumière ces obstacles davantage qu’elle les surmonte.

A mes yeux, c’est pourquoi plusieurs débats à propos de la macroéconomie me laissent froid. Ils négligent l’éventualité qu’il puisse exister de sévères limites, dans une économie capitaliste, à l’efficacité des politiques, même pour les meilleures d’entre elles. »

Chris Dillow, « Obstacles to full employment », in Stumbling & Mumbling (blog), 5 février 2019. Traduit par Martin Anota

dimanche 10 février 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Bagage économique mitigé pour 2019 (Nouriel Roubini)
  • Le triste état de l’économie mondiale (Project Syndicate)
  • Les deux causes essentielles et nouvelles des cycles de l’économie mondiale : le cycle de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis, le stop and go de l’économie chinoise (Patrick Artus)
  • Ne pas sous-estimer les facteurs favorables à l’économie de la zone euro en 2019 (Patrick Artus)
  • Le choc chinois à venir (Project Syndicate)
  • Que penser du ralentissement de la croissance de la Chine ? (Patrick Artus)
  • Des crises économiques à la crise de sens, le besoin d’une prospérité partagée (The Conversation)


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source : The Economist (2019)

Inflation

  • L’inflation est-elle au coin de la rue ? (D'un champ l'autre)
  • Pour savoir si l’inflation revient, il faut regarder le marché du travail, mais aussi le marché des biens et services (Patrick Artus)


Entreprises et marché

  • Après le refus de leur fusion par Bruxelles, Alstom et Siemens temporisent (Le Monde)
  • Les leçons du rejet de la fusion Alstom-Siemens (The Conversation)
  • Alstom-Siemens, politique de la concurrence ou politique des champions européens (Télos)
  • Les tensions restent vives entre Renault et Nissan (Le Monde)
  • L'exemple de la France permet d'illustrer les effets pervers de la désindustrialisation (Patrick Artus)
  • Heroin Highways (Microecomania)


Environnement et ressources publiques

  • Climat 2018 : les courbes, les cartes… et le Soleil (Le Monde)
  • Climat et économie : le CO2 explique tout (Le Monde)
  • La science éco au défi du changement climatique (Le Monde)
  • Au Royaume-Uni, le réchauffement climatique fait raccourcir les frites (Le Monde)
  • En Afrique du Sud, un risque de sécheresse multiplié par trois avec le changement climatique (The Conversation)


Politique environnementale

  • Comment réconcilier taxe carbone et pouvoir d’achat ? (Christian de Perthuis)
  • Mettre un terme à l'addiction au charbon en Allemagne (Project Syndicate)
  • Faisons encore mieux que les prix Nobel : rendons la taxe carbone à la fois écologique et sociale… (Télos)
  • Peut-on concilier capitalisme et écologie ? Écoutons à nouveau Ignacy Sachs ! (The Conversation)


Monnaie et finance

  • L’arrêt de la normalisation de la Federal Reserve (Philippe Waechter)
  • Comment faire fonctionner des taux d’intérêt négatifs ? (FMI)
  • La stabilité financière en période d’anormalité (Kenneth Rogoff)
  • Les crises financières graves sont des crises de la dette finançant des actifs illiquides, pas des crises boursières (Patrick Artus)
  • Une deuxième chance de réparer la finance (Project Syndicate)
  • Les dividendes versés par les entreprises françaises sont-ils trop élevés ? (Patrick Artus)




Dette publique

  • Budget : la Cour des comptes étrille les prévisions du gouvernement (La Tribune)
  • Dette publique : ne répétons pas les erreurs du passé ! (Brad DeLong)
  • Pourquoi le taux d’endettement public a-t-il autant augmenté dans les pays de l’OCDE ? (Patrick Artus)
  • Les coûts microéconomiques de la stabilité budgétaire (Patrick Artus)
  • Dettes publiques : l’hypothèse du "défaut lent" (Patrick Artus)


Fiscalité


Commerce international

  • Pourquoi le déficit commercial s'est creusé à 59 milliards d'euros en 2018 (La Tribune)
  • L’étonnante atonie des exportations françaises (CEPII)
  • L’accord commercial UE-Japon, géant inaperçu (CEPII)


GRAPHIQUE Évolution des parts de marché dans les exportations mondiales de biens et de services (base 100 en 1999)

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source : CEPII (2019)

Finance internationale

  • Toujours associer l’analyse de la balance courante à celle des flux de capitaux (Patrick Artus)
  • Plus aucun pays ne peut avoir de déficit extérieur sauf les Etats-Unis (Patrick Artus)
  • Les dangers de la dette en devises (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Pourquoi la reprise a tardé ? La crise de l'euro au prisme de la crise du SME (D'un champ l'autre)
  • Commerce extérieur : "Le Brexit peut mener à une situation chaotique" (Sébastien Jean)
  • Brexit : le jeu de la poule mouillée (OFCE)
  • L’Allemagne compromet-elle la survie de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Le maillon faible de la zone euro est-il l'Allemagne ? (Patrick Artus)


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source : The Economist (2019)

Inégalités


GRAPHIQUE Part des patrimoines hérités dans le patrimoine total en France (en %)
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source : Alter éco (2019), d'après les données de Piketty

Travail, emploi chômage

  • Après l'euphorie, les créations d'emploi ont plongé en 2018 de... 67% (La Tribune)
  • Le chômage paie-t-il plus que le travail ? (Alter éco)
  • Les Allemandes travaillent moins que les Françaises (OFCE)
  • Comprend-on l’écart entre les taux d’emploi de l’Allemagne et de la France ? (Patrick Artus)
  • Salariés précaires : comment les contrats courts ont été multipliés par quatre en trente ans (Le Monde)
  • La polarisation de l’emploi est une question politique (Alter éco)
  • De quoi vient l’accélération des salaires et des coûts salariaux unitaires de la zone euro ? (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Part des personnes en contrat court de 1982 à 2017 (en %)

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source : INSEE (2019)

Politique de l'emploi

  • Les dépenses en faveur de l'emploi : une efficacité remise en cause (La Tribune)
  • Pouvoir d’achat : une prime pour l’activité … à temps plein (OFCE)
  • Le maigre bilan des baisses des cotisations (Michel Husson)
  • Le défi des bons emplois (Dani Rodrik)


Mobilisation collective

  • Les Gilets jaunes, l’expression du peuple et la représentation (Télos)
  • "Les aspirations des classes populaires et moyennes ne sont pas prises en compte" (Louis Maurin)
  • Les syndicats font-ils encore le poids ? (Alter éco)
  • Les paysans indiens pourront-ils faire fléchir le gouvernement Modi ? (The Conversation)


Politique

  • La loi anticasseurs fracture la majorité (Le Monde)
  • Pourquoi Emmanuel Macron remonte dans les sondages (La Tribune)
  • Donald Trump, président une fois par an (Le Monde)
  • "Ayez confiance ! Ayez confiance !" : quand Donald Trump entre en campagne (The Conversation)
  • Au Venezuela, deux présidents pour une Constitution (The Conversation)
  • La corruption peut-elle assassiner la démocratie ? Leçons du Venezuela (The Conversation)
  • Réseaux d’influence : fin de la réserve parlementaire, quid de la réserve ministérielle ? (The Conversation)
  • Le bidonville, un objet politique à géométrie variable (The Conversation)


Géopolitique

  • Crise entre la France et l’Italie : les contradictions de Luigi Di Maio (Le Monde)
  • Venezuela : soutenir sans intervenir (Le Monde)
  • Illibéralisme : comment l’indulgence des voisins du Venezuela a précipité le pays dans la crise (The Conversation)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

vendredi 8 février 2019

Des questions légitimes à propos de la pauvreté dans le monde (et de sa mesure)

« J’ai été indirectement impliqué dans le débat sur les tendances à long terme dans la pauvreté mondiale qui enrage ces derniers jours sur internet, un débat qui a été amorcé par certaines déclarations de Steven Pinker et Bill Gates et qui a ensuite été alimenté par une réfutation de celles-ci par Jason Hickel. (...)

(…) Il y a (selon moi) au moins quatre problèmes que Hickel a correctement mis en avant. (Il utilise d’autres arguments aussi, mais je ne les commenterai pas.)

Premièrement, les données de Maddison et du projet Maddison, qui sont les seules disponibles pour traiter à la fois de la pauvreté mondiale et des inégalités mondiales et que j’utilise moi-même dans mes travaux, tendent, comme les calculs du PIB, à surestimer la hausse du revenu réel là où l’on passe d’activités qui n’étaient pas marchandisées aux mêmes activités mais qui entrent désormais dans la sphère marchande. Le PIB, comme on le sait très bien, est fait de façon à ne mesurer que des activités essentiellement monétarisées. A l’époque de l’industrialisation, aussi bien qu’aujourd’hui au cours de la révolution des technologies d’information et de communication, une telle sous-estimation est susceptible d’être significative. Il est étrange que les gens aujourd’hui remettent en question cela, alors que nous connaissons une période similaire de marchandisation et de hausse de la part d’activités qui entrent désormais dans la sphère marchande alors qu’elles en étaient jusqu’alors exclues. Jusqu’à Airbnb et Uber, vous ne contribuiez pas au PIB lorsque vous hébergiez des amis d’amis ou que vous les déposiez à l’aéroport. Aujourd’hui, ces services le sont parce que vous êtes payés pour les réaliser. (La même chose est exacte pour des activités domestiques qui étaient habituellement réalisées sans contrepartie monétaire essentiellement par les femmes et qui, à un certain moment, sont entrées dans la sphère marchande.)

Plus importants ont été (comme l’a souligné Hickel) les changements qui sont survenus au cours de la Révolution industrielle. Plusieurs activités réalisées au sein des ménages ont été monétarisées alors que des gens étaient souvent physiquement chassés ou privés de terres, d’eau et d’autres droits dont ils jouissaient jusqu’alors gratuitement. Je n’ai pas besoin de développer trente-six exemples ici ; prenons juste l’exemple des enclosures ou de la dépossession des terres des Africains. Ce n’était pas seulement un transfert de richesse, mais une réduction significative de revenus pour ceux qui avaient le droit d’utiliser et de jouir des fruits de la terre, de l’eau ou d’autres ressources. Leur moindre accès aux biens et services n’a pas été enregistré dans une quelconque statistique du revenu. Il est donc raisonnable de penser que les taux de croissance du PIB et la baisse de la pauvreté sont surestimés.

Deuxièmement, les données sur la répartition du revenu pour le dix-neuvième siècle que nous avons tous utilisées proviennent presque entièrement de l’étude séminale de François Bourguignon et Christian Morrisson. Il y a deux études plus récentes, la première de van Zanden, Baten, Foldvari et van Leewen et une seconde que j’ai réalisée, qui ont utilisé une méthodologie quelque peu différente (notamment des sources plus diversifiées) de façon à vérifier la robustesse des constats de Bourguignon et Morrisson. Les deux analyses concluent que les résultats de Bourguignon et Morrisson sont valides, mais dans ces deux analyses le nombre ou la fiabilité de ces nouvelles sources sont extrêmement limités. (J’utilise des tables sociales pour estimer les répartitions au dix-neuvième siècle. Mais le nombre de tables sociales que nous avons à notre disposition est très limité, que ce soit en termes de pays couverts ou de couverture temporelle.)

De plus, les distributions originelles de Morrisson ont certes été rendues disponibles par l’auteur, mais elles n’ont pas de sources. Donc, on ne peut pas dire si elles sont justes ou non. De plus, même si les distributions de certains pays en particulier étaient exactes, plusieurs d’entre elles sont faites pour représenter une grande variété de pays (disons, la Colombie, le Pérou et le Venezuela ; ou la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Kenya ; les "45 pays asiatiques"; ou les "37 pays africains" ont tous les mêmes distributions) parce que Bourguignon et Morrisson divisent le monde en 33 "régions", simplement parce qu’il ont manqué d’informations concernant la plupart des pays.

La fragilité de telles distributions a un effet particulièrement fort sur les chiffres de la pauvreté. Elle affecte un peu moins les inégalités, parce que, à partir d’autres sources (fragmentaires) nous savons quelles sont les fourchettes dans lesquelles les inégalités se situent. Mais nous le savons moins pour la pauvreté. Au bout du compte, les répartitions de revenu pour le dix-neuvième siècle sont, le moins que l’on puisse dire, fragiles.

Troisièmement, Hickel questionne l’usage du seuil de pauvreté absolue à 1,90 dollars PPA. Il y a un large débat sur celui-ci et je ne vais pas rentrer davantage dedans ; il suffit de voir les critiques faites par Thomas Pogge et Sanjay Reddy (en ce qui concerne la sous-estimation du niveau des prix auquel font face les pauvres), on a bien montré qu’il y avait beaucoup d’arbitraire avec le seuil de pauvreté, fixé d’abord à 1 dollar PPA et désormais à 1,90 dollar PPA (voir par exemple Angus Deaton ici) ou plus récemment la remise en cause méthodologique de l'approche de la Banque mondiale développée par Bob Allen (ici). Hickel mentionne simplement ces questions. Elles sont importantes et elles ne doivent pas être ignorées.

Quatrièmement, Hickel fait un point plus philosophique à propos duquel les économistes (contrairement aux anthropologues ou aux historiens) sont moins bien équipés : les coûts humains de la Révolution industrielle, de l’Angleterre au travail forcé (et probablement dix millions de morts) au Congo et à Java à la famine au Bengale (plus de 10 millions de morts) en passant par la collectivisation soviétique (plus de 5 millions de morts) et au Grande Bond en avant de la Chine (environ 20 millions de morts). Les morts entrent dans nos calculs seulement dans la mesure où leur décès affecte l’espérance de vie estimée. (Et dans l’article de Bourguignon et Morrisson il y a une tentative pour calculer les inégalités mondiales au cours des deux derniers siècles en prenant en compte aussi les changements dans l’espérance de vie). Mais, sinon, en ce qui concerne les calculs de pauvreté, les morts ont l’effet pervers de réduire la population et d’accroître la production par tête (donc la productivité marginale de ceux qui sont morts comme travailleurs forcés ou de la famine est nulle ou proche de zéro). Jason a raison de souligner ce point.

L'effet de ce dernier point est cependant ambigu. D’un côté, cela (si nous parvenons à le mesurer) accroîtrait les coûts de l’industrialisation et réduirait les gains, comparativement à l’ère préindustrielle, mais, d’un autre côté, cela améliorerait la position relative du présent au regard de l’ère de l’industrialisation, simplement parce que de telles famines massives ne surviennent pas aujourd’hui ou du moins surviennent moins fréquemment (par exemple la Corée du Nord et avant cela l’Ethiopie).

Pour conclure. Selon moi, Jason Hickel a mis en évidence plusieurs problèmes réels dont la plupart des économistes ont conscience (et sur lesquels ils ont fréquemment écrit). Malheureusement, d’autres économistes, une fois qu’un graphique est créé, tendent à utiliser les résultats moins scrupuleusement ou moins soigneusement de façon à tenir des propos d’ordre politique. C’est pourquoi il est utile d’attirer l’attention sur ces problèmes (…). »

Branko Milanovic, « Global poverty over the long-term: legitimate issues », in globalinequality (blog), 6 février 2019. Traduit par Martin Anota https://glineq.blogspot.com/2019/02/global-poverty-over-long-term.html

lundi 4 février 2019

Tout est en place pour une récession mondiale

« La dernière crise économique mondiale (…) a une cause simple (…) : une énorme bulle immobilière alimentée par la dette s’est formée aux Etats-Unis et en Europe et elle a ébranlé l’économie mondiale quand elle éclata. La précédente récession de 2001, moins sévère, avait aussi une seule cause : l’éclatement d’une bulle des actions et l’investissement des nouvelles technologies (qui se souvient de Pets.com ?). La récession (…) de 1990-1991 est une histoire plus compliquée. C’était une récession bigarrée, un ralentissement résultant de plusieurs causes allant des difficultés des caisses d’épargne américaines à un trop-plein d’immeubles de bureaux en passant par la chute des dépenses militaires avec la fin de la Guerre froide.

Selon moi, la prochaine contraction de l’activité résultera également d’un enchevêtrement de problèmes plutôt que d’une unique cause. Et, au cours des derniers mois, nous avons commencé à voir ce à quoi elle pourrait ressembler. Rien n’assure qu’une récession est sur le point d’éclater, mais certaines de nos craintes commencent à se réaliser. Aujourd’hui, je distingue quatre menaces distinctes pour l’économie mondiale. (J’en oublie peut-être d’autres).

La Chine : Beaucoup, notamment moi-même, prédisent une crise chinoise depuis longtemps, mais jusqu’à présent elle n’est pas survenu. L’économie chinoise est très déséquilibrée, avec trop d’investissement et trop peu de consommation ; mais jusqu’à présent, le gouvernement a réussi à éviter le précipice en stimulant la construction et en ordonnant aux banques de faciliter l’accès au crédit. Mais l’heure de vérité est-elle enfin arrivée ? Au vu la résilience passée de la Chine, il est difficile d’en être certain. Pour autant, les récentes données sur l’industrie chinoise ont de quoi inquiéter. Et des difficultés en Chine auraient des répercussions au niveau mondiales. Nous avons tendance à ne considérer la Chine que comme un poids lourd à l’exportation, en oubliant qu’elle est aussi un gros acheteur de biens, notamment de produits de base comme le soja et le pétrole ; aux Etats-Unis, les fermiers et producteurs d’énergie seraient très malheureux si l’économie chinoise se contractait.

L’Europe : Pendant plusieurs années, la faiblesse économique de l’Europe, due au vieillissement démographique et à l’obsession de l’Allemagne pour les excédents budgétaires, fut masquée par la reprise consécutive à la crise de l’euro. Mais la période de bonne chance semble s’achever avec l’incertitude entourant le Brexit et la crise au ralenti de l’Italie sapant la confiance ; comme avec la Chine, les données récentes sont inquiétantes. Et comme la Chine, l’Europe joue un rôle important dans l’économie mondiale, si bien que ses difficultés se répercuteraient sur le reste du monde, notamment sur les Etats-Unis.

La guerre commerciale : Au cours des dernières décennies, les entreprises autour du monde ont investi beaucoup d’argent en partant de l’hypothèse que le protectionnisme d’antan était pleinement révolu. Mais Donald Trump n’a pas seulement réinstauré des droits de douane élevés, il a montré une volonté de violer l’esprit, si ce n’est la lettre, des accords commerciaux existantes. Vous n’avez pas besoin d’être un libre-échangiste doctrinaire pour croire que cela pourrait avoir des effets dépressifs sur l’économie. Pour l’instant, les chefs d’entreprise ont pensé que les choses resteraient sous contrôlé, que les Etats-Unis et la Chine finiraient par conclure un accord. Mais ce sentiment se dissipe soudainement si et quand les entreprises réalisent que ce sont les partisans de la ligne dure qui sont aux commandes.

Le shutdown : ce n’est pas juste quelques fonctionnaires qui n’ont pas été payés. Il y a aussi des fournisseurs qui ne seront jamais remboursés pour leurs pertes, des bénéficiaires de coupons alimentaires qui n’auront plus rien si le blocage se poursuivait, et ainsi de suite. Les estimations conventionnelles du coût du shutdown sont certainement trop faibles, parce qu’elles ne prennent pas en compte les perturbations qu’un gouvernement dysfonctionnel imposent sur chaque domaine de la vie. Comme dans le cas d’une guerre commerciale, les chefs d’entreprise croient que le shutdown va bientôt être résolu. Mais comment vont se comporter l’investissement et l’emploi si et quand les entreprises américaines en concluront que (…) cela pourrait continuer pendant plusieurs mois ?

Donc il y a plein de choses qui vont mal, et beaucoup d’entre elles menacent l’économie. A quel point cela sera-t-il mauvais ? La bonne nouvelle est que même si tous ces événements se concrétisaient, ils ne devraient pas avoir un impact aussi important que le coup dur qu’a connu l’économie mondiale en 2008 avec la crise financière. La mauvaise nouvelle, nous sommes bien incertains de que les responsables de la politique économique peuvent et vont faire en réaction lorsque les choses s’envenimeront.

La politique monétaire (en l’occurrence les baisses de taux d’intérêt par les banques centrales) constitue normalement la première ligne de défense contre une récession. Mais la Fed a une marge très limitée pour réduire ses taux, dans la mesure où ces derniers sont déjà faibles, et en Europe, où les taux sont négatifs, il n’y a pas de marge du tout.

La politique budgétaire (les hausses temporaires dans les dépenses publiques et les prestations sociales versées aux travailleurs vulnérables) est habituellement utilisée comme soutien à l’assouplissement monétaire. Mais est-ce qu’un président qui détient les travailleurs fédéraux en otage parce qu’il tient à un mur inutile sera capable d’adopter un plan de relance sérieux au moment crucial ? Et, en Europe, toute proposition pour une relance budgétaire fera probablement face à l’habituel "nein" allemand.

Au final, faire face à un quelconque type de récession mondiale nécessite un minimum de coopération internationale. Est-ce que cela sera possible au vu des personnes qui en ont actuellement la charge ?

A nouveau, je ne dis pas qu’une récession mondiale est nécessairement sur le point de survenir, mais les risques sont clairement en train de s’accroître : Les conditions pour que survienne une telle récession sont maintenant en place, bien plus sûrement qu’il y a quelques mois. »

Paul Krugman, « The sum of some global fears », 24 janvier 2019. Traduit par Martin Anota

dimanche 3 février 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises



source : Philippe Waechter (2019)

Entreprises et concurrence

  • Huawei : pourquoi certains pays se méfient-ils autant de l’entreprise chinoise ? (Le Monde)
  • Une vraie source d’inquiétude au sujet de l’économie américaine : le retour des rentes d’oligopole, la concentration croissante des entreprises (Patrick Artus)
  • Les dégâts du contrôle des loyers (France 1914-1948) (Métropolitiques)
  • Makers and takers (Microecomania)


Environnement et ressources naturelles

  • Climat: 2018, l’année extrême (Le Monde)
  • Rendez-nous la taxe carbone ! (Télos)
  • François de Rugy, un peu moins critique sur la filière nucléaire que par le passé (Le Monde)
  • Comment expliquer la hausse de la consommation de charbon dans le monde ? (The Conversation)


Finance


Politique monétaire

  • La Fed doit-elle être contrainte ? (D'un champ l'autre)
  • La Fed ne rehaussera pas ses taux dans l'immédiat pour le plus grand bonheur de Trump (La Tribune)
  • La politique monétaire de la BCE, un désastre pour la Bundesbank ! (Project Syndicate)
  • La politique des gouverneurs de banque centrale est-elle liée à leur parcours personnel ? (Ariell Reshef)
  • La fin du cash ? Pas tout à fait, et c’est tant mieux (Alter éco)


Fiscalité

  • Budget 2019 : du pouvoir d'achat mais du déficit (OFCE)
  • Taxation des Gafa : l’OCDE lance deux révolutions historiques ! (Alter éco)
  • Exil fiscal : comment Bruno Le Maire veut taxer les grands patrons (La Tribune)
  • La réforme fiscale de Trump a eu peu d'effet sur l'investissement (La Tribune)
  • L’impôt, trop souvent dans le rôle du suspect idéal (Anne-Laure Delatte)


GRAPHIQUE Taux de prélèvements sur les ménages et les entreprises en France (en %)

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source : OFCE (2019)

Commerce international

  • France : moins d’un quart des emplois exposés à la mondialisation (Christian Chavagneux)
  • Le G7, un moteur du multilatéralisme (Banque de France)
  • Chine-Japon : le face à face du marché de la fermeture éclair (The Conversation)
  • Ni à court terme, ni à long terme, des droits de douane aux Etats-Unis sur les importations depuis la Chine ne réduiront ces importations (Patrick Artus)
  • Les "nouvelles routes de la soie" : essai d'évaluation (2/4) La Ceinture, les Corridors et les Routes (CEPII)


Finance internationale

  • La configuration des excédents et déficits extérieurs, et ses conséquences (Patrick Artus)
  • Niveau très élevé d’épargne des Chinois : pas une si bonne nouvelle pour la Chine (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Le Royaume-Uni défie l’Europe (Alter éco)
  • La réforme de la politique agricole commune attendra (Le Monde)
  • Le ralentissement de l’économie allemande va-t-il rendre l’Allemagne plus coopérative ? (Patrick Artus)


Inégalités et justice sociale


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source : Le Monde (2019), d'après les données de Branko Milanovic

Travail, emploi, chômage

  • Les contrats courts, éternelle pomme de discorde (Alter éco)
  • Les seniors, principales victimes de la crise (Guillaume Duval)
  • Etats-Unis, zone euro : taux de chômage et productivité (Patrick Artus)
  • Que se passerait-il en cas de hausse importante des salaires en France ? (Patrick Artus)
  • Les raisons profondes de la baisse de la part du travail dans le PIB (Patrick Artus)
  • Pourquoi la crise de 2008-2009 a-t-elle fortement réduit le pouvoir de négociation des salariés ? (Patrick Artus)
  • Des primes de performance pour motiver les salariés ? Ce n’est pas forcément une bonne idée… (The Conversation)
  • Le mécanicien de rue, un expert de la "débrouille" au cœur de la précarité (The Conversation)


Mobilisation collective

  • Manifestants, interpellations, blessés… Bilan chiffré de la mobilisation des "gilets jaunes" (Le Monde)
  • Sentiment d’injustice et révolte sociale (Pierre Merle)
  • Comment les violences policières sont devenues le principal ciment des "gilets jaunes" (Le Monde)
  • Dans le Facebook des "gilets jaunes" : le vrai du faux des affirmations (Le Monde)
  • Les "gilets jaunes", une transition populiste de droite (Luc Rouban)
  • De la place Tahrir aux "gilets jaunes", les nouvelles formes de l’indignation (The Conversation)


GRAPHIQUE Le soutien aux "gilets jaunes" selon la catégorie sociale (%)

source : Luc Rouban (2019)

Politique





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

jeudi 31 janvier 2019

L’euro : vingt ans de succès et d’échecs

« En Europe, il y a vingt ans ce mois-ci, onze devises nationales historiques ont disparu et furent remplacées par une nouvelle monnaie : l’euro. Depuis, l’euro a connu des succès et des échecs. Passons en revue l’expérience de l’euro au cours de ses deux premières décennies. Là où il y a eu des échecs, dans quelle mesure ces derniers résultaient d’erreurs techniques évitables ? Combien d’échecs survinrent parce que des avertissements furent ignorés ? Dans quelle mesure ces échecs furent la conséquence inévitable d’une détermination à construire une union monétaire en l’absence de volonté politique pour soutenir les changements fondamentaux nécessaires pour qu’une telle union fonctionne ? Les trois réussites initiales

On oublie trois réussites initiales. Premièrement, la transition des monnaies nationales à l’euro en janvier 1999 s’est déroulée sans difficultés. A l’époque, on ne pensait pas que ce serait forcément le cas. Souvenez-nous des crises de devises européennes en 1992 et 1993 ou des plus récentes démonétarisations ailleurs. Deuxièmement, l’euro est instantanément devenu la deuxième devise internationale selon pratiquement toutes les mesures de l’usage international des devises. Troisièmement, l’incitation à être admis dans le club mena à des réformes favorables dans plusieurs pays candidats, en particulier les pays en Europe centrale et orientale qui rejoignirent la zone euro en 2002.

Sept échecs


Il y a eu peut-être plus d’échecs que de réussites. Considérons sept échecs.

  • Premièrement, il y a le problème des chocs asymétriques ou non synchronisés. Plusieurs économistes américains, en particulier, avaient alerté au préalable que les économies européennes manquaient de synchronisation conjoncturelle et d’autres critères clés pour qu’un groupe de pays constituent une "zone monétaire optimale". Il est plus facile d’abandonner l’indépendance monétaire si les besoins de votre économie sont les mêmes que ceux des pays avec lesquels vous allez adopter une politique monétaire unique. Il est aussi plus facile de le faire si vous avez des moyens alternatifs pour ajuster votre économie aux chocs, par exemple si les travailleurs peuvent facilement aller d’une région à l’autre ou s’il existe des mécanismes de transferts supranationaux permettant d’absorber les impacts locaux. Les pays européens disposaient moins de tels mécanismes alternatifs d’ajustement que, par exemple, les cinquante Etats fédérés qui composent les Etats-Unis et qui partagent la même monnaie.


Ces craintes se révélèrent exactes. Prenons un exemple, les Irlandais en 2004-2006 avaient besoin d’une politique monétaire bien plus stricte que celle que suivait alors la BCE, parce qu’ils connaissaient alors une bulle spéculative et une surchauffe de leur économie. Mais, bien sûr, ils avaient abandonné la possibilité de réévaluer leur monnaie ou de relever leurs taux d’intérêt. Inversement, durant la période 2009-2013, l’Irlande avait besoin d’une politique monétaire plus souple que celle adoptée par la BCE, parce qu’elle affrontait alors une sévère récession. Mais malheureusement pour elle, elle n’avait plus la possibilité de dévaluer, d’imprimer de la monnaie ou de réduire ses taux d’intérêt.

  • Deuxièmement, il y a eu de larges déficits de comptes courants dans les pays périphériques dans la première décennie de l’euro. A l’époque, de larges flux de capitaux vers la périphérie étaient considérés comme la preuve d’une intégration financière efficace. Avec le recul, les déséquilibres furent considérés comme moins bénins, attribuables en partie à la hausse des coûts du travail unitaires de la périphérie relativement à ceux de l’Allemagne.

  • Le troisième échec tient au niveau élevé des déficits budgétaires et de la dette publique dans certains pays, en particulier la Grèce. Le problème de l’aléa moral dans la politique budgétaire nationale (c’est-à-dire le fait que la croyance que le pays serait renfloué en cas de crise entraîne une érosion de la discipline budgétaire) n’était pas très présent dans les travaux académiques. (Ces derniers se focalisaient plutôt sur la question de la zone monétaire optimale.) Mais poussés par les contribuables allemands qui s’inquiétaient à l’idée d’avoir à renflouer les pays dépensiers du contour méditerranéen, les architectes de la zone euro identifièrent correctement l’aléa moral budgétaire comme une vulnérabilité centrale. Ils essayèrent vraiment de répondre à ce problème. Ils adoptèrent (1) les critères de Maastricht, notamment l’obligation pour chaque pays d’avoir un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB ; (2) la clause de "non-renflouement" et (3) plus tard, le Pacte de Stabilité et de Croissance, qui pérennisaient les obligations budgétaires.


En pratique, les règles budgétaires furent mal respectées. Presque tous les membres de la zone euro violèrent la règle des 3 %, même l’Allemagne. Les gouvernements affirmèrent régulièrement que les cibles budgétaires seraient respectées à l’avenir, des affirmations qui découlèrent notamment de prévisions de croissance systématiquement excessivement optimistes. Les responsables politiques durant la première décennie n’indiquèrent jamais prévoir un déficit budgétaire supérieur à 3 %, même s’ils avaient souvent connu des déficits excessifs au cours des précédentes années. Quand les déficits dépassaient les 3 %, les dirigeants évoquaient des "chocs négatifs inattendus".

  • Quatrièmement, quand les gouvernements des pays périphériques eurent soudainement la capacité d’emprunter à de faibles primes de risque souverain par rapport aux taux d’intérêt allemands, cela fut interprété comme une bonne nouvelle. Que les pays fortement endettés n’aient pas à payer des pénalités d’intérêt, contrairement à des Etats fédérés étasuniens comme l’Illinois, devait être interprété comme un signal que le problème de l’aléa moral n’avait pas été résolu.

Beaucoup ont parlé que cela constituait une erreur fatale de ne pas avoir transféré davantage de la politique budgétaire au niveau supranational, un échec qui devint manifeste lors de la crise de la zone euro et qui est aussi problématique dans le cas de l’Italie aujourd’hui que dans les pays périphériques en 2010. (La même chose s’applique à la réglementation bancaire. Quelques économistes soulignèrent correctement la nécessité d’une réglementation bancaire paneuropéenne si l’union monétaire se concrétisait, mais cet avertissement fut ignoré.) Il n’est peut-être pas juste de parler d’"erreurs", puisque l’opposition politique à l’encontre d’une fédéralisation de ces fonctions aurait été puissante à l’époque, comme elle l’est toujours d’aujourd’hui.

Dans d’autres domaines, cependant, les dirigeants ont mis des buts contre leur propre camp.

  • La BCE a commis l’erreur de relever ses taux d’intérêt en juillet 2008 et deux fois en 2011, malgré la récession mondiale.

  • Quand la crise grecque éclata au début de l’année 2010, les dirigeants européens ne l’ont pas gérée correctement. Ils avaient la possibilité de contenir le feu de forêt. Ils ont au contraire contribué à la propager. La première erreur a été l’échec à envoyer rapidement la Grèce au FMI. Bruxelles et Francfort pensaient que l’histoire des pays émergents n’était pas pertinente pour un pays-membre. La deuxième erreur fut le refus d’effacer rapidement la dette publique grecque, malgré l’analyse de soutenabilité de la dette montrant que la trajectoire du ratio dette publique sur PIB serait explosive même avec une forte austérité budgétaire.

  • L’insistance après 2009 sur l’austérité (appliquée en particulier à la Grèce, mais aussi à d’autres pays) a été une énorme erreur. Plus spécifiquement, la troïka (la Commission européenne, la BCE et le FMI) en 2010 sous-estima la chute de revenu qui suivrait l’adoption de plans d’austérité dans les pays périphériques. Même en laissant de côté le coût économique de la récession et le coût politique de la colère populiste qui lui est associée, l’austérité budgétaire ne pouvait atteindre l’objectif de ramener la dette publique de la Grèce et d’autres pays sur une trajectoire soutenable. Au contraire, la chute du PIB fut plus ample que celle de la dette, avec pour conséquence que les ratios dette publique sur PIB s’accrurent plus rapidement. (…)

Les troisième et septième échecs relèvent de la procyclicité de la politique budgétaire. La combinaison de fortes dépenses publiques en 2001-2007 et de l’austérité en 2010-2018 fit de la politique budgétaire grecque l’une des plus procyclique au monde. Les dépenses publiques dans d’autres pays périphériques se montrèrent aussi procycliques. Or une politique budgétaire procyclique exacerbe l’amplitude des cycles d’affaires. (…) »

Jeffrey Frankel, « Successes and failures of the euro’s first 20 years », in Econbrowser (blog), 28 janvier 2019. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Quelles ont été les répercussions de l'austérité dans la zone euro ? »

« Rattrapage entre pays-membres et optimalité de la politique monétaire unique »

« Les contrecoups de l’unification monétaire »

lundi 28 janvier 2019

Qu'est-ce qui justifie de taxer davantage les plus hauts revenus ?

« Quand les gens prétendent que le néolibéralisme est un concept creux, je leur rappelle ce qui s’est passé du côté du taux marginal d’imposition du revenu depuis environ 1980, pas seulement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, mais aussi dans d’autres pays. Voici un graphique du taux marginal d’imposition aux Etats-Unis au cours du dernier siècle (trouvé dans un article de Martin Sandbu). Eisenhower imposait un taux marginal de 91 % aux plus hauts revenus.

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Il n’y a aucun doute à ce qu’il y ait des raisons complexes pour expliquer ces baisses, mais les principales d’entre elles tiennent à la croyance néolibérale selon laquelle une réduction des taux d’imposition marginaux motiverait les entrepreneurs les plus dynamiques à gérer plus efficacement leur entreprise et les bénéfices d’une telle action ruisselleraient à l’économie dans son ensemble. De faibles taux marginaux d’imposition encourageraient les entrepreneurs à prendre plus de risques qui sont bénéfiques pour la collectivité, et ainsi de suite. L’argument est si connu, avancé si fréquemment par les think tanks libéraux, qu’il n’est pas nécessaire de le rappeler davantage. C’est un exemple classique illustrant la façon par laquelle les néolibéraux utilisent un peu d’économie simplifiée pour justifier des politiques qui les avantagent ou avantagent leurs rémunérateurs.

Pourtant, les preuves empiriques allant dans le sens de tels effets sont, au mieux, faibles. L’explication est simple. Au-delà d’un certain niveau de revenu, d’autres incitations au-delà de la seule incitation pécuniaire, deviennent importants. Les PDG les mieux rémunérés, comme les footballeurs les mieux payés, veulent réussir dans ce qu’ils font et davantage réussir que les autres. Ils veulent réussir, et ce qu’importe au final les récompenses financières qu’ils tirent de leur réussite.

Mais un autre pan d’économie de base que les néolibéraux mentionnent bien peu est l’idée de décroissance de l’utilité marginale de la consommation. Celle-ci plaide pour des taux marginaux élevés pour les hauts revenus. Il est socialement bien plus bénéfique de taxer ceux pour qui cela ne vaut pas la peine de ramasser un dollar tombé sur le trottoir et de le transférer cet argent à ceux qui sont les plus pauvres. Un article bien connu de Peter Diamond et Emmanuel Saez a trouvé que, en tenant compte des effets de désincitation et d’évitement, le taux marginal d’imposition des hauts revenus aux Etats-Unis doit être de 73 % (1).

Il y a deux raisons amenant à penser que ce chiffre de 73 % pourrait sous-estimer le vrai taux optimal. Piketty, Saez et Stantcheva ont affirmé que donner beaucoup d’argent aux PDG peut avoir des effets négatifs en termes d’incitation. Une partie de votre statut tient à ce que vous pouvez vous offrir. Quand tous les PDG sont fortement taxés à la marge, le montant de votre salaire a peu d’impact sur cela, mais lorsque votre salaire n’est pas autant imposé, vous pouvez accroître votre salaire et par conséquent améliorer votre statut en extrayant plus d’argent de votre entreprise. Pour utiliser le jargon des économistes, un faible taux marginal d’imposition sur les hauts revenus peut être un bon exemple d’incitation pour l’extraction de rentes plutôt qu’une incitation à accroître le bien-être social.

Mais alors qu’un dollar supplémentaire pour un PDG ne va pas les inciter d’une manière positive, vous pouvez affirmer que cela pourrait inciter ceux qui sont talentueux à aspirer à être PDG. Les PDG feront toujours partie des plus riches dans une société, parce qu’une grosse partie de leur revenu va âtre taxée à de faibles taux. Un article de Lockwood, Nathanson et Weyl renverse cet argument. Les hauts salaires sont associés à des activités, comme la finance et le droit, qui ont ce que les économistes appellent des externalités négatives, ce qui signifie qu’elles ne font pas autant de bien à la société que le suggère le montant des salaires qu’elles offrent. Une grosse partie de la finance, par exemple, consiste à prendre de l’argent à d’autres personnes plutôt qu’à chercher à accroître la taille du gâteau pour tout le monde. Si de hauts salaires après impôt incitent les gens talentueux à aller dans ces professions, cela aura des effets négatifs pour la société, mais il serait plus bénéfique à ce qu’ils aillent travailler dans d’autres professions. Vous pouvez améliorer cette mauvaise allocation des talents en fixant de plus hauts taux d’imposition sur les hauts revenus.

Les néolibéraux ont développé une dernière ligne de défense contre la hausse des taux marginaux d’imposition dans un pays donné qui est liée à la migration. L’idée est que les personnes talentueuses, qui peuvent être assez mobiles, vont aller là où leur talent est le mieux rémunéré. Il y a plusieurs preuves empiriques qui suggèrent que c’est le cas, mais dans une certaine mesure. Cette inquiétude ne signifie pas qu’il faille laisser les taux marginaux d’imposition au niveau où ils sont actuellement, ni qu’il faille les réduire, mais simplement que nous ne pouvons pas les fixer aussi haut qu’ils le devraient lorsque des pays qui sont attrayants pour les talents continuent de faiblement imposer les hauts revenus. La Suède réalise de bonnes performances avec un taux marginal d’imposition effectif de 70 %.

Le danger d’une course aux taux marginaux les plus bas fait qu’il est plus important que les Etats-Unis accroissent leur taux marginal d’imposition comme le suggère la Démocrate Alexandria Ocasio-Cortez. Pour diverses raisons assez évidentes, les Etats-Unis n’ont pas à vraiment s’inquiéter d’une fuite des talents s’ils augmentent leurs taux marginaux d’imposition.

Selon moi, les arguments les plus importants en faveur de plus hauts taux d’imposition ne sont pas pécuniaires, dans le sens où ils ne dépendent pas des points que j’ai abordés ci-dessus. Les preuves empiriques suggérant que le bien-être social est plus élevé dans les sociétés les plus égalitaires me semblent convaincantes. (…)

Il y a un dernier argument plaidant pour des taux marginaux d’imposition élevés pour les hauts revenus qui semble particulièrement pertinent dans le cas des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Si vous avez un système politique comme les Etats-Unis où l’argent achète facilement l’influence politique, vous allez trouver certains de ceux qui gagnent de très hauts salaires essayer de le faire. (…) Parce que l’argent peut aussi aider à acheter des votes, cette ploutocratie peut aussi être capable de continuer d’exister sans que les élections démocratiques ne la menacent. Même lorsque vous avez des lois limitant le montant que vous pouvez dépenser dans les élections, le Royaume-Uni montre qu’il y a plein de façons par lesquelles les plus riches peuvent les contourner, en particulier s’ils contrôlent de larges pans de la presse.

C’est l’argument qu’Emmanuel Saez et Gabriel Zucman avancent dans leur excellente tribune publiée dans le New York Times. Ils écrivent : "Une concentration extrême de richesse signifie une concentration extrême de pouvoir économique et politique. Même si plusieurs politiques peuvent contribuer à y répondre, une taxation progressive du revenu constitue la mesure la plus efficace d’entre elles, parce qu’elle contiennent les revenus exorbitants également, qu’elles dérivent de l’exploitation d’un pouvoir de monopole, de nouveaux produits financiers, de la simple chance ou d’autre chose".

Dans une brève réponse à cette tribune, l’économiste Greg Mankiw a écrit : "La plupart des riches que je connais auraient été heureux de dépenser de grosses sommes d’argent pour empêcher Trump d’accéder à la Maison Blanche. Et beaucoup essayèrent de le faire. Le phénomène Trump ne suggère pas que les élites aisées ont trop d’influence sur la politique ; il suggère plutôt qu’ils en ont trop peu".

Mais cela ignore (…) la nature de la ploutocratie que les hauts revenus et patrimoines créent. Cela (…) ne crée pas une sorte de comité de très riches qui décideraient entre eux qui impose les règles. C’est plus erratique que cela. En fait, cela permet à de petits groupes parmi les plus aisés, qui ne sont pas forcément représentatifs, de détourner un système démocratique. Trump et le Brexit en sont de clairs exemples. Mankiw a raison de dire qu’une manière d’éviter cela serait de créer un genre de ploutocratie plus représentatif, mais une manière plus efficace d’éviter des désastres de ce genre est de s’attaquer au problème à sa source, en réinstaurant des taux d’imposition élevés sur les hauts revenus.

(1) (…) Si les effets de désincitation et d’évitement sont si larges qu’une hausse des taux d’imposition n’entraîne aucun supplément de revenu, alors il n’y a aucun avantage pécuniaire à accroître ces taux. Si ces effets n’existent pas, le taux marginal optimal pour les plus hauts revenus serait de 100 %. L’article estime que ces effets se situent entre les deux extrêmes, si bien que le taux d’imposition optimal pour les hauts revenus se situe quelque part entre zéro et 100 %. »

Simon Wren-Lewis, « The key arguments for high top rates of income tax are political as well as pecuniary », in Mainly Macro (blog), 24 janvier 2019. Traduit par Martin Anota



aller plus loin... lire « Aux racines du trumpisme, la Reaganomics »

dimanche 27 janvier 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • La croissance mondiale ralentit plus vite que prévu selon le FMI (La Tribune)
  • L’expansion mondiale s’affaiblit face aux risques qui s’amplifient (Gita Gopinath)
  • La croissance du PIB de la Chine au plus bas depuis 1990 (La Tribune)
  • Qu’est-ce qui freine l’économie chinoise ? (Patrick Artus)
  • L’Allemagne abaisse fortement ses prévisions de croissance pour 2019 (Le Monde)
  • La conjoncture française donne des signes inquiétants (Philippe Waechter)
  • Macron sauvé par le prix du pétrole ? (Patrick Artus)
  • Les Etats-Unis sont en réalité une économie plus fragile que la zone euro (Patrick Artus)
  • Une nouvelle cause de récession ? Une hausse autoréalisatrice de la perception du risque (Patrick Artus)


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source : The Economist (2019)

Zoom sur le pouvoir d'achat

  • Pouvoir d'achat, dette et emploi : Le consommateur français au cœur des débats (Philippe Waechter)
  • Pour que la baisse du chômage puisse faire revenir l’inflation, il y a trois obstacles à franchir (Patrick Artus)
  • Non, l'euro n'a pas fait flamber le prix de la baguette (Jean-Marc Vittori)
  • 20 ans d’euro, 20 ans de prix, 20 ans de consommation (Xavier Timbeau)
  • Dans quel grand pays de la zone euro l’entrée dans l’euro a-t-elle correspondu au début d’une période de stagnation du pouvoir d’achat, et pourquoi ? (Patrick Artus)




Environnement et ressources naturelles


Monnaie et finance

  • Moralité et gestion financière (Robert Shiller)
  • A quel niveau de dégradation anormale des marchés d’actions une correction a-t-elle débuté dans le passé ? (Patrick Artus)
  • Pourquoi les marchés financiers passent-ils de l’euphorie à la dépression ? (Patrick Artus)
  • Pourquoi y a-t-il des paniques sur les marchés financiers et comment les éviter ? (Patrick Artus)
  • Une banque centrale peut-elle mener une politique monétaire procyclique ? (Patrick Artus)
  • Rejet du "leaning against the wind par les Banques Centrales des pays de l’OCDE : en voit-on déjà les effets ? (Patrick Artus)


Politiques conjoncturelles versus réformes structurelles

  • Les mesures d’urgence de Macron ont dopé le pouvoir d’achat (Le Monde)
  • Les mesures "Gilets jaunes" devraient booster le pouvoir d'achat (des actifs) (La Tribune)
  • La question de l’efficacité des politiques de la demande est à nouveau posée en France (Patrick Artus)
  • Après les gilets jaunes, faut-il craindre un arrêt des réformes en France ? (Patrick Artus)
  • Les réformes repoussées en raison du mouvement des "gilets jaunes" (Le Monde)
  • France : on sait pourtant ce qu’il faudrait faire (Patrick Artus)
  • Les deux vraies difficultés pour les Français seront difficiles à corriger (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Effets du budget 2019 sur le revenu disponible des ménages : décomposition par mesure

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source : IPP (2019)

Budget

  • Les mauvais arguments de François de Rugy pour défendre la fin de l’ISF (Le Monde)
  • La France (encore) numéro un des dépenses sociales selon l'OCDE (La Tribune)
  • Pédagogie des dépenses publiques (Le Monde)
  • La dette publique rend-elle fou ? (Antoine Belgodere)


Economie internationale

  • Davos s'inquiète pour la mondialisation (Jean-Marc Vittori)
  • Quelle dynamique de la compétitivité et des balances commerciales entre l’Allemagne et les autres pays de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Le Système Monétaire International n’est plus "public", il est devenu "privé" : son fonctionnement est donc très différent (Patrick Artus)




Intégration européenne

  • Brexit : les 8 points clés de l'accord de sortie massivement rejeté par les Britanniques (La Tribune)
  • Brexit, le coût exorbitant du scénario de la sortie sans accord (CEPII)


Inégalités

  • Les inégalités de richesse dans le monde (Alter éco)
  • Rapport Oxfam : 26 milliardaires détiennent autant d'argent que la moitié de l'humanité (La Tribune)
  • En pleine crise des "gilets jaunes", Bruno Le Maire alerte sur les inégalités (La Tribune)
  • Inégalités : "Il y a une prise de conscience que les pratiques actuelles ne sont pas soutenables" (Ian Goldin)
  • "Quelques euros en moins dans un budget peuvent faire basculer dans la pauvreté" (Nicolas Duvoux)
  • Trump, Macron et la misère du progressisme (Project Syndicate)
  • Regard sur les élites économiques : les consultants et la méritocratie (The Conversation)
  • La maternité, cette source persistante d’inégalités dans les pays développés (Alter éco)


Justice sociale


Travail, emploi, chômage

  • L’OIT esquisse des pistes pour l’avenir du monde du travail (Le Monde)
  • Le nombre de chômeurs a nettement diminué au dernier trimestre 2018 (Le Monde)
  • Le gâchis des baisses de charges sur les bas salaires (Cahuc & Zylberberg)
  • SMIC : Définitivement moderne (Michel Husson)
  • Pourquoi les enseignants veulent être mieux payés (Xavier Molénat)
  • De quoi les salariés peuvent-ils objectivement se plaindre en France ? (Patrick Artus)
  • D’où vient l’écart entre les Etats-Unis et la zone euro en ce qui concerne la productivité du travail ? Des compétences des employeurs (Patrick Artus)


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Politique

  • La popularité de Macron rebondit (La Tribune)
  • Pourquoi Benalla a pu utiliser ses passeports diplomatiques (Le Monde)
  • "C’est Macron le capitaliste en chef qui mène la guerre des classes" (les Pinçon-Charlot)
  • Face à la France, la stratégie du "coup de boule" des populistes italiens (Le Monde)
  • Trump mis en échec au Sénat sur sa proposition de sortie du shutdown (Le Monde)
  • En Allemagne, l’après-Merkel a commencé (Le Monde)
  • Espagne : radiographie des électeurs du parti d’extrême droite Vox (The Conversation)


Mobilisation collective

  • Les groupes Facebook des "gilets jaunes" s’essoufflent et se restructurent (Le Monde)
  • Acte XI : les "gilets jaunes" tiraillés mais déterminés (Le Monde)
  • Le difficile comptage des rassemblements de "gilets jaunes" (Le Monde)
  • "Gilets jaunes" et violences policières : le nombre de plaintes bien inférieur aux estimations des observateurs (Le Monde)
  • De #PasDeVague aux "stylos rouges", le travail enseignant reprend la une (Anne Barrère)
  • Enseignants : une grève de plus... ou plus qu’une grève ? (Philippe Watrelot)





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vendredi 25 janvier 2019

L’économie chinoise va-t-elle se heurter à une Grande Muraille ?

« L’autre jour, j’ai exprimé mes inquiétudes à propos de l’économie chinoise. J’avais écrit qu’elle "émerge comme un point dangereux dans une économie mondiale qui n’a vraiment, vraiment pas besoin de cela en ce moment". Pour tout vous avouer, j’ai écrit cela il y a six ans. Et je n’étais pas le seul à tenir de tels propos. Beaucoup prédisent depuis longtemps une crise chinoise et celle-ci a persisté à ne pas éclater.

Mais l’économie chinoise semble à nouveau vaciller. Est-ce le moment où toutes les prophéties de gros problèmes dans la grande Chine se réalisent ? Honnêtement, je n’en sais rien. D’un côté, les problèmes de la Chine sont réels. De l’autre, le gouvernement chinois (retenu ni par une idéologie rigide, ni par quelque chose qui ressemble à un processus politique démocratique) a régulièrement montré sa capacité et sa volonté à faire ce qu’il faut pour stimuler son économie. Personne ne peut savoir si cette fois les choses se passeront différemment ou si Xi-qui-doit-être-obéi peut impulser une nouvelle reprise.

Mais peut-être que c’est un autre exemple de la loi de Dornbusch, qui tire son nom de mon ancien professeur Rudi Dornbusch : La crise prend plus de temps à venir que vous ne le pensez, et lorsqu’elle survient, elle survient plus vite que vous ne vous y attendiez. Donc il semble utile de résumer pourquoi beaucoup s’inquiètent à propos de la Chine, et pourquoi les difficultés chinoises sont un problème pour le reste du monde.

Le problème fondamental avec l’économie chinoise est qu’elle est très déséquilibrée : Elle a des niveaux d’investissement extrêmement élevés, sans que la consommation domestique soit suffisamment forte pour justifier un tel investissement. Vous pouvez être tenté de penser que ce n’est pas grave, que la Chine peut juste exporter son excès de production vers d’autres pays. Mais s’il y a eu une époque où la Chine avait de larges excédents, en l’occurrence du milieu des années deux mille jusqu’au début des années deux mille dix, cette époque est révolue.

GRAPHIQUE 1 Investissement et solde du compte courant de la Chine (en % du PIB)

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Il est vrai qu’un investissement très élevé peut être soutenu pendant une longue période de temps dans une économie en forte croissance (c’est ce qu’on appelle l’effet accélérateur). Et la Chine a en effet connu une croissance incroyable. Mais le potentiel pour la croissance future effrite, pour au moins deux raisons. La première est que la technologie chinoise converge sur celle des pays développés, si bien que la marge pour des améliorations rapides via l’emprunt décline. La seconde est que la politique de l’enfant unique adoptée par la Chine a produit une démographie qui ressemble beaucoup à celle de l’Europe ou du Japon. Le graphique suivant montre la population en âge de travail en Chine, qui a cessé d’augmenter.

GRAPHIQUE 2 Population chinoise de 15-64 ans (en milliards)

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Donc la Chine ne peut vraiment pas continuer à investir plus de 40 % de son PIB. Elle doit se tourner vers une plus forte consommation, ce qu’elle peut faire en transférant plus de profit des entreprises publiques vers la population, en renforçant sa protection sociale, et ainsi de suite. Mais elle persiste à ne pas le faire.

Au lieu, le gouvernement chinois a facilité le prêt aux entreprises, poussant les entreprises publiques à dépenser davantage, et ainsi de suite. Dans le fond, elle a continué de maintenir l’investissement à un niveau élevé malgré de faibles rendements. Pourtant ce processus a des limites et lorsqu’il butera sur la (grande) muraille, il est difficile d’imaginer comment la consommation pourrait augmenter suffisamment vite pour maintenir l’activité à son rythme. Cependant, si ce raisonnement semble juste, il ne faut pas oublier que c’est le même raisonnement que nous avions eu, moi et bien d’autres, en 2011. (…)

Quelles seraient les conséquences mondiales si la Chine se retrouvait en difficultés ? La chose importante à avoir en tête ici est que la Chine ne génère plus de larges excédents commerciaux avec le monde pris dans son ensemble (le déficit bilatéral étasunien est exceptionnel et décevant). Et, par conséquent, la Chine est devenue un marché majeur. Le graphique ci-dessous représente les importations de la Chine en pourcentage du PIB mondial ; elles sont assez fortes. De plus, en 2017, les importations de la Chine s’élevaient à 2.000 milliards de dollars, alors que celles des Etats-Unis s’élevaient à 2.900 milliards de dollars ; la Chine est presque autant une locomotive pour le monde que les Etats-Unis.

GRAPHIQUE 3 Importations chinoises (en % du PIB mondial)

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Cela signifie qu’un ralentissement marqué de l’activité chinoise nuirait beaucoup à l’économie mondiale, tout particulièrement aux exportateurs de produits de base, notamment les fermiers américains. En d’autres mots, il y a d’autres choses effrayantes mis à part Trump et le Brexit. »

Paul Krugman, « Will China’s economy hit a Great Wall? », 15 janvier 2019. Traduit par Martin Anota

mardi 22 janvier 2019

Brexit : le court terme pourrait aussi être mauvais pour le reste de l’Europe

« Que va-t-il se passer avec le Brexit ? Un second référendum ? Une sortie désordonnée de l’Union européenne ? Une nouvelle offre de la part de l’UE qui ne soit pas aussi offensive que la proposition qui vient d’être rejetée ? Dieu seul le sait, et même Lui n’en est peut-être pas sûr.

Une partie du problème est qu’il ne semble plus y avoir beaucoup d’acteurs rationnels dans l’affaire. On a beaucoup écrit sur les fantaisies de plusieurs partisans du Brexit ; je ne rajouterai rien dessus. Mais nous devons aussi noter les fantaisies des responsables européens, qui se sont comportés à chaque étape de ce processus comme si la Grande-Bretagne était une Grèce et pouvait plier par capitulation. Quelques gestes mineurs auraient pu sauver le "Remain" en 2016 ; avec une peu de flexibilité, un peu moins de détermination à imposer des termes humiliants, le Brexit aurait pu être plus doux à présent. Mais l’arrogance a été de mise tout du long.

Maintenant, nous entendons les responsables de l’UE déclarer être horrifiés par l’échelle de la défaite de May et je devine que les dirigeants européens commencent à réaliser qu’une rupture désordonnée ferait aussi beaucoup de mal à une zone euro bien fragile. Sans plaisanterie.

Qu’importe, voyons ce que donne l’économie du Brexit.

L’économie du Brexit à long terme n’a pas vraiment changé depuis que j’ai commencé à analyser les perspectives l'entourant en 2016. La sortie de l'union douanière que constitue l’UE accroîtrait substantiellement les coûts sur environ la moitié du commerce extérieur de la Grande-Bretagne. Cela imposerait un coût au revenu réel britannique équivalent à quelques points de PIB, disons 2 à 4 %.

Ce ne sera pas la délivrance économique que certains Brexiters imaginaient, mais peut-être que le point le plus important ici est que les effets du Brexit après quelques années ne semblent pas catastrophiques. A quel point pouvons-nous être confiants à l’idée que ce ne sera pas trop mauvais ? Assez confiants, car d’autres pays ont bien réussi sans unions douanières malgré des liens économiques étroits avec un voisin plus grand. (…) Un Royaume-Uni post-Brexit serait à l’UE ce que le Canada était aux Etats-Unis avant l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Canada (signé quelques années avec l’ALENA). En fait, même la part du commerce transfrontalier dans le PIB serait similaire. Et le Canada n’était pas un immense terrain vague.

Nous pouvons aussi noter qu’il y aura quelques gagnants avec le Brexit, même au Royaume-Uni. L’UE a été bonne pour le rôle de Londres en tant que centre financier, mais ce rôle a maintenu la livre sterling à un niveau élevé, nuisant au Nord industriel. Le Brexit va se traduire par une livre sterling durablement plus faible, ce qui signifierait un secteur manufacturier plus gros, ce qui bénéficierait aux régions industrielles (même si ces bénéfices seront atténués par de plus hauts prix à la consommation). Beaucoup de personnes en Grande-Bretagne peuvent trouver cela pas mal.

Cependant, alors que les effets à long terme du Brexit seront probablement modérés (bien que 3 % du PIB est en fait significatif en comparaison avec les effets de la plupart des politiques économiques), le court terme peut être pire, aussi bien pour la Grande-Bretagne que pour l’UE.

La raison pour laquelle le court terme peut être si mauvais est qu’après presque 45 années dans l’union douanière, ni la Grande-Bretagne, ni ses partenaires à l’échange n’ont mis en place les infrastructures qui sont nécessaires à une frontière, même une frontière amie. Si vous n’êtes pas dans une union douanière (si les biens doivent passer une quelconque procédure à la frontière), vous devez avoir suffisamment d’agents des douanes, un réseau informatique adéquat, et ainsi de suite. Sans tout cela, vous allez connaître de longs retards ; voilà les projets pour utiliser les autoroutes autour de Douvres comme un immense parking pour accueillir tous les camions qui attendront.

Parce que cette infrastructure n’est pas en place, la chute initiale du commerce entre le Royaume-Uni et l’UE peut être bien plus large que l’effet à long terme, accompagnée de désordres, sans garantie que les biens à haute priorité ne passent. C’est ce genre de perturbations à la frontière qui sous-tend les énormes pertes dans les scénarii les plus pessimistes de la Banque d’Angleterre.

Nous étions conscients d’une telle perspective depuis un moment. Je serais curieux de connaître les mesures que le gouvernement britannique a prises pour limiter les dommages. Il était conscient de cela, donc il devrait s’être préparé à cette perspective, pas vrai ? (…)

Ce qui est nouveau, je pense, c’est que les risques de court terme pour le reste de l’Europe semblent maintenant substantiellement plus larges qu’ils ne le semblaient il y a quelques mois. Evidemment, les échanges entre l’UE et le Royaume-Uni sont relativement bien plus faibles par rapport à la taille de l’UE que par rapport à celle de la Grande-Bretagne. Mais il semble qu’un Brexit dur, s’il survient, va coïncider avec ce qui semble être le pire ralentissement depuis la crise de l’euro de 2011-2012.

GRAPHIQUE Variation de l’activité industrielle de la zone euro (par rapport à l’année précédente, en %)

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Cette crise a fini avec une puissante intervention monétaire, le "qu’importe ce qu’il faudra" ("whatever it takes") de Mario Draghi. Il est difficile de voir quelque chose de comparable maintenant ; en fait, la BCE a déjà des taux d’intérêt négatifs, donc il n’y a pas de marge de manœuvre pour davantage assouplir la politique monétaire. Et ajouter un Brexit désordonné à la mixture est la dernière chose dont l’Europe a besoin.

Je pourrais ajouter que, j’ai beau espérer que le British Civil Service ait préparé des plans d’urgence pour un soudain Brexit dur, je ne suis pas sûr que l’UE en ait préparé de son côté. Le fait est que, même si l’on réussit à empêcher de massifs bouchons se constituer à Douvres, cela n’aide en soi pas beaucoup s’ils se constituent toujours à Calais. (…)

Le fait est qu’un mauvais Brexit devrait être facilement évitable. Si l’infrastructure frontalière n’est pas là, alors il faut simplement repousser l’événement jusqu’à ce qu’elle le soit ou, dans le cas où cela est impossible pour une quelconque raison politique, opter pour une application minimale, fondamentalement une union douanière en pratique mais pas en principe, en attendant que les choses s’éclaircissent.

Il n’y a pas de raison de croire que les choses ne se passeront pas bien… si ce n’est tout ce qui s’est passé jusqu’à présent entre la Grande-Bretagne et l’UE. »

Paul Krugman, « What to expect when you’re expecting Brexit », 16 janvier 2019. Traduit par Martin Anota

dimanche 20 janvier 2019

Les liens de la semaine



Croissance, fluctuations et crises

  • En 2019, échappera-t-on à la récession annoncée ? (La Tribune)
  • La croissance de la France pourrait-elle être forte en 2019 ? (Patrick Artus)
  • Zone euro : "Quelques pays absorbent encore un choc lié à la récession de 2008" (Christophe Blot)
  • Attention : désinflation dans la zone euro (Patrick Artus)
  • De nouvelles menaces sur la croissance de moyen terme de la zone euro (Patrick Artus)
  • Le mystère de la productivité s’épaissit dans la zone euro (Patrick Artus)
  • L’économie de l’Allemagne montre ses limites structurelles (Le Monde)
  • L’impact du shutdown plus fort que prévu sur l’économie américaine (Le Monde)
  • Quelle sera la cause de la prochaine récession aux États-Unis ? (Brad DeLong)


Environnement et ressources naturelles

  • Urgence climatique, le coût exorbitant de la procrastination (OFCE)
  • Les taxes carbone sur les barricades (Adair Turner)
  • Peut-on se passer du nucléaire ? (Alter éco)


Démographie, migration

  • Le nombre de naissances continue de baisser en France, qui reste malgré tout le pays le plus fécond de l’UE (Le Monde)
  • Dans sa lettre aux Français, Macron suggère de fixer des "quotas" d’immigration (Le Monde)
  • Immigration : "La France est très loin d’avoir pris sa part pendant la crise" (François Héran)
  • Immigration, que peut faire l’Europe ? (Alter éco)
  • L’intégration des immigrés est-elle "défaillante" en France ? (Alter éco)
  • La famille Belhoumi et le sociologue (Métropolitiques)
  • Trump et l’exode des cerveaux (Anne Krueger)
  • Que peut-on vraiment attendre du Pacte mondial sur les migrations ? (The Conversation)


GRAPHIQUE Nombre d’arrivées de migrants dans l’UE par les voies maritimes méditerranéennes et nombre de morts

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source : Alter éco (2018)

Instabilité financière et régulation

  • L’entreprise de destruction des marchés financiers (Patrick Artus)
  • Ne pas oublier qu’aux Etats-Unis les chocs financiers ont beaucoup d’effets sur l’économie réelle (Patrick Artus)
  • Un nouvel indice des conditions financières pour la zone euro (Banque de France)
  • La France est-elle un pays de "capitalisme financier" ? (Patrick Artus)


Politique monétaire

  • Quel mécanisme de transmission de la politique monétaire a été efficace dans la zone euro depuis 2014 ? (Patrick Artus)
  • La politique de la BCE perturbe gravement les pays européens autour de la zone euro (Patrick Artus)
  • Quel impact de la demande autonome de liquidité sur la normalisation de la politique monétaire ? (Banque de France)


Budget

  • Grand débat : le casse-tête de la fiscalité "plus juste et plus efficace" (La Tribune)
  • L'incurie de la dépense publique française (Jean-Marc Vittori)
  • Où réduire le poids de la dépense publique ? (France Stratégie)
  • La Cour des comptes s’inquiète de la hausse du déficit public avec la crise des "gilets jaunes" (Le Monde)
  • Que se passe-t-il à l’équilibre lorsqu’un déficit public est mis en place et qu’il y a un problème d’offre ? (Patrick Artus)
  • Où va-t-on avec les déficits publics et les dettes publiques dans les pays de l’OCDE ? (Patrick Artus)


Finance internationale

  • Y a-t-il un risque d’accélération de la perte du rôle de monnaie de réserve du dollar ? (Patrick Artus)
  • La fin du financement des déficits des Etats-Unis par la Chine force les Etats-Unis à attirer les capitaux, depuis les pays émergents et la zone euro (Patrick Artus)
  • L’accumulation de réserves de change détruit la croissance en stérilisant l’épargne du pays (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Brexit : les Britanniques bientôt en manque de papier toilette ? (Le Monde)
  • Brexit : dans la dernière ligne droite (Alter éco)
  • Brexit : "Enough is enough" (Le Monde)
  • L’Angleterre fait un pas vers l’inconnu (Alter éco)
  • "Le Brexit n'est pas un risque politique qui peut déboucher sur une crise systémique" (Christopher Dembik)
  • L’hétérogénéité de la zone euro s’accroît, ce qui est une mauvaise nouvelle (Patrick Artus)
  • L’ajustement de la compétitivité sera toujours asymétrique dans la zone euro (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Répartition des réponses à la question "si un référendum était organisé demain concernant l'appartenance de votre pays à l'UE, comment voteriez-vous ?" (en %)
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source : Alter éco (2018)

Inégalités et stratification sociale


Travail, emploi, chômage

  • La baisse des charges au-dessus de 1,6 SMIC critiquée par des économistes (La Tribune)
  • Baisses de charges : stop ou encore ? (CAE)
  • Polarisation du marché du travail, soutien des bas salaires, compétitivité, montée en gamme et déficits publics (Patrick Artus)
  • L'évolution de la part du travail dans la valeur ajoutée dans les pays avancés (Trésor)
  • Le travail au noir casse le mythe du modèle social français (The Conversation)


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Politique


Zoom sur le "Grand débat" national


Mobilisation collective

  • Violences policières : "On est dans le mensonge d’Etat" (Le Monde)
  • Retour de la lutte des classes ou retour de l’antiparlementarisme? (Olivier Galland)





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vendredi 18 janvier 2019

Qu’est-ce qu’une rémunération juste ? Les capitalistes, Roemer et la Révolution culturelle

« Dans les années quatre-vingt-dix et dans son livre Equality of Opportunity, John Roemer a jeté les bases pour ce qui s’est révélé être depuis un domaine florissant pour les études sur les inégalités : les inégalités d’opportunités. L’intuition clé de Roemer était de distinguer les facteurs qui influencent les revenus d’un individu en trois parts : les circonstances ou les facteurs qui sont exogènes à l’individu, c’est-à-dire ceux sur lesquels il n’a pas prise (par exemple le genre, l’origine ethnique, le revenu et le niveau d’éducation des parents, etc.), ceux qui résultent de ses efforts et enfin ceux qui résultent de ce que Roemer appelle la "chance épisodique" (episodic luck) (par exemple, j’ai un bon boulot parce que j’étais disponible à l’instant où le poste s’est libéré).

L’approche de Roemer l’a amené aussi à proposer une façon très radicale de rétribuer (rémunérer) les gens. Considérons deux groupes d’individus, qui se distinguent par un marqueur exogène comme le genre. Un premier groupe (d’hommes) tend à être physiquement plus fort et à produire en moyenne 10 biens par jour. Un autre groupe (de femmes) est physiquement plus faible et produit seulement 5 biens par jour. Est-ce que chacun doit être payé en fonction du nombre de biens qu’il ou elle produit (ce que suggérerait une approche "méritocratique" toute simple) ? Non, répond Roemer, la rémunération doit être proportionnelle à notre contribution comparée à la moyenne de notre groupe. Donc, si un homme produit 12 biens, ce qui est 20 % au-dessus de la moyenne des hommes, il devrait être payé autant qu’une femme qui produirait 6 biens , c’est-à-dire 20 % en plus que ce que produisent en moyenne les femmes. La raison est que cet homme et cette femme sont payés selon leur effort (différentiel) ; et l’on essaie de contrôler nos caractéristiques innées qui peuvent privilégier ou punir certains d’entre nous.

Jugeons de la radicalité de cette proposition en l’appliquant à un autre contexte. Les notes des élèves devraient aussi suivre la même règle. Si, par exemple, les enfants de familles riches font en moyenne deux fois plus de points que les enfants de familles pauvres, alors un enfant de famille riche qui a obtenu 12 à un test devrait obtenir la même note qu’un enfant de famille pauvre qui aurait obtenu 6 points à ce même test. Et ainsi de suite.

Mais récemment, comme j’ai relu le livre The Inequality of Pay de Phelps Brown publié en 1977, je me suis penché sur différentes structures de rétributions appliquées à Pékin dans les années soixante, à l’époque de la Révolution culturelle. Tous les hommes étaient payés en fonction du nombre moyen de biens produits par les hommes et toutes les femmes étaient payées en fonction du nombre moyen de biens produits par les femmes. Voici une citation de Phelps Brown :

"Cette histoire fait ressortir ce qui semble être une contraction dans la structure de rémunération chinoise aux yeux des observateurs occidentaux : s’il est juste de payer un homme plus qu’une femme parce que l’homme, plus robuste, produit plus, pourquoi un homme qui (…) produirait plus qu’un autre ne serait pas davantage rémunéré ? Pour les Chinois, la réponse est simplement que ce dernier différentiel fait appel aux intérêts individuels, alors que le premier ne le fait pas. C’est curieux, mais compréhensible : les Chinois traitent le paiement en proportion du montant de travail fait comme un principe de justice naturelle qui va de soi lorsque les différences dans ce montant ne sont pas sous le contrôle du travailleur, mais comme perfide lorsque ces dernières le sont."

Le lecteur, ayant probablement trouvé la proposition de Roemer radicale et bien à gauche, se retrouve maintenant soudainement avec l’expérimentation de gauche la plus radicale qui soit, régie par des principes opposés ! Il semble qu’il n’y ait pas de continuité : une approche davantage à gauche n’est pas simplement légèrement plus à la gauche que l’approche la moins de gauche ; c’est son exact opposé !

Pour le voir, rappelez-vous que dans le cas de Roemer nous ne voulons pas rémunérer quelqu’un pour les circonstances qu’il connaît, mais pour son seul effort. Dans le cas chinois, c’est l’inverse : nous payons quelqu’un en fonction des circonstances où il évolue, mais pas pour ses efforts. Pourquoi ? La philosophie est entièrement différente. Les circonstances sont perçues comme "naturelles" et l’on doit être payé en fonction d’elles. Mais la rémunération selon l’effort est perçue comme moralement corrosive puisqu’elle implique que les gens répondent aux incitations économiques. Les gens doivent travailler soit parce qu’ils veulent contribuer à la communauté (sans rien attendre en retour), soit parce qu’ils aiment travailler. Dans un tel cadre, "inciter" (chose qui fait appel aux intérêts individuels) est considéré comme mauvais, comme dans un cadre différent payer quelqu’un pour un avantage exogène qu’il ne mérite pas.

L’ultime résultat du système chinois est une rémunération égale pour tout le monde, aussi bien les hommes que les femmes et ce qu’importe la productivité individuelle. C’est à l’opposé de la rémunération "méritocratique" où chacun est payé simplement en fonction du nombre de choses qu’il ou elle produit. Quelle est la meilleure manière de rémunérer ? La rémunération méritocratique répond à l’idée de justice que chacun doit être payé en fonction de sa contribution. On suppose que cela permet d’obtenir une production plus élevée. Roemer redéfinit la justice de façon à extraire seulement l’effort différentiel pour lequel les gens doivent être rémunérés. Ils vont être payés d’un même montant pour un chiffre différent de biens produits. Empiriquement, ce sera toujours très difficile de déterminer quels sont les facteurs qui doivent relever des circonstances et que ne doivent donc pas affecter la rémunération. Le système chinois a un élément moraliste : il est mauvais d’être incité par la rémunération. Le revers est que cela risque d’amener la plupart des participants à faire très peu d’efforts.

Quand nous concevons des systèmes de rémunération, nous sommes évidemment toujours guidés par certains principes de justice ou d’éthique. Le problème est que ces principes n’aboutissent pas à la même solution. Dans plusieurs cas, comme nous l’avons vu ici, en fonction du principe qui nous guide, la récompense va être très différente. En plus de cela, nous devons en principe prendre en compte les effets sur la production totale, à moins bien sûr que notre principe philosophique est tel que la quantité de cette production ne nous importe pas. »

Branko Milanovic, « What is the just pay? Capitalists, John Roemer and the Cultural Revolution », in globalinequality (blog), 9 janvier 2019. Traduit par Martin Anota

dimanche 13 janvier 2019

Les liens de la semaine

Croissance, fluctuations et crises

  • Les coûts ignorés de la crise financière (Alter éco)
  • En 2019, l'érosion périlleuse de la croissance mondiale (Jean-Marc Vittori)
  • La Banque mondiale baisse à son tour ses prévisions de croissance (La Tribune)
  • Quelle sera la cause de la prochaine récession aux États-Unis ? (Brad DeLong)
  • Les Etats-Unis fabriquent des crises financières à répétition, et pourtant ils ont davantage de croissance que les autres pays : pourquoi ? (Patrick Artus)
  • Pourquoi la croissance de la zone euro se retourne-t-elle à la baisse alors que le taux de chômage est toujours supérieur à 8% ? (Patrick Artus)
  • Zone euro : la faiblesse de la tendance des gains de productivité est inquiétante (Patrick Artus)
  • Vieillissement démographique et gains de productivité dans les pays de l’OCDE (Patrick Artus)




Environnement et ressources naturelles

  • Des gilets jaunes au Green New Deal (Joseph Stiglitz)
  • Macron et l’écologie : après 18 mois de pouvoir, un inventaire pas très vert (Le Monde)
  • 2018, quatrième année la plus chaude dans le monde, la plus chaude en France. Et dans votre ville ? (Le Monde)
  • Le réchauffement des océans revu à la hausse (Le Monde)
  • La biodiversité française dans tous ses états (Alter éco)
  • Les émissions de CO2 en hausse aux Etats-Unis malgré la fermeture des centrales à charbon (Le Monde)
  • La pollution de l’air va-t-elle nous rendre bêtes ? (The Conversation)


Immigration

  • Marché du travail : l'OCDE pointe un manque d'intégration des réfugiés (La Tribune)


Monnaie et finance

  • CAC 40 : le volume des dividendes en hausse de 12,8 % en 2018 (Le Monde)
  • Peut-on faire vaciller le "système" en retirant tout son argent des banques ? (Le Monde)
  • Banques centrales : la hausse des taux a déjà en partie eu lieu (La Tribune)
  • L’assouplissement quantitatif bat en retraite (Société Générale)
  • Qu’attendre de la fin du quantitative easing dans la zone euro ? (Patrick Artus)
  • Qu’est-ce qui est le moins dangereux pour les banques centrales : normaliser les taux d’intérêt en menant une politique procyclique ou renoncer à normaliser les taux d’intérêt ? (Patrick Artus)
  • La dette et la politique monétaire : quels conflits dans le futur ? (Patrick Artus)
  • Stratégie minimax des banques centrales : quels effets ? (Patrick Artus)
  • Rendre la complexité facile : l’art de la communication selon la BCE (Banque de France)
  • Une analyse de la contribution de la politique monétaire à la croissance économique (OFCE)


Finances publiques

  • Le "shutdown" américain devient le plus long de l'histoire (La Tribune)
  • Le vrai coût de la dette publique (Thomas Philippon)
  • Déficits budgétaires: un mal français, qui n’est pas irrémédiable (Charles Wyplosz)
  • L’annonce de la hausse du déficit public a fait monter les taux d’intérêt en Italie mais pas en France, pourquoi ? (Patrick Artus)
  • La question centrale pour le gouvernement français aujourd’hui : à quel niveau de déficit public les marchés financiers se fâchent-ils ? (Patrick Artus)


Fiscalité

  • Qui bénéficie des 20 milliards d’euros du CICE ? (Le Monde)
  • Rétablir l’ISF ? Le point sur cet impôt au cœur des revendications des "Gilets jaunes" (Le Monde)
  • L’ISF, un impôt qui "coûtait de l’argent" à l’Etat ? Les exagérations d’Aurore Bergé (Le Monde)
  • "La fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu est porteuse de difficultés majeures" (Le Monde)


Politique économique

  • Se prémunir d’une tempête en 2019 (Barry Eichengreen)
  • Quelles politiques économiques dans la zone euro si la croissance ralentit fortement ? (Patrick Artus)
  • Forte relance de la demande en 2019 en France et en Italie : qu’en penser ? (Patrick Artus)
  • Quels mécanismes voit-on être à l’œuvre en Allemagne au moment des réformes Schröder-Hartz ? (Patrick Artus)
  • Allemagne : l’héritage de G. Schröder a-t-il été ensuite dilapidé ? (Patrick Artus)


Commerce international

  • Conjoncture : le déficit commercial se dégrade à nouveau (La Tribune)
  • Un an après, un premier bilan du Ceta (Alter éco)
  • Les "nouvelles routes de la soie" : Une vision chinoise de la mondialisation (CEPII)
  • Pourquoi les entreprises et ménages américains ont besoin de la Chine (Project Syndicate)


Finance internationale

  • La Banque mondiale alerte sur le niveau d’endettement des pays pauvres (Le Monde)
  • Les pays émergents sont-ils condamnés à l’absence de croissance ? (Patrick Artus)
  • L’excédent extérieur de la zone euro est-il favorable ou au contraire critiquable ? (Patrick Artus)
  • Le Système Monétaire International est complètement à revoir (Patrick Artus)


Intégration européenne

  • Euro : touche pas à ma monnaie (unique) (Emmanuel Combe)
  • L'euro, une monnaie en manque de souveraineté (Jean-Paul Pollin)
  • Le budget de la zone euro s’éloigne des ambitions affichées (OFCE)
  • Les pays de la zone euro ont tous aujourd’hui des agendas domestiques (Patrick Artus)
  • Comment explique-t-on aux pays du Nord de la zone euro qu’il faut soutenir les pays du Sud de la zone euro ? (Patrick Artus)
  • L’euro ne peut pas éclater : conséquences pour les marchés financiers (Patrick Artus)
  • Le long chemin vers l’Europe politique (La Vie des idées)


Inégalités et justice sociale


GRAPHIQUE Niveau d'inégalités selon l'indice de Palma

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source : Observatoire des inégalités (2019)

Travail, emploi, chômage

  • Le lien unissant un chauffeur et Uber reconnu "contrat de travail" (Le Monde)
  • Entre les enseignants, des écarts de salaires qui persistent (The Conversation)
  • Assurance-chômage : les partenaires sociaux abordent la question du bonus-malus (Le Monde)
  • Pour une régulation économique des contrats courts sans contraindre les entreprises, en préservant l’assurance chômage (OFCE)
  • Le dispositif d’activités réduites en question (OFCE)
  • "Il faudrait que moi aussi je porte un gilet jaune !" : le cri de rage des employées de maison (The Conversation)
  • "Le mythe du robot est utilisé depuis des siècles pour discipliner la force de travail" (Antonio Casilli)
  • Marchés du travail des pays de l’OCDE : bien différencier trois questions (Patrick Artus)


Politique


Mobilisation collective





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lire le sociorama de Xavier Molénat

vendredi 11 janvier 2019

Taxer lourdement les riches

« (…) La controverse du moment porte sur la préconisation d’Alexandria Ocasio-Cortez d’adopter un taux d’imposition de 70-80 % pour les très hauts revenus. C’est une idée totalement folle, pas vrai ? Franchement, qui pourrait penser que c’est une idée sensée ? Seulement des gens ignorants comme, heu… Peter Diamond, un prix Nobel d’économie et sûrement le plus grand expert au monde en finances publiques (même si les Républicains l’ont empêché d’être nommé à la Fed au motif qu’il n’était soi-disant pas assez qualifié, sérieusement). Et c’est une politique que personne n’a jamais adoptée, si ce n’est, heu… les Etats-Unis, pendant les trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, soit durant la période de l’histoire américain la plus prospère en termes de croissance économique.

Pour être plus exact, Diamond et Emmanuel Saez (l’un de nos plus grands experts sur les inégalités) ont estimé que le taux marginal d’imposition optimal était de 73 %. Certains avancent des chiffres plus élevés : Christina Romer, une grande macroéconomiste qui a été à la tête des conseillers économiques d’Obama, estime que ce taux est supérieur à 80 %.

D’où viennent ces chiffres ? En amont à l’analyse de Diamond-Saez, il y a deux propositions : la loi de l’utilité marginale décroissante et la concurrence pure et parfaite.

La décroissance de l’utilité marginale est une notion de sens commun selon laquelle un dollar supplémentaire apporte moins de satisfaction aux personnes ayant un haut revenu qu’aux personnes ayant un faible revenu. Pour un ménage gagnant 20.000 dollars par an, obtenir un supplément de 1.000 dollars, cela fera une grande différence.

Ce que cela implique pour la politique économique, c’est que nous ne devons pas nous inquiéter de ce qu’une politique fait aux revenus des très riches. Une politique qui rend les riches un peu plus pauvres ne va seulement affecter qu’une poignée de personnes et va à peine affecter leur satisfaction de vivre, puisqu’ils vont toujours être capables d’acheter tout ce qu’ils veulent.

Donc pourquoi ne pas les taxer à 100 % ? La réponse est que cela les décinciterait à faire ce qu’ils font pour gagner autant d’argent, ce qui nuirait à l’économie. En d’autres mots, la fiscalité relative aux riches doit en soi ne rien avoir à voir avec leurs intérêts, mais elle doit seulement s’intéresser à la façon par laquelle les effets incitatifs changent le comportement des riches et à la façon par laquelle cela affecte le reste de la population.

Mais voici où entre en scène la question des marchés concurrentiels. Dans une économie parfaitement concurrentielle, sans pouvoir de monopole, ni autres distorsions (c’est-à-dire le genre d’économie que les conservateurs veulent nous faire croire que nous avons), chacun sera payé à sa productivité marginale. Autrement dit, si vous êtes payé 1.000 dollars par heure travaillée, c’est parce que chaque heure où vous travaillez ajoute 1.000 dollars à la production de l’économie.

Dans ce cas, alors, pourquoi nous inquiétons-nous de l’intensité du travail des riches ? Si un riche travaille une heure supplémentaire, en ajoutant 1.000 dollars à l’économie, mais gagne 1.000 dollars pour ses efforts, le revenu combiné de tous les autres ne change pas, n’est-ce pas ? En fait, il change, parce que ce riche paye des impôts sur ces 1.000 dollars supplémentaires. Donc le bénéfice social qu’il y a à faire davantage travailler un peu plus les plus riches est la recette fiscale générée par cet effort supplémentaire et, inversement, le coût d’une réduction de leur travail est la réduction des impôts qu’ils payent. Ou, pour le dire de façon plus succincte, lorsque nous taxons les riches, tout ce dont nous devons nous inquiéter, c’est de savoir combien de recettes nous en tirons. Le taux d’imposition optimal des personnes ayant un haut revenu est le taux qui accroît le maximum de recettes possible.

Et c’est quelque chose que nous pouvons estimer, en utilisant les données montrant comment le revenu avant impôt des riches réagit aux variations du taux d’imposition. Diamond et Saez trouvent un taux optimal à 73 %, Romer à plus de 80 %, ce qui est cohérent avec ce qu’Ocasio-Cortez dit.

(…) Que se passe si nous prenons en compte le fait que, dans la réalité, les marchés ne sont pas parfaitement concurrentiels ? qu’il y a pas mal de pouvoir de monopole ? La réponse est que cela plaide sûrement pour des taux d’imposition encore plus élevés, puisque les personnes à haut revenu obtiennent certainement l’essentiel de ces rentes de monopole.

Donc Ocasio-Cortez, loin d’être folle, tient en fait des propos tout à fait cohérents avec de sérieuses études économiques. (Il me semble avoir entendu qu’elle avait parlé à de très bons économistes.) Par contre, ceux qui la critiquent ont souvent des idées politiques bien absurdes, notamment en ce qui concerne la politique fiscale.

Vous voyez, les Républicains conseillent presque universellement de faibles taux d’imposition pour les riches, en affirmant que des baisses d’impôts pour les riches vont avoir de larges bénéfices pour l’économie. Cette affirmation est confortée par des études réalisées par… eh bien, par personne. Il n’y a aucun travail sérieux qui soutienne les idées fiscales du parti républicain, parce que les preuves empiriques vont à l’encontre de ces idées. Regardez l’histoire des taux marginaux d’imposition des revenus (à gauche) et la croissance du PIB réel par tête (à droite, mesurée sur dix ans, afin de lisser les fluctuations de court terme) :

GRAPHIQUE Taux marginaux d’imposition et croissance économique aux Etats-Unis

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Le graphique nous montre que les Etats-Unis avaient par le passé l’habitude de fortement imposer les riches, en l’occurrence à des taux bien plus élevés que ceux proposés par Ocasio-Cortez, et que l’économie se portait pourtant très bien. Depuis, les taux d’imposition ont diminué et l’économie réalise de moins bonnes performances.

Pourquoi les Républicains adhèrent-ils à une théorie fiscale qui n’a aucun soutien de la part des économistes non partisans et qui se trouve réfutée par les données disponibles ? Eh bien, demandez-vous à qui profitent les réductions d’impôts accordées aux riches, la réponse est évidente. (…)

Ce qui me ramène à Alexandria Ocasio-Cortez et aux tentatives récurrentes visant à la dépeindre comme ignorante. Eh bien, sur la question fiscale, elle dit juste ce que les bons économistes disent ; et elle a démontré qu’elle en savait bien plus en économie que la plupart des membres du parti républicain (…). »

Paul Krugman, « The economics of soaking the rich », 5 janvier 2019. Traduit par Martin Anota

dimanche 6 janvier 2019

Les liens de la semaine

Autour du libéralisme


Croissance


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Inflation

  • En 2019, la hausse des prix rognera moins le pouvoir d’achat (Le Monde)
  • L’inflation reflue via la baisse du prix du pétrole (Philippe Waechter)




Environnement et ressources naturelles


Immigration

  • Paralysée par la montée des populismes, l’Europe impuissante face au drame des migrants (Le Monde)


Finance et monnaie

  • Bourse : Wall Street chute, assommée par le plongeon de 10 % d’Apple (Le Monde)
  • Face à Trump, le patron de la Fed réaffirme son indépendance avec force (La Tribune)
  • Les politiques monétaires peuvent-elles assurer la solvabilité budgétaire sans qu’il en résulte d’autres désordres ? (Patrick Artus)


Politiques conjoncturelles

  • Le paradoxe de l’épargne mondiale (Alter éco)
  • Il est grave que les pays de l’OCDE n’aient plus de capacité de stabilisation contracyclique (Patrick Artus)
  • Les politiques de soutien de la demande ont, on le voit aujourd’hui, une efficacité limitée quand elles sont menées pendant une longue période de temps (Patrick Artus)


Economie internationale

  • Qui sont les gagnants et les perdants du commerce mondial ? (Jacques Adda)
  • Optimisation fiscale : Google évite des milliards d’impôts en déplaçant toujours plus de profits aux Bermudes (Le Monde)
  • Le dollar, arme fatale des Etats-Unis (Patrick Artus)


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Intégration européenne

  • Inquiétantes dérives anti-européennes à Bucarest (Le Monde)
  • L'euro a 20 ans, les grandes dates de la monnaie européenne (La Tribune)
  • Mario Draghi, Monsieur Euro (Les Echos)
  • L’euro a vingt ans et il s’agirait de grandir (OFCE)
  • Les 20 ans de l’euro : quel bilan ? (Patrick Artus)
  • Le choix impossible des pays en difficulté de la zone euro (Patrick Artus)


GRAPHIQUE PIB par habitant en zone euro (en % du PIB par habitant de l'Allemagne)

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source : Patrick Artus (2018)

Inégalités


Travail, emploi, chômage

  • Etats-Unis : 5 millions d’emplois créés depuis l’élection de Donald Trump en 2016 (Le Monde)
  • Chômeurs : un contrôle à contre-emploi (Le Monde)
  • Les auto-entrepreneurs gagnent toujours aussi peu (Alter éco)
  • "Gilets jaunes" et grande divergence du marché du travail (Les Echos)
  • Les domestiques reviennent en force (Xavier Molénat)
  • La dégradation de la qualité des emplois va devenir insupportable dans tous les pays de l’OCDE où elle se produit (Patrick Artus)
  • La qualité du travail, clé de la santé et de la performance des travailleurs (The Conversation)
  • Robots et emploi : le choc n'aura pas lieu, selon la Banque mondiale (Les Echos)


Politique

  • Emmanuel Macron appelle à une "unité retrouvée" (Le Monde)
  • Au premier trimestre 2019, trois réformes à hauts risques (Le Monde)
  • Trump se dit prêt à un "shutdown" de longue durée (Le Monde)





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mercredi 2 janvier 2019

Les plus grands apports de Marx selon Milanovic

« (…) La plus importante influence que Marx ait pu avoir sur les personnes travaillant en sciences sociales est, je pense, son interprétation économique de l’histoire. Celle-ci est devenue si courante que nous ne l’associons à avec Marx. Certes, il n’est pas le seul, ni n’a été tout à fait le premier, à l’avoir définie. Mais il l’a appliquée de la façon la plus cohérente et créative.

Mais même si nous croyons qu’une telle interprétation de l’histoire est courante aujourd’hui, elle ne l’est toujours pas entièrement. Prenons le débat actuel autour des raisons qui expliquent l’arrivée de Trump au pouvoir. Certains (essentiellement ceux qui croient que tout allait bien avant) l’expliquent par une soudaine poussée de xénophobie, de haine et de misogynie. D’autres (comme moi) considèrent que cette poussée a été provoquée par une stagnation économique durable des revenus des classes moyennes et une hausse de l’insécurité (de l’emploi, des dépenses de soins de santé, de l’incapacité à financer l’éducation des enfants). Donc le dernier groupe tend à placer les facteurs économiques en premier et à expliquer comment ils mènent au racisme et au reste. Il y a une grande différence entre les deux approches, pas seulement dans leur diagnostic des causes, mais aussi dans leur vision de ce qui doit être fait.

La deuxième intuition de Marx que je pense absolument indispensable dans le travail sur les inégalités de revenu et de richesse a été de voir que les forces économiques qui influencent les développements historiques le font via "de larges groupes de personnes qui diffèrent en termes de position dans le processus de production", à savoir via les classes sociales. Les classes sociales peuvent être définies par la différence dans l’accès aux moyens de production comme l’a souligné Marx, mais il n’y a pas que cela. Pour faire écho à mes travaux sur les économies socialistes, rappelons la critique très influente émanant de la gauche à propos des systèmes socialistes : les classes sociales dans ce système se formaient sur la base d’un accès différencié au pouvoir étatique. La bureaucratie peut en effet être considérée comme constituant une classe sociale. Et pas seulement dans un système socialiste, mais aussi dans les formations précapitalistes où le rôle de l’Etat comme "extracteur de plus-value" était important, de l’Egypte antique à la Russie médiévale. Plusieurs pays africains aujourd’hui peuvent être analysés en utilisant cette lecture-là. Dans mon prochain livre Capitalism, Alone, j’utilise la même approche pour des pays de capitalisme politique, notamment la Chine.

Il faut le souligner : l’analyse en termes de classes est absolument cruciale pour toutes les personnes voulant étudier les inégalités précisément parce que les inégalités, avant de devenir un phénomène individuel ("mon revenu est faible"), constituent un phénomène social qui affecte de larges franges de la population ("mon revenu est facile parce que les femmes font l’objet de discriminations" ou "parce que les Afro-Américains sont discriminés" ou "parce que les pauvres ne peuvent avoir accès à une bonne éducation", etc.). Donnons deux exemples de ce que j’ai en tête ici : les travaux de Piketty, en particulier sur les hauts revenus en France et le livre de Rodriguez Weber sur la répartition du revenu au Chili à long terme (Desarrollo y desigualdad en Chile (1850–2009): historia de su economía política). D’un autre côté, je pense que les travaux de Tony Atkinson sur diverses répartitions du revenu et des richesses, notamment en Grande-Bretagne, n’a pas assez intégré l’analyse politique et en termes de classes sociales.

C’est aussi là où les travaux sur les inégalités rompent avec l’un des fléaux de la microéconomie et de la macroéconomie modernes : l’agent représentatif. L’introduction de l’agent représentatif visait à occulter toutes les distinctions significatives entre de larges groupes de personnes dont les positions sociales diffèrent, en se focalisant sur l’observation que tout le monde est un "agent" qui essaye de maximiser son revenu sous un ensemble de contraintes. C’est en effet le cas. Et (…) cela passe sous silence les multiples aspects qui rendent ces "agents" vraiment différents les uns des autres : leur richesse, leur environnement, leur pouvoir, leur plus ou moins grande capacité à épargner, leur genre, leur race, le fait qu’ils possèdent ou non du capital, le fait qu’ils aient ou non à vendre leur force de travail, leur accès à l’Etat, etc. Je dirais donc que tout travail sérieux sur les inégalités doit rejeter l’usage de l’agent représentatif comme cadre pour étudier la réalité. Je suis très optimiste sur ce plan-là parce que l’agent représentatif a été le produit de deux développements qui ont aujourd’hui tendance à s’effacer : d’une part, un désir idéologique, particulièrement fort aux Etats-Unis (…), de dénier l’existence des classes sociales et, d’autre part, le manque de données hétérogènes. Par exemple, le revenu médian ou le revenu par décile était difficile à calculer, mais le PIB par tête était facile à obtenir.

La troisième contribution méthodologique des plus importantes de Marx est la prise de conscience que les catégories économiques dépendent des formations sociales. Ce qui n’est que moyens de production (outils) dans une économie composée de petits producteurs devient du capital dans une économie capitaliste. Mais ça va plus loin. Le prix (normal) d’équilibre dans une économie féodale (ou dans un système de guildes où le capital ne peut passer d’une branche à l’autre) va être différent du prix d’équilibre dans une économie capitaliste où le capital jouit d’une liberté de circulation. Ce n’est toujours pas évident aux yeux de beaucoup d’économistes. Ils utilisent les catégories capitalistes d’aujourd’hui pour l’Empire romain où le travail salarié était (pour citer Moses Finley) "spasmodique, occasionnel et marginal".

Mais même s’ils ne le réalisent pas pleinement, ils reconnaissent de facto l’importance du cadre institutionnel d’une société dans la détermination des prix non seulement des biens, mais aussi des facteurs de production. A nouveau, nous le voyons tous les jours. Supposons que le monde produise exactement le même ensemble de marchandises et que la demande pour ces marchandises soit exactement la même, mais imaginons tout d’abord que ce soit le cas dans des économies nationales qui ne permettent pas au travail et au capital de se mouvoir, puis dans une économie entièrement mondialisée où les frontières n’existent pas. Il est que les prix du capital et du travail (le profit et le salaire) seront différents dans cette dernière économie, que la répartition entre propriétaires du capital et les travailleurs sera différente, que les prix vont changer lorsque les profits et salaires changeront, que les revenus changeront aussi, donc aussi la consommation, et finalement que même la structure de la production sera altérée. C’est en effet ce que l’actuelle mondialisation est en train de faire.

Le fait que les relations de propriété déterminent les prix et la structure de la production et consommation est une intuition extrêmement importante. Le caractère historique de tout arrangement institution est donc mis en avant.

La dernière contribution de Marx que j’aimerais mettre en avant (peut-être la plus importante et grandiose de ses contributions) est que la succession des formations socio-économiques (ou, de façon plus restreinte, des modes de production) est elle-même "régulée" par les forces économiques, notamment la lutte pour la répartition du surplus économique. La tâche de l’économie est (…) d’expliquer l’essor et la chute non seulement de pays, mais aussi de différentes manières d’organiser la production : pourquoi les nomades ont été supplantés par des populations sédentaires, pourquoi l’Empire romain occidental a laissé place à de larges domaines féodaux et aux serfs, alors que l’Empire romain oriental est resté habité par de petits propriétaires, etc. Toute personne qui étudie Marx ne peut jamais oublier la grandeur des questions qu’il a posées. Un tel étudiant trouvera peut-être acceptable d’utiliser les courbes d’offre et de demande pour déterminer le coût d’une pizza dans sa ville, mais il ne verra jamais cela comme le rôle premier ou le rôle le plus important de l’économie en tant que science sociale. »

Branko Milanovic, « Marx for me (and hopefully for others too) », in globalinequality (blog), 28 décembre 2018. Traduit par Martin Anota

dimanche 30 décembre 2018

Les liens de la semaine

Consommation




Environnement et ressources naturelles


Démographie

  • Entre 2011 et 2016, les grandes aires urbaines portent la croissance démographique française (INSEE)
  • Les journalistes racontent n’importe quoi (mais c’est un peu la faute de l’Insee) (Olivier Bouba-Olga)


Monnaie et finance

  • A Wall Street, la meilleure séance depuis 2009 (Le Monde)
  • Comme il était prévisible, les marchés financiers passent brutalement de l’optimisme au pessimisme sur l’économie américaine (Patrick Artus)
  • Pourquoi Donald Trump veut aussi se débarrasser de Jerome Powell (La Tribune)
  • Trump et la Fed : précieuse indépendance des banques centrales (Emmanuel Combe)
  • Les arguments des banques centrales qui rejettent le "leaning against the wind" sont-ils recevables ? (Patrick Artus)


Commerce international


Intégration européenne

  • L’utilisation présente de l’excès d’épargne de l’Allemagne : une inefficacité majeure (Patrick Artus)
  • Les évolutions récentes ne favorisent pas le retour de la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro (Patrick Artus)
  • L’Europe peut-elle revenir à la normale ? (Patrick Artus)


Inégalités


Travail, emploi, chômage

  • Royaume-Uni : le commerce en ligne a détruit 150.000 emplois en 2018 (La Tribune)
  • Le Smic détruit-il vraiment des emplois? (Alter éco)
  • A nouveau sur le salaire minimum (Michel Husson)
  • Comment a évolué le niveau de la productivité en France par rapport à l’Allemagne ? (Patrick Artus)
  • Pourquoi la productivité du travail est-elle aussi basse en Allemagne ? (Patrick Artus)


Politique

  • L’Elysée embarrassé par les voyages d’affaires d’Alexandre Benalla au Tchad (Le Monde)
  • Qu’est-ce que le passeport diplomatique, utilisé par Benalla après son départ de l’Elysée ? (Le Monde)
  • La diplomatie d’Emmanuel Macron, un beau discours (Le Monde)
  • “On a laissé la démocratie être corrompue par le poids de l’argent privé” (Julia Cagé)
  • "Le vote rural est loin d’être homogène" (Sébastien Vignon)
  • Les démocrates accusent Trump de plonger les Etats-Unis "dans le chaos" (Le Monde)





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jeudi 27 décembre 2018

Les effets du salaire minimum selon Neumark

« (…) Le principal argument en faveur du salaire minimum est qu’il aide les ménages pauvres à gagner assez de revenu. Cependant, le potentiel revers est qu’il puisse désinciter les employeurs à utiliser des travailleurs à bas salaire, peu qualifiés. Si le salaire minimum réduit l’emploi pour les travailleurs peu qualifiés, il y aura des gagnants et des perdants. La capacité d’un salaire minimum à réduire la pauvreté ou à aider les ménages à faible revenu dépend de la localisation de ces gagnants et perdants dans la distribution des revenus. Clairement, l’effet sur l’emploi est crucial : si un salaire minimum plus élevé ne détruit pas les emplois, alors du point de vue du gouvernement, il y a un "repas gratuit" (free lunch) qui aide à réduire la pauvreté, même si les ménages plus riches en profitent aussi. Les économistes du travail se demandent depuis longtemps si le salaire minimum réduit l’emploi. Cet article passe en revue les preuves empiriques portant sur les Etats-Unis et aussi la fiabilité des méthodes de recherche utilisées pour estimer les effets du salaire minimum sur les emplois.

La théorie


Les analyses standards du salaire minimum partent d’un marché du travail concurrentiel pour un seul type de travail, avec une courbe d’offre de travail croissante et une courbe de demande de travail décroissante. Sans salaire minimum, le salaire est égal au salaire d’équilibre, w, et la quantité du travail employé est égale à la quantité d’équilibre, L (cf. graphique 1).

GRAPHIQUE 1 Impact du salaire minimum sur un marché du travail concurrentiel

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Avec un salaire minimum "contraignant" mw qui est plus élevé que w, moins de travailleurs sont employés, pour deux raisons. Premièrement, les employeurs substituent un autre intrant (par exemple du capital) à un travail désormais plus cher. Deuxièmement, parce que les coûts sont plus élevés avec cette nouvelle combinaison productive, les prix de vente augmentent, ce qui réduit davantage la demande de travail. Ces deux effets se traduisent par un moindre emploi (Lmw sur le graphique 1).

Bien sûr, ce modèle simplifie les choses. Il ne faut pas oublier que les travailleurs n’ont pas les mêmes niveaux de qualifications et que le salaire minimum ne nuit pas directement aux travailleurs très qualifiés. Les employeurs vont substituer davantage de travailleurs très qualifiés aux travailleurs peu qualifiés après une hausse du salaire minimum. Cette substitution entre travailleurs a des implications pour les analyses empiriques des effets du salaire minimum sur l’emploi. Les baisses de l’emploi peuvent ne pas être énormes, même si l’emploi des moins qualifiés se dégrade fortement. C’est important pour la politique économique. Le salaire minimum vise à aider les travailleurs les moins qualifiés. Si leur emploi se dégrade substantiellement (…), la politique est moins susceptible d’atteindre cet objectif.

Un problème plus fondamental concernant le modèle concurrentiel est qu’il n’est simplement pas le bon modèle. Certains affirment qu’il peut y avoir "monopsones" sur les marchés du travail, c’est-à-dire des situations où les employeurs ont un certain pouvoir dans la fixation des salaires, contrairement au modèle concurrentiel, en raison de frictions qui lient les travailleurs à des entreprises spécifiques. Ces frictions impliquent que lorsqu’un employeur embauche un autre travailleur, le coût des travailleurs existants augmente aussi. Par conséquent, l’emploi déterminé par le marché peut chuter bien en-deçà du niveau qui aurait été en vigueur si la concurrence avait été parfaite. En outre, dans le modèle du monopsone, un salaire minimum peut parfois entraîner un emploi plus élevé.

Les analyses empiriques


Les économistes décrivent les effets du salaire minimum en utilisant l’élasticité de l’emploi, c’est-à-dire le ratio rapportant la variation en pourcentage de l’emploi sur la variation en pourcentage du salaire minimum. Par exemple, une hausse de 10 % du salaire minimum réduit l’emploi de 1 % quand l’élasticité est de -0,1 et de 3 % lorsqu’elle est de -0,3.

Les premières études trouvant des effets de désemploi


Durant les années soixante-dix, plusieurs études portant sur les effets du salaire minimum sur l’emploi se sont focalisées sur les Etats-Unis. Ces études ont estimé les effets des variations du salaire minimum national sur l’emploi agrégé des jeunes, typiquement les personnes âgées de 16-19 ans ou de 16-24 ans, qui sont souvent peu qualifiés. Le consensus de ces études de première génération était que les élasticités pour l’emploi des jeunes étaient comprises entre -0,3 et -0,1.

Quelques études des années quatre-vingt-dix ont remis en cause ce premier consensus, en suggérant que les élasticités de l’emploi pour les adolescents et les jeunes adultes étaient proches de zéro. Mais des études postérieures, utilisant de nouvelles méthodes pour analyser les données agrégées, mettaient plus clairement en évidence des effets de désemploi, en lien avec le premier consensus. En utilisant des données allant jusqu’à 1999, la meilleure de ces études a trouvé que les élasticités de l’emploi adolescent était de -0,12 à court terme (c’est-à-dire sur moins d’un an) et de -0,27 à plus long terme, donc confirmant apparemment le premier consensus : le salaire minimum réduit l’emploi des jeunes (et donc des peu qualifiés) et l’éventail des élasticités va de -0,3 à -0,1.

Au début des années quatre-vingt-dix, une seconde vague d’études, plus convaincantes, a commencé à exploiter le fait que les salaires minima ne sont pas les mêmes d’un Etat à l’autre au sein des Etats-Unis. Une telle variation fournit des preuves plus fiables parce que les Etats qui relevèrent leur salaire minimum peuvent être comparés avec ceux qui ne le relevèrent pas, ce qui permet de prendre en compte les changements dans l’emploi des jeunes survenant pour des raisons autres que la hausse du salaire minimum. Une littérature s’est focalisée sur des cas spécifiques de hausses de salaire minimum par des Etats fédérés. Cette approche par des études de cas offre l’avantage de limiter l’analyse pour inclure un Etat où le salaire minimum a augmenté et un Etat très similaire où le salaire minimum n’a pas augmenté. Malheureusement, ces résultats ne s’appliquent pas nécessairement à d’autres Etats, ni à d’autres époques.

Une analyse de cette récente vague d’estimations empiriques a compilé plus de 100 études portant sur les effets du salaire minimum sur l’emploi, en cherchant à évaluer la qualité de chacune de ces études et en se focalisant sur celles qui sont les plus fiables (Neumark et Wascher, 2007). Les études se focalisant sur les moins qualifiés sont mises en avant, dans la mesure où l’on s’attend à ce que les effets supposés négatifs du salaire minimum sur l’emploi apparaissent plus clairement dans ces études. Reflétant la plus grande variété de méthodes et de sources de variation des effets du salaire minimum utilisés depuis 1982, cette revue de la littérature présente un éventail plus large d’estimations des effets du salaire minimum sur l’emploi que les études antérieures (essentiellement sur séries temporelles).

Près des deux tiers des études passées en revue estiment que le salaire minimum a des effets négatifs (quoique pas toujours statistiquement significatifs) sur l’emploi. Seulement huit études ont trouvé des effets positifs sur l’emploi. Des 33 études considérées comme les plus crédibles, 28, soit 85 % d’entre elles, suggèrent des effets négatifs sur l’emploi. Elles concernent le Canada, la Colombie, le Costa Rica, les Etats-Unis, le Mexique, le Portugal et le Royaume-Uni. En particulier, les études se focalisant sur les travailleurs les moins qualifiés trouvent des preuves plus robustes suggérant des effets négatifs, avec des effets proches ou plus larges que la gamme faisant consensus à partir des données américaines. A l’inverse, peu d’études (voire aucune) ne fournissent de preuves convaincantes d’effets positifs du salaire minimum sur l’emploi.

Les remises en cause du consensus


Deux récentes méta-analyses ont remis en cause la conclusion (Doucouliagos et Stanley, 2009 ; Belman et Wolfson, 2014). Ces analyses suggèrent qu’en moyenne les études offrent une estimation proche de zéro. Cependant, tirer des moyennes des études sur les effets du salaire minimum, comme le font les méta-analyses, n’est pas sans poser problème. Premièrement, la population étudiée n’est pas la même d’une étude à l’autre ; ce facteur et d’autres peuvent influencer la contrainte qu’exerce le salaire minimum. Cela entraîne des écarts dans les effets estimés, si bien qu’il n’y a pas de raisons d’en tirer simplement une moyenne. Deuxièmement, les méta-analyses assignent souvent plus de poids aux estimations qui sont statistiquement plus précises (Belman et Wolfson, 2014), même si les méthodes empiriques les plus rigoureuses sont susceptibles d’être moins précises du fait que leur méthodologie est plus rigoureuse. Et pourtant, ce sont les études qui utilisent les méthodes les plus rigoureuses (…) qui devraient recevoir une pondération plus importante. Donc l’attention doit être prêtée aux meilleures études, même si les chercheurs ne sont pas d’accord quant à s’avoir quelles études sont les meilleures, il est plus sensé d’essayer de résoudre cette question que de chercher mécaniquement à tirer des moyennes des estimations existantes dans la littérature.

Les conclusions de la revue de la littérature ci-dessus sont contestées dans deux études plus récentes (Dube et al., 2010 ; Allegretto et al., 2011). Les auteurs de ces études supposent que les salaires minima fédéraux tendent à augmenter dans les Etats et années où les conditions sur le marché du travail pour les moins qualifiés se dégradent relativement à celles dans les autres Etats, générant une relation négative fallacieuse entre le salaire minimum et l’emploi des peu qualifiés. Ils affirment aussi que restreindre les comparaisons entre Etats proches, quand le salaire minimum augmente dans l’un mais pas dans autres, résout ce problème, parce que des Etats proches sont sujets aux mêmes chocs qui peuvent être corrélés fallacieusement avec les hausses du salaire minimum. En utilisant ces "comparaisons entre voisins", ces deux études constatent que les effets de désemploi sont proches de zéro. La première se focalise sur les travailleurs de la restauration (Dube et al., 2010) et la seconde sur les adolescents (Allegretto et al., 2011).

Deux nouvelles analyses récentes remettent en cause plusieurs de ces conclusions (Neumark et al., 2014a ; 2014b). En outre, trois études utilisant trois approches différentes au problème de la corrélation des chocs touchant le marché du travail avec les hausses du salaire minimum (Baskaya et Rubinstein, 2015 ; Clemens et Wither, 2016 ; Powell, 2016) mettent en évidence de forts effets de désemploi associés au salaire minimum, avec des élasticités allant de -0,5 à -0,3 pour les adolescents et proches de -1 pour les travailleurs à très bas salaire (Clemens et Wither, 2016). Il y a plusieurs raisons pour trouver ces études plus convaincantes (Neumark et Wascher, 2017), notamment le fait que les méthodes de contrôle utilisées dans les études antérieures peuvent obscurcir les effets de désemploi du salaire minimum.

(…) Les exceptions dans les récents travaux qui ne trouvent pas de preuves suggérant des effets sur l’emploi (Dube et al., 2010 ; Allegretto et al., 2011) tiennent généralement à une façon spécifique d’estimer les effets du salaire minimum sur l’emploi (…). Bien d’autres méthodes dans la plupart des récentes études, qui s’attaquent aux limites potentielles que les études antérieures, trouvent des effets de désemploi (Baskaya et Rubinstein, 2015 ; Clemens et Wither, 2016 ; Powell, 2016). (…) Les affirmations générales selon lesquelles il n’y a pas de preuve qu’accroître le salaire minimum détruit des emplois sont simplement fausses.

Le salaire minimum dans les autres pays


Jusqu’à présent, la plupart des études utilisent les données américaines car les différences entre les salaires minima d’un Etat à l’autre fournissent le meilleur "laboratoire" pour estimer les effets du salaire minimum. Beaucoup d’autres pays, notamment l’Allemagne, ont un salaire minimum national. Un salaire minimum national pose de plus gros problèmes pour les sciences sociales, parce qu’il est difficile d’estimer ce qui se serait passé en l’absence d’une hausse du salaire minimum. Ce problème se reflète aussi dans les données britanniques. Dans la mesure où le salaire minimum est le même d’une région à l’autre au Royaume-Uni, une étude récente a examiné des groupes différemment affectés par le salaire minimum national, trouvant des baisses d’emploi pour les femmes à temps partiel, le groupe le plus affecté. Une deuxième étude observe les changements sur le marché du travail à des âges où le salaire minimum change (à 18 et 22 ans) et constate un effet négatif à 18 ans et à 21 ans (un an avant que le salaire minimum n’augmente, ce qui reflète d’après les auteurs le fait que les employeurs anticipent le relèvement du salaire minimum à 22 ans). Cependant, il y a plusieurs études britanniques qui ne trouvent aucun effet de désemploi. (...)

Les effets distributionnels et l’impact sur la pauvreté


Le principal argument avancé en faveur d’un salaire minimum est qu’il aide les ménages modestes. Mais parce qu’il y a des effets de désemploi, le salaire minimum crée des gagnants et des perdants. Les gagnants obtiennent un salaire plus élevé sans réduction de l’emploi (ni du nombre d’heures travaillées), tandis que les perdants portent le poids des effets de désemploi, en perdant leur emploi, en travaillant moins longtemps ou en ayant plus de difficultés à trouver un emploi. Si les gains des gagnants sont larges, si ces gagnants sont surreprésentés parmi les ménages modestes que les autorités cherchent à aider et si les perdants sont concentrés parmi les ménages à haut revenu (…), alors les pertes subies par les perdants suite à la hausse du salaire minimum peuvent sembler acceptables. Cependant, les études portant sur les Etats-Unis échouent à trouver des preuves démontrant que le salaire minimum aide les pauvres ; celui-ci accroît en fait le nombre de ménages modestes (Lundstrom, 2017).

Le problème fondamental avec l’utilisation du salaire minimum en vu d’accroître le revenu des ménages modestes est que cette politique cible des travailleurs à faible salaire, pas les ménages à faible revenu, or il ne s’agit pas forcément des mêmes personnes. Premièrement, dans plus de la moitié des familles pauvres avec un chef de famille âgé de 18 à 64 ans, personne ne travaille (…). Deuxièmement, certains travailleurs sont pauvres parce qu’ils ne travaillent que quelques heures, non parce qu’ils gagnent de faibles salaires (…). Et troisièmement, parce que les adolescents sont surreprésentés dans la main-d’œuvre rémunérée au salaire minimum, beaucoup de travailleurs à faible salaire ne sont pas dans des ménages pauvres. Par conséquent, des calculs sommaires suggèrent que lorsque le salaire minimum augmente, en supposant aucune destruction d’emploi, l’essentiel de la hausse des revenus va aux ménages appartenant à la moitié supérieure de la distribution des revenus plutôt qu’aux ménages sous le seuil de pauvreté (…).

L’incapacité à aider les ménages modestes via une hausse du salaire minimum est, on le comprend, frustrant pour les autorités. Aux Etats-Unis, cependant, un outil bien plus efficace est l’earned income tax credit (EITC) instauré dans les années soixante-dix. Certains pays européens (notamment le Royaume-Uni, la Belgique, la France et les Pays-Bas) ont mis en œuvre des politiques similaires. Ces programmes versent un supplément de revenu aux travailleurs à faible revenu, en fonction des ressources du ménage ; ce supplément de revenu diminue à mesure que le revenu d’activité augmente. (…)

Les effets incitatifs de ces suppléments de revenu sont souvent compliqués, mais si ces dispositifs sont correctement conçus, alors ils accroissent les incitations à entrer sur le marché du travail pour de nombreux individus éligibles qui ne travaillaient pas. (…) L’EITC aide les ménages à sortir de la pauvreté pas seulement via le supplément de revenu qu’il offre, mais aussi indirectement via le supplément de revenu d’activité généré par les incitations à accroître l’offre de travail (Neumark et Wascher, 2011). (...)

Résumé et recommandations de politique économique


Alors que de faibles salaires contribuent aux difficultés économiques de nombreuses familles pauvres et à faible revenu, l’argument selon lequel un relèvement du salaire minimum est un moyen efficace d’améliorer leur situation n’est pas soutenu par les preuves empiriques. Premièrement, un salaire minimum plus élevé décourage les employeurs d’utiliser les travailleurs à bas salaire, peu qualifiés que le salaire minimum cherche à aider. De nombreuses preuves empiriques (mais pas toutes) confirment que le salaire minimum réduit l’emploi des travailleurs à bas salaire, peu qualifiés. Deuxièmement, le salaire minimum ne parvient pas à cibler les familles pauvres et à faible revenu. Le salaire minimum augmente davantage les salaires des travailleurs à bas salaire plutôt qu’il n’augmente les revenus des ménages à faible revenu. Les familles à faible revenu doivent recevoir de l’aide pour sortir de la pauvreté. Les études portant sur les Etats-Unis échouent généralement à trouver des preuves empiriques montrant que le salaire minimum aide les pauvres, bien que certains sous-groupes puissent être aidés lorsque le salaire minimum est combiné avec un programme de subvention, comme un crédit d’impôt ciblé. Le salaire minimum est une politique relativement inefficace pour aider les ménages pauvres et à faible revenu. Des politiques plus efficaces sont celles qui incitent davantage les membres des familles pauvres et à faible revenu à travailler. »

David Neumark, « Employment effects of minimum wages », World of IZA, décembre 2018. Traduit par Martin Anota



Références


ALLEGRATTO, Sylvia A., Arindrajit DUBE & Michael REICH (2011), « Do minimum wages really reduce teen employment? Accounting for heterogeneity and selectivity in state panel data », in Industrial Relations, vol. 50, n° 2.

BASKAYA, Yusuf S., & Yona RUBINSTEIN (2015), « Using federal minimum wages to identify the impact of minimum wages on employment and earnings across U.S. states », document de travail

BELMAN, Dale, & Paul WOLFSON (2014), « What does the minimum wage do? ».

CARD, David, & Alan B. KRUEGER (1995), Myth and Measurement: The New Economics of the Minimum Wage, Princeton University Press.

CLEMENS, Jeffrey, & Michael WITHER (2016), « The minimum wage and the Great Recession: Evidence of effects on the employment and income trajectories of low-skilled workers », document de travail.

DOUCOULIAGOS, Hristos, & T. D. STANLEY (2009), « Publication selection bias in minimum-wage research? A meta-regression analysis », in British Journal of Industrial Relations, vol. 47, n° 2.

DUBE, Arindrajit, T. William LESTER & Michael REICH (2010), « Minimum wage effects across state borders: Estimates using contiguous counties », in Review of Economics and Statistics, vol. 92, n° 4.

LUNDSTROM, Samuel M. (2017), « When is a good time to raise the minimum wage? », in Contemporary Economic Policy, vol. 35, n° 1.

NEUMARK, David, J.M. Ian SALAS, & William WASCHER (2014a), « Revisiting the minimum wage–employment debate: Throwing out the baby with the bathwater? », in Industrial and Labor Relations Review, vol. 67, n° 3.

NEUMARK, David, J.M. Ian SALAS, & William WASCHER (2014b), « More on recent evidence on the effects of minimum wages in the United States », in IZA Journal of Labor Policy, vol. 3, n° 24.

NEUMARK, David, & William WASCHER (2007), « Minimum wages and employment », Foundations and Trends in Microeconomics, vol. 3, n° 1−2.

NEUMARK, David, & William WASCHER (2008), Minimum Wages, MIT Press.

NEUMARK, David, & William WASCHER (201), « Does a higher minimum wage enhance the effectiveness of the Earned Income Tax Credit? », in Industrial and Labor Relations Review, vol. 64, n°

NEUMARK, David, & William WASCHER (2017), « Reply to credible research designs for minimum wage studies », in Industrial and Labor Relations Review, vol. 70, n° 3.

POWELL, David (2016), « Synthetic control estimation beyond case studies: Does the minimum wage reduce employment? », RAND, labor & population working paper, n° WR-1142.

dimanche 23 décembre 2018

Les liens de la semaine

Autour des sciences économiques


Croissance, fluctuations et crises

  • Croissance : l'économie française s'essouffle (La Tribune)
  • Retournement cyclique : nettement plus violent dans la zone euro qu’aux Etats-Unis ? (Patrick Artus)
  • Objectivement, les Etats-Unis donnent de la croissance au Reste du Monde (Patrick Artus)
  • Un grand ralentissement en Chine aurait des effets très négatifs sur le Reste du Monde (Patrick Artus)
  • Une accélération de la déformation des économies vers les services (Patrick Artus)
  • Pour une croissance inclusive et soutenable (Michel Aglietta)




Inflation




Environnement et ressources naturelles

  • L’année 2018 est la plus chaude jamais enregistrée en France (Le Monde)
  • L’impact du plastique sur l’environnement expliqué en quelques chiffres (Le Monde)
  • Les impacts de la fiscalité carbone sur les ménages : les Français, pas tous égaux devant les coups de pompe (OFCE)
  • Entreprises : la fiscalité écologique est-elle incitative ? (La Tribune)
  • Un procès climatique en France : l’affaire du siècle (Alter éco)
  • La Chine, plus gros pollueur du monde, accélère sa transition énergétique (La Tribune)
  • Plaidoyer pour l’équité climatique (La Vie des idées)


Autour de la COP24


Migration

  • L’impact sur les finances publiques de 30 ans d’immigration en France (CEPII)
  • L’aide au développement : quelle influence sur les phénomènes migratoires ? (The Conversation)


GRAPHIQUE Répartition par âge de la population des natifs et des immigrés (en %)

CEPII__Repartition_par_age_de_la_population_immigres_natifs.png

source : CEPII (2018)

Finance


Politique monétaire

  • La décision de la Réserve fédérale américaine attendue avec angoisse par Wall Street (Le Monde)
  • Etats-Unis : Trump met en garde contre une nouvelle hausse des taux d'intérêts de la Fed (La Tribune)
  • La Fed nous dit une hausse maintenant puis deux l’an prochain (Philippe Waechter)
  • L'indépendance contestée des banques centrales (Les Echos)
  • Les banques centrales devraient réagir à la chute des marchés des actions (Patrick Artus)
  • L’arrêt des achats nets d’actifs ne met pas fin au quantitative easing (Banque de France)
  • Le quantitative easing peut-il être efficace ? (Patrick Artus)


Les "gilets jaunes", le pouvoir d'achat et la politique économique


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Fiscalité

  • Justice et injustice fiscales: ce que pensent les Français (Olivier Galland)
  • Qu’a-t-on fait de la hausse de la pression fiscale en France ? (Patrick Artus)
  • Faute d’obtenir un vote du Sénat sur son "mur", Trump provoque l’arrêt d’une partie de l’Etat fédéral (Le Monde)
  • Le grand hold-up fiscal américain a un an (Brad DeLong)
  • L’évasion fiscale : une urgence, comme le climat ou les migrations (Anne-Laure Delatte)


Dette publique

  • La dette de la France devrait frôler les 100 % du PIB en 2019 (Le Monde)
  • La France peut-elle avoir un déficit public nettement plus important ? (Patrick Artus)
  • Dette publique : pas de quoi paniquer ! (Christian Chavagneux)
  • Violente discipline de marché pesant aujourd’hui sur les finances publiques des pays de la zone euro (Patrick Artus)


GRAPHIQUE Dette publique française

source : INSEE (2018)

Policy-mix

  • Le nouveau régime pour les politiques budgétaire et monétaire des pays de l’OCDE (Patrick Artus)
  • Etats-Unis : que se passe-t-il quand on met en place un policy-mix très expansionniste au plein emploi ? (Patrick Artus)


Commerce international

  • Les baisses de charge contre la compétitivité (Alter éco)
  • Coûts et conséquences d’une guerre commerciale : une analyse structurelle (Banque de France)
  • En 2016, en France, 1,8 million d’emplois dans les entreprises sous contrôle étranger (INSEE)
  • Comprendre la grande reconfiguration du commerce mondial (CEPII)
  • Les déséquilibres mondiaux persistent malgré le rééquilibrage d’après-crise : focus sur leur financement (Banque de France)


Intégration européenne


Inégalités


GRAPHIQUE Part de la richesse héritée en Europe et aux Etats-Unis (en %)
Banque_de_France__part_de_la_richesse_heritee.png
source : Banque de France (2018)

Travail, emploi, chômage

  • Le smic mensuel passera à 1 521,22 euros au 1er janvier (Le Monde)
  • Le problème des salaires (Christian Chavagneux)
  • Toujours plus de travailleuses pauvres (Alter éco)
  • Amazon : semaine de 60 heures et quête "du pic d’activité" dans les centres logistiques (Le Monde)
  • Uber : des chauffeurs VTC aux prud’hommes pour se faire reconnaître comme salariés (Le Monde)
  • Pour une régulation économique des contrats courts sans contraindre les entreprises, en préservant l’Assurance chômage (OFCE)
  • Le lien entre le taux d’emploi et les compétences de la population active (Patrick Artus)


Politique

  • Visualisez les départs de l’administration Trump depuis l’investiture du président américain (Le Monde)
  • La stratégie mortifère de la gauche (Le Monde)
  • Le référendum d’initiative citoyenne, démocratie ou démagogie ? (Le Monde)
  • Référendums, assemblées citoyennes : des propositions à ne pas sous-estimer (The Conversation)
  • En Suisse, le référendum d’initiative populaire comme outil du consensus politique (Le Monde)
  • Un débat démocratique est-il vraiment possible ? (The Conversation)
  • "Nous ne sommes pas en démocratie" ou le tirage au sort comme alternative ? (The Conversation)


Mobilisation collective


Déviance






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