Annotations

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 14 avril 2021

Pourquoi les économistes n'aident guère dans la lutte contre le changement climatique



« (…) Le changement climatique est l’une des plus importantes questions en matière de politique économique pour l’avenir du pays et du monde et la profession des économistes n’a tout simplement pas été à la hauteur. (...)

Le climat dans l’angle mort de l’économie

Un gros problème avec l’économie du climat est qu’elle est très limitée. Le changement climatique va affecter chaque pan de notre économie. Quantitativement, il est bien plus important qu’un calcul d’imposition optimale ou qu’un détail d’une certification professionnelle ; il est probablement même plus important que le cycle d’affaires lui-même. Mais il y a peu d’articles dédiés au changement climatique dans les revues les plus prestigieuses. Dans un article de 2019, intitulé "Why are economists letting the world down on climate change?", les économistes Andrew Oswald et Nicholas Stern écrivaient :

"Nous regrettons de constater que les économistes universitaires laissent tomber le monde. La science économique a contribué à étonnamment peu de discussions à propos du changement climatique. Par exemple, le Quarterly Journal of Economics, qui est actuellement la revue la plus citée dans le domaine de l’économie, n’a jamais publié un article sur le changement climatique. (…) Nous pensons que la science économique moderne est piégée dans une sorte d’équilibre de Nash. Les économistes universitaires sont obsédés à l’idée de publier et d’être bien référencés. La raison pour laquelle il y a peu d’économistes qui écrivent des articles sur le changement climatique est, selon nous, que les autres n’écrivent pas d’articles sur le changement climatique."

Ils (…) montrent à quel point il y a eu peu d’articles sur le changement climatique publiés dans les revues d’économie les plus prestigieuses (...). Il y en a eu 57, sur un nombre total d’environ 77.000 articles, c’est-à-dire environ 0,074 %. Comme Oswald et Stern le soulignent, c’est réellement surprenant, dans la mesure où le changement climatique a) est provoqué par l’activité économique, b) a de significatives répercussions économiques et c) nécessitera d’ingénieuses politiques économiques pour nous sortir de là. En fait, je pense que la situation est même pire que ne le suggère leur article, dans la mesure où une grosse partie des travaux en économie du climat sont de piètre qualité.

De mauvais travaux

Le plus monstrueux pan de l’économie du climat est certainement cet ensemble de travaux qui conclut que le changement climatique n’est absolument pas un problème. Le plus grand délinquant dans ce domaine que je connaisse est Richard Tol, un professeur de l’Université de Sussex. Tol a écrit un célèbre article en 2009 dans lequel il affirma que le réchauffement climatique se traduirait par des gains économiques pour les gens qui vivent dans les zones tempérées et que ces gains dépasseraient les coûts qu’en subiraient les personnes vivant dans les tropiques. Son raisonnement ? Avec des températures plus chaudes, vous n’avez plus à utiliser autant le chauffage ; des températures plus élevées sont meilleures pour la santé ; et un surcroît de CO2 dans l’atmosphère accroît le rendement des récoltes.

C’est évidemment ridicule, pour diverses raisons qu’une poignée de secondes de réflexion permet à chacun d’imaginer, même sans s’y connaître grandement sur la question du changement climatique. Tout d’abord, le changement climatique ne se contente pas simplement d’accroître partout les températures de quelques degrés : il rend la météo plus instable, ce qui inclut notamment davantage d’épisodes de grand froid (c’est quelque chose qui a été saisi bien avant que Tol n’écrive son article). Deuxièmement, de très nombreuses études montrent que le changement climatique nuit à la productivité agricole, et ce via de nombreux mécanismes (…). Troisièmement, il y a de très nombreuses manifestations du changement climatique que Tol écarte de sa réflexion, en se contentant de dire qu’ils "semblent a priori faibles". Le mot "incendie" n’apparaît pas dans son article. Tol reconnaît ce problème, en écrivant que "des surprises négatives devraient être plus fréquentes que les surprises positives" et qu’"il est relativement facile d’imaginer un scénario catastrophe pour le changement climatique", mais il ne va guère plus loin.

Mais en outre, les calculs de Tol se sont révélés erronés. En 2014, il eut à publier un correctif quand il s’avéra qu’il s'était trompé sur le signe de certains chiffres, ce qui l’avait amené à compter des coûts du changement climatique comme des bénéfices (oups !). Il avait également commis une erreur de codage qui l’amena à ignorer certaines données. (…) Andrew Gelman et d’autres trouvèrent tout un lot d’erreurs supplémentaires dans les données, l’analyse et le modèle de Tol. En 2015, la revue publia un nouveau correctif.

C’est évidemment déplorable, mais l’analyse bâclée de Tol fit son chemin dans les conversations de politique publique. En 2009, il publia une tribune intitulée "Why worry about climate change?". Les Républicains du Sénat le classèrent dans leur liste de climato-sceptiques. En 2013 (…), les travaux de Tol furent utilisés par des chroniqueurs conservateurs pour affirmer que le changement climatique est bon pour la planète.

Tol n’est-il qu’un cas isolé ? Il est difficile de trouver des travaux aussi piètres que son article de 2009, mais plusieurs des mêmes erreurs qu’il a commises se retrouvent dans d’autres travaux en économie du climat. Par exemple, en 2011, Michael Greenstone et Olivier Deschenes publièrent un article à propos du lien entre changement climatique et mortalité (…). Leur approche consistait à mesurer les effets des températures sur les taux de mortalité en temps normal et à utiliser cette estimation pour prédire de quelle façon un réchauffement du monde affecterait la mortalité. Les auteurs firent la grave erreur, pourtant évidente, de supposer que le changement climatique n’affecterait la mortalité humaine que via ses effets sur la température : insolations, infarctus et ainsi de suite. Les mots "tempête", "feu" et "inondation" n’apparaissent pas dans l’article. Les auteurs mentionnent le fait que le changement climatique pourrait alimenter les épidémies, mais ils ne vont pas plus loin. Vers la fin de l’article, ils écrivent qu’"il est possible que l’incidence des événements extrêmes augmente et qu’ils puissent affecter la santé humaine. (…) Cette étude n’est pas équipée pour éclairer ces questions". (...)

Comment les mauvais travaux en économie du climat parviennent-ils à être publiés ? Beaucoup de gens pourraient rapidement penser que c’est politique, qu’il s’agit d’économistes conservateurs qui croient que les inquiétudes suscitées par le changement climatique sont un prétexte pour détruire le capitalisme, si bien qu’ils sont prédisposés à privilégier les résultats qui minimisent les potentiels dommages du changement climatique. Je ne sais pas dans quelle mesure ce phénomène existe, mais je pense qu’il y a d’autres bonnes raisons.

La première est l’effet lampadaire : les économistes se focalisent surtout sur ce qu’ils peuvent mesurer et tendent à délaisser ce qu’ils ne peuvent mesurer. La deuxième est la compartimentation : les économistes ne sont pas du genre à faire appel à des climatologues pour réaliser une étude. Si vous regardez les références dans l’un des articles de Deschenes et Greenstone, vous verrez très peu de références aux articles de climatologie ; en fait, il s’agit principalement de références à des articles d’économie. Pourtant, vous pourriez penser qu’une collaboration avec des scientifiques qui étudient le processus physique du changement climatique et ses effets sur la météo, l’agriculture et ainsi de suite est importante si l’on veut savoir quel sera l’impact économique du changement climatique, n’est-ce pas ? En tout cas, j’en suis arrivé à penser que ce genre d’études contribue à alimenter la conviction que les économistes du climat ne sont pas des experts à qui il faut se fier.

Les modèles DICE

S’il y a un économiste du climat qui est respecté plus que tout autre, c’est William Nordhaus de l’Université de Yale, qui gagna le Nobel d’économie en 2018 "pour avoir intégré le changement climatique dans l’analyse macroéconomique de long terme". Le comité a notamment cité la création par Nordhaus d’un "modèle d’évaluation intégré" permettant d’analyser les coûts du changement climatique. Le plus célèbre de ce type de modèle est le modèle DICE, utilisé par l’agence de protection de l’environnement aux Etats-Unis.

Mais le modèle DICE, ou du moins la version que nous avons utilisée pendant des années, pose problème. Comme le notait David Roberts en 2018, selon la version standard du modèle de Nordhaus, le coût économique d’une hausse de 6 °C des températures mondiales s’élèverait à 10 % du PIB. Or, comme le note Roberts, les climatologues croient qu’une telle hausse des températures rendrait la Terre essentiellement invivable. Une terre invivable coûterait bien plus que 10 % du PIB.

Les modèles de Nordhaus recommandent une hausse de 3,5 °C, ce qui est plus élevé que ce que le monde devrait connaître d’ici la fin du siècle si nous n’en faisons pas davantage. En d’autres termes, le modèle d’économie du climat d’un lauréat du Nobel recommande que le coût économique de n’importe quelle action que nous entreprendrions en plus que nous faisons déjà pour lutter contre le changement serait trop élevé.

C’est évidemment n’importe quoi, donc poursuivons et penchez-nous sur certains problèmes évidents que pose le modèle. Un premier problème avec les modèles DICE ou, du moins, avec les chiffres que Nordhaus a utilisés dans ses modèles DICE est qu’ils assument un taux d’actualisation trop élevé. Le taux d’actualisation est le degré auquel nous ne nous inquiétons pas pour le futur : plus ce taux est élevé, moins nous nous inquiétions de ce qui se passera dans 20 ou 50 ans. Les modèles DICE tirent leur taux d’actualisation des taux d’intérêt, qui représentent le niveau d’inquiétude que nourrissent vis-à-vis de l’avenir les investisseurs financiers actuellement vivants. Si les achats obligataires des investisseurs financiers suggèrent qu’ils ne s’inquiètent aucunement que leurs arrière-petits-enfants vivent dans un enfer, alors le modèle DICE ne s’inquiète pas non plus.

Or il s’avère que la plupart des économistes pensent que ce n’est pas une bonne façon de sélectionner les taux d’actualisation. En 2016, David Roberts rapportait les résultats d’une enquête auprès des économistes montrant qu’ils soutenaient dans leur majorité l’usage d’un plus faible taux d’actualisation que le taux de marché, en raison des inquiétudes éthiques relatives à l’avenir de l’humanité (…). C’est bien sûr la bonne chose à faire et les économistes le savent, pourtant celui qui a été le modèle d’économie du climat le plus populaire pendant des années fut celui qui ignorait le bien-être des générations futures. (...)

Surtout, il y a une autre énorme faiblesse du modèle DICE : il se focalise sur le scénario le plus probable et ignore les risques extrêmes. Comme Richard Tol l’écrit, "les surprises négatives pourraient être plus probables que les surprises positives" en ce qui concerne le changement climatique et "il est relativement facile d’imaginer un scénario catastrophe pour le changement climatique". La possibilité que le changement climatique ait des effets bien plus pervers que nous ne le prévoyons devrait nous inquiéter et nous pousser à en faire davantage pour l’éviter. Il y a certaines choses que nous pouvons imaginer, mais auxquelles nous attachons une faible probabilité, comme les "points critiques" au-delà desquels le changement climatique devient cumulatif. Et il y a d’autres choses dont nous ne parvenons pas à prendre conscience avant qu’elles ne se produisent. (...)

Il y a un célèbre économiste qui a cherché à imaginer ces choses. Martin Weitzman a écrit en 2009 un article intitulé "On modeling and interpreting the economics of catastrophic climate change". Les équations sont complexes, mais l’idée est simple et facile à comprendre : s’il y a un risque qu’une énorme catastrophe se produise, alors l’analyse coût-bénéfices standard ne fait pas grand sens. Weitzman a écrit :

"Peut-être que finalement les économistes du changement climatique pourraient se rendre utiles en se préservant de présenter une estimation coûts-bénéfices pour ce qui est de façon inhérente une situation extrême avec une exposition à des pertes potentiellement sans limites comme si elle était précise et objective. (…) La netteté artificielle présentée par les analyses coûts-avantages des modèles d’évaluation intégrés conventionnels est particulièrement et exceptionnellement trompeuse en comparaison avec les situations plus ordinaires qui ne concernent pas le changement climatiques qui font habituellement l’objet d’analyses coûts-avantages."

Weitzman a essayé de nous prévenir. Alors que beaucoup s’attendaient à ce qu’il partage le prix Nobel avec Nordhaus, il a été snobé, ce qui constitue à mes yeux l’une des plus graves erreurs du comité. (...) »

Noah Smith, « Why has climate economics failed us? », 13 avril 2021. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Le réchauffement climatique pèse sur la croissance… surtout celle des pays pauvres »

« Le changement climatique n'épargnera pas la croissance à long terme des pays riches »

« L’impérieuse nécessité d’une relance verte »

« Les économistes sous-estiment les coûts du réchauffement climatique »

lundi 12 avril 2021

Les contributions de Mundell à l'économie



« La phrase par laquelle débute l’article que Robert Mundell publia en 1963 ,"Capital mobility and stabilization policy under fixed and flexible exchange rates", l’un des deux articles les plus influents qu’il ait publiés à la fin des années cinquante et au début des années soixante, est bien curieuse : "Le monde est toujours une économie fermée, mais ses régions et pays s’ouvrent de plus en plus". "Toujours" ? Mundell s’imaginait-il un avenir avec un commerce interplanétaire, en raison duquel le monde dans son ensemble ne serait plus une économie fermée ? Bon, il est probable que non, mais s’il l’avait imaginé, cela n’aurait pas été surprenant de sa part. Mundell, qui disparut le 4 avril, était un économiste en avance sur son temps.

Ces papiers séminaux ont été écrits à une époque où une grande partie des restrictions imposées sur les transactions internationales durant la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale était toujours en place. Au Royaume-Uni, les contrôles de changes furent maintenus jusqu’à l’arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir ; la France n’abolit pas ses contrôles des capitaux avant 1989. Pourtant, dans ces articles, Mundell envisagea un monde avec une forte mobilité des capitaux et peut-être d’autres facteurs de production ; en effet, son article sur la politique de stabilisation fait l’hypothèse stratégique d’une mobilité parfaite des capitaux, ces derniers se déplaçant instantanément d'un pays à l'autre de façon à égaliser les taux de rendements entre pays. Et au cours des décennies qui suivirent, à mesure que les flux de capitaux s’accrurent et que les taux de change fixes furent abandonnées, le travail de Mundell constitua un guide essentiel.

Dans ce qui suit, j’essaie d’expliquer la contribution de Mundell à la pensée économique et à la politique économique.

Précisons d’emblée que la trajectoire des idées de Mundell complique ce projet. L’essentiel de son influence sur les économistes provient d’une poignée de brillants articles qu’il écrit dans sa jeunesse ; l’essentiel de sa notoriété publique provient d’analyses qu’il produisit ultérieurement dans sa carrière et qui entrent en conflit avec ses premiers travaux. Certes, les grands économistes changent souvent d’opinion au cours du temps, à mesure qu’ils acquièrent de nouvelles informations. Mundell, cependant, a entièrement changé de style intellectuel : si vous lisiez le discours qu’il prononça lors de la remise de son prix Nobel sans savoir qui l’a écrit, vous ne devineriez jamais qu’il s’agit du même homme qui conçut ces fabuleux petits modèles plusieurs décennies plus tôt.

Commençons par ces modèles, qui restent la fondation de la macroéconomie internationale moderne.

Loonie tunes


Quand Mundell reçut le prix Nobel, j’avais noté, comme d’autres économistes, que son travail le plus influent semblait avoir été inspiré par l’expérience canadienne. Avec le recul, il apparaît que j’ai sous-estimé cette influence : le modèle canadien a probablement inspiré chacune des trois contributions clés de Mundell à la macroéconomie internationale.

Comme je l’ai déjà souligné, à la fin des années cinquante et au début des années soixante, les mouvements des capitaux étaient en général soumis à d’importants contrôles. Pourtant, Mundell jugea utile de réfléchir à un monde où les capitaux seraient parfaitement mobiles, en partie pour la clarté analytique, mais aussi parce que cela offrit "un stéréotype vers lequel les relations financières internationales semblent aller". Et le Canada, "dont les marchés financiers sont dominés à un degré élevé par le vaste marché de New York", suggéra-t-il, avait déjà un pied dans ce monde. Il semble justifié, alors, de penser que l’expérience canadienne a contribué à ce que Mundell se focalise très vite sur le rôle de la mobilité des capitaux et, plus largement, de la mobilité des facteurs en économie internationale. Cette focalisation était déjà apparente dans l'article qu'il publia en 1957, "International trade and factor mobility", un article toujours populaire affirmant que le commerce peut se substituer aux mouvements des facteurs et réciproquement.

L’ouverture aux mouvements des capitaux n’était pas la seule singularité du Canada. Dans un monde de taux de change fixes mais ajustables, il s’est singularisé en passant une grande partie du temps en laissant le loonie (le dollar canadien) flotter librement, quelque chose qu’il devait faire s’il voulait avoir une politique monétaire indépendante. Cette expérience canadienne contribue certainement à expliquer pourquoi Mundell s’est focalisé très tôt sur la politique macroéconomique dans un régime de change flottant, chose qui était de l’ordre de la spéculation universitaire pour la majorité des pays à l’époque, mais qui était déjà la réalité pour son pays. Et la décision du Canada de laisser flotter le loonie offrit aussi un exemple concret de la trinité impossible (ou triangle des incompatibilités) impliqué par son article de 1962 : un pays ne peut avoir simultanément une libre circulation des capitaux, une fixité du taux de change et une politique monétaire efficace ; il ne peut choisir que deux options sur les trois.

Il y a aussi une autre chose à propos du pays de Mundell qui lui est spécifique : une géographie économique très inhabituelle. Bien que le territoire du Canada soit immense, son climat fait que l’essentiel de sa population vit dans une bande étroite, mais très longue, juste au nord de la frontière avec les Etats-Unis ; les villes de Vancouver et de Toronto sont séparées par 2.000 miles. Le Canada est en effet plus proche des Etats-Unis que de lui-même. La géographie canadienne a clairement influencé la vision de Mundell dans l’article de 1961 qui rivalise son article sur la politique de stabilisation en termes d’influence, "A theory of optimum currency areas". Il s’inquiétait à l’idée qu’un taux de change flexible ne conviendrait pas au Canada, parce que les bases économiques du pays à l’est et à l’ouest étaient très différentes et parce qu’elles ne constituaient pas, affirma-t-il, un marché du travail unifié. Cela mena naturellement à l’idée que la mobilité des facteurs est un déterminant clé pour savoir si des pays doivent avoir leur propre devise ou laisser leur devise flotter.

Donc, Mundell a en effet utilisé l’expérience canadienne pour motiver ses questions à propos de la façon par laquelle la macroéconomie en économie ouverte fonctionnerait dans un monde où les marchés étaient ouverts. Qu’avons-nous appris de ses réponses ?

La macroéconomie en économie ouverte


L’article de 1963 sur la politique de stabilisation apporta la contribution de Mundell à ce qui est généralement qualifié de modèle Mundell-Fleming. Boughton (2002) a affirmé qu’il devrait plutôt être qualifié de modèle Fleming-Mundell (l’article que Fleming publia en 1962 fut effectivement publié avant celui de Mundell) et qu’une grande partie de l’analyse peut être trouvée dans les travaux antérieurs de James Meade. Je ne juge pas ce débat inutile. Cependant, la version de Mundell finit par être celle que le plus de gens ont citée, parce qu’elle offrit une fabuleuse accroche pour la politique économique : elle dit que les effets de la politique monétaire et de la politique monétaire dépendaient étroitement du régime de change.

En l’occurrence, l’analyse de Mundell dit que la politique monétaire ne peut pas du tout être utilisée dans un régime de change fixe, mais qu’elle devient ultra-efficace lorsque les taux de change flottent librement, opérant non pas via les canaux traditionnels, mais via le taux de change. La politique budgétaire, à l’inverse, est efficace lorsque les taux de change sont fixes, mais avec des taux de change flottants l’expansion budgétaire évince les exportations nettes, ce qui compense tout effet stimulateur sur l’activité.

Comment ces résultats se tiennent-ils en pratique ? La combinaison d’une forte mobilité des capitaux et des taux de change fixes élimine clairement tout rôle pour la politique monétaire domestique. Dans le cadre du mécanisme de taux de change européen, tout le monde sait que c’est la Bundesbank qui fixait la politique monétaire pour l’ensemble du système monétaire européen.

La grande efficacité de la politique monétaire en taux de change flexibles est aussi un fait plus ou moins établi. Par exemple, la politique monétaire restrictive imposée par Thatcher pour maîtriser l’inflation britannique se transmit à l’économie du Royaume-Uni via une forte appréciation de la valeur de la livre sterling, qui dégrada la compétitivité de l’industrie manufacturière. Cependant, la politique monétaire semble toujours affecter les taux d'intérêt même lorsque les taux de change flottent.

Les choses sont moins claires du côté de la politique budgétaire, en partie parce que l’hypothèse sous-jacente du modèle Mundell-Fleming (selon laquelle l’offre de monnaie est maintenue constante lorsque les taux de change flottent librement) ne décrit pas la politique effective et elle ne l’a jamais fait. En fait, les banques centrales ciblent des taux d’intérêt, ce qui fait de l’effet de la politique budgétaire sur les taux davantage une fonction de réaction qu’une conséquence mécanique des changements de la demande de monnaie.

Mais comment les banques centrales peuvent-elles choisir le taux d’intérêt ? Dans le modèle originel de Mundell, la mobilité parfaite des capitaux était supposée assurer l’égalité des taux d’intérêt d’une devise à l’autre, même lorsque les taux de change flottaient librement. Ce n’est clairement pas juste : si l'on se contente de ce qui s'est depuis la crise financière de 2008, nous avons vu la BCE relever ses taux en 2011, lorsque la Fed ne le faisait pas, et ensuite le récit inverse de 2015 à 2019, lorsque la Fed releva ses taux, tandis que la BCE maintenait les siens au plancher.

La réponse est que même avec des capitaux parfaitement mobiles, les taux d’intérêt peuvent différer si l’on s’attend à ce que le taux de change varie, un point développé par l’un des étudiants de Mundell, Rudiger Dornbusch, dans son article de 1976, "Expectations and exchange rate dynamics", qui se basait sur le modèle Mundell-Fleming. En général, la prise en compte des anticipations, en particulier si les investisseurs financiers s’attendent à ce que les taux de change retournent vers un certain niveau normal, assouplit les résultats du modèle Mundell-Fleming : la politique monétaire fonctionne aussi bien via des canaux domestiques que le taux de change, la politique budgétaire n’évince qu’en partie les exportations nettes. Mais ce fut la nature tranchée de l’analyse initiale de Mundell qui poussa les économistes internationaux à considérer les implications des anticipations de taux de change.

Donc, Mundell n’eut pas le dernier mot dans le cadre de la macroéconomie en économie ouverte, mais il poussa celle-ci vers des évaluations plus claires, plus réalistes de la façon par laquelle la macroéconomie fonctionne avec le flottement des monnaies. Selon moi, Mundell et Dornbusch ont aussi eu un effet méta sur la macroéconomie en économie ouverte, parce qu’ils montrèrent qu’un modèle de type IS-LM avec un ajustement lent des prix pouvait mener à des conclusions intéressantes, voire excitantes. Cela eut l’effet de garder l’économie internationale relativement keynésienne durant la marée haute de la macroéconomie d’équilibre ou, pour le dire autrement, lui permit de rester relativement lucide. Il y a, bien sûr, une certaine ironie des choses ici, au vue de l’adoption ultérieure de Mundell comme saint-patron de l’économie de l’offre, mais je reviendrai ultérieurement sur celle-ci.

Les zones monétaires


Comme ses travaux sur les politiques de stabilisation et le régime de change, l’article de Mundell sur les zones monétaires optimales présenta une analyse importante qui poussa beaucoup à prolonger l’analyse. Ces nouvelles analyses introduisirent des considérations allant au-delà des questionnements initiaux de Mundell et atténuèrent quelque peu son propos originel. Mais Mundell fournit le point de départ essentiel.

Une façon de réfléchir à la formulation originelle de Mundell est de reprendre la question qu’il avait en fait posée : qu’est-ce qui fait d’un pays une véritable unité économique ? Ce n’est vraiment que si un pays constitue une telle unité qu’il bénéficie d’une flexibilité du taux de change.

La réponse de Mundell était préfigurée dans des travaux antérieurs. Beaucoup de choses qu’il a dites peuvent être trouvées, quand vous savez ce que vous recherchez, dans l’essai de Milton Friedman plaidant en faveur des taux de change flexibles. Mais Mundell souligna bien aux économistes l’idée qu’une forte mobilité des facteurs (en particulier, suffisamment de mobilité du travail pour que le pays puisse être considéré comme un unique marché du travail intégré) était essentielle. Il estimait que la Canada ne respectait pas ce critère.

Des travaux subséquents mirent en avant d’autres critères. Ron McKinnon (1963) affirma qu’une zone monétaire optimale devrait être assez grosse pour ne pas être trop ouverte, c’est-à-dire qu’une grande part de son économie était consacrée à la production de biens et services non échangés. Quelques années plus tard, Peter Kenen (1969) souligna l’importance de l’intégration budgétaire, qui permet de compenser les chocs touchant des régions particulières dans une union monétaire. La réponse donnée à la crise de la zone euro allongea la liste, en mettant en évidence l’importance d’une union bancaire et, dans un article de Paul De Grauwe (2011) qui devint immédiatement un classique, la volonté de la banque centrale d’agir en tant que prêteur en dernier ressort. (...)

Comme la liste des conditions pour une union monétaire s’allongea, la discussion passa aussi du noir et blanc aux variations de gris. Les premières contributions semblèrent suggérer un critère simple amenant à trancher entre oui et non : vous pouviez former une union monétaire si et seulement si vous pouviez utiliser telle ou telle petite astuce. Comme la plupart des raisonnements en économie, cela finit par devenir une analyse d’arbitrages, les bénéfices d’une monnaie unique versus ses coûts, avec divers critères pour une zone monétaire optimale compris comme des facteurs qui atténuaient le coût de chocs asymétriques touchant des régions au sein de la zone.

Dans quelle mesure cette approche a-t-elle tenue au fil du temps ? Comme je l’ai affirmé en 2012, la marche vers l’euro offrit un genre de test pour la théorie des zones monétaires optimales. L’Europe échoua pour l’essentiel des critères pour constituer une zone monétaire optimale : la mobilité du travail est limitée, l’intégration budgétaire anecdotique, l’union bancaire est toujours de l’ordre du rêve. Cela contraste vraiment avec les Etats-Unis, qui ont géré une zone monétaire sur l’échelle d’un continent, mais ils ont une forte mobilité du travail et fournissent de facto un filet de protection pour les économies régionales souffrant de chocs idiosyncratiques. La zone euro a subi de sévères difficultés de 2010 à environ 2015. Les partisans de l’euro vont affirmer que les avantages de la devise unique dépassent ces problèmes et que la mécanique de la sortie de la zone euro est si difficile que mêmes des pays subissant d’importantes difficultés restèrent dans l’union. Pourtant, l’utilité du cadre de la zone monétaire optimale semblait avoir été confirmée.

Mais une chose amusante survint lors du lancement de l’euro : alors même que beaucoup d’économistes invoquèrent la théorie des zones monétaires optimales pour justifier leur euroscepticisme, Mundell lui-même fut un avocat enthousiaste de l’euro, au point qu’il fut appelé (mais avec une étrange justification) le "père de l’euro". De plus, les anti-keynésiens du côté de l’offre déclarèrent que l’économiste dont les premiers travaux contribuèrent à ce que la macroéconomie internationale reste keynésienne était l'un de leurs fondateurs intellectuels. (...)

Mundell 2.0


Il est bien plus difficile de suivre l’évolution intellectuelle ultérieure de Mundell que ses premiers travaux (…). Beaucoup de ce que le monde garde des réflexions ultérieures de Mundell ne proviennent pas de ses propres écrits, mais de comptes-rendus de ses vues réalisés par d’autres personnes, en particulier l’article que le journaliste Jude Wanniski publia en 1975, "The Mundell-Laffer hypothesis — a new view of the world economy". Pourtant Mundell n’a pas rejeté ces comptes-rendus et certains de ses écrits ultérieurs, en particulier l’essai qu’il publia en 1971, "The dollar and the policy mix", vont dans le sens de ces comptes-rendus (…). Et je pense que nous pouvons plus ou moins reconstruire comment l’homme qui apporta l’analyse keynésienne en économie ouverte et souligna les arbitrages à l’œuvre dans la création d’une zone monétaire devint le père de l’économie du côté de l’offre et de l’euro.

Voici comment je vois les choses. A un certain moment au cours des années soixante, Mundell en vint à croire que la dépréciation d’une devise était inefficace et inutile, au motif que la loi du prix unique prévaudrait toujours. Dans le compte rendu de Wanniski, il croyait que "la dévaluation n’a pas d’effets réels, mais se traduit seulement par une inflation des prix dans le pays qui dévalue sa monnaie". Par conséquent, le monde entier est une zone monétaire optimale et à toute échelle vous pouvez adopter une monnaie unique, donc l’euro.

Entre-temps, cependant, Mundell se focalisa sur le rôle international du dollar, qu’il considérait comme menacé par les déficits extérieurs américains. Dans un article de 1962, "The appropriate use of monetary and fiscal policy for internal and external stability", il affirma qu’un pays connaissant déficits externes et chômage, ce qui était la situation des Etats-Unis au début des années soixante-dix, devait combiner une politique monétaire restrictive avec une politique budgétaire expansionniste. Donc, il prescrivait cette combinaison pour les Etats-Unis.

Son analyse suggérait que l’expansion budgétaire pouvait prendre la forme d’une hausse des dépenses publiques ou une baisse des impôts. Mais tout au long des années soixante, Mundell semblait être de plus en plus convaincu que les impôts (en particulier la hausse des taux marginaux à mesure que l’inflation poussait les gens d’une tranche d’imposition à l’autre) déprimaient la croissance économique. Donc, il devint un partisan d’une combinaison de politique monétaire restrictive et de baisses d’impôts. D’où son étiquette de père de l’économie de l’offre.

(…) Son style intellectuel avait changé. Il n’est pas facile de résumer le raisonnement de son article de 1971 sur le dollar, qui semble errer entre spéculations à propos du rôle des Etats-Unis dans le monde, reformulation de l’hypothèse du taux naturel de Milton Friedman et une demi-douzaine d’autres sujets. Si vous aimez, vous pouvez dire que c’est protéiforme, sinon vous trouverez cela chaotique. Dans tous les cas, ce n’était pas la sorte de choses qui trouve sa voie dans les programmes d’économie universitaire. Comme je l’ai noté plus tôt, alors que Mundell tourna le dos à la macroéconomie à prix visqueux plus ou moins keynésienne, son étudiant Rudi Dornbusch contribua à maintenir les prix visqueux au cœur de la macroéconomie en économie ouverte avec son article sur la surréaction du taux de change.

Et l'affirmation de Mundell (du moins celle présentée dans le compte-rendu de Wanniski) selon laquelle la dépréciation n’a pas d’effets réels fut implicitement écartée par Dornbusch et explicitement rejetée par un autre de ses étudiants, Michael Mussa, dans son article de 1986 intitulé "Nominal exchange rate regimes and the behavior of real exchange rates: Evidence and implications". Mussa montra que les variations des taux de change nominaux, loin d’être compensées par les variations des prix, semblaient provoquer des variations de la même ampleur des taux de change réels et aussi que la volatilité des taux de change réels allait avec le régime de change, ce qui semble exclure une causalité inverse. Comme Mussa l’affirma, le comportement des taux de change réels offre une preuve allant de le sens d’un lent ajustement des prix.

La rupture stylistique entre le premier Mundell et le Mundell ultérieur et l’apparent échec empirique de ses affirmations ultérieures expliquent son rôle particulier dans le discours économique. Les premiers travaux de Mundell restent une pierre angulaire pour la recherche et la modélisation de la politique économique et ils sont régulièrement cités un demi-siècle après. Ses travaux ultérieurs furent célébrés par certains politiciens et responsables de la politique économique, mais ils ont été essentiellement ignorés par les économistes professionnels. Il s’avère que la science économique suit le modèle, pas l’homme.

Mais ces modèles furent réellement révolutionnaires et époustouflants. La macroéconomie internationale est en grande partie un édifice que Mundell a construit, même s’il finit par choisir de la quitter pour aller vivre ailleurs. »

Paul Krugman, « The Mundell difference », 12 avril 2021. Traduit par Martin Anota



aller plus loin...

« Les entrées de capitaux stimulent-elles ou dépriment-elles l’activité ? »

« La Fed et le cycle financier mondial »

« Les zones monétaires optimales, un concept d’un autre siècle »

dimanche 11 avril 2021

Les liens de la semaine

La propagation de l'épidémie

  • Covid-19 dans le monde : le Danemark lance son "Coronapas", le Royaume-Uni allège ses restrictions (Le Monde)
  • Vaccination contre le Covid-19 : le Stade de France accueille ses premiers volontaires (Le Monde)
  • Covid-19 dans le monde : les caillots sanguins associés au vaccin AstraZeneca considérés comme des effets secondaires "très rares" par l’AEM (Le Monde)
  • Covid-19 dans le monde : Jair Bolsonaro n’envisage toujours pas le confinement malgré les chiffres alarmants du Brésil (Le Monde)
  • La surmortalité liée à la Covid19 en France (Pierre Aldama)


GRAPHIQUE Nombre de contaminations au coronavirus recensé quotidiennement en France

Le_Monde__nombre_malades_contaminations_Covid-19_France_10_avril_2021.png
source : Le Monde (2021)

La gestion de l'épidémie

  • Les infirmiers manquent au chevet des services de réanimation (Alter éco)
  • Un an de communication de crise : l’exécutif face aux Français (The Conversation)
  • Covid-19 : le flou des restrictions sanitaires alimente une "insécurité juridique" (Le Monde)


GRAPHIQUE Nombre de décès dus au coronavirus recensé quotidiennement en France

Le_Monde__nombre_morts_deces_quotidien_Covid-19_France_10_avril_2021_quotidien.png
source : Le Monde (2021)

Croissance, fluctuations et crises

  • Reprise : des situations divergentes à gérer (Gita Gopinath)
  • La certitude que l’incertitude finira par baisser (William De Vijlder)
  • Des conséquences financières du premier confinement plus ou moins marquées selon les territoires (INSEE)
  • L’évolution effective des bilans des entreprises (Patrick Artus)
  • Le retour à l'économie des années 1970 (Patrick Artus)
  • Financer la reprise des pays à faible revenu après la COVID (FMI)
  • Pourquoi il faut rester positif sur l’économie des pays émergents (Patrick Artus)
  • Recul de la croissance potentielle des pays de l’OCDE: une explication par la croissance endogène (Patrick Artus)
  • Où sera le moteur de l’économie mondiale après la crise de la Covid ? (Patrick Artus)


Waechter__trajectoires_PIB_zone_euro_Etats-Unis_selon_le_FMI_en_2020_2021_2022.png

Environnement et ressources naturelles

  • L’environnement est-il soluble dans l’économie ? (La Vie des Idées)
  • Comment explique-t-on les variations brutales de température en ce début de printemps ? (Le Monde)
  • La demande énergétique mondiale est sous-estimée, et c’est un vrai problème pour le climat (The Conversation)
  • Peut-on arrêter de bétonner la France ? (Alter éco)
  • Rouvrir des mines en France : nécessité ou danger ? (Alter éco)


Marchés et concurrence

  • L’ère des entreprises hyperpuissantes touche-t-elle à sa fin ? (François Lévêque)
  • Suez met des actifs en jeu pour forcer Veolia à négocier (Le Monde)
  • Des whiskies avec de plus en plus de retour… sur investissement (the Conversation)


Monnaie et finance

  • Une reprise asynchrone et inégale selon les pays pourrait compromettre la stabilité financière (FMI)
  • Incidences éventuelles de la hausse des taux d’intérêt sur les pays émergents (FMI)
  • Bitcoin : l’intenable promesse d’une monnaie pour tous (The Conversation)


Politique monétaire

  • Le bazooka de la BCE, l’arme de sauvetage massif (Alter éco)
  • Le passage des Banques Centrales à l’"average inflation targeting" doit augmenter l’inflation moyenne, mais pas le taux d’intérêt nominal moyen, donc doit faire baisser le taux d’intérêt réel moyen (Patrick Artus)
  • Quels choix pour les banques centrales si les effets de courbe de Phillips ont disparu? (Patrick Artus)
  • Disparition des effets de courbe de Phillips, ''inflation targeting'i et instabilité (indétermination) des prix des actifs (Patrick Artus)


Alter_eco__composition_bilan_BCE_fin_2020.png

Politique budgétaire et dette publique

  • Adapter les aides publiques (FMI)
  • Comment les pays de l’OCDE vont-ils stabiliser (ou réduire) les taux d’endettement public? (Patrick Artus)
  • La France veut rétablir ses finances d'ici à 2027, au prix d'efforts sur la dépense (La Tribune)
  • Faut-il cantonner la dette COVID? (Télos)


Fiscalité

  • Soutenue par les Etats-Unis, l’idée d’un taux d’imposition minimal pour les sociétés séduit de plus en plus de pays (Le Monde)
  • Pour une fiscalité mondiale plus équitable (Le Monde)
  • "Panama Papers" : cinq ans après, des milliards récupérés et plusieurs condamnations (Le Monde)


Intégration européenne

  • L’Allemagne fait obstacle au plan de relance européen (Alter éco)
  • Turquie-UE : l’affaire du sofa, un triple faux pas (Le Monde)
  • Le "sofagate" ou la faillite de la politique étrangère de l’Union européenne (The Conversation)


Alter_eco__plan_de_relance_europeen_repartition_entre_pays.png

Contrôle social, mobilisation collective, changement social

  • La longue histoire des réunions non mixtes (Alter éco)
  • La violence raciste devant la loi (La Vie des idées)
  • "Toutes les sociétés font de l’inceste un tabou mais cette universalité revêt des formes très différentes" (CNRS)
  • Quand maman s’émancipait (La Vie des idées)


Education


GRAPHIQUE Répartition des élèves de l'ENA selon leur origine sociale (en %)

Observatoire_des_inegalites__repartition_eleves_ENA_selon_origine_sociale_PCS_CSP.png

source : Observatoire des inégalités (2021)

Travail, emploi, chômage

  • Travail et enfants à garder, comment les parents peuvent-ils se débrouiller ? (Alter éco)
  • Cinq ans après la réforme du congé parental (PreParE), les objectifs sont-ils atteints ? (OFCE)
  • L’emploi, talon d’Achille de la zone Euro ? (Philippe Waechter)
  • Ces chômeurs qui vont y perdre sur tous les tableaux (Alter éco)
  • Territoires zéro chômeur de longue durée : rapport final du Comité Scientifique (Olivier Bouba-Olga)
  • La garantie de l’emploi, l’arme sociale du Green New Deal (Clément Carbonnier)
  • Santé au travail : la ligne rouge (Alter éco)
  • Les salaires bruts dans le secteur privé et les entreprises publiques en 2018 (INSEE)
  • Le pouvoir d’achat du salaire net dans le secteur privé a progressé de 13,1 % entre 1996 et 2018 (INSEE)


Waechter__dynamique_emploi_zone_euro_Etats-Unis_2020_debut_2021.png

Immigration

  • Comment l’immigration affecte-t-elle les salaires ? Gare au biais de sélection ! (D'un champ l'autre)
  • En 2017, 44 % de la hausse de la population provient des immigrés (INSEE)


GRAPHIQUE Contribution des immigrés et non-immigrés à l’accroissement démographique en France (en %)

INSEE__France_Contribution_des_immigres_et_non-immigres_a_l_accroissement_demographique.png

source : INSEE (2021)

Politique

  • Les raisons des violences en Irlande du Nord (Le Monde)
  • Qui veut être président des États-Unis ? (Project Syndicate)
  • 12,5 %, ou le Parlement impossible (Télos)
  • Décès du prince Philip, aristocrate européen de la vieille école et époux royal dévoué (The Conversation)





lire la précédente revue de presse

lire le sociorama de Xavier Molénat

samedi 10 avril 2021

La technologie a fait reculer l’horloge de la productivité

« Est-ce que les aiguilles de l’horloge économique ont commencé à tourner à rebours ? Le fait déterminant de l’histoire économique est que les êtres humains ont été capables de produire en des quantités toujours plus grandes tous les biens et services auxquels ils donnent de l’importance.

Dans La Richesse des Nations, Adam Smith ne doute pas qu’au fondement de cette vertigineuse croissance économique se trouve la spécialisation, c’est-à-dire la division du travail. Pourtant, le travail de la connaissance moderne n’est pas du tout spécialisé. Peut-être que cela explique pourquoi nous semblons tous travailler dur sans pour autant avoir le sentiment d’en faire beaucoup ?

Comme Philip Coggan l’a noté dans son récit épique More: The 10,000 Year Rise of the World Economy, le livre que Smith publia en 1776 n’était pas le premier à noter que les gains de productivité résultaient de la spécialisation. Xénophon faisait le même constat 370 ans avant J.-C. Mais pourquoi la division du travail améliore-t-elle la productivité ? Smith mettait en avant trois avantages : les travailleurs perfectionnent ainsi des compétences spécifiques ; ils évitent les temps morts et pertes d’énergie liés au passage d’une tâche à une autre ; et ils peuvent utiliser et même inventer un équipement spécifique.

Le travailleur de la connaissance moderne colle mal à ce tableau. La plupart d’entre nous n’utilise pas d’équipement spécialisé : nous utilisons des ordinateurs capables de faire beaucoup de choses allant de la messagerie instantanée au montage vidéo en passant par la comptabilité. Et tandis que certains emplois de bureaux ont un flux de production clair, ce n’est pas le cas de beaucoup d'entre eux : ce sont des aquarelles floues où chaque activité déborde sur une autre.

J’ai noté pour la première fois cette inversion il y a vingt ans. A l’époque, les économistes se demandaient pourquoi les ordinateurs ne semblaient pas avoir stimulé la productivité. Entre-temps, j’ai eu un emploi de bureau avec une variété ahurissante de responsabilités. Parfois, je faisais de la recherche et de l’analyse, parfois je recherchais quelle police de caractère je devais utiliser pour mes diapos PowerPoint.

Le travail de bureau devient de plus en plus généraliste. Chacun fait aujourd’hui sa propre dactylographie et beaucoup s’occupent de leurs propres notes de frais, conçoivent leurs propres présentations et gèrent leur propre agenda. Nous avons tous accès à un logiciel facile à utiliser, donc pourquoi ne pas le faire ?

En 1992, l’économiste Peter Sassone publia une étude sur le flux de tâches dans les bureaux de grandes entreprises américaines. Il constata que plus un travailleur était haut placé dans la hiérarchie, plus il était susceptible de faire un peu de tout. Les assistants administratifs ne font pas d’encadrement, mais les cadres font de l’administratif. Sassone évoqua ainsi une "loi de la spécialisation décroissante".

Cette loi de la spécialisation décroissante s’applique sûrement davantage aujourd’hui. Les ordinateurs ont facilité la création et la circulation de messages écrits, l’organisation des voyages, la conception de pages web. Au lieu d’accroître notre productivité, ces outils ont amené des gens très qualifiés, très rémunérés à perdre du temps dans la création de mauvaises diapos. La variété est attrayante et c’est très bien d’avoir comme passe-temps la cuisson de levure ou le tricotage de pull-overs, mais un travail de bureau bien rémunéré ne peut se permettre une heure d’amateurisme.

Est-ce un vrai problème ? Peut-être. Adam Smith a décrit une manufacture d’épingles employant 10 spécialistes produisant 48.000 épingles par jour. Un simple généraliste, opérant sans équipement spécialisé, "pourrait peut-être fabriquer, avec toute son industrie, à peine une épingle par jour, mais ne pourrait certainement pas en faire une vingtaine". Personne ne s’attendrait à ce que la productivité soit multipliée par 4.800 si les travailleurs de la connaissance modernes passaient moins de temps à coordonner des réunions par mails et un peu plus de temps à se focaliser sur les aspects les plus cruciaux de leur travail. Mais un doublement de la productivité ne semble pas irréaliste.

Le nouveau livre de Cal Newport, A World Without Email, est intéressant sur ce point. En examinant les études de gestion scientifique du début du vingtième siècle, Newport démontre que les industriels ont analysé et écarté leurs processus inutiles il y a un siècle. Les gains ont été énormes. Par exemple, dans l’ensemble industriel de Pullman près de Chicago, les gens de divers départements allaient déambuler dans les ateliers de travail du cuivre et harcelaient les métallurgistes jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce qu’ils voulaient. Après une profonde réorganisation, plusieurs employés furent embauchés comme gardes et pour programmer le travail. La productivité explosa.

Newport affirme que le travail de la connaissance tarde à réaliser une telle réflexion. N’est-il pas vrai que les tâches du travail de bureau sont souvent assignées et leur priorité hiérarchisée selon les demandes des collègues ? Certaines disciplines, comme la production d’un quotidien papier, ont développé un flux de travail clair qui ne dépend pas d’une longue chaîne de mails. Une grande partie du travail de la connaissance demeure toujours dans l’étape du "on déambule et on harcèle". Newport affirme que les cadres et administrateurs devraient protéger les spécialistes des distractions et que nous pourrions mieux faire si nous réfléchissions à reconsidérer notre processus productif depuis le début.

Faire du bureau une autre chaîne d’assemblage n’est guère enthousiasmant. Smith s’inquiétait à l’idée que la spécialisation simple et répétitive n’amène le travailleur à devenir "aussi stupide et ignorant qu’il est possible de le devenir pour une créature humaine". Dans une manufacture d’épingles au dix-huitième siècle, peut-être, mais moins pour le travail de la connaissance au vingt-et-unième siècle. Un autre passage de la Richesse des Nations convient peut-être mieux : "les hommes ont bien plus de chances de découvrir des méthodes plus simples et commodes pour atteindre un quelconque objectif lorsque leur attention est toute entière tournée vers cet objectif que lorsqu'elle est distraite". (...) »

Tim Harford, « Technology has turned back the clock on productivity », 8 avril 2021. Traduit par Martin Anota

lundi 5 avril 2021

L’« excès d’épargne » n’est pas excessif

« Comment l’économie américaine émergera-t-elle de l’actuelle pandémie de Covid-19 ? Va-t-elle avoir des difficultés à revenir aux niveaux antérieurs d’emploi et d’activité ou va-t-elle vite rebondir une fois les vaccinations généralisées à l’ensemble de la population et les Américains rassurés à l’idée de voyager et de manger dehors ? Une partie des réponses à ces questions tient à ce qui va se passer pour l'ample "excès d'épargne" que les ménages américains ont accumulé depuis mars 2020. Selon la plupart des estimations, cette épargne représente environ 1.600 milliards de dollars. Certains économistes, notamment Olivier Blanchard (2021), ont exprimé leurs inquiétudes à l’idée que, si une fraction considérable de ces fonds accumulés était immédiatement dépensée aussitôt l’économie rouverte, l’afflux de demande qui en résulterait se révélerait déstabilisateur. Ce billet affirme que cette épargne n’est pas excessive, lorsqu’on la considère au regard des interventions sans précédent du gouvernement au cours de l’année passée pour soutenir les ménages et qu’il est improbable qu’elle génère une explosion de la demande post-pandémique.

GRAPHIQUE Epargne personnelle dégagée chaque mois aux Etats-Unis (en milliards de dollars)

Eggertsson__epargne_menages_americaines_2020_confinement_Covid-19_pandemie.png

Il est simple de calculer l’excès d’épargne : c’est le montant cumulé d’épargne personnelle durant la pandémie qui excède la trajectoire contrefactuelle sans épidémie de Covid-19. Comme l’indique la courbe bleue sur le graphique ci-dessus, l’épargne personnelle a été élevée depuis fin mars 2020. La ligne rouge représente un scénario contrefactuel plausible, dans lequel le taux d’épargne à partir du revenu disponible est constant et égal au niveau qu’il atteignait avant la pandémie (7,3 %), alors que le revenu personnel disponible croît à son rythme moyen au cours des vingt dernières années (3,5 %). L’excès d’épargne est représenté par la zone entre les deux lignes. Selon ce calcul, il représentait 1.600 milliards de dollars à la date de décembre 2020. Différentes hypothèses plausibles de l’évolution contrefactuelle de l’épargne personnelle en l’absence de pandémie amènent à des chiffres qui sont très proches de cette estimation.

D’où vient cet excès d’épargne ? Il y a manifestement trois facteurs sous-jacents. Premièrement, beaucoup d’Américains ont pu garder leur emploi et leur revenu l’année dernière. Cependant, ils n’ont pas dépensé autant qu’ils ne l’auraient fait en l’absence de la pandémie, parce qu’à cause de cette dernière ils ne sont pas allés au restaurant ou n’ont pas pris de vacances. L’accroissement des achats de fournitures, électronique et autres biens n’a compensé qu’en partie cette chute des achats de services. Par conséquent, la consommation globale a chuté pour plusieurs ménages, même si leur revenu est resté plus ou moins intact. Deuxièmement, à partir de la réponse d’urgence adoptée début mars et le subséquent CARES Act, le gouvernement est intervenu pour remplacer une partie du revenu perdu, en particulier pour les travailleurs dans les secteurs les plus touchés par la pandémie. Une partie de ce soutien des revenus a été dépensée pour permettre aux ménages de continuer de subvenir à leurs besoins, mais il ne l’a pas été en totalité. Troisièmement, il est possible que les ménages aient décidé d’épargner plus que d’habitude par précaution, étant donné la forte incertitude à propos de leurs emplois et de la santé future de l’économie.

Qu’importe la raison précise, il ne fait aucun doute que les ménages ont plus épargné l’année passée qu’ils ne l’auraient fait dans un monde sans pandémie. Mais y a-t-il quelque chose d’"excessif" à propos de l’épargne qu’ils ont ainsi accumulée ? Cette épargne est-elle vraiment si différente des 130 milliards de valeur nette que les ménages américains détiennent déjà qu’ils risqueraient à la dépenser plus vite qu’avec les autres composantes de leur richesse ? Il y a au moins trois raisons de penser que la réponse à cette question est non.

Tout d'abord, l’excès d’épargne est la contrepartie comptable du supplément de dette publique. Selon les principes de la comptabilité nationale, le flux d’épargne privée (par les ménages et les entreprises) doit être canalisé vers l’un des trois usages suivants : il peut financer l’investissement, être prêté à l’étranger ou être prêté au gouvernement. En 2020, le gouvernement américain a dépensé pratiquement 2.000 milliards de dollars pour combattre la récession provoquée par l’épidémie de Covid-19 et l’essentiel de ces dépenses a été financé par endettement. Les 1.600 milliards d’"excès d’épargne" constituent la contrepartie comptable de l’emprunt du gouvernement.

Comme c’est souvent le cas avec les identités comptables, cette observation n’a que des implications économiques limitées. Elle ne révèle pas pourquoi les ménages ont accumulé un "excès d’épargne", ni s’ils vont le dépenser une fois l’économie pleinement rouverte. Néanmoins, cela nous aide à le considérer sous un autre éclairage, non pas comme une ressource supplémentaire prête à être dépensée, mais comme le revers d’un effort budgétaire extraordinaire pour combattre la pandémie de Covid-19.

Ensuite, l’excès d’épargne est principalement détenu par… les épargnants. L’une des raisons pour lesquelles les économistes n’associent pas la hausse exceptionnelle de la dette publique observée l’année dernière à une explosion imminente de la demande agrégée (même s’ils peuvent s’inquiéter à son propos pour d’autres raisons) est l’idée que la dette publique est une dette que les citoyens se doivent à eux-mêmes. En tant que telle, elle ne représente pas une "richesse nette" qui est déjà dépensée. Dans le langage des économistes, cette idée est connue sous le nom d’équivalence ricardienne. Selon cette proposition, les transferts publics financés avec la dette publique n’affectent pas la consommation parce que les ménages les épargnent pour payer la hausse des impôts qui sera en définitive nécessaire pour rembourser cette dette. Si l’équivalence ricardienne est vérifiée, la propension marginale à consommer les transferts financés par endettement sera nulle et l’épargne résultante ne sera jamais dépensée.

L’équivalence ricardienne est le genre de repère théorique que les économistes adorent, mais elle n’est pas clairement vérifiée en pratique. En fait, beaucoup de ménages américains ont dépensé une part significative des chèques qu’ils ont reçus et des autres soutiens au revenu qu’ils ont reçus durant la pandémie. Selon les estimations disponibles, cette part est d’environ un tiers en moyenne. Le reste a été utilisé pour rembourser la dette (également d’environ un tiers) ou sinon épargné. Il est difficile de savoir précisément qui détient cette épargne, mais il semble raisonnable de supposer que ce sont des individus ou ménages avec un matelas dans leur budget et dont les décisions en matière de consommation sont par conséquent moins sensibles à leurs conditions économiques immédiates. C’est ce qui leur permet d’épargner une partie du soutien budgétaire qu’ils ont reçu. Selon la théorie économique, ces épargnants sont davantage susceptibles d’être ricardiens et donc de continuer à détenir cette épargne. Bien sûr, leurs conditions économiques peuvent changer à l’avenir et ils peuvent se retrouver dans la nécessité de dépenser ces ressources accumulées, mais la fin de la pandémie risque peu d’amener ces épargnants à consommer immédiatement. Et à mesure que les conditions agrégées s’améliorent, de moins en moins de ménages font face à des difficultés financières.

Enfin, il est improbable que l’excès d’épargne déclenche une demande de rattrapage pour les services. L’une des choses que l’on peut penser au terme de nos précédents propos est qu’une partie de l’"excès d’épargne" peut s’expliquer par un manque d’opportunités de dépenses dans les secteurs de l’économie les plus affectés par le virus, notamment les voyages et le divertissement. Si c’est exact, une partie de ces dépenses perdues peuvent se matérialiser une fois que ces secteurs seront pleinement rouverts.

A quel point cette demande de "rattrapage" sera importante ? D’un côté, il y a peu de doute que beaucoup de consommateurs vont s’offrir des repas au restaurant supplémentaires et peut-être des vacances prolongées après une si longue période où ils n’ont pas pu s’en offrir. D’un autre côté, il y a une limite à l’ampleur de ces repas et vacances supplémentaires. Pour savoir dans quelle mesure cette demande de rattrapage découlera de l’"excès d’épargne" accumulé durant la pandémie, rappelons que les estimations disponibles de la propension à consommer les transferts du CARES Act est d’environ un tiers. Cela signifie que le ménage moyen dépense environ 33 centimes pour chaque dollar reçu en transferts directs. Cette estimation concorde avec celles tirées des précédents transferts de ce genre, par exemple les Economic Stimulus Payments de 2008. Par conséquent, la pandémie ne semble pas avoir substantiellement limité la capacité des ménages à dépenser le soutien budgétaire qu’ils ont reçu.

L’une des conclusions que l’on peut tirer de ces trois considérations est que, malgré son importance par rapport aux normes historiques, l’épargne accumulée par les ménages américains n’apparaît pas "excessive" lorsqu’on la considère au regard des besoins extraordinaires que beaucoup de ménages américains présentent et de l’intervention publique sans précédent pour les soutenir. Il est certainement possible que les ménages utiliseront une partie de cette épargne pour se payer un supplément de voyages et de divertissement une fois le cauchemar de la pandémie derrière nous, mais notre conclusion est que la stimulation des dépenses qui en résultera sera très limitée. Cette conclusion n’exclut pas une forte reprise de l’activité économique suite au choc du virus. Elle implique seulement que la dépense de cet excès d’épargne n’en sera pas l’un des principaux moteurs. »

Florin Bilbiie, Gauti Eggertsson, Giorgio Primiceri et Andrea Tambalotti, « "Excess savings" are not excessive », in Federal Reserve Bank of New York, Liberty Street (blog), 5 avril 2021. Traduit par Martin Anota

- page 1 de 332